DES GENT-GARDES DE S. M
« Nous avons assisté hier, à une réception de TAmbassadeur de Turquie par Tlmpératrice régente, qui a, par ma foi, parfaitement répondu à l'envoyé de la Sublime Porle,
« Elle se fait à merveille, et gagne de jour en jour. L'absence de Tempereur lui a fait un bien énorme. S'il pouvait en être ainsi de toutes les femmes éloignées de leurs maris!!.,» Comme ces derniers se hâteraient de s'éloigner !*•.
a L'impératrice était admirable dans sa grande toilette d'apparat : manteau de Cour, velours grenat doublé d'hermine, robe satin blanc; corsage bordé de perles et de diamants. C'était éblouissant et, ce qui est mieux, de bon goût
DE NOTRE-DAMB AU ZULULAND 79
Paris, 17 juillet, 1865.
« Le sort paraît se jouer de nos projets, cette année; le départ de Leurs Majestés est ajourné jusqu'à nouvel ordre. J'espère toutefois que ce ne sera pas pour longtemps. Cet ajournement est dû à la maladie du Prince. Le D' Rayer avait un peu ^/^rat/i^ l'Impératrice, par son appréciation comme toujours exagérée, de l'état du malade. Le D' Barthès, lui, a complètement rassuré l'Impératrice hier, il lui a dit que le Prince n'avait aucun symptôme inquiétant.
« Avant de monter dîner hier, j'étais allé prendre des nouvelles du Prince ; sa porte était ouverte, il m'a entendu et m'a dit d'entrer. Je l'ai trouvé alité, très gai, me disant qu'il avait très faim, mais qu'on ne voulait lui donner qu'un mauvais bouillon. J'ai embrassé sa petite main qui n'était pas chaude du tout. Bref, pour moi ce n'est rien absolument. Je suis sûr qu'il sera sur pieds demain, mais on a bien raison de prendre tous les ménagements possibles.
Paris, 17 août, 1865.
« Je nq sais quel temps vous avez eu à Gouzon pour le jour de la fête. Je souhaite qu'il ait été plus beau qu'ici. Il a plu à verse depuis trois heures de l'aprèsmidi ; le soir, le vent à'est joint avec fureur à la pluie;
il a été impossible d'allumer le gaz des illuminations ; les verres étaient pleins d'eau et ne pouvaient pas non plus, être allumés.
Bref, il y a eu un fiasco complet.
« L'Empereur et l'Impératrice sont partis de Ghâlons aujourd'hui pour Strasbourg et Mulhouse. On croit qu'ils reviendront le 20 au camp pour les courses, et qu'ensuite ils iront rejoindre le Prince Impérial à Fontainebleau où il rentre aujourd'hui.
« Le général Rolin est reparti pour Fontainebleau. J'avais déjeuné hier avec lui ; il me charge, ainsi que M"*® Rolin, de ses amitiés pour toi.
Paris, 2 septembre, 1865.
« Toute cette semaine a été employée pour nous par les visites presque quotidiennes de l'Empereur à Paris, nous avons reçu Jeudi, en grand gala, le nouvel Ambassadeur d'Espagne. Le lendemain, le Grand-duc de Bade est venu faire visite à l'Empereur, etc., etc.
« L'Impératrice qui devait d'abord rentrer Jeudi, ne revient que ce soir à Fontainebleau. L'état de ces dames est aussi satisfaisant que possible.
« Je ne t'ai rien dit de la Princesse Anna parce qu'elle n'avait que des contusions ; toutefois, elle a craint pour son (Bjl, elle est rassurée aujourd'hui.
« M"** de Montebello a une fracture simple du bras.
« M"** Bouvet a été la plus maltraitée ; elle a été lancée entre les jambes d'un cheval de tombereau, qui piétinait sa robe; c'est de là qu'on Ta retirée avec deux côtes brisées, ainsi que la clavicule. On avait été très inquiet, parce que les premiers jours, elle a craché le sang. Gela s'est heureusement arrêté ; son état ne se complique pas.
« On attend la rentrée de l'Impératrice à Fontainebleau, pour fixer le départ de Biarritz. J'ai fait partir aujourd'hui un peloton complet, hommes et chevaux, destinés à recevoir la reine d'Espagne qui doit se rendre à Biarritz vers le 10 ou le 12 de ce mois. Il est probable que l'Empereur partira vers le 7 ou le 8, avec l'Impératrice et le Prince Impérial ; quant à moi, . je reste ici à la garde du général et de M"' et M"* Lepage.
Paris, 16 juin 1866,
« Il y a maintenant quelques dispositions changées dans l'ordre du voyage de l'Empereur. Nous partirons toujours le 14 du mois prochain, pour Bar-le-Duc, Ghâlons et Nancy, mais Sa Majesté renonce au reste du voyage primitivement projeté ; c'est-à-dire que l'on n'ira pas à Metz, Lunéville, Strasbourg, Mulhouse et Besançon, et encore moins à Lyon.
