‹ Souvenirs du second empireChapitre 8 sur 29 · MON ENTRÉE AU CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

MON ENTRÉE AU CONSTITUTIONNEL

Changement que mes articles apportaient dans ia ligne politique du journal. — Oscillations mystérieuses de sa direction. — M. Véron me propose d'entrer au journal. — J'accepte, — J*y travaille, mais je ne le dirige pas. — M. Boilay est son rédacteur en chef. — Caractère de M. Véron, — Ses amis. — Roqueplan et Malitourne. — Ils appuient ma politique. — J apprends que M. Thiers était, moyennant cent mille francs qu'il avait versés, le patron politique du ConstiiutionneL — M. Véron rend l'argent et reprend sa liberté. — II m'abandonne la politique du journal, qui, dès ce moment, soutient hautement la politique de l'Elysée.

A partir de ma visite à TÉlysée, mon œuvre politique était tracée d'avance. Il me fallait gagner complètement et définitivement M. Véron et son journal à la cause du 10 décembre. Sans doute, les articles publiés sous le titre de la Solution avaient fait grand bruit, et, avec les mœurs dïmprmario qui ne le quittèrent jamais complètement, M. Véron n'était pas sans un goût assez vif pour Tordre d'idées qui lui avait valu un succès bruyant; mais il restait à livrer de bien autres batailles; une modification aussi radicale dans la politique du

Constitutionnel devait amener, si elle était maînlenue, un certain trouble dans les relations de son directeur. Beaucoup de gens, pour vivre sans luttes dans le monde, changent leurs opinions, n'ayant pas le courage de changer leurs amitiés, et c'était une question de savoir si M. Véron, habitué à l'approbation des gens qui composaient sa société ordinaire, serait assez convaincu ou assez hardi pour ne pas s'inquiéter de leur blâme. Je n'étais donc pas sans préoccupation au sujet du but que je me proposais ; mais j'en aurais eu de bien plus grandes encore, si j'avais connu certains engagements de M. Véron, que j'ignorais alors.

D'un autre côté, avant d'assurer lé journal à la cause du Prince, il fallait en être, et je n*avais été engagé que pour une campagne qui était finie. Cette difficulté fut d'ailleurs bientôt levée : « Vous trouvez-vous bien au journal? me dit M. Véron, après la publication de mes six articles. » Et, sur mon affirmation, il ajouta : « Dans ce cas, restons ensemble. » Nous ne fîmes pas d'autres conventions.

L'ancien impressario reprenant le dessus, M. Véron me traça mon rôle. « Autrefois, dit-il, les anciens abonnés de l'Opéra n'auraient pas mieux demandé que d'entendre Duprez chanter tous les soirs. Les abonnés du Constitutionnel s'accommoderaient aussi volontiers de vos articles chaque matin ; mais je vous tiens en réserve, comme Duponchel y tenait Duprez^ et vous donnerez les jours de bataille comme il donnait les jours de recette. »

Mon entrée au Constitutionnel ne modifiait donc pas l'organisation du journal, dont la rédaction en chef

restait aux mains de M. Boilay. Ainsi j'étais dans la place, mais je ne la commandais pas.

De ses anciennes habitudes de directeur de l'Opéra, M. Véron avait conservé le goût d'une société nombreuse, variée, diversement spirituelle, et dont la principale fonction était d'être gaie. S'ennuyer était la seule chose à laquelle il lui fût absolument impossible de s'astreindre, même par devoir. Il avait un frère, d'attitude un peu lugubre : il lui faisait du bien, mais il ne le voyait presque pas.

Dans cette société, deux hommes pouvaient me seconder, par l'influence que l'esprit exerçait toujours sur M. Véron, et ces deux hommes en avaient beaucoup, chacun d'une espèce différente : c'étaient Nestor Roqueplan et Malitourne. Il étaient pour moi deux vieux amis. Roqueplan avait autant de bon sens qu'Alphonse Karr, avec plus de variété dans l'humour et plus de finesse dans le rire. Malitourne était un revolver chargé de bons mots, avec un goût de lettré correct, que M. Villemain ne dépassait pas. Je leur dus beaucoup à tous deux par l'influence différente qu'ils exerçaient sur M. Véron. Roqueplan m'aidait par ses opinions, qui étaient bonapartistes, Malitourne par sa délicatesse d'écrivain consommé, qu'il se plaignait de ne pas trouver dans mes collaborateurs ; et comme, chez ces deux hommes, h raison s'alliait à l'intelligence la plus délicate, leurs conseils, agissant peu à peu sur mon directeur, me plaçaient chaque jour un peu plus le Constitua «tomieZ dans la main.

