‹ Souvenirs du second empireChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Marche sur Carignan, — L'Empereur à la ferme de Baybel. — De Failly surpris à Beaumont. — Son déjeuner chez le maire, M. Jaisson. — Le désastre. — Charge héroïque du 5°"* cuirassiers entre Mouzon et le moulin y du Poncay. — Le colonel de Contenson. — Mort du commandant Brincourt, — Découverte de son corps. Retraite sur la Meuse. — Les francs-tireurs Mocquard. ^'Mouzon. — Le colonel Démange. — Hésitations du duc de Magenta. — Napoléon à Carignan. — Le gênérai Ducrot chez le Souverain. — Départ de VEmpereur pour Sedan. — Le train spécial. — L'arrivée à Sedan. — M. Pierre. — Entrée dans Sedan. — A la sous-préfecture. — Les bagages de l'Empereur de Carignan à Sedan. — Rapport à ce sujet. — Liste des cent-gardes à Sedan.

Du moulin du Ponçay, TEmpereur et sa suite marchèrent sur Carignan : on traversa Mouzon tandis que le canon tonnait toujours sur le côté de Beaumont, et le Souverain cherchant une éminence d'où il pourrait voir les événements, on le conduisit à la ferme de Baybel.

Baybel est située sur une auteur et domine d'un côté Mouzon et de l'autre Carignan.

Le fermier s'appelait Ra vigneau, il est mort depuis quelques années , son successeur est M. Lapointe. Un dé-

jeûner fut servi vers i heure 1/2 à la ferme, l'Empereur ne toucha à aucun des plats malgré les insistances de son entourage. A ce propos, détruisons "en passant la légende Îui prétend que ce déjeuner n'avait pas été payé au sieur [a vigneau et que Napoléon lui devait 5oo fr. : la ferme de Baybel n'eut à fournir que du pain, quelques œufs, du beurre et de Teau pure, le service de la Maison possédant le reste, et ces minimes fournitures furent, comme toujours, réglées comptant par l'officier payeur.

Non seulement les fermiers et paysans de ces contrées furent toujours largement indemnisés quand l'Empereur s'arrêtait chez eux, mais après la guerre ils se livrèrent et se livrent encore aujourd'hui à une petite industrie fort lucrative : plusieurs ont gravé ou brodé des N sur des nappes et serviettes et vendent ces linges aux visiteurs comme étant, la « dernière nappe » ou la (( dernière serviette )) ayant servi au repas de l'Empereur. Un Anglais a payé, il y a deux ans encore, près de Carignan, une vieille serviette, chiffrée d'un N, le prix fabuleux de 126 francs !

Entre 3 et 4 heures du soir, le Maréchal se trouvait à Baybel au milieu du 12"^^ corps ; on entendait le canon du corps du général de Failly, et le général Pajol que le Souverain avait envoyé chercher des nouvelles revint annoncer que le 5™® corps se retirait sur Mouzon.

Le duc de Magenta dit alors à l'Empereur que : « bientôt l'armée tout entière aurait passé sur la rive droite de la Meuse, que lui-même ne voulait pas quitter Mouzon avant que l'opération fût achevée, mais que, tout allant bien, il engageait l'Empereur à se rendre à Carignan oîi le i*"" corps devait être arrive et oîi s'établirait le quartier général. ))

Napoléon quitta donc Baybel, vers quatre heures, plein de confiance dans le résultat de la journée et se dirigea sur

Carignan sans se douter que la débâcle commençait et que quarante-huit heures à peine le séparaient de l'effondrement final.

En effet, tandis que Mac-Mahon certifiait à l'Empereur que (( toul allait bien », et l'engageait à partir, tout allait mal à Beaumont.

Le général de Failly était arrivé à Beaumont vers une heure du matin avec des troupes épuisées de fatigue, et toujours sans vivres ; il fallait donc les faire reposer et leur donner à manger, mais, la prudence ordonnait de lever le camp dès neuf heures du matin ; malheureusement, le général de Failly, avec son habituelle nuance de clairvoyance, ne donna Tordre du départ que pour une heure de l'après-midi, et laissa ses troupes s'installer à Beaumont dans un groupement confus, négligeant de faire occuper les hauteurs des Gloriettes et de Létaune, oubliant d'envoyer des reconnaissances, dédaignant de se garder en aucune façon.

Les hommes lavaient leur linge, nettoyaient leurs armes ; les chevaux étaient dessellés, l'artillerie était, non attelée, dans un creux formant ravin, les officiers se reposaient un peu partout, les généraux déjeunaient dans les villages, le général en chef de Failly faisait honneur à la cuisine de M. Jaisson, maire de Beaumont.

Cependant, les avertissements ne manquaient pas : à chaque instant les paysans arrivaient au camp, chassés par les Allemands envahissant leur village et leurs fernies ; tous annonçaient le péril et conjuraient les officiers qu'ils recontraient de se garer. Ces derniers répondaient : « Ça ne nous regarde pas, dites ça au général ! »

Enfin, une brave fermière pénètre chez M. Jaisson,

entre comme un ouragan forçant la porte et crie : « Les Prussiens arrivent, ils seront là dans une heure ! » — * (( Eh bien, nous les recevrons ! » répond le général, sans quitter la table.