« Je ne t'ai pas dit que la fête donnée lundi à l'Ely-
sée était on ne peut plus magnifique ; les salons étaient ouverts, mais on se tenait surtout dans le jardin qui était illuminé d'une manière féerique par troîa foyers électriques placés à hauteur du toit; C'est ce que j'ai vu jusqu'à ce jour de plus beau comme aspect. Il n'y a pas de décor d'Opéra capable de lutter avec l'aspect qu'offrait le jardin de l'Elysée, -dont le tableau était égayé par les toilettes des dames qui filaient dans le lointain comme des apparitions surnaturelles à distance. La laideur disparaissait ; on ne voyait que le pittoresque du défilé. Je regrette que tu n'aies pas pu jouir de cette fête réellement splendide.
• ■ • • ' • ' Nancy, 16 Juillet 1866. ' '
« Ici nous sommes comme dans une
fournaise ardente, nous avions, avant-hier, à Ghâlons, une température de 35 degrés à l'ombre ; juge de ce que cela était en plein soleil pour l'escorte. J'ai eu plusieurs gardes qui se sont trouvés mal ; l'eau ou la sueur coulait par tout le corps ; on pouvait tordre les effets en rentrant.
« Nous avons ici une réunion immense de population pour les fêtes de Nancy qui ont commencé hier pour l'arrivée de l'Impératrice : Le Te Deum à la cathédrale, le prêche de M^' Darboy, l'Archevêque de Paris, qui s'est élevé jusqu'à la hauteur de Bossuet; puis, a eu lieu le défilé des quatre départements voisins, des orphéons, etc., etc*,
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le tout a duré depuis trois heures et demie jusqu'à sept heures.
« L'Impératrice et le Prince Impérial ont assisté debout à cet immense délilé qui a duré trois heures : tous deux ont montré là une grande énergie ; le Prince, ce matin, est frais et gai ; nous sommes allés nous promener ensemble dans le jardin ; il me rappela mon petit bonhomme 1 Tantôt, à une heure et demie, nous verrons les beautés vierges ou mariées de Nancy, ainsi que la future jeunesse mâle en présentation à l'Impératrice et au Prince. Après, nous irons aux courses ; en rentrant nous assisterons à sept heures à un banquet offert par la Ville. Celui-ci, d'après ce que j'ai vu, sera laid et probablement mj^uvais. Je dînerai avant. Demain, a lieu un déjfîlé historique et, à dix heiîres^ bal à l'Hôtel-de- Ville. — Mercredi, nous partirons pour Lunéville.
« C'est la première fois qu'il m'est donné de visiter Nancy complètement. Je crois qu'il n'existe pas de ville qui ait autant de monuments en harmonie parfaite avec leur destination et d'un plus beau style ; c'est réellement une ville magnifique dans toute l'acception du mot ; je ne parle là que de la nouvelle Ville, celle de Stanislas ; il reste à peine quelques vestiges de la demeure des anciens ducs de Lorraine, et la vieille ville n'a rien de remarquable.
« Nous sommeslogésdanslePalais du Gouvernement, splendide demeure comme construction, mais sentant l'abandon de plus d'un siècle. J'occupe une grande chambre dans laquelle tiendrait notre appartement. Il y a pour la meubler un lit, une table, quatre chaises, une toilette non garnie, et pas un meuble pour placer le
linge, les habits. J'ai fait planter des clous, tendre des ficelles pour tout y suspendre.
« Voilà mon palais pour trois jours ; on dirait qu'on a prévu que par ce temps-ci les effets ont plutôt besoin de sécher que d'être renfermés. Malgré l'excessive chaleur, je me porte à merveille, comme toujours quand je suis en grand mouvement.
Nancy, 17 juillet 1866.
« Hier soir, lundi, nous avons assisté à un. festival musical parfaitement organisé, tellement bon, à part quelques trompettes qui étaient aussi fausses que celles du jugement dernier, que j'ai pris plaisir à l'exécution des chœurs et des morceaux d'harmonie. C'est, selon moi, le plus grand éloge à faire d'un orchestre : « M. le colonel est satisfait ». Il est vrai qu'il y avait de très jolies femmes ; ne sois pas jalouse, je ne sais même pas leur nom. On n'avait pas par trop chaud, la salle était presque à tout vent. Joins à cela que nous avions fort mal dîné, que nous nous étions consolés en gouaillant les convives, les invités et les invitants.
« Je viens d'assister, ce matin, à une de ces ovations qui attachent infailliblement le Souverain au peuple et le peuple au Souverain. L'Impératrice, sortie en petite voiture basse, sans escorte, sans apparat, revenait de visi-
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ter quelques établissements de charité ; elle mit pied à terre pour continuer sa promenade.
« Elle fut immédiatement arrêtée par la foule, chacun voulait loucher ou baiser un bout de ses vêtements, en disant : « C'est une sainte ! »
« Hier, tu ne te figures pas les véritables litanies qui servaient de cris d'enthousiasme à la foule des députations. Tout ce succès mérité d*amour est dû surtout à la dernière et courageuse visite de l'Impératrice à la ville d'Amiens, pendant le plus fort du choléra.
<( Je vais assister au défilé historique ; puis, départ pour Luné ville.
Paris, 19 juillet 1866.
« Il est cinq heures dix minutes ; nous venons d'arriver à bon port, tout le monde bien portant ; l'Impératrice est un peu fatiguée ; le Prince va admirablement. Jl n'a fait que jouer depuis Lunéville jusqu'à Paris ; le voyage ne lui a rien fait.
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