Cependant, je sentais entre l'ancienne direction et la

nouvelle, une lutte sourde, dont je ne démêlais pas encore la cause ou le but. J'avais beau pousser la politique du journal vers l'Elysée ; une oscillation insensible, imprimée par M. Boilay, la ramenait sans bruit vers Thôtel déjà légendaire de la place Saint-Gorges. Enfin, M. Véron me révéla un jour le secret. La politique du Constitutionnel appartenait à M. Thiers qui, le 28 novembre 1846, avait mis, pour l'avoir, cent mille francs dans la caisse du journal. Cette découverte était grave.

L'alliance de M. Véron et de M. Thiers était donc antérieure à la révolution de Février. M. Véron, commandité par le vieux et opulent marquis de Las Marimas, avait augmenté le capital et pris la direction du Constitutionnel. A cette époque, c'était l'usage des journaux d'avoir un patron. M. Thiers fut celui du Constitutionnel; mais il avait, comme je viens de le dire, acheté l'influence attachée à ce patronage, par une commandite de cent mille francs, dont il avait fait les fonds avec le concours de quelques-uns de ses amis. M. Véron m'expliqua que tant que le journal conserverait les cent mille francs versés par M. Thiers, il était loyalement tenu de conserver aussi sa politique; mais M. Véron s'était réservé la faculté de reprendre sa liberté en rendant l'argent.

Il était difficile de ne pas reconnaître que la politique de rÉlysée, nettement inaugurée par moi dans le journal, constituait un coup de canif donné au contrat. M. Thiers, qui avait le sentiment de son droit, se trouva lésé ; M. Véron, qui avait le sentiment de son devoir,

se trouvait gêné. Un article du Constitutionnel, approbatif du célèbre Message du 31 octobre 1849, fut blâmé par M. Thiers. Après quelques jours de lutte entre la fierté et rinlérêt, la fierté Tenriporta. Les cent mille francs furent rendus le 15 novembre 1850.

Exalté par le sentiment de sa liberté reconquise et jeté un instant hors des limites de son urbanité habituelle envers ses collaborateurs, M. Véron se tourna vers moi, en présence de M. Boilay et de M. Boniface, les deux colonnes du journal, et s'écria : « Cassagnac, le Constitutionnel est dans la boue (il fut plus brutal encore) ; vous avez carte blanche, tirez-l'en dès ce moment. » Je ne me le fis pas dire deux fois, et, le lendemain matin, le Constitutionnel rompit pour toujours avec la politique aux cent mille francs.

POLITIQUE qU PRINCE

Le Prince voulait s'en tenir à la Constitution. — Sa déclaration fonnelle à ce sujet. — Il ne songea ni en 1849, ni en 1850, à un coup d'État. — Les conspirations contre sa personne Ty obligèrent en 1851. — Conversation à Biarritz. — Difficultés que le Prince trouve dans le personnel politique. — M. Thiers lui propose de couper ses moustaches, pour mieux gouverner. — Il lui fait un projet de manifeste. — Ce projet est écarté. — Causes du mécontentement des hommes politiques. — Ils s'aperçoivent, avec dépit, qu'ils ne gouvernent pas le Prince. — Surprise que son intelligence cause àM. Odilon Barrot.— Il se moquait à la dérobée, avec M. Dufaure, du Prince dont ils étaient les ministres.

C'est ici le moment d'expliquer, dans toute sa sincérité et dans toute sa loyauté^ et telle que je Tai connue, la pensée politique qui guidait alors le prince Louis-Napoléon.

Ce n'est que vers la fin de mai 1850, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, que j'eus l'honneur d'entrer en relations directes avec le Prince. Ce qu'il pensa, ce qu'il fit, depuis le 10 décembre 1848 jusqu'alors, je ne le sus que par la pïesse, par les bruits publics ou par les confidences qu'il crut utile de me faire, en vue de me mettre en situation de mieux défendre sa cause; mais j'affirme.

et je le prouverai, que ni pendant Tannée 1849, ni pendant Tannée 1850, sa pensée ne se porta jamais vers un coup d'État. Ce n'est que vers le millieu de Tannée 1851, lorsqu'il eut lui-même à se prémunir contre des entreprises violentes, contre des conspirations tramées aux Tuileries par M. Thiers, par M. de Lamoricière, par M. le général Changarnier, qu'il entrevit et qu'il accepta la nécessité d'opérer de haute lutte la révision de la Constitution, dont il se contentait, révision que la France entière sollicitait, et que les groupes parlementaires s'obstinèrent à refuser, par la crainte de ne point la voir tourner à leur profit.

J'ai été, pendant deux années, le confident et le coopérateur de deux sentiments qui n'ont jamais cessé d'animer le prince Louis-Napoléon : le premier, c'était la certitude morale, passée à l'état de dogme, d'être un jour empereur ; le second, c'était la résolution profonde, énergique, de ne monter sur le trône qu'appelé par le vœu formel de la France, et après y avoir été porté par le libre suffrage du peuple.

Quant au coup d'État du 2 décembre, il Ta subi, non désiré; et il lui a été imposé parles circonstances, après lui avoir été proposé par des hommes considérables, dont je dirai les noms, et dont je citerai les opinions, en précisant les circonstances dans lesquelles ils les exposèrent.

