Chapitre I
De Metz à Chalons et à Mouzon
A Met: : Lettres du colonel Verly. — Le 13 août 1870. — LontjeviUe. — Le 15 août — Gravelotte. — Verdun. — Camp de Chalons. — Hésitations de l'Empereur. — i)rdre:i tie Paris. — Marche décidée sur Montmédy. — Envai du Prince Napoléon en Italie. — Départ du Prince impérial pour Mézières. — La dernière escorte. — HéxitaUons du Maréchal de Mac-Mahon. — Nouveaux ordres de Paris. — Inaction de Bazaine. — Il se fixe .vms Metz, — Tentative d'attentat sur Napoléon III. — /vc dmer du Maréchal à Stonne. — L'Empereur à Rau-^ amri. — Débandade de l'armée. — Départ pour Carignan. — Napoléon III au moulin de Ponçay. — Le canon de Beaumont.
Il es! inutile de raconter ici le début de la campacne de 1870 ] tout le monde le connaît : l'arrivée triomphale à Metz, l'enthousiasme général, l'affaire de Saarbruck, les défaites de W îssembourg et de Wœrth, l'héroïque charge de Rei&choffen ! Puis, l'accablement de l'Empereur, en constatant que malgré les rapports officiels, nous avions à peine a 30. 000 hommes à opposer aux torrents germaniques ; son découragement en recevant les nouvelles et les
ordres rontradicloires de Paris, et enfin, son abiiésalibn, son abdication^ pour ainsi dire, quand il confia, le li août, le commandement gonoral de Tarmce à Bazaine, se réservant à lui, souverain, le rôle de spectateur intéressé, sans droit à la critique, sans droit à h protestation.
C'est en ce jour fatidique du i3 que Napoléon IIl a signé sa d<5chéance,
C est ce jour là que Bazaine a laisse errer sur ses lèvres minces un souriœ d'ambition satisfaite, un sourire de rancune, préface de toutes les trahisons.
C'est ce joiir là qu'à ParLs, les Orléanistes et les Riipubliiains ont senti qu'ils allaient être les maîtres.
C'est ce jour là mie Tlmpératrice régente, mal entxjurée, mal conseillée, funeste elle- môme à T Empire, jeta son influence dans la balance, se mit à dicter ses volontés et les ordres de ses conseillers au malheureux Empereur, qui, oscillant sans but d'une décision à l'autre, s'usant en mar* ches et en contre-marches, pérogrina de Metz à Châlons et de Châlons à Sedan, sommet du calvaire.
Nous donnerons au fur et à mesure de notre récit des extraits de la correspondance entretenue par le colonel des cent-afardes, le baron Verly, avec sa laniille (i).
Toutes ces letl res, écrites à la hâte entre deux étapes et sous le canon, jettent un jour lumineux sur les hommes et sur les choses. Quand les temps seront venus où s'écrira, sans passion, rbisloire d'une époque, les historiens ne dédaigneront pas les documents que nous reproduisons : ils émanent d'un honnête homme, d'un soldai, d'un Fran* çais !
(1} Voir UEscQiJroîi deti Ceni-Gardcs, par b* L>arari Altsoi't Viirly, (Paris^ Libraij'ie OileiidorffJ,
Voici quelques lettres écrites avant le 1 3 août :
Grand Hôtel de l'Europe Monier
Metz, 36 juillet 187Ô.
... Je ne veux pas vous laisser trop longtemps sans nouvelles. J'ai, pour la première fois, dormi en chemin de fer, mieux que dans mon lit, parce que j'avais un de ces coupés-lits nouveaux sur les chemins de fer allemands : ce sont de vrais lits moelleux et longs.
Mme la maréchale Le Bœuf, sa fille et son bébé, voyageaient dans la même voiture que moi (le compartiment à côté) pour rejoindre le maréchal et voir d'Aubigny,
Au lieu d'arriver à 4 heures du matin, nous ne sommes arrivés qu'à 9 h. ^ ; ces cinq heures de retard ont eu pour cause une obstruction de la voie par suite d'un choc entre deux trains de voyageurs, vides ; il y a eu un chauffeur tué et deux ou trois blessés.
Je ne sais quand nos hommes pourront arriver : ce ne sera probablement que fort avant dans la nuit.
Nous recevrons l'Empereur jeudi ou vendredi.
On vient de nous apporter trois officiers badois dont le régiment s'était permis de faire une petite fugue sur nos^ frontières ; leur régiment a été rudement malmené par le 2* régiment de chasseurs.
Ces pauvres diables de prisonniers font une drôle de tête : ils sont bien penauds.
Je suis à l'hôtel, en attendant un logement.
Je n'ai rien de nouveau à te dire, parce que jusqu'ici je ne me suis encore occupé que de préparer le logement de mes hommes et de mes chevaux.
Au moment où je t'écris ceci, je reçois une dépêche de l'Empereur m'annonçant son arrivée pour jeudi soir à
7 heures ; il arrivera avec le prince impérial et le prince Napoléon.