Cinq minutes après, arrive M. Auguste Drouin, fermier de Beaulieu, à trois quarts d'heure de Beaumont, qui adjure le général de Failly de prendre ses précautions et lui certifie, sur Thonneur, que les Allemands le suivent et seront là dans quelques mniutes.

— (( Ces braves gens-là, s'écrie le général, voient des Prussiens partout, et se croient des hommes de guerre ; qu'ils viennent, les Prussiens, nous leur avons tué assez de monde ces jours-ci, ils peuvent bien nous tuer quelques hommes aujourd'hui ! »

Et le déjeuner continue. Quand tout à coup, à midi, un obus allemand tombe dans le camp français causant une panique effroyable, surprenant toute une armée sans défense !

Les Allemands installés tranquillement, sans que personne leur eût clierché noise, à UOO mètres des nôtres, occupant les hauteurs environnantes, font pleuvoir une grêle de projectiles et font avancer leur infanterie sous le couvert de leurs batteries.

Quelques officiers et soldats. Français indignes, en petit nombre heureusement, prirent la fuite et se répandirent dans toutes les directions, pêle-mêle avec les habitants du pays : un chasseur, n'ayant pour tout vêtement qu'un caleçon, sauta sur son cheval et galopa dans cet appareil jusqu'à Carignan, sans se retourner.

Mais le reste du corps d'armée se reforma tant bien que mal et soutint vigoureusement le choc ennemi, tandis que de Failly, quittant enfin son déjeuner, pouvait constater qu'encore une fois il s'était laissé surprendre, et compromettait le salut de toute une armée.

On n'a pas assez rendu justice aux troupes qui tinrent tête en ce jour à l'ennemi trois fois supérieur et en bonne position : on peut relater des prodiges de courage et d'héroïsme, et les Français infligèrent tant de pertes aux Allemands que ces derniers crurent avoir battu toute l'armée de Mac-Mahon, tandis qu'ils n'avaient devant eux qu'un corps d'armée sans chef capable, et dont un tiers avait disparu ou était immobilisé.

Des régiments de ligne, les 6i% 86% ii% 46% 17® et 68® se couvrirent de gloire ainsi que les 4® et 19® bataillons de chasseurs à pied. Le colonel de Béhagle fut tué, les colonels Berthe et Paillier grièvement blessés.

Quand le général de Failly ordonna la retraite, des milliers d'officiers et soldats étaient tombés face à l'ennemi.

La retraite s'effectua dans le plus grand désordre, sans but, sans direction bien définie, et donna lieu à une multitude de petits combats isolés dans les bois et sur les routes ; les Allemands poursuivaient vigoureusement ce qui restait du malheureux corps d'armée.

Pour retarder la poursuite et protéger cette retraite, de Failly songe à la cavalerie ; le commandant Haillot, aidede-camp du général en cher, arrive à la brigade Béville et donne l'ordre d'arrêter les progrès de l'ennemi et de protéger les troupes qui se retirent sur Mouzon. Le général de Béville ordonne au 6® cuirassiers de charger.

Le colonel Martin (i) commandant ce régiment aurait

(1) Le colonel Martin du 6* cuirassiers est le même qui, en retraite, après la guerre et rédacteur au Soir, fut cité comme témoin par le général de Wimpffen dans son procès avec Paul de Cassagnac. M. Martin soutint alors que la circulation dans Sedan était possible et qu'il avait traversé la ville avec son régiment de cuirassiers. Nous renvoyons nos lecteurs au compte-rendu du procès Wimplfen, nous reviendrons, d'ailleurs sur ce sujet dans les chapitres suivants.

répondu, d'après plusieurs lémoins, au général de Béville : — Je ne vous connais pas ! qui eles-vous ? je ne vous ai jamais vu ! » Puis encore : « Ce n'est pas notre tour de charger ! » Toujours est-il que le G'' cuirassiers ne marcha pas et resta à l'abri.

Alors, le commandant Haillot se porte vers le 5® cuirassiers et donne le même ordre.

— (( Mais, charger sur quoi ? » demande le colonel de Contenson commandant le régiment.

— (( Là )), répond le général de Salignac-Fénelon en montrant le plateau du mont de Brune couvert d'infanterie et d'artillerie.

— « Vous nous envoyez à la mort, allons-y », répond crânement le brave colonel.

Et, superbe, comme à la parade, officiers en tête, le 5^ cuirassiers s'ébranle, passe au galop, et surgit, magnifique, en ordre de bataille entre Mouzon et le moulin du Ponçay.

Cet héroïque régiment fut accueilli par une pluie de mitraille ; en peu d'instants il perdit son colonel, M. de Contenson, neuf officiers, vingt hommes au premier escadron et cinquante dans chaque autre. Pour éviter une destruction complète, le 5* dut se replier sur la Meuse, et là, comme les ponts étaient coupés et les gués inconnus, les débris du régiment se mirent à la nage et plusieurs hommes et chevaux périrent encore dans les eaux.