Mais, qu'on ne l'oublie pas, ni en 1849 ni en 1850, la pensée du prince Louis-Napoléon ne se dirigea jamais vers un coup d'État ; il était trop convaincu d'arriver au

pouvoir suprême par le vœu populaire pour songer à s'y pousser par la force.

Il y a même plus : pendant les années 1849 et 1850, les chefs des partis rivaux, les Thiers, les Mole, les Berryer, les Changarnier et beaucoup d'axitres avaient, et ne le dissimulaient pas, de la valeur intellectuelle du Prince une opinion qui ne différait pas beaucoup du dédain. Je consignerai ici quelques anecdotes parfaitement authentiques, et qui montreront l'idée peu flatteuse que les hommes politiques les plus considérables avaient des talents du président de la République.

Peu de temps après la proclamation de 1* Empire, j'eus l'idée d'écrire l'histoire de son rétablissement, qui a paru chez Pion, en deux volumes, sous le titre : Histoire de la Chute du Roi Louis-Philippe, de la Républi-que de 1848 et du Rétablissement de V Empire. Je sollicitai, par une lettre, l'agrément de l'Empereur, qui me flt répondre par M. Mocquard le billet suivant :

« Mon cher ami, prenez la plume. Les documents ne vous manqueront pas. i»

Li préparation de mon histoire exigea beaucoup d'éclaircissements, que l'Empereur eut la bonté de me donner.

Un jour, il m'avait invité à l'accompagner dans une allée du petit parc de Biarritz, au bord de la mer. Il me rappelait de nouveau les difficultés qu'il avait eues à vaincre pour le choix du personnel de son gouvernement : < Si, au lieu d'arriver en 1848, me disait-il, j'étais arrivé en 1830, j'aurais trouvé un grand nombre d'anciens serviteurs de mon oncle, qui avaient la tradi-

tien impériale ; au lieu d'hommes familiarisés avec mon principe, j'ai été obligé d'employer des orléanistes, des légitimistes et même des républicains, c'est-à-dire des hommes prévenus contre ma politique, ne la comprenant pas^ et qui, en acceptant d'être mes ministres, restaient presque mes rivaux. J'ai eu même au commencement beaucoup de ministres qui étaient au fond mes adversaires, et qui, d'ailleurs, méprenaient à peu près pour un imbécile. Tenez, vous ne croiriez pas qu'une des raisons qui mirent Thiers et Mole contre moi, c'est que je leur avais refusé de couper mes moustaches. »

Et sur une exclamation et un éclat de rire dont je n'avais pas été le maître, TKmpereur reprit :

€ C'était quelque temps avant le 10 décembre. Ayant, il y avait quelques jours, accepté un dîner chez Mole, Thiers voulut m'avoir aussi. J'acceptai, et le jour fut fixé : « Nous serons en petit comité, me dit Thiers. Ve- <c nez un peu avant l'heure; nous monterons dans mon « cabinet, Mole y sera, et nous causerons des circon- « stances actuelles. »

c Je me rendis à l'heure convenue ; nous montâmes tous les trois dans le cabinet de M. Thiers, placé, comme vous savez sans doute, au haut de la maison. Thiers prit le côté droit de la cheminée, MoIé le côté gauche, et je me vois encore au milieu, attendant les graves ouvertures que deux personnages aussi considérables ne pouvaient pas manquer de me faire.

« Thiers prit la parole. Il fit un tableau de la société moderne, et s'attacha à établir que Télément civil y dominait, et même la caractérisait essentiellement. Pas-

sant du caractère de la société à celui que le pouvoir était tenu d'adopter, pour être en harmonie avec elle, il émit l'opinion que ce pouvoir devait répudier toute habitude et même toute tenue militaire : c Vous allez, continua-t-il, très certainement être élevé à la présidence de la République. Eh bien ! pour répondre à l'état et aux tendances de la société actuelle, MoIé et moi nous estimons que vous devez couper vos moustaches. Si lui ou moi nous étions nommés président, nous n'en porterions pas. »

L'Empereur, qui aimait à rire, et qui riait bruyamment, éclata en achevant son récit, ajoutant qu'un des grands efforts de sa vie avait été celui par lequel il s'était contenu, lorsque deux hommes politiques aussi graves, qui l'avaient invité à une conférence^ rattachaient à une paire de moustaches, maintenues ou rasées, l'avenir du grand pouvoir que la France allait probablement lui conférer.