Voilà la nouvelle la plus fraîche que je puisse donner.
J'oubliais de vous dire que Gustave Nadaud est venu à II heures ; peu après votre départ de Paris, il a fait un chant patriotique dont il m'a chanté un couplet oti il y a (( Fils de héros, nous ferons... » etc. ; « Malheur à qui brave la France... » etc. ; c'est très beau : il allait faire répéter cela au Vaudeville.
Albert Verly.
Metz, 2 août 1870.
Ici il y a un tel encombrement de lettres et de paquets, qu'il est impossible aux employés de la poste de se tirer d'affaire ; je suis allé moi-même dans les salles intérieures de k poste : j'ai trouvé des lettres en tas de un mètre de hauteur.
Nous étions dans le calme plat jusqu'à ce jour. Aujourd'hui, l'Empereur est parti, ce matin en chemin de fer, avec le Prince Impérial, pour se rapprocher du théâtre où la pièce va se jouer. Nous sommes dans l'attente, ne sachant pas si l'Empereur va rentrer à Metz ou si nous recevrons l'ordre de nous porter en avant.
L'Empereur n'a amené avec lui qu'un aide-de-camp et un officier d'ordonnance : tout le reste est ici avec nous
dans l'attente. C'est peu amusant
Metz, 6 août 1870.
... Je crois que nous allons quitter Metz cette nuit ou demain matin pour nous diriger sur Saint- Avold. En tout cas, ne changez jamais mon adresse, que je répète : (( Au Quartier Impérial, armée du Rhin », sans nom de ville.
II y a deux jours, là division du général Douay (celui qui était commandant de place à Lyon, il y a quelques itnnées) a été attaquée par trois divisions prussiennes : trois de nos régiments ont, pendant deux heures, résisté à tous les efforts d'une troupe quatre fois plus nombreuse et se sont retirés en bon ordre pendant huit kilomètres. Le brave général Douay a payé de sa personne et il est mort à la suite de ses blessures. Nous avons perdu un canon, dont les chevaux étaient tués et Falfût brisé, pas mal de blessés et, dit-on, de prisonniers ; les ennemis ont éprouvé de très grandes pertes.
Aujourd'hui 6 ou demain 7, le maréchal Mac-Mahon prendra probaUeinenf une revanche éclatante.
Nous sommes, comme vous, sans nouvelles positives. La guene commence à se dessiner.
Le pauvre Gaujal vient de mourir d'une apoplexie foudroyante ; il y avait à peine trois semaines qu'il était guéri.
L'armée a une confiance et un entrain magnifiques ; la surprise d'avant hier n'a fait que redoubler la confiance et donner à chacun plus d'ardeur.
Nous n'avons ni chaud ni froid. Au reste, nous ne nous en apercevons plus, dès que nous avons le harnais sur le dos ; nous allons tous bien. L'Empereur et le Prince se portent à merveille.
Je suis toujours logé chez Mme Subi, rue Saint-Vincent, à Metz. Il faut me conserver cette adresse, afin que je puisse un jour, si Dieu me prête vie, la remercier de ses attentions délicates. Maître Poyet (i) est logé comme un prince, je crois qu'il engraisse depuis que nous sommes en
campagne. A.V.
(1) Poyet était un cavalier de remonte, ordonnance du colonel Verly ; il partagea plus tard la captivité de son chef et fut un modèle de dévouement et de fidélité. Ce brave garçon est mort il y a quelques années.
■ Mçtz, 7 août 1870.
C'est le cœur navré que je t'écris ces quelques lignes r i>ous sommes non pas tout. à fait défaits, mais peu s'ea faut.
Ce que nous pouvons faire, c'est de résister le plus possible. Nous avons contre nous 65o.ooo hommes, et Fincurie ou Terreur du Ministre de la Guerre ne nous permet d'avoir en ligne que 210.000 hommes, au lieu de 45o.ooo qu'il avait déclarés prêts.
Les réserves sont encore chez elles ; nos hommes se battent comme des lions, mais quand ils ont bousculé un ou deux corps, ils ont devant eux des troupes fraîches. La vic-^ toire est impossible : il ne nous reste plus que la résistance opiniâtre et l'appel à la nation.
Que Dieu sauve la France !
Priez pour l'Empereur !
Ne crains rien pour moi. Je crois que nous allons battre en retraite aujourd'hui, mais je ver$e des larmes de honte, de sang et de rage.
' ' Baron Verly.
Metz, 10 août 1870.
' ... Tu dois aujourd'hui savoir aussi bien que moi les* changements qui ont eu lieu dans le Ministère, à Paris.
La mçsure,esvt bonne, bien que tardive. L'armée se voit avec satisfaction privée de l'homme qui, par son incurie, . Ta placée dans une position extrêmement difficile.
Je crains qu'on ne veuille rendre l'Empereur responsable des bévues de son Ministre de la Guerre II est à souhaiter que le Corps législatif conserve, pur de tout esprit de parti, l'élan patriotique qui animait toute la France il y a quelques jours.