Parmi les officiers tués pendant la charge se trouvait le chef d'escadron Brincourt. M. Brincourt était capitaine aux Gent-Gardes, et venait au moment de la déclaration de guerre d'être promu commandant au 5® cuirassiers. C'était le type accompli de l'officier français. Originaire de Sedan, il écrivait, le jour de sa mort, à sa famille qu'il parcourait le pays témoin de ses premiers exploits de chasse

et que, le matin, il avait reconnu un petit bois où pas mal de lièvres étaient tombés sous son plomb meurtrier ; il ajoutait qu'il espérait bien après la guerre et, si les Prussiens le permettaient, recommencer les bonnes parties d'autrefois.

Hélas ! c'est une balle allemande qui, dans les champs aimés, brisa sa belle carrière et fit évanouir ses innocents espoirs. Frappé à la tête, le chef d'escadron Brincourt tomba foudroyé.

Il laissa une veuve et deux charmants enfants dont l'un est aujourd'hui un de nos meilleurs officiers.

Son frère, M. Jean-Baptiste Brincourt, habitant à Sedan, apprit le soir par un cavalier isolé du 5^ cuirassiers la mort du commandant, et, dès que les événements le lui permirent, il se mit à la recherche de son corps.

Un hasard providentiel le lui fit découvrir.

Pendant les recherches que dirigeaient M. J.-B. Brincourt et un de ses parents, quelques jours après la bataille de Sedan, un sous-officier saxon vint à eux et leur dit : (( Si c'est un commandant de cuirassiers tué à Mouzon que vous cherchez, je crois que je sais où il est, nous l'avons enterré, mon capitaine et moi, le soir de la bataille, et, si c'est bien celui que vous cherchez, vous serez plus heureux que moi car je n'ai encore pu retrouver mon malheureux capitaine, tué le surlendemain à la Moncelle ».

Ce sous-officier ne s'était pas trompé, il conduisit ces messieurs sur le terrain de la charge et s'arrêta devant une croix de bois qui portait cette inscription :

« Ci-glt un brave officier français enseveli par un ennemi. Mouzon, 30 août. » Le cadavre fut exhumé, c'était le commandant encore revêtu de son uniforme.

Le corps fut transporté et enseveli définitivement à Sedan dans un caveau de famille.

Celte charge du 5' cuirassiers fut le dernier épisode de la journée du 3o août ; les Allemands fatigués et n'osant attaquer le 1 2® corps solidement établi à Mouzon, s'arrêtèrent et toute Tarmée française put passer sur la rive droite de la Meuse. *

Ce passage s'effectua assez mal, avec un matériel improvisé.

Les francs-tireurs Mocquard se rendirent utiles en cette circonstance ; nous reproduisons ici la relation de leur lieutenant Gérard concernant la journée du 3o août (i) :

(( Le 3o août, notre étape terminée, nous étions à Remilly ; là, on nous assigna le versant d'une colline entre un bois et la Meuse, à proximité du pont de bateaux qu'on venait de construire pour le passage des troupes sur la rive droite, recommandant à notre chef de tenir, coû4e que coûte, cette position autant pour protéger le passage du pont, que pour surveiller le bois qui nous dominait.

(( Nous étions dans une singulière situation : un bois dans le dos, et une rivière large et profonde devant nous ; mais, pour augmenter notre confiance dans nos forces, on nous amena deux canons, seulement on ne nous laissa, ni artilleurs, ni avant-trains, ni caissons, nous avions deux tubes de bronze, mais sans pouvoir nous en servir. Je croîs même qu'on ne nous avait amené ces canons que pour nous obliger à les garder, et à rester sur ce point ; nous avions charge d'âme, mais, c'était tout ; car ces canons n'étaient même pas chargés. N'était-ce pas le comble de l'ironie ?

(( De midi à sept heures du soir nous gardâmes ainsi ces deux engins avec le sérieux des Chinois qui gardent un dragon peint, c'est alors qu'une vive fusillade se fit entendre

(1) Inédit.

derrière notre gauche : les troupes du 7* corps à la suite du désastre de Beaumont venaient de s'engager dans Tentonnoir de Raucourt, alors que les Allemands couronnaient les hauteurs ; ce fut une panique indescriptible ; Tartillerie, occupant la route encaissée de plusieurs mètres, fut bientôt arrêtée, les chevaux et les hommes tombèrent les ims sur les autres, les voitures de tête se trouvant arrêtées en travers du chemin alors que les attelages suivants cherchaient à franchir les obstacles à force de coups sur les chevaux de main. Ce fut bientôt un désordre inénarrable, artilleurs, cavaliers, fantassins cherchant à passer en escaladant les roues empêtrées les unes dans les autres, les chevaux agonisants, les hommes foudroyés à bout portant. La panique derrière, de chaque côté la route à pic et, devant soi, un amoncellement infranchissable, telle était la situation quand on vint nous chercher pour déblayer les hauteurs à la baïonnette.

(( Notre beau bataillon, fort encore d environ six cents hommes, allait enfin faire une besogne digne de lui. En arrivant sur le terrain de la lutte il était déjà nuit noire, on nous range en colonne d'assaut et clairons en queue on sonne la charge des Mocquard ; nous faisons ainsi cent mètres au pas de gymnastique, cherchant des yeux dans l'obscurité oii se tenait l'ennemi, mais les braves Allemands, craignant beaucoup la baïonnette, s'étaient dissipés à notre sonnerie pour se terrer dans les bois.