Je pris moi-même la liberté de m'associer à la gaieté qu'une pareille historiette devait naturellement inspirer, et je demandai à l'Empereur la permission de la raconter au besoin. L'Empereur hésita quelques instants, à cause du ridicule qu'un conseil de ce genre pouvait jeter sur ses auteurs; car, dans ses entretiens les plus intimes, l'Empereur se montrait soigneux de ne jamais parler de quelqu'un d'une manière blessante.

c Je me sentais excusable, ajoutait l'Empereur, de ne pas suivre ce conseil, que je n'avais pas demandé ; mais il y en eut un autre, que je ne suivis pas davantage, après 1 avoir provoqué, et je ne suis pas bien certain que Thiers ne m'en ait pas gardé une assez vive rancune.

« C'était quelques jours après le dîner et l'histoire des moustaches. L'élection du 10 décembre approchait. J'avais parlé à Thiers du dessein que j'avais, en produisant ma candidature à la présidence, d'adresser une sorte de manifeste à la nation, où j'exposerais ma politique, et je lui demandai d'y penser de son côté, pendant que j'y penserais dii mien. Mes amis particuliers etmoi, Conti, Abbattucci, Gasabianca, Vieillard, Chabrier et quelques autres, nous nous réunissions chez mon oncle, le roi Jérôme, rue d'Alger.

« A la fin de novembre, je convoquai le comité, pour lui soumettre deux projets de manifeste que j'avais apportés,

« Le premier, très développé, soigné de style, redondant, un peu pompeux, eut un grand succès. On me demanda le second, pour avoir un terme de comparaison. Je le lus, il était plus court, plus simple, plus net, mais basé sur les principes qui avaient été mis en pratique par le Premier Consul, et écrit (J'un style moins orné.

« Il eut un succès encore plus grand que le premier, et le comité fut unanime à lui donner la préférence.

« Je dus alors déclarer à mes amis la difficulté qu'ils me créaient par leur choix. Le premier manifeste était de M. Thiers; le second était de moi,

« Le nom de Thiers impressionna quelques personnes, et l'on proposa de conserver sa rédaction en y faisant quelques changements; les autres tinrent bon; leur sentiment prévalut, et mon projet fut conservé, sans qu'il y fût changé un seul mot.

« Il fallut bien faire connaître à Thiers que son projet de manifeste avait été écarté ; et, encore une fois, je ne suis pas bien sur que, malgré les précautions prises pour panser la blessure de son amour-propre, il ne soit pas resté très mécontent de moi. »

L'Empereur ne disait pas assez vrai. M. Thiers recevait à la fois deux blessures. La première était celle que venait de subir son juste orgueil de lettré; la seconde venait de l'atteinte portée à son influence dans l'avenir, par la révélation d'une vigueur et d'une originalité d'esprit qu'il n'avait pas soupçonnées chez le Prince. Plusieurs des personnes qui étaient dans le secret de cette lecture, m'ont souvent dit que la déconvenue et le dépit de M. Thiers avaient été extrêmes, parce qu'il venait de s'assurer une seconde fois par lui-même qu'il n'exercerait aucune influence sur le président de la République.

Et cependant, l'appui réel, quoique non ostensible, que donnaient à sa candidature M. Mole, M. Thiers, M. Berryer, M. de Montalerabert, avait pour cause Tespérance, alors assez plausible, de ces hommes politiques de diriger le gouvernement d'un prince populaire, mais inexpérimenté.

Je dois ajouter que l'opinion défavorable aux facultés du Prince, répandue parmi les hommes politiques, resta accréditée dans beaucoup de salons jusqu'à l'époque où, déjà en possession du pouvoir, il fit éclater sa haute intelligence et ses rares qualités d'écrivain^ dans les admirables discours que, durant ses visites aux dépar-

tements pendant Tété de 1850, il prononça à Lyon et à Strasbourg.

La Restauration et le gouvernement de juillet avaient habitué les esprits à des harangues prononcées dans les Chambres par le souverain, mais composées par le conseil des ministres. Le talent réuni au pouvoir paraissait comme une superfétation toute nouvelle, et qui ne semblait pas naturelle. Le Prince savait ce qu'on pensait de lui, et il en riait volontiers, à ses heures. Un jour, à rÉIysée, après la lecture d'un petit travail qu'il avait désiré, il se mit à sourire en me regardant : « Savezvous ce qu'on dit de nous? me demanda-l-iL — Et quoi donc? Prince. — On dit que vous êtes mon teinturier. — Eh bien ! Prince, cela prouve que ceux qui pensent ainsi ne se connaissent pas en teinture. > En langage familier de journalisme, un teinlurier est celui qui arrange ou qui fait les articles ou les livres d'un autre.

L'Empereur eut successivement près de sa personne deux gourmets de premier ordre en fait de style, M. Mbcquard et M. Conti, surtout le premier. Je crois qu'à nous trois nous avons été ceux qui purent étudier de plus près sa valeur comme écrivain. Nous avons toujours été d'accord pour reconnaître que lorsqu'il prenait le temps nécessaire pour faire sa phrase, l'Empereur la jetait dans un moule dont personne n'eût été en état de surpasser la noblesse et la fermeté. L'Empereur était inaccessible au plus léger sentiment de vanité, mais il se connaissait, et il savait que je lui rendais justice.