Avec un peu d*esprît, d'ordre, de la fermeté et de la décision, rien n est encore perdu pour nous.
Nous avons encore intacte, sous les murs de Metz, une armée de 120 à iBo.ooo hommes sous le commandement -du maréchal Bazaine. Tous, chefs et soldats, sont pleins •d'entrain et de confiance.
Le maréchal Canrobert est à Châlons avec une quarantaine de mille hommes frais ; chaque jour des réserves rejoignent.
Le brave maréchal de Mac-Mahon est enfin arrivé à Lunéville avec ce qui lui restait de son héroïque corps d'armée. Dans quelques jours, après le repos nécessaire, tout cela va renaître.
D'après tout cela, tu vois que nous sommes prêts à parer au plus pressé et qu'il n'y a pas péril en la demeure, comme il y a cinq jours. Les Prussiens, en écrasant par le nombre le corps du maréchal de Mac-Mahon, ont, de leur €Ôté, subi de rudes pertes. Cela a dû leur donner à réfléchir et les arrêter un peu dans leur élan. C'est ce qui nous a donné le temps de nous refaire.
Le général de Montauban prend le Ministère de la Guerre en remplacement du maréchal Le Bœuf. Il inspire une grande confiance. Nous ne savons pas encore qui remplacera le maréchal Le Bœuf comme major général : nous espérons que ce sera le général Trochu.
L'Empereur a besoin d'avoir près de lui un homme intelligent et actif qui ne le pousse pas à donner des ordres fâcheux à tous les points de vue.
Entre autres pertes, j'ai à te signaler la mort du colonel de Wassart, qui était officier d'ordonnance de l'Empereur ; de ce pauvre de Gramont (Mouton), qui avait eu le bras enlevé et qui est. dit-on, mort des suites. J'ai serré
— asce matin la main à son frère le général, qui ne sait rien encore : je ne lui ai rien dit.
Le général Changarnier est venu se joindre à nous. Ce vieux brave de soîxanle-dix-neuf ans est bon à voir ; il réjouît le cœur par son élan juvénile ; il veut monter à cheval avec nous. L'Empereur Ta parfaitement reçu ; il le fait manger à sa table : c est une belle réconciliation politique.
Nous allons toujours bien.
Albert Verly.
Metz, 12 août 1870.
Il ne faut pas nous croire plus malades que nous ne sommes, c'est notre cœur de soldat qui a été atteint par un échec, c'est la perte de quelques centaines de braves gens que nous déplorons amèrement, parce qu'avec plus de prévoyance de la part du Ministre de la Guerre, nous aurions pu éviter ce premier mouveinent de retraite, auquel le Français n'est pas habitué.
Mais, à part 5 à 6.00c victimes que nous pleurons, notre armée est aujourd'hui en bien meilleure condition que lorsque nous sonmies arrivés ici. Le moral de la troupe est parfait ; le dernier des soldats ne demande qu'a marcher, et Dieu sait de quel ton et avec quelle ardeur. Soyez donc rassurés. J'en suis maintenant à me demander si ce premier échec n'a pas été une leçon nécessaire, pour nous apprendre à nous garder, à nous éclairer, à nous assurer que nous sommes suffisamment pourvus d'hommes, de vivres et de munitions.
Il me semble quaDatit la guerre je vous avais, en conversatioriy signalé bien des fois les défauts de notre armée. Il faut que l'expérience les corrige, La principale qualité du chef n'est pas la bravoure, mais la prévoyance qui épargne
la vie et la santé des soldats. Tout le monde, en France, est brave ; mais les officiers travaillent trop peu, et ne savent pas leur métier.
C'est là que le bât nous blesse.
Heureusement pour nous qu'une indomptable énergie vient sur les champs de bataille rétablir un peu l'équilibre rompu d'abord par les fautes.
Maintenant on envoie des colonels pousser des reconnaissances à 20 ou 25 kilomètres. Ce ne sont que des promenades sans résultats. C'est mal fait, et nous serons encore surpris. Nous ne savons même pas où sont les ennemis, mais ce sera beaucoup moins grave parce que nous sommes en force. Le maréchal Bazaine est avec 180.000 hommes sous les remparts de Metz, dans une position inexpugnable.
D'après ce que je vois, si messieurs les Prussiens ne nous harcèlent pas, nous serons encore ici, à Metz, pour assez de temps.
Une chose qui nous fatigue tous, c'est d'être dans l'ignorance presque absolue de ce qui se fait ou doit se faire. Nous sommes réduits à l'état de machines. J'écoute chacun faire son plan de campagne plus ou moins absurde, et j'en ris.
Pendant que nous sommes à Metz, citons quelques lignes du général Faverot qui fut nommé écuyer de l'Empereur le 19 juillet, pour la durée de la guerre.