(( Notre présence permit, néanmoins, aux troupes empêtrées dans ce ravin de reprendre du sang-froid, de déblayer la route et de continuer la retraite sur la Meuse.

(( C'est alors qu'on vint nous prendre pour une autre mission plus obscure, mais moins dangereuse.

(( Au moment de la panique de Beaumont, le génie avait

jeté en toute hâte un pont sur la Meuse k la hauteur de Reully, pour faire passer Tarmée sur la, rive droite.

(( Or, ce pont n'était qu'une modeste passerelfe de deux mètres de largeur, supportée par des bacs sur lesquels on avait entrecroisé des madriers dont le service durait depuis la pointe du jour, pour y passer successivement le i*' et le 5® corps d'armée ; il était déjà neui heures du soir que la division L'Héritier et la division de cuirassiers Bonnemain attendaient encore leur tour avec l'inquiétude dé derrière, car, si à ce moment l'ennemi était venu occuper l'emplacement que nous avions gardé le jour, c'est-à-dire la hauteur de Reuilly, c'en était fait de cette belle cavalerie qui devait s'illustrer deux jours plus tard à Floing.

« Heureusement que les Allemands ne se battent pas la nuit ; nos troupes purent passer, à l'exception de la divir sion Margueritte qui trouva plus sage de longer la rive gauche et d'aller s'établir sous Sedan, à trois heures du matin.

(( Notre bataillon arriya donc à l'entrée du pont, se demandant ce que l'on pouvait bien lui vouloir dans ce désarroi général ; c'est alors qu'on nous fit faire l'office du garde-fou.

(( Or, on avait barré la Meuse autour de Sedan et celle-CH montait toujours. En outre, depuis le matin que cette malheureuse passerelle servait au passage de l'artiHerie et des troupes d'infanterie, plusieurs bacs étaient submergés, les madriers disloqués, le pont couvert d'eau sur plusieurs points, à certains endroits il y en avait plus d'un mètre ; il nous fallut jalonner ce pont de chaque côté pour y faire défiler la cavalerie sur deux rangs et, si l'on tient compte que la passerelle avait tout au plus deux mètres, il nous restait- bien peu de place pour nous tenir en équilibre sur l'extrême bout des madriers : et, comme ceux du cen-

Ire avaient de Teau jusqu'au ventre, et supportaient le courant extrêmement fort, dans ce point, on peut juger de nos angoisses devant une pareille misère ; les chevaux trébuchaient sur les madriers mal joints, les uns se cabraient, ne voulant pas entrer dans Tinconnu, d'autres reculaient et perdaient pied, entraînant les jalons, c'est-àdire nos hommes.

(( C'est ainsi que bêtes et gens disparaissaient dans le gouffre pour ne plus reparaître, et, la Meuse, silencieuse, charriait des. cadavres qui allaient annoncer au loin les désastres d'une retraite effroyable, avant-coureur du désastre final qui allait suivre à quelques heures de distance.

(( Six de nos hommes perdirent la vie sans combattre, mais combien plus seraient restés rhumatisants pour le reste de leur vie si, le surlendemain, ils n'avaient pas trouvé une mort glorieuse et libératrice au combat de La Cha; pelle ?

(( Cette épouvantable nuit restera éternellement vivayite à mon souvenir : je vois encore devant mes yeux ce miroitement de la Meuse éclairée de ses bords par des torches fumeuses, grandissant ces géants à manteaux blancs, au corsage d'acier, glissant sur la surface des eaux comme les spectres fameux de la légende.

(( Jusqu'à trois heures du matin dura ce lugubre défilé où les hommes étaient transis de froid, l'estomac creux et les jambes engourdies ; je me demande encore aujourd'hui comment un seul d'entre nous put s'en tirer ; car il n'aurait pas fallu nous pousser bien fort pour nous faire tomber, tant était grande notre faiblesse après une telle fatigue d'équilibre. Nous pûmes enfin prendre deux heures de repos sur la rive gauche de la Meuse, cherchant à essuyer nos armes avec nos képis, seule partie de nos vête-

ments qui ne fut pas trempée. C'est ainsi que le soldat pense d abord à ses armes avant de penser à lui-même.

(( La journée se termina par une marche rapide sur Sedan, à travers les bois de Douzy et de Bazeilles pour nous arrêter enfin dans le fond de Givonne.

(( Là, nous fûmes reçus par le général Oucrot qui avait pu apprécier depuis deux jours notre endurance et les services rendus par notre beau bataillon ; il félicita notre commandant et lui désigna un nouveau poste de confiance en nous isolant encore une fois de Tarmée. Il s'agissait d'aller occuper le village de La GhapeUe sur la route de Bouillon et de tenir cette hauteur quand même. »

Le soir du 3o août, après tous les combats partiels dans les faubourgs, Mouzon fut occupé par les Allemands.