Mais, j.e dois le répéter, ce n'est qu'à partir de ses voyages à Lyon, en Alsace et en Nomundie que le

Prince eut occasion de convaincre le public de ses émînentes facultés. M. Odilon Barrot, qui fut son premier ministre, du 20 décembre 1848 au 30 octobre 1849, racoiite dans ses Mémoires que l'Empereur développa plus tard des capacités alors ignorées; mais il le considérait alors comme un enfant, dont il se moquait avec ses collègues; et le général Changarnier, un esprit pourtant si réfléchi et si fin, le traitait, comme on verra, de Thomas Diafoirus en plein conseil des minisires. M. Odilon Barrot, un homme pourvu néanmoins de facultés qui n'étaient pas communes, mais qui n'estimait, en politique, que l'art de parler indéfiniment à la tribune, fut longtemps à revenir des idées qu'il s'était faites du Prince, lequel écoutait beaucoup, mais parlait peu. Il le railla encore dans ses Mémoires^ écrits sous l'Empire, des pantalons à bandes rouges qu'il portait quelquefois, même au conseil. « Toutes les fois, dit-il, qu'il paraissait au conseil avec son pantalon à bandes rouges, nous échangions, mes collègues et moi, un sourire d'intelligence » ; et se plaignant, comme on dit, de ce que la mariée était trop belle, il ajoute en gémissant : « Malheureusement, il avait bien fallu prendre la force que le nom de Napoléon et les cinq millions de suffrages accordés à ce nom nous apportaient. » Parmi les collègues de M. Odilon Barrot, qui riaient des pantalons à bandes rouges du Prince, et qui s'estimaient malheureux d'accepter les forces que l'influence de son nom leur donnait, se trouvait M. Dufaure. Depuis la chute de l'Empire, M. Dufaure est redevenu ministre; mais je ne crois pas qu'il se soit jamais plaint d'être trop fort.

DÉDAIN DES HOMMES POLITIQUES POUR LE t PRINCE. ATTENTION DU PEUPLE POUR LUI

Le général Ghangarnier traite le Prince de Thomas Diafoi- - rus en plein conseil. — Surprise et chagrin de M. Odiion Barrot, en voyant éclater sa popularité. — Affection du peuple pour lui. — Le rempailleur de Saint-Cloud. — Le cordonnier de Bélesta. — Je . me charge de remettre au Prince les bottes qu*il avait faites pour lui. — La lettre de M. Mocquard au cordonnier. — Le Prince et les commères du faubourg Saint-Antoine.

L'erreur du général Ghangarnier sur le Prince alla encore plus loin que celle de tous les autres, car il douta à la fois de son intelligence et de son courage. G'était vers le IS mai 1850. Les sociétés secrètes, contenues par l'énergique répression infligée, le 13 juin précédent, à Ledru-Rollin et aux complices de son insurrection, s'étaient de nouveau réorganisées dans le Midi, sous le nom de Jeune Montagne. Elles avaient choisi, pour occasion d'une nouvelle prise d'armes, la loi dite plus tard du 31 mai, destinée à réduire d'environ trois millions le suffrage universel, et fixé l'insurrection au 18 mai, jour où le rapport de la loi, fait par M. Léon Faucher,

ri8 SOUVENIRS DU SECOND EMPIRE

devait être porté à la tribune. Le gouvernement était très exactement informé de la conspiration, et l'arrestation des chefs ainsi que la saisie des papiers, opérée à Béziers le 26, vinrent justifier les mesures qu'il avait prises. La levée de boucliers était sérieusement organisée, et le réquisitoire du capitaine Merle, prononcé le 26 août devant le conseil de guerre de Lyon, ne laissa aucun doute sur sa gravité.

C'était en vue d'arrêter définitivement les mesures à prendre pour vaincre l'émeute, prévue à Paris pour le 18 mai, que le conseil des ministres se réunit à TÉlysée vers le 15. C'était le cabinet formé le 31 octobre précédent, à la place de celui qu'avait présidé M. Odilon Barrot, Dans ce nouveau cabinet figuraient M. Baroche, M. Rouher, M. Fould, M. le général d'Hautpoul, M. Du* mas. M. le général Changarnier, qui avait le double commandement de l'armée de Paris et de la garde nationale, y avait naturellement été appelé.

Invité à faire connaître les moyens qu'il avait préparés pour la défense de Paris, le général Changarnier refusa de s'expliquer, alléguant qu'un général en chef ne doit jamais divulguer ses plans à l'avance. Il ajouta qu'en prévision du cas où il viendrait à être tué ou mis hors de combat, il laisserait un pli cacheté contenant ses dispositions militaires.

