‹ Souvenirs du second empireChapitre 3 sur 33 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Crécy, Poitiers, Azincourt, Pavie, Moscou, Waterloo sonnant le glas de la Patrie !

Tous ies noms immortels de Tolbiac à Lodi, Arcole, Marengo, Les Pyramides, Austerlitz, Wagram, léna, Magenta, Solférino, et encore et toujours d'autres victoires éclatant en un rayonnement de gloire, en une auréole fulgurante de conquêtes, en une apothéose de liberté, témoignages de vie du Peuple français !

Puis, le chaos, l'effroyable désastre, le colosse atteint, sape à la base, l'écroulement de cette France qui se croyait invincible et dormait ensevelie sous ses lauriers d'antan, la pâle déroute hurlant son « sauve qui peut » !

Et, dans l'accompagnement du tocsin, des obus, de la fusillade, des crépitements d'incendie, des gémissements des. blessés, des cris des torturés, des râles des mourants, l'effondrement d'un Empire, l'anéantissement d'une armée, l'infernale sarabande des vainqueurs teutons, ronde folle des victorieux d'un jour autour de la fosse du lion tombé dans l'embuscade, du lion garotté, écumant, crachant son dédain à la face de ses innombrables bourreaux : SEDAN!

Et, depuis bientôt quarante ans, la Patrie s'est vu renaître ; elle a préparé les luttes possibles dans le calme de la paix ; la moisson a repoussé dans les champs ensanglantés ; la Nature olernelle a repris ses droits et les traces

comme les souvenirs de l'Année Terrible s'en vont, s'égrènent, s'éteignent, se fondent sous une atmosphère d'oubli, de bien-être factice, nous allions dire de résignation !

Notre escadre s'est promenée dans les eaux allemandes, sous le pavillon impérial noir et rouge sang de 1870 ; nous tremblons, nous n'osons pas noJus fortifier, nous laissons les Ardennes ouvertes, nous nous abaissons à solliciter des alliances chimériques et nous oublions que nos trois couleurs ont^ flotté sur toute l'Europe et ont porté partout l'honneur et la liberté.

Nous oublions que nous'sommes du sang des vieux Gaulois ; nous oublions que la Prusse, après léna, a mis soixante ans à couver sa revanche avec un acharnement que nous devrions lui envier ; nous oublions que le premier rang nous est assigné dans l'œuvre de la civilisation.

Nous oublions, et cela est plus grave, que les provinces perdues nous attendent en vain, que toutes nos plaines de l'Est sont fertilisées par les cadavres des nôtres ; nous oublions que nous avions des pères, des parents, des amis qui subirent les humiliations des jours sombres et qui sont morts sans avoir vu se lever l'aurore des justes représailles et des triomphes vengeurs 1

Allons, debout ! à l'ouvrage, ceux de France ! Songez aux héros tombés pour la Patrie, songez aux soldats sacrifiés conduits en troupeaux en Allemagne, évoquez les atrocités commises par les vainqueurs, serrez les rangs et devancez l'heure fatidique qui, tôt ou tard, sonne à l'horloge des peuples de par la loi du destin.

Allons, en avant, pour la France ! Et pour vous mettre du cœur au ventre, faites-vous raconter l'année néfaste par vos anciens, tressaillez au souvenir des héros inconnus, tombés aux champs de bataille, jurez de les venger !

Apprenez notre histoire, parlez sans honte de nos dé-

faites, glorifiez-les, elles le méritent, car tout fut pe^du, fors l'honneur !

Et, si nous écrivons aujourd'hui LES ETAPES DOU- LOUREUSES, c'est parce que nous avons la conviction qu'il est temps de dire la vérité. L'heure a sonné de crier bien haut que l'armée de Sedan, à quelques rares exceptions, fut admirable de bravoure, depuis le simple soldat jusqu'aux chefs, et, si les ordres de Paris et la fatalité ont poussé le commandant en chef dans la fosse de Sedan, tous ils ont lutté pendant neuf heures, sans trêve ni repos, tous ils ont dû s'incliner et subir l'inévitable capitulation, à bout de forces, sans munitions, sans vivres, dans l'impossibilité absolue d'une trouée, en présence d'un ennemi trois fois supérieur, devant Tinutile massacre.

A ceux qui ont dit (( la honte de Sedan » , nous opposons la lutte glorieuse de l'armée française, les morts héroïques, l'admiration même de l'ennemi, la courageuse conduite de la cité sedanaise, le dévouement des citoyens de Sedan, et la Vérité, que les passions politiques ont trop souvent dénaturée pour les besoins de leur cause, mais qui finit toujours par ressortir éclatante et pure dans lerayonnenient d'honnêteté et d'intelligence de notre belle terre de France !

Baron Albert Ve^ly.

Page 1