Pendant la journée de nombreux généraux et officiers y avaient pris logement, se souciant malheureusement fort peu du canon qu'ils entendaient dans le lointain et se retranchant toujours derrière cette phrase : (( Nous n'avons pas d'ordres ! »

Ghez M. Maret, rentier à Mouzon, se trouvaient deux généraux dont nous voulons taire les noms qui passèrent toute la journée à table tandis qu'un de leurs officiers d'ordonnance jouait au piano les airs les plus gais d'Offenbach. L'arrivée des Prussiens les fit partir en toute hâte, si bien qu'ils oublièrent leurs bottes avec leurs éperons dorés : elles y sont encore !

Par contre, heureusement, les vaillants se sacrifièrent et sauvèrent l'honneur ; tout Mouzon se souvient du brave colonel Démange. Get officier supérieur était parvenu à réunir autour de lui des débris de tous les régiments mis

en déroute à Beaumont, il sut se faire obéir, grouper tout son monde, et passa la nuit du 3o au 3i dans une ferme, entre Mouzon et Villementry, sans se douter qu'il était entouré de troupes allemandes.

Le matin, quand il se rendit compte de sa situation désespérée, il lui restait encore une planche de salut, c'était de traverser la Meuse ; malheureusement aucun paysan ou habitant de la contrée n'était près de lui et personne ne put lui indiquer un gué bien connu de tous les indigènes par la « Vieille Meuse ».

Ne voulant pas se rendre prisonnier, il fit former ses hommes en colonne et vint se jeter avec fureur sur une barricade établie par les Allemands à l'entrée de Mouzon. Presque tou« ses braves compagnons succombèrent, le reste fut blessé et captif, et le colonel, atteint grièvement, . fut recueilli à l'hôpital de Mouzon où il mourut quinze jours après. Les autorités prussiennes s'opposèrent à ce que l'on ^suivît son convoi. Mouzon fut occupé par les Allemands jusqu'à la libération du territoire ; ces messieurs qui sont si rigides et prêchent tant la morale y menèrent joyeuse vie, ils avaient même installé une roulette à l'hôtel Locart et souvent lo à 20.000 francs de notre bon argent de France étaient en banque pendant que le vin de Champagne coulait à flots.

Les habitants de cette contrée frémissent encore quand ils songent aux journées de cette époque . néfaste ; il est intéressant de les voir et de se faire conter par eux-mêmes les faits dont ils ont été témoins.

Un d'eux nous faisait une remarque curieuse sur le caractère des soldats allemands, en particulier des Bavarois : quand ils étaient isolés et n'étaient pas bien sûrs de l'impunité, ne se sentant pas en force, l'un d'eux prenait la parole et en mauvais français disait aux habitants : (( Moi

catholique ! » ou bien : (( N'aimons pas la guerre, sommes forcés ! )) et encore le plus souvent : « Moi, fils de soldat de Napoléon ! mon père médaillé de Sainte-Hélène » et les fourbes montraient, tantôt un scapulaire, tantôt une médaille de Sainte-Hélène dont ils s'étaient munis pour la circonstance. Inutile de dire que lorsqu'ils étaient en nombre leurs allures changeaient.

Nous avons laissé le Maréchal de Mac-Mahon affirmant à Napoléon HI, que « tout allait bien », vers les quatre heures du soir. Peu après, par les fuyards et par ses. officiers d'ordonnance, il apprit le désastre de Beaumont et finit par en comprendre toute la gravité.

Il fallait adopter une résolution virile et la faire exécuter sur le champ, mais le duc de Magenta hésita encore et finit par se décider à la seule chose qu'il fallait éviter : la retraite et la ccHicentration sur Sedan, alors qu'il pouvait encore choisir, entre livrer une bataille le lendemain à Mouzon même, bien en position sur les hauteurs environnantes, ou battre en retraite sur Mézières en évitant Sedan ; c'est ce dernier parti qu'aurait pris le général Ducrot qui crut même que telles étaient les intentions du Maréchal, puisqu'il fit plus tard diriger son corps d'armée sur Illy et non sur Sedan.

Ce 3o, au soir, le général, ne recevant pas d'ordres, envoya de Carignan un de ces officiers d'ordonnance, le capitaine Bossan, avec mission de trouver le Maréchal et de lui demander des instructions.

M. Bossan finit par rencontrer le Maréchal près de Mouzon. Celui-ci était très frappé du grave échec qui venait d'avoir lieu à Beaumont et ne pouvait se décider à donner un

ordre précis : (( Mais, enfin, que faut-il dire au général Ducrot ? )) demanda le capitaine Bossan. — n Est-ce que je sais, moi ! » répondit le Maréchal.

Puis il fit déployer sur le devant de sa selle une carte tenue par le lieutenant-colonel Broyé, son aide de camp.

— (( Nous sommes ici, Monsieur le Maréchal », dit le colonel en posant un doigt sur un point de. la carte.

— (( Oui, je suis là » dit énergiquement le duc de Magenta, en donnant presqu'un coup de poing sur la carte.

Puis, après un assez long silence :

— (( Dites au général Ducrot de nous garder comme il pourra, qu'il protège la retraite soit par Douzy soit par Garignan, je ne peux savoir encore ce que je ferai ; dans tous les cas, qu'il fasse partir au plus vite l'Empereur pour Sedan ! » Le maréchal employa même un terme plus énergique que nous ne pouvons reproduire ici.

Le capitaine Bossan repartit donc au galop sur Garignan, pour porter au général Ducrot les instructions de Mac-Mahon.