Cette réserve parut un peu exagérée, et M. le général d'Hautpoul, ministre de la guerre, proposa d'étudier sur-le-champ les points stratégiques de Paris, et d'arrêter un mode de défense. Cette étude exigeait un plan de Paris. Il n'y en avait pas sur la table du conseil, et le

Prince se leva pour aller en chercher un dans son cabinet. Le Prince était à peine sorti de la salle du conseil, que le général Changarnier, se soulevant un peu dans son fauteuil, les mains appuyées sur la table, et regardant les ministres, leur dit à demi-voix : « Ah çà ! messieurs, j'espère bien que s'il y a émeute, ce n'est pas dans rintérêt de ce Thomas Diafoirus que nous la combattrons ! »

Un silence glacial accueillit ces paroles. Elles étaient la révélation, également imprudente et inconvenante, de desseins qui éclateront bientôt ; et elles seront suivies d'événements qui prouveront à quel point la clairvoyance du commandant de Paris s'était abusée.

Les détails de cette scène me furent racontés en détail, d'abord par M, le général d'Hautpoul, brave et loyale nature, un peu mon compatriote, et plus tard par M. Rouher.

Le cabinet, pour éviter un froissement alors inopportun, crut devoir laisser ignorer au Prince cette grave révélation des sentiments du général Changarnier, jusqu'au retour de son voyage. Elle n'altéra, à aucun degré, l'esprit de justice qui l'animait. Le Prince avait une grande estime pour les talents militaires du général, et même une sincère amitié pour sa personne. C'est avec un sensible regret qu'un peu plus tard il se sépara de lui ; et longtemps après, lorsque les événements les eurent éloignés l'un de l'autre, il se plaisait encore à parler de leurs bons rapports d'autrefois, et des desseins qu'il avait fondés sur son concours. Je rapporterai plus loin une preuve qui m'est personnelle de l'idée haute et

affectueuse que l'Empereur avait conservée du général, et des regrets que lui laissa leur séparation.

De son côté, le général ne sut malheureusement ni maîtriser le sentiment de rivalité qu*il nourrissait, ni se guérir de l'aveuglement qui lui voilait les qualités du Prince. Même un an plus tard, il continuait à croire à son propre prestige et à ne pas croire à celui du Président; et, le 3 juin 1851, obsédé et comme provoqué par les ovations que les populations venaient de lui prodiguer, il s'érigeait en lord protecteur de T Assemblée, et s'écriait à la tribune : « On n'entraînerait contre TAs* semblée ni un bataiUon, ni une compagnie, ni une escouade; et l'on trouverait devant soi les chefs que nos soldats sont accoutumés à suivre sur le chemin du devoir. Mandataires de la France, délibérez en paix. »

Ainsi, et il est essentiel de le constater, le prince Louis-Napoléon, qui avait le sentiment de sa popularité et de sa force, s'il ne cessa pas un seul jour de croire à son élévation future, ne songea pas non plus un seul jour, pendant deux années, à devancer Theure où s'accomplirait sa destinée. Il sentait, comme tous ceux que la passion n'aveuglait pas, se former dans l'atmosphère politique un courant qui portait rapidement et irrésistiblement les esprits vers le rétablissement d'une monarchie forte. Il était même persuadé que la pression de l'opinion publique finirait par vaincre la résistance dont la lettre de la Constitution armait les partis rivaux, et ce fut là le seul point sur lequel il se trompa. Patriote, son tort fut de croire au patriotisme d'autrui; mais, pendant les deux premières années de sa présidence, jamais la

pensée ne lui vint de précipiter les événements par un coup d'État, et les hommes importants de l'Assemblée, qui auraient pu le redouter, ne Ten croyaient même pas capable.

La France conspirait trop ouvertement pour lui, pour qu'il eût besoin de conspirer lui-même, et il avait incessamment sous les yeux les témoignages ardents et réitérés de l'affection publique.

Déjà considérable à Tépoque où il fut nommé député à l'Assemblée constituante par plusieurs départements, la popularité du Prince avait débordé depuis son élévation à la présidence. Cela désolait M. Odilon Barrot, préoccupé de contenir i'essor de cet aiglon, éclos subitement à la chaleur du suffrage universel, et dont il craignait à tout moment de voir s'ouyrir les ailes.

€ Louis-Napoléon, a-t-il dit depuis dans ses Mémoires ^ avait pris possession du pouvoir avec éclat. Il avait passé en revue l'armée de Paris, revêtu de l'uniforme de général et du grand cordon de la Légion d'honneur, qu'il avait reçu dans son berceau comme prince impérial. Le spectacle était nouveau, et des acclamations enthousiastes de : Vive Napoléon ! faiblement mêlées de cris de : Vive la République! l'avaient accueilli sur son passage... J'avais fait avec lui une visite dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine, et la population ouvrière de ce vaste faubourg s'était pressée autour de lui, avide de contempler le successeur de Napoléon.