Cet éminent officier a publié dans le Gaulois, un remarquable article dont nous extrayons les passages qui suivent :
(( Le 25 juillet, je partais pour Metz à 7 h. 5o du soir.
avec Rainbeaux et Olivier d'Aure. Dans le même train que nous, étaient le colonel Verly et d'autres officiers : « Que je vous présente^ me dit d'Aure^ au commandant de La Hayrie, mon ancien camarade du Mexique. » Et il le. fit monter dans notre compartiment. C'était un admirable soldat, loyal et brave comme son sabre. Il était, de plus, doué d'une force herculéenne; On raconte qu'étant caserne, après le siège de Paris, à Courbevoie, avec son régiment, il se croisa un soir, sur le pont, avec une sorte de colosse, d'aspect peu rassurant, qui, à la vue de son uniforme, l'injuria en le traitant de capitulard : « Tais-toi, lui dit La Hayrie, car il pourrait t'en cuire; — De quoi P répondit l'autre. — Je dis que je ne suis pas d'humeur à me laisser injurier. — Eh bien ! je te répète que tu n'es qu'un sale capitulard ! )) A ce mot, perdant patience, La Hayrie, nouveau Porthos, abattit d'un coup de poing son insulteur...
)) A Metz, on nous logea à l'hôtel de l'Europe, déjà presque bondé de généraux , d'intendants, etc., etc., dont plusieurs étaient accompagnés de leur femme.
)) Le 27, deux officiers badois, faits prisonniers par une reconnaissance du 12® chasseurs, dînent à la table du maréchal Lebœuf.
)) Le 28, l'Empereur, naraissant en bonne santé, fait son entrée en ville, avec le Prince Impérial, au milieu des acclamations. Le prince Napoléon fait partie de l'état-major.
)) Le 3i, à huit heures, il y eut messe à la cathédrale. L'Empereur s'y rendit à pied, ayant le Prince impérial à sa "droite. Le prince Napoléon y assista également avec le maréchal de Mac-Mahon, qui repartit à midi pour regagner son corps d'armée.
)) Le I®' août, après le dîner, l'Empereur me demanda quels chevaux il avait à monter. Je déclarai que Héro et
^arignan étaient très sûrs et très sages au feu et j'ajoutaj (jue le comte Davilliers, premier écuyer, avait fait mettre ^u rang de Sa Majesté un cheval de l'Impératrice, appelé Phœbus, dont on pouvait également répondre. Tous troi^ étaient alezans, robe que Napoléon III affectionnait particuliè^enient.
^L/G 2, l'Empereur, parti à neuf heures, arriva vers onze heures sur le lieu du combat. II. était accompagné du général Favé, aide de camp, du comte Davilliers, du capitaine de Lauriston, officier d'ordonnance, et du baron Coryisart, son chirurgien. Le Prince impérial avait, avec lui ses aides de camp, le commandant Lamey et le comte Clary, et son premier écuyer, Bachon.
)) On sait que l'affaire de Saarbruck se borna à une escarmouche assez insignifiante. A deux heures, tout était terminé. Néanmoins, nous eûmes un certain nombre de blessés et quelques hommes tués L'Empereur montait Héro. A un moment donné, il s'avança pour mieux voir l'effet de nos obus, jusqu'à la ligne de nos tirailleurs. Le jeune Prince, qui était à ses côtés, reçut là le baptême du feu. Il salua le sifflement des premières balles en ôtant son képi. . .
)) L*Empereur mangeait à Metz avec ses aides de camp,
les généraux de Béville, prince de La Moskowa, Lebrun,
Favé, Pajol, etc. Le général Changarnier, oubliant ses
griefs passés, était venu se joindre à l'état-major de l'Em-
t pereur, qui avait été très touché de cette démarche, tout à
t l'honneur du vieux général, et lui avait fait le plus cordial
^ accueil.
)) Les officiers d'ordonnance, les écuyers,le commandant Rouby, chargé des cartes, et quelques autres personnages de la maison formaient une seconde table où l'on était, au début, fort gai.
)) I^e /i, à dîner, je remarque la figure bouleversée de
Piétri. On lui apporte une longue dépêche. I! sort. Il rentre. Il semble préoccupé... Nous n'osons pas lui eh (îe- Mander la cause.
)) Au sortir de table, nous voyons l'Empereur déployer des cartes dans le salon. Il appelle le commandant Rouby. Il fait signe au général Lebrun et se retire avec lui dans son cabinet... tout le monde semble consterné... Nous -apprenons alors que les Prussiens ont écrasé une de nos divisions à Wissembourg. On dit le général Raoult et le général Abel Douay tués tous deux ou blessés grièvement. . .