Napoléon venant de Baybel, était arrivé vers 5 heures et demie à Garignan avec sa suite.

. Le Souverain descendit chez le maire M. Hablot, il occupa le premier étage de la maison que l'on peut voir encore aujourd hui, faisant l'angle de la grande rue et de la place, presqu'en face de l'Eglise. Dans une encoignure forijdée par la demeure du maire et la maison de M. Dumont, neveu de la nourrice du Roi de Rome, furent placés deux fourgons de vivres et de bagages ; les cent-gardes furent camipés dans le jardin d'une brasserie près des halles et de l'Hôtel de Ville.

Napoléon III, en arrivant, changea de tenue, aidé par

deux valets de chambre, but du bouillon, reçut M. Dumont et deux ou trois personnes ; puis, il descendit sur la place et, seul, en petite tenue dé général il se mit à arpenter fiévreusement le trottoir situé sous ses fenêtres dans la grande rue, fumant machinalement cigarettes sur cigarettes, tandis que sur la route du bas s'écoulait déjà une partie du premier corps en route pour protéger la retraite sur Douzy.

Entre 7 heures et demie et 8 heures, l'Empereur remonta dans ses appartements et se disposait à y passer la nuit restant toujours sur l'impression des dernières paroles de Mac-Mahon à Baybel affirmant que c( tout allait bien ».

A ce moment arrivèrent chez M. Hablot le général Ducrot et le capitaine Bossan, qui demandèrent à être introduits sans retard. Le général annonça brièvement le désastre de Beaumont-Mouzon. L'Empereur ne voulait pas y croire, et fit répéter jusqu à dix fois au capitaine Bossan le récit des événements de l'après-midi.

Napoléon III était plus qu'ému et sous le coup d'un affaissement réel, il ne cessait de dire d'un ton découragé : — (( Mais c'est impossible ! nos positions étaient magnifiques, quelle fatalité ! Mon Dieu ! Quelle fatalité ! Quelle implacable fatalité I ».

Le général Ducrot fit part alors de Tordre qu'il avait reçu du Maréchal au sujet du départ immédiat pour Sedan par le chemin de fer ; l'Empereur refusa disant qu'il voulait partager le sort des troupes, rester avec le corps qui {)rotègerait la retraite et partir au milieu des divisions ; e général Ducrot insista, déclarant que la présence du Souverain le gênerait et pourrait augmenter les difficultés de sa marche rétrograde, mais il ne put obtenir une réponse décisive et se retira avec le capitaine Bossan.

Peu après le départ du général, l'Empereur, d'après les

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avis de aes aides de camp, finit par se laisser convaincre et décida son départ.

Un officier d'ordonnance se rendit immédiatement à la gare de Carignan pour demander un train spécial.

La gare était en désarroi, plus de trois cents wagons de provisions se trouvaient là, encombrant toutes les voies. M. Pierre, qui faisait ce soir du 3o août fonction de souschef de gare, put néanmoins en vingt minutes former le train impérial avec ce qu'il réussit à trouver. Ce train se composa de \a locomotive, un fourgon, un wagon mixte, comprenant une caisse de première et deux de seconde et un fourgon de queue (i).

Napoléon III, prévenu, se rendit à pied à la gare, accompagné seulement de trois généraux aides de camp, et prit place dans le compartiment de première classe avec un général, les autres se placèrent dans les secondes.

M. Pierre. monta sur la locomotive avec le mécanicien et le chauffeur et à 9 heures 45, le train s'ébranla, disparut dans la nuit, emportant TEmpereur de France à sa destinée, roulant sur Sedan.

Il était là, le malheureux Empereur, affaissé sur la banquette de ce vieux wagon de rebut dont la lampe n'avait pu être allumée ; jusqu'à Pourru-Brevilly, le pomt lumineux de sa machinale cigarette trouait seul l'obscurité de la caisse roulante ; plus loin, sur la gauche, à chaque instant, apparaissaient les feux de bivouacs des Allemands se repo-

li) M. Pierre était encore il y. a peu d'années, chef de la petite vitesse à la gare de Sedan.

8ant après le combat de Beaumont ; quelt]ues fusées par moment sillonnaient les ténèbres.

Le train marchait très lentement, conduit avec prudence par M. Pierre ; à Douzy, il fallut arrêter ; des troupes françaises barraient la voie, ce C'est l'Empereur », dit le conducteur. Les officiers livrèrent le passage et le train fugitif reprit sa marche entre deux haies de soldats indifférents.

Voici BazeiUes dormant sa dernière nuit^ et après la grande courbe, nouvel arrêt à Pont-Maugis : un officier de cavalerie apprenant que Napoléon était dans le'train, vint à la portière et lui remit une dépêche de Bazaine, arrivée ce soir-là. Que contenait cette dépêche, probablement vieille de plusieurs jours ? personne ne Ta su, personne n'en a parlé, personne ne le saura jamais.

Enfin, on stoppa dans la gare provisoire de Sedan composée de bâtiments en bois fi) et située sur la route de Ponchery, à 4oo mètres de la porte de Paris. M. Pierre, descendu en hâte de la locomotive^ vint ouvrir la portière (Ju wagon de TErapereur ; celui-ci ne bougeait pas.