« Bientôt même, ajoute M. .Odilon Barrpt d'un air con triste, les cris de : Vive V Empereur! s'en mêlèrent. Ne sachant, dit-il, comment classer Tex-roi Jérôme dans

un cadre républicain, nous Favions nommé gouverneur des Invalides. Rien de plus simple en apparence. Eh bien ! voilà qu'à la cérémonie d'installation, ces vieux soldats, cédant à l'ivresse de leurs souvenirs, se mettent à crier : Vive l* Empereur! De là, de vives interpellations de la Montagne, qui me forcèrent de monter à la tribune et de demander l'indulgence de l'Assemblée pour ces vieux soldats. > Enivré de ces luttes de la tribune, aussi stériles que bruyantes, M. Odilon Barrot ne comprenait pas que l'opinion publique, ne tirant ni gloire ni profit de tout ce vent sonore dépensé en pure perte, se rattachât à un nom immortel, qui rappelait la supériorité de la fermeté sur l'intrigue et* de l'action sur la parole.

J'aurais à choisir parmi les faits qui apportaient chaque jour au Prince des témoignages de sa popularité, et qui venaient le confirmer dans sa résolution d'attendre l'avenir avec confiance. Je n'en citerai que deux : l'un que le Prince me raconta à Saint-Cloud, l'autre qui me rendit auprès de lui l'intermédiaire de l'affection naïve et touchante d'un ouvrier de la province.

Pendant Tété, le Prince habitait le palais de Saint- Cloud. Il aimait fort le cheval, et il faisait dans la campagne des environs de fréquentes promenades. Un jour, il rentra un peu après son heure ordinaire, et je l'attendais en causant avec les officiers de service. Lorsque je fus appelé, je le trouvai ému et souriant.

c Si quelque Burgrave, dit-il, m'avait accompagné à la promenade, il aurait eu des inquiétudes sur l'avenir. > Puis, il me raconta l'accueil chaleureux que lui fai-

saient d'habitude, pendant ses promenades» les paysans des environs de Saint-CIoud.

« Tout à l'heure, ajouta-t-il, je gravissais un sentier tracé au milieu des vignes. En face de moi descendait un homme qu'au genre de fardeau qu'il portait, j'ai jugé être un rempailleur de chaises. J'écartais déjà un peu mon cheval pour le laisser passer, lorsque cet homme, déposant son fardeau, s'avance vers moi, la chemise ouverte à la poitrine, les bras nus, et d'un ton familier mais sans hauteur, me tutoie et me dit : c Arrête-toi un n instant, et laisse-moi te dire un mot. On dit que làc bas, à la Chambre, ils ne veulent pas de toi. Eh bien ! « nous en voulons, nous ! Nous savons que tu aimes le « peuple et l'ouvrier. Qu'ils n'oublient pas que c'est nous < qui t'avons nommé, et qu'à ton premier ^signal, nos « bras et nos poitrines sont à ton service. » Cet homme touchait mon genou de ses poings fermés, et comme mon cheval s'impatientait, il s'est rangé tout aussitôt en me disant : « Compte sur nous ! » Tous ceux que je rencontre dans la campagne se dressent et se découvrent ; et ces bons Burgraves s'abusent bien s'ils s'imaginent qu'ils peuvent lutter contre moi.

On sait que les petits journaux satiriques, rappelant une pièce célèbre de Victor Hugo, intitulée les Burgraves^ dans laquelle les principaux rôles étaient joués par des vieillards, avaient donné le nom de Burgraves aux vieux parlementaires hostiles au Prince. M. Mole M. Thiers, M. Berryer étaient des Burgraves.

Le second fait que j'ai à raconter montre que, même dans les provinces les plus éloignées, les paysans et les

ouvriers avaient Tàme remplie de la pensée du Prince. Le 4 octobre 1852, je m'étais rendu à Toulouse, ainsi que deux cent mille personnes des départements environnants pour saluer le Prince, qui poursuivait son voyage dans le Midi, et le 7, après son départ pour Bordeaux, je cédai à la proposition d'aller faire une excursion dans les montagnes de TAriège, et de visiter les belles forêts de sapins de Bélesta et de Puyvert. J'étais un jour à dîner, avec l'abbé de Cassagnac, mon frère, chez le bon curé de Bélesta, lorsqu'on vint me dire qu'un ouvrier demandait à me parler. Je le vis après diner, et voici ce qu'il me dit :

— Monsieur, je suis ouvrier cordonnier, et j'habite Bélesta. J'aime le prince Louis-Napoléon, et j'ai eu la pensée de lui offrir une paire de bottes. J'ai mis près de deux ans à les faire, travaillant le soir, après la tâche régulière due à mon patron. Je les crois curieuses et dignes de lui ; mais j*ai vainement cherche quelqu'un qui consentit à les lui remettre de ma part. Toutes les autorités m'ont refusé. Vous êtes ma dernière ressource. J'ai appris que vous étiez chez M. le curé ; on vous dit accessible et serviable comme M. l'abbé, votre frère; et tout le monde sait que vous approchez le prince Louis- Napoléon. Je viens donc vous demander si vous ne consentiriez pas à me rendre le service que tous les autres m'ont refusé, et à faire remettre au Prince, de la part d'un pauvre et obscur ouvrier, qui l'aime bien, ces botteâ qui ont occupé mes doigts et ma pensée pendant

prèsde deux années.