)) Cette nouvelle était douloureuse et grave en ce qu elle indiquait chez Tennemi la détermination de faire ce que rious ne faisions pas, c'est-à-dire de foncer sur nous, tête baissée. Mais il me parut qu'on prenait un peu trop au tragique, chez les généraux formant l'entourage irtimédiat de l'Empereur, un simple incident de guerre. C'était évtdemment une sévère leçon. Mais la partie suprême n'était ni perdue, ni même compromise parce que, attaqués pair des forces supérieures, dans une position mal étudiée, quelques milliers des nôtres avaient subi un sanglant échec atprès une magnifique résistance. . . »
Le départ de Metz fut décidé ; le cortège de l'Empereur était composé comme suit :
En avant-garde : Un maréchal des logis et six centgardes ;
La voiture de l'Empereur : à la portière de droite le baron Verly, colonel des cent-gardes ; à la portière de gauche le capitaine Fiéron, des cent-gardes ; derrière la voiture, deux pelotons de cent-gardes en colonne par quatre.
En arrière garde : un brigadier et quatre cent-gardes.
Ce cortège était encadré par les régiments de chasseurs d'Afrique, du général Margueritte.
Le i4 août, il s'arrêtait à Longeville pendant la bataille de Bornv.
Le 1 5, au matin, c'est la fuite rapide tandis que les obus ennemis tombent sur la passagère demeure impérialei, massacrant les cavaliers et les soldats d'escorte.
C'est le i5 août, c'est la fête de l'Empereur ! Fête d'un spectre de souverain, aux sons des rauques voix de bronze, aux lueurs d'incendie, dans une chevauchée de course à l 'abîme.
Dans le calèche Daumont, à la gauche de l'Empereur malade, vieilli, angoissé, marchant à son destin, est assis un enfant : le petit Prince, revêtu de l'uniforme de souslieutenant aux grenadiers de la Garde, raidi sous sa fatigue > retenant ses larmes, dans le grand effarement de choses qu'il ne comprend pas ! Il n'avait rêvé que d'entrées triomphales, sur son cheval favori, aux côtés de ce père qu'il adorait, d'un Napoléon dont le nom semblait synonyme de victoire... et voilà que tous ses rêves s'effondraient sous la réalité des défaites successives, des humiliations de chaque jour, et dans l'anxiété d'une incessante ^lopade vers l'inconnu.
Et le soir, exténués, couverts de poussière, méconnaissables, hommes et chevaux de la navrante escorte s'arrêtèrent à Gravelotle pour y passer la nuit.
Dans le lointain, on entendait le canon, quelques échos de fusillades ; et le soleil disparaissait lentement, éclairant de rayons sanglants les nuages sombres qui s'amoncelaient sur le soir du dernier Quinze Août de l'Empire !
Revenons à la correspondance du colonel Verly :
Etain, i6 août.
Nous sommes partis de Metz le i4 ; depuis, nous avons couché dans les champs, ce qui m'a empêché de vous écrire.
Je viens ce malin d'escorter l'Empereur depuis Gravelotte jusqu'à Etain, soit une trotte de 3îî kilomètres. Dans deux heures nous repiquons jusqu'à Verdun, toujours \ cheval, l'Empereur en voiture ainsi que le Prince. Nous sommes en route depuis ce matin quatre heures : il en est neuf. Aussitôt arrivés à Verdun nous partirons pour Châlons : cela comptera pour une rude journée.
Vous avez dû avoir connaissance de la frottée un peu rude que le maréchal Bazaine a infligée aux Prussiens le 1 4 au soir !
Notre vie commence à s'accentuer, nous roulons^ noiïB ne vivons plus.
J'écrirai de Châlons.
. e^VERLY,
[ Le i6 août, Napoléon, après avoir traversé Verdun, arriva le soir au camp de Châlons.
Pendant sa course rapide, précipitée par le désir qu'il levait de correspondre avec Paris et de pouvoir télégraphier, eurent lieu les batailles de Gravelotte, Rezonvllle et Saint-Privat. Il eut peut-être mieux valu que l'Empereur y assistât. ]
Camp de Châlons, 17 août 1870-
Nous sommes arrivés au camp de Châlons. L'Empereur et le Prince vont parfaitement bien, nous aussi. Je ne sais si nous resterons longtemps. Il y a eu hier un engagement
nouveau à Mars-la-Tour, à 3 ou 4 kilomètres de la roule que nous suivions avec l'Empereur. L'escorte était sérieuse ; nous avons fait nos quinze lieues d'une traite, à la portière. Je ne suis pas trop fatigué : j'ai dormi cette nuit pour les trois dernières nuits.
Je tâcherai de vous tenir au courant de ce que nous aurons fait, mais pas de ce que nous ferons, parce que je ft'en sais jamais rien à l'avance,
Camp de Châlons, 19 août 1870.
Je suis toujours sans aucune lettre de vous tous depuis le 9 de ce mois ; j'espère que vous aurez été de votre côté, phis heureux que moi, et que les quelques lignes que je vous envoie à la hâte vous seront parvenues, au moins celles que j'écris d'ici, car nous sommes assez éloignés de l'ennemi pour que nos communications ne soient pas coupées et nos correspondances interrompues.