(( — Sire, nous sommes à Sedan, votre Majesté veutelle descendre, ou continuer plus loin ?

(( — Mais, où voulez- vous que j'aille ?

(( — Sire, la voie est libre encore, nous pouvons aller jusqu'à Mézières, là votre Majesté sera en sûreté.

(( — Oui, dit un général, là, nous trouverons le corps d armée de Vinoy, on pourra organiser une résistance en attendant le Maréchal.

(( — Non, à quoi bon ? repartit l'Empereur, je veux par-

(1) C'est là qu'est aujourd'hui le peissage à niveau sur la route de Sedan à Donchery. La gare actuelle a été construite sur un autre emplacement, plus près de Pont-Maugis.

tager, quel qu'il soit le sort de l'armée. L'armée vient à Sedan, restons à Sedan. »

Le Souverain descendit du train, et, guidé par un employé de la gare, se dirigea vers la porte de Paris, à pied, suivi de ses aides de camp.

Il était environ onze heures du soir, la ville dormait, et, malgré la nouvelle du désastre de Beaumont, ne se doutait guère qu'elle allait être le théâtre d'aussi terribles événements ; néanmoins on était sur la défensive, les postes étaient doublés et les portes fermées.

Arrivé à la porte de Paris, l'Empereur qui était enveloppé d'un caban ne se fit pas reconnaître ; il fut reçu par le lieutenant de mobiles commandant le poste, M. Charles Vesseron, plus tard avocat à Charleville et officier de réserve du gi" de ligne, mort aujourd'hui ; et, comme général, il ordonna à cet officier de lui livrer passage et d'envoyer immédiatement prévenir le général de Beurmann, commandant la place de Sedan, de se rendre à la souspréfecture.

Napoléon continua sa route, toujours à pied, et arriva à la sous-préfecture distante d'environ i5oo mètres de la gare, vers onze heures et demie.

On juge de l'émoi du sous-préfet et des serviteurs à l'arrivée de cet hôte inattendu, succédant à deux jours d'ûntervalle à son fils ; on s'empressa et en peu de temps le Souverain eut à sa disposition un salon et une chambre à coucher.

C'était la dernière étape, c'était le dernier toit officiel qui devait abriter l'infortuné souverain !

Minuit va bientôt sonner, ce sera le 3i août, l'ultime

Surnée donnée au commandant en chef, maréchal de Macahon, duc de Magenta, pour sauver la dernière armée de France ; la route de Mézières est libre, toute l'armée

peut se retirer vers le nord, on peut organiser un centre de résistance assez fort pour arrêter les Allemands et permettre aux armées de Paris de se former, on peut éviter

Sedan, la chute d'un empire non, rien ne sera fait,

rien ne sera tenté et quand il nous fallait un Napoléon I" ou un de Moltke, nous n'avons eu qu'un chef, brave à l'excès, mais sans décision et sans génie militaire ; le Maréchal eût excellé pour commander en second, mais il n'avait rien de ce qu'il fallait pour diriger une armée aussi nombreuse et surtout une armée vaincue ; de plus, il ne connaissait pas le pays, les cartes étaient imparfaites, quand il y en avait, el bien des généraux étaient dans une ignorance notoire de la géographie, a C'est bien la Moselle ? )) disait l'un d'eux en montrant la Meuse ! . . .

Le train spécial qui avait amené l'Empereur, à Sedan retourna, toujours sous la conduite de M. Pierre, à Carignan. M. Pierre avait reçu l'ordre de brûler les 3oo wagons de provisions qui se trouvaient à Carignan, pour ne pas les laisser tomber entre les mains des Allemands. Sitôt arrivé, il lit composer un train et le fit partir pour Sedan ; malheureusement, il était trop tard et ce convoi fut arrêté et pris par les Bavarois à Bazeilles. Ensuite, M. Pierre commença la destruction des wagons en gare, mais au moment où le premier wagon flambait, les Allemands arrivèrent et empêchèrent de brûler les vivres et les munitions dont ils s'emparèrent.

Pendant cette nuit du 3o au 3i août, le général Ducrot, après avoir appris le départ de l'Empereur pour Sedan ,

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s*étail installé chez M. Carpentier, à la briqueterie de Blagny ; il passa la nuit entouré de ses officiers, assis sur des bottes de paille, à dicter son ordre de marche pour le lendemain ; persuadé que la retraite s'effectuerait par le Nord, il fit filer ses bagages et services sur lUy et lui-même partit sur ce point avec son corps d'armée, prenant Mézières pour objectif.

L'escorte, les bagages de l'Empereur et de sa suite étaient restés à Garignan. Ordre leur fut donné de rejoindre à Sedan.

Les aides de camp, le colonel des Gent-Gardes, ses deux officiers et les gardes partirent dans la nuit. Ils furent suivis, à peu de distance, par les bagages : ces fameux bagages que Zola et d'autres écrivains ont fait miroiter aux yeujc du public, dans un nombre fantastique, avec des cuisines montées, des douzaines de domestiques, etc !