— Mon ami, répondis-je sans hésiter, allez chercher

VOS bottes ; je les emporterai, et je vous promets qu'aussitôt rentré à Paris, je les ferai remettre au Prince, de votre part. Je connais assez sa bonté envers les hommes qui Taiment, comme vous, pour rester persuadé qu'il vous en fera accuser réception.

Mon homme partit comme une flèche, et revint en dix minutes, portant une petite caisse bien proprette, fermant à cadenas, avec une clef suspendue à une faveur rose. Il déballa avec précaution deux bottes, dont la vue me fit pâlir ; mais le brave ouvrier était trop occupé de son chef-d'œuvre pour faire attention à mon visage.

Les deux bottes, forme à la Souvarow, portaient les principales batailles et les plus illustres maréchaux de l'Empire, avec l'empereur Napoléon achevai, au milieu; le tout, visages, costumes, chevaux, canons, rendus à l'aide de cuirs de diverses couleurs, rouges, bleus, jaunes, verts, blancs, finement piqués à petits point3 sur l'empeigne et sur la tige. Un saltimbanque de foire se serait pâmé d'orgueil et de joie en chaussant ces bottes, dont les semelles elles-mêmes étaient couvertes de légendes. Je commençais à considérer la remise de cette offrande comme une entreprise hasardeuse, et la témérité de ma promesse m'inquiétait déjà. Mais j'avais promis et il n'y avait pas à s'en dédire. Tout à coup, l'idée de mettre M. Mocquard dans l'affaire me traversa l'esprit; et, avec Mocquard dans son jeu, on pouvait tout risquer.

En effet, arrivé à Paris, et au milieu des émotions causées par les préparations du rétablissement de l'Empire, je racontai à M. Mocquard l'histoire des bottes.

Il voulut les voir, et il rit aux larmes du musée napoléonien qu'elles présentaient; mais pour lui, comme pour moi, il se dégogeait de ce bariolage une pensée touchante : c'était celle d'un Draveet bon ouvrier, employant ses loisirs et ses économies à orner à sa manière une chaussure de parade, comme un moine artiste eût dessiné autrefois le vêtement d'un saint ou le manteau d'une madone.

M. Mocquard eut ordre de l'Empereur de remercier le cordonnier de Bélesta. Il lui écrivit une lettre charmante, et lui envoj^a, au nom du souverain, une jolie épingle de cravate, montée avec une pierre fine.

Tel fut le Prince pendant deux années et jusqu'au moment de la lutte avec l'Assemblée, lutte qui s'ouvrit avec l'année 1851, pour se clore avec elle; laissant ses amis s'exalter, ses ennemis s'agiter, se montrant également patient aux hommes et aux choses, et ne se départant jamais de celte douceur avec laquelle, en 1848, il avait charmé les commères du faubourg Saint-Antoine, lorsque, venu à Paris incognito, il alla visiter les ruines que le canon du général Cavaignac avait faites dans le faubourg.

C'était le 26 juin, pendant la trêve que le général Cavaignac avait offerte aux insurgés. Les femmes de la grande rue du faubourg, moins exaltées et plus pratiques que leurs frères, leurs maris ou leurs enfants, se hâtaient de démolir les barricades. Pendant qu'elles travaillaient à cette œuvre réparatrice, elles virent s'avancer, calme et marchant lentement à cause des obstacles de diverses natures qui encombraient encore la rue, un

homme appuyé au bras d'un ami, ganté beurre frais et la canne à la main, qui passait en les regardant faire. Choquées à la fois de cette tenue aristocratique et de cette sécurité, les commères l'apostrophèrent vivement : « Dis donc, mîrliflore, tu ferais bien mieux, au lieu de te promener avec tant de nonchalance, de nous aider à remettre les pavés en place. — Vous avez raison, la petite mère, répondit le promeneur. Je viens précisément pour tâcher de rétablir Tordre, et il est bien juste que je vous aide dans votre œuvre de pacification. »

Aussitôt fait que dit, le promeneur s'arrête, ôte ses gants avec méthode, les remet à l'ami avec la canne; prend et soulève un pavé, l'ajuste dans son trou, Ty scelle soigneusement avec quatre poignées de sable; puis, cela fait, remet ses gants, reprend sa canne et s'éloigne en saluant les commères, qui l'applaudissent en éclatant de rire.

L'Empereur aimait à raconter cette historicité, qui peint son caractère. Tel nous allons le retrouver, même au plus fort de la lutte qui va commencer avec la Chambre, et dont le récit doit être précédé de l'état des forces en hommes et en journaux, qu'il avait pour et contre lui.

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