Vous avez dû connaître le succès obtenu par le maréchal Bazaine, au moment même où nous escortions l'Empereur, à quelques kilomètres de l'action. A peine étionsnous sortis d'Etain, que l'ennemi y a paru. L'Empereur et le Prince se portent fort bien ; notre santé à tous est excellente. Il me tarde de sortir de cette position toujours incertaine ; nous ne savons jamais si l'heure qui va suivre nous appartiendra ; nous ne savons pas non plus de quel côté notre marche sera dirigée : cela se comprend, par la force des choses.
Mais j'aimerais mieux savoir que nous allons franchement marcher à l'ennemi, ce serait au moins une satisfaction morale.
L'Empereur toutefois est parfait pour nous ; il se fait un
plaisir de nous lire lui-même les dépêches heureuses qu'il feçoit, et que vous apprenez par les journaux du lendemain ; ce qui fait que je ne vous en parle pas, d'autant plus que, n'assistant pas directement aux actions engagées, je ne pourrais pas vous donner avec certitude des détails, exacts.
Je reçois de nouveau l'ordre d'alléger mes bagages : je fais rentrer à Paris toutes les voitures ; nous ne conservons que le strict nécessaire.
J'avais pris un cantinier pour servir du vin à mes hommes ; son malheureux cheval n'a pas pu fournir la longue traite que nous avons faite en quittant Gravelotte pour nous rendre à Verdun. Je ne sais s'il sera tombé aux mains des Prussiens. Il serait plutôt un embarras pour eux. J'ai aussi un garde qui a été pris de crampes : nous avons été forcés de le laisser en route ; deux braves dames l'ont recueilli et l'ont fait aliter ; j'espère qu'il nous reviendra plus tard. A. V.
Au Camp, le 20 août 1870.
Nous sommes toujours à Chalons, c'est-à-dire au camp, mais je ne crois pas que notre séjour se prolonge encore longtemps. Ce qui me peine encore le plus, c'est de n'avoir aucune nouvelle de vous tous. Je ne sais, ce que font ces employés de la poste qui devaient diriger nos lettres vers le quartier impérial : il est probable qu'ils les envoient au
3uartier général du maréchal Bazaine, où elles sont perues. Il faut écrire au capitaine Schiirr, à Paris : il me fera passer vos lettres dans le paquet qu'il m'envoie chaque jour. Je serai peut-être plus heureux ainsi.
La santé chez moi est toujours bonne. II commence à faire frais matin et soir, mais j'ai pris mes précautions.
A part ce que les journaux vous ont donné en fait d'ac* ■cidents arrivés à la cavalerie dans la bataille du maréchal Mac-Mahon, sur cinq régiments de cavalerie qui ont donné, quatre colonels ont disparu, et un, celui de La Salle^ •a eu la tête emportée par un boulet.
La Salle n'a pas été touché ; son régiment est arrivé hier au camp avec loo chevaux seulement qui restent valides.
Ces diables de Prussiens font une terrible consommalion de chevaux, probablement pour y tailler des beefsleacks. Il faudra, si je reviens avec ma mâchoire, qu'on apprenne à me préparer ce mets à la prussienne.
Je suppose que vous vous portez tous bien. J'aimo
mieux le penser ainsi que de douter.
Au camp de Châlons se tinrent les conférences avec le général Trochu, le Prince Napoléon, les Maréchaux de Mac-Mahon et Canrobert, el le général Schmitz.
Napoléon III n'avait qu'une confiance médiocre dans le général Trochu ; il parait même, d'après la déposition du duc de Magenta, qu'à un moment de la conversation le Souverain fit signe au maréchal de le suivre dans la pièce à côté, et lui demanda brusquement ce qu'il pensait de Trochu. Mac-Mahon crut devoir en répondre avec énergie.
Bref, il fut décidé que le général qui allait engager sa parole de Breton, catholique et soldat, pour ne pas la tenir, serait nommé Gouverneur de Paris et prendrait immédiatement le commandement de toutes les forces du département de la Seine.
L'Empereur devait le suivre sous peu à Paris, reprendre les rênes du Gouvernement ; puis l'armée du Maréchal
viendrait sous les murs de k Capitale se reconstituer, sadr joindre de nouveaux éléments, et se préparer à repousser l'invasion, cette fois, avec de grandes chances de succès.
C'était certainement le meilleur parti à prendre en ces tristes circonstances, mais il fallait à Napoléon III une somme d'éçiergie qu'il ne possédait plus.
Il aurait fallu qu'il se réveillât le hardi Louis Bonaparte, de Strasbourg et de Boulogne, qu'il osât dire : «Je veux /» au lieu de s'incliner docilement dans une résignation fataliste, comme le doux mouton qu'on mène à l'abattoir. Il n'eut pas la force d'imposer sa volonté, et, sur des injonctions venues des Tuileries il renonça à ce projet qui eût pu, sinon tout sauver, du moins rendre la résistance plus facile et enfin éviter peut-être le Quatre-Septembre et la Commune, et aûrement Sedan.