Or voici le rapport officiel qui nous a été remis par M. Toussaint,. ancien maréchal des logis chef aux Gent-Gardes, qui fut chargé, cette nuit là, de conduire les bagages de l'Empereur, de Garignan à Sedan; ce rapport nous a été confirmé par notre père d'abord, et ensuite par plusieurs témoins qui, ainsi que M. Toussaint, sont encore de ce monde et sont prêts à certifier ce que nous écrivons.

Nous transcrivons textuellement le rapport de M. Toussaint qui, chargé de la surveillance des bagages à ce moment-là, n'était arrivé à Garignan qu'après l'Empereur et son escorte (i) :

« Entré dans Garignan vers huit heures du soir avec les voitures et bagages, j'ai trouvé les cent-gardes campés dans un jardin en face de la mairie ; le colonel partageait leur sort. Quand Sa Majesté eût quitté Garignan, on reçut

(1) Inédit.

Tordre de se diriger sur Sedan ; le colonel Verly me confia le commandement du détachement chargé d'accompagner les bagages jusqu*à Sedan ; ce détachement se composait de quelques cent- gardes à pied, d'ouvriers militaires, et de douze gendarmes d'élite avec un sous-officier. Une compagnie de grenadiers de la Garde, commandée par un lieutenant protégeait mon détachement.

(( Les bagages étaient composés des cantines de l'Empereur, des officiers de sa Maison, des généraux aides de camp, et tenaient fort bien dans quatre voitures. Une seule prolonge du train de la Garde, attelée de quatre chevaux, transportait les bagages du colonel, des officiers et des Gent-Gardes.

(( Voici du reste la composition officielle du convoi, comprenant les bagages, chevaux et voitures de l'Empereur, de sa Maison et des Cent-Gardes, de Carignan à S^an.

« Fourgons contenant les cantines et bagages de

l'Empereur et de sa Maison -, 4

(( Voiture Daumont attelée de !\ chevaux pour l'Em- .

pereur l

(( Fourgon pour les Cent-Gardes (prolonge du train) . i

(( Domestiques pour l'Empereur et sa Maison 8

(( Chevaux de selle pour l'Empereur 4

(( Chevaux de selle pour chaque général aide camp. . . 3

(( Chevaux de selle pour chaque officier d'ordonnance. 2

(( Chevaux de selle pour le colonel des Cent-Gardes. i

(( C'était tout, et ceux qui ont prétendu que les bagages impériaux étaient innombrables et causaient une gêne considérable, devaient certainement être doués du don de double vue.

« Pendant toute la route de Carignan à Sedan, nous marchions dans le plus grand silence possible, évitant même d^ allumer une cigarette, car partout on apercevait les

feux dé bivouac des Prussiens, et nous les devinions tout près de nous. Au commencement du trajet, le lieutenant des grenadiers de la Garde qui nous escortaient, M. Gremer, je crois, vint me prier d'autoriser un de ses amis à monter sur notre prolonge. Get ami était M. Paul de Gassagnac.

(( A Tarrivée à Sedan, toutes les voitures de l'Empereur, les chevaux et les bagages furent remisés dans la cour du quartier de cavalerie en face de la sous-préfecture. Dans ce quartier (i) se trouvaient également les Cent-Gardes, arrivés avant nous avec le colonel et les officiers.

(( Toussaint^ (( Ancien maréchal des logis chef aux Gent-Gardes ».

. Voici la liste des cent-gardes qui accompagnèrent l'Empereur de Paris à Metz, et de Metz à Sedan (un peloton fut détaché le 26 août et, sous les ordres du lieutenant Watrin, escorta le Prince Impérial de Ghâlons h Maubeuge) :

Colonel : Baron Verly, (mort en i883) ;

Capitaine : Fieron, (mort en 1890) ;

Lieutenants : Teyssou, (mort en 1886) ; — Watrin, (mort en 190/4) ;

Maréchaux des logis chefs : Lemeland (mort en 1907) et Toussaint ;

Maréchaux des logis : Pelissou, Kubler, Maillot, Dernier ;

Brigadiers : Esqueerre, Mosbach, Muna, Petriche, Jess, Scharff, Naillard, Page.

(1) Le quartier Macdonald.

Trompettes : Soûlas, brigadier ; Râmbâud, Kelle.

Gardes : Rabut, Jacques, Léser, Piat, Auge, Joveniaux, Malzac, Dupuy, Coursimault, Delavaux, Gooris, Bancel, Sagot, Bnge, Buchert, Moritz, Grillet, Masson, Sardeilhand, L*Enfant, Fix, Schmidt, Mayeli, Bicore, Bouquin, MuUer, Rumpler, Beaudin, Roux, Tiviez, Thibeaudeau, Casseron, Padeux, Ducrot, Andrée, Poli, Scheernez, Bayon, Midoux, Proust, Louveic, Véjux, Kleinhans, Durand, Gervais, Odoin, Gallin, Plaire, Ensel, Cast, baron P. de Bourgoing (i), et tout le peloton détaché le 26 août pour escorter le prince impérial.

(1) Le baron de Bourgoing, écuyer de l'Empereur, engagé volontaire aux Cent-Gardes en juillet 1870, avait quitté l'armée de Metz, après les premiers revers, pour aller prendre le commandement des mobiles de la Nièvre.

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