En effet, dès l'arrivée à Paris du général Trochu annonçant la rentrée deNapoléon III, l'Impératrice régente qui le reçut à une heure du matin aux Tuileries, eut avec son entourage des explications assez vives et s'insurgea contre le retour à Paris. Elle mit fin à la discussion par ces mots : <( Non, l'Empereur ne viendra pas à Paris : il restera à inhalons ! » C'était la condamnation de l'infortuné Souverain et, par delà, celle de son fils et de l'Empire que la Régente venait de prononcer ! Elle ajouta même cette phrase stupéfiante : (( Il y a quelque chose que vous ne connaissez pas, c'est une dépêche du maréchal Bazaine : il a été victorieux, il est vainqueur dans la grande et mémorable bataille du i6 août ». Or on savait seulement que, le 46 août, Bazaine, attaqué entre Vionville et Rézonville, avait maintenu ses positions.
L'Empereur demeura donc à Châlon», puis, après de nouvelles hésitations, une visite de MM. Rouher et de Saint-Paul et, au moment de l'évacuation du camp, une
dernière tentative de volonté pour retourner sous Paris, il reçut l'ordre formel d'abandonner définitivement ce projet. Le maréchal de Mac-Mahon dut^ commencer la désastreuse marche sur Montmédy, ville où la Régente et èon aveugle conseil lui enjoignaient de tendre la main à Bazaine, qui déjà s'était retiré sous Metz, qu'il ne devait plus quitter.
Durant le séjour au camp de Châlons, le prince Napoléon avait quitté l'armée envoyée par l'Empereur en Italie, pour entamer des négociations avec cette puissance et avec l'Autriche. D'autre part, le 26 au matin, le Prince Impérial était parti pour Mézières, avec ses officiers d'ordonnance, escorté par un peloton de Cent-Gardes commandé par le lieutenant Watrin (i).
* Nous quittons, pendant quelques pages, l'Empereur pour suivre le Prince Impérial jusqu'à la dernière heur^ qu'il passa sur la terre de France.
Le lieutenant Watrin, commandant un peloton de trente cent-gardes, reçut de l'Empereur et du colonel Verly la mission de conduire le Prince dans le Nord.
Le 26 août, on partait pour Tourteron avec le Prince, à 8 heures du matin. On descendit à la Gendarmerie.
Le samedi 27 août, départ à 7 heures et demie du matin pour Mézières : le Prince monta dans un landau à deux chevaux, ayant à sa gauche le capitaine de vaisseau Duperré et en face de lui les commandants Clary et Lamey,
(1) Voir U Escadron des Cent-Gardes, par le baron Albert Verly, (^aris, librairie Ollendorff).
officiers d'ordonnance. Le fils du Souverain était en petite tenue de sous-lieutenant d'infanterie, avec la plaque de la Légion d'Honneur.
La voiture était précédée par une avant-garde de centgaraes commandée par le maréchal des logis Dernier ; le lieutenant Watrin se tenait à la portière de droite, et le reste des cent-gardes, maréchal des logis Maillot, fermait le cortège.
On s'arrêta à Poix. Le Prince invita les officiers à déjeuner avec lui dans une petite auberge sur la place, et après une ovation de la foule, on repartit pour Mézières où l'on arriva vers une heure et demie.
Le 28 au malm, sous un orage épouvantable, départ pour Sedan. A Vrignes-aux-Bois, Son Altesse Impériale, apercevant des ambulances sur le pont, donne l'ordre d'arrêter, descend de voiture, et verse sa bourse entre les mains des blessés, qui le remercient avec émotion et saluent son départ des cris de : « Vive le Petit Prince ! »
Une fois à Sedan, où devait quelques jours plus tard se jouer la fin du drame se terminant par la chute de l'Empire, on pensait séjourner un peu, quand eut lieu une alerte vers les 9 heures du soir. Les cent-gardes partirent en reconnaissance, on battit tous les environs : rien de suspect ne fut découvert.
Néanmoins, le commandant Clary, jugeant que le Prince n'était plus en sûreté et qu'à la suite d'un hardi coup de main les Allemands pourraient l'enlever, fit atteler la voiture, et l'on retourna à Mézières, où l'on s'installa à 1 1 heures et demie du matin, le 29 août.
Le soir même à 1 1 heures, le commandant Clary vint trouver le lieutenant Watrin et lui donna l'ordre d'un départ subit. Cet officier et le maréchal des logis Bernier coururent de maison en maison éveiller tous les gardes, et à
2 heures du matin on s'embarqua, station de Charle villa (faubourg de Mézières), dans un train spécial à destination d*Avesnes.
Le convoi n'avançait qu'avec la plus extrême lenteur, et ce n'est qu'a 9 heures du matin qu'il stoppa en gare d'Avesnés (3o août 1870).
Le Prince descendit avec ses officiers d'ordonnance chez le président du tribunal civil, M. Hannoye ; le lieutenant Watrin et ses hommes furent logés à la sous-préfecture.
Le fils de l'Empereur séjourna à Avesnes les 3o et 3i août et le i''' septembre.
Durant ces trois jours, on n'eut aucune nouvelle dô l'Empereur ; de temps à autre l'Impératrice télégraphiait : le bruit courait d'une grande victoire remportée par les troupes françaises, tandis qu'à quelques lieues de là notre malheureuse armée agonisait.
Enfin, le 2 septembre, une dépêche de Paris prescrivit de partir pour Landrecies, où l'on arriva à midi. Son Altesse prit son logement chez le maire, M. Marie Soufflet
Les 2 et 3 septembre, les dépêches les plus contradictoires se succèdent sans interruption, les mauvaises nouvelles arrivent de tous côtés : on sonne le boute-selle, on attelle et dételle la voiture, et r est sur un ordre formel de l'Impératrice que, le Ix septembre, on part pour Maubeuge.
A l'arrivée en cette ville, vers 9 heures du matin, le lieutenant Watrin, qui avait envoyé le maréchal des logis Dernier en avant pour préparer le logement reçut le rapport de ce dernier lui racontant la capitulation de Sedan et l'effervescence dans laquelle se trouvait Maubeuge : tout le monde criait à la trahison ; on voulait faire un mauvais parti au Prince et à son escorte. Bernier parlait d'arrêter le maire, lorsque Watrin, de qui nous tenons ce dé-
tail, aperçut un officier de mobiles qui pérorait et excitait la foule : le brave Watrin n'hésita pas et alla cueillir luimême le moblot qu'il fourra au poste de police, en disant que tant que le Prince Impérial serait dans la ville, lui seul commanderait.
Ceci lait, le Prince descendit chez Mme Marchand, veuve d'un ancien député, et les cent-gardes se placèrent en faction tout autour et à l'intérieur de la maison.
Le commandant Clary décida de faire partir Son Altesse: en secret pour la Belgique : les gardes étaient prêts à se faire tuer jusqu'au dernier pour protéger son départ.
En conséquence, deu\ agents de police que M. Hirvoix avait joints à l'escorte sortirent en ville et revinrent bientôt avec des effets civils qu'on fît revêtir au Prince.
Alors, dans la cour de Mme Marchand on attela un break très simple, dans lequel prirent place Son Altesse et; le capitaine de vaisseau Duperré.
Au moment du départ, le Prince remercia Mme Marchand lui disant : a Bientôt je reviendrai ! » ; puis, se tournant vers le lieutenant Watrin, il embrassa celui-ci pour tous les cent-gardes, le remercia également, et, en le pressant sur sa poitrine d'enfant, lui dit : « Allons ! du courage ; adieu, Watrin ! »
Ce fut donc le brave lieutenant qui reçut le dernier «dieu de TEnfanl de France sur le sol de la patrie.
Puis la voiture, traversant les jardins, sortit par une porte de derrière et gagna la frontière belge. Le même jour, les trois membres de la Famille Impériale disparaissaient dans la même tourmente : Napoléon III en Allemagne, l'Impératrice Eugénie en Angleterre, et le Prince Impérial en Belgique.
Pendant ce temps, les cent-gardes restés à Maubeuge durent donner le change à la foule menaçante qui station-
nait à l'extérieur. La maison fut fermée, tous ses habitants consignés à Tintérieur, et à l'heure du diner, le lieutenant Watrin fit éclairer les appartements et se montra ostensiblement en grande tenue de service, pantalon et bottes vernies. Watrin fut servi par les domestiques du prince, mais ne toucha à aucun des mets du dernier diner impérial servi en France.
La foule put donc croire le Prince présent, tandis qu'il gagnait la Belgique.
Le 5 septembre, au petit jour, arriva à Maubeuge le docteur Auge, envoyé par l'Empereur à la recherche du Prince Impérial ; peu après on sut que le Prince était -en sûreté ; alors le lieutenant Watrin, considérant sa mission comme terminée et se trouvant à Maubeuge sans vivres, sans fourrages, sans argent, se décida à regagner Paris pour rejoindre le dépôt de l'escadron.
Il se rendit à la gare de Maubeuge pour demander un train ; mais le chef de gare, devenu républicain en quarante-huit heures et reconnaissant l'uniforme des centgardes, refusa d'organiser un convoi et lui dit d'un air narquois : « Ah ! oui, hier nous étions sous l'Empire, mais aujourd'hui nous sommes en République ! »
Watrin dut alors s'adresser à la place et revint muni d'une réquisition en règle ; il fut néanmoins obligé d'employer les grands moyens pour avoir raison du chef de gare et c'est manu militari qu'il parvint à embarquer hommes et chevaux dans des wagons qu'il fit, de force, attacher au premier train de voyageurs partant pour Paris.
Parti à 6 heures et demie du matin, le train n'entra en gare de Paris qu'à 5 heures et demie du soir.
A l'arrivée, la place de la Gare était tellement encombrée par la foule attendant les troupes, des nouvelles, que M. Watrin préféra se rendre seul dans Paris pour savoir
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