LES CENT -GARDES
^u Baron Albert Verîy.
Quand il fallut livrer les drapeaux de la Garde, Sentant au-dessus d'eux que quelqu'un les regarde Ils serrèrent les rangs et s'écrièrent tous ; « Nous ne les rendrons pas; ils ne sont point à nousl tt C'est Thonneur du pays. La France qui succombe ft Compte sur ces drapeaux pour ombrager sa tombe^ « Et nous dirait : « Arrière ! A votre front baissé a Qui vous contemple voit où vous avez passé ! »> « Nous ne les rendrons pas. »
Et songeant à riHstoire Qui fait pour les béros qu'a trahis la victoire
1 Le Gouvernement de la Défense nationale avait formé le 2"^ régiment de cuirassiers de marche, le 11 septembre IftlO.
Ce régiment Était composé de :
!"■■ Escadron: Les Cent-Garde».
2* — dépût des Crarabiniers de la Garde.
3' — dépôt des cuirassiers de la Garde.
4" — les hoitimcs disponibles du l"*" cuirassiers.
Ce régiment, commandé par le colonel Mariani sous les ordres du général de brigade de Bernis, se distiogim auua les murs de Paris.
Entre autres fatta d'armes nous citerons le suivant qui fait Tobjet dâs
ÏFM
S'oovrir les portes d*or des Pantliéons d'airain, Laissant parler leur cœur dans un cri souverain, Devant les étendards qui brûlaient dans la plaine Ils dirent « Au revoir! » -^ et la ilamme hautaine , Des drapeaux consumés se perdit dans les deux! Voilà des souvenirs qui sont déjà bieu vieux ; Mais Toubli, fossoyeur qui fait tomber sa terre Sur les temps écoulés, Toubli n'a pas fait taire Dans nos cCEurs déchirés la plainte des vaincus^ Ni le regret des morts et des jours mal vécus. On se souvient toujours ! — Et chacun se rappelle Qu'ils surent nous laisser leur mémoire immortelle Les fiers Cent-Gardes bleus aux crinières d'argent. On avait tenu d'eux un propos outrageant :
' « Chargeront-ils jamais ces soldats de parade ? « Et Ton semblait douter. Alors un camarade
vers cî-des3us et que ïiomb relatons en entier dans notre livre VE^icadron des Cenl-Gni^deft.
..... Cest sur la furme de Notre-Dajiic-dcs-M fiches, près Mesly. que ia hrigade de Bernia dut charger. On. ne voyait pas rerincmi. SeJon leur coutume, les Allem?inda s'étaient farlifiés dans Iti ferme, avaient crénelé les murs, et*., c'eat «sur ces murs, sur cette ferme en feu, ovi Ton n'apepcevait aucun être humain, que le 2* cuirassiers {!c manche dut charger. Courant au-devant de celte fhlte (!), le régiment se précipita comuie une avalanche sur... les murs crénelés, dont toutes les ouvertures vomissaient des torrents de l>ailes et de mitraille.
D'après des témoins de ces exploits inouïs, tes JmlUn crépitaient sur les ctjirfiJises t^omme la f/rêle sur Its cat^retiuj^ de vitre.
On tïattit en retraite : pas un cri, pas un murmure !
Kt cependant les hommes voyaient bien qu'on les avait envûyéH au feu sans qu'ils pussent aborder l'ennemi, et qu'ils ne pouvaient que mourir; tant ^tait grand et inné che?rees vaillants Tesprit de sacrifice!
Le ^l décembre, le 2" cuirassiers de marche se signale au combat de VÎUo'Fivrard, et, comme à Ghâ-tillon, comme a Créteil, il se couvre de gloire et mérite les félicitations de son colonel et du générnl de Beruts,
On a prêté, daniî une anecdote, à des hommes du i"^ escadron, des paroles que nous reproduisons pour mémoire :
A Mcsly, des hommes, des h raves pourtant, du 2* escadron, disaient entre eux que c'ijtait frdie que de faire charger dans de telles conditions.
lin homme du V*^ escadron (les Cent-Gardes) dit tout haut : <i AUons donc! Camuraden^ il faut y al ter t^iuand mime; et comme nous ctiargeons en téfe^ voua ijerrez comfaent les Cenl-Garde.'i savent mourir. ^
[UEjiCudron (/^* Cent-Gardes, par Albert Verly : P. tHlendorff, éditeur*)
S'écria, comprenant que c'était un défi :
« S'ils veulent regarder ils feront leur profit !
a Montrons leur que Sedan d'où la honte s'exhale
a N'est pas le dernier mot. La France Impériale
« Saura, pour bien mourir, leur faire voir un front
« Où l'orgueil insulté se cabre sous l'affront! »
Soudain l'ordre arriva d'entrer dans la bataille : Un doigt leur désigna dans un rire qui raille Une ferme immobile et leur dit : « Là-dessus ! » « Allons-y ! » dirent-ils. — Et comme les obus Commençaient à ronfler devinant leur approche, Tels que des chevaliers sans peur et sans reproche Cent-Garde, Cuirassier, Carabinier géant Enlevant leurs chevaux coururent au néant ; A l'Empire écroulé la rage de survivre Allumait les regards sous les casques de cuivre, Car chacun, dédaignant l'inutile danger, Se sentait pour mourir un cœur fier et léger. — Et l'on crut voir alors, mirage de l'histoire. Devant ce tourbillon, où la mort et la gloire — S'étreignaient sans pâlir et se serraient la main, Les gens de Waterloo qui montraient le chemin !
Quiconque est revenu de ce galop suprême Peut relever le front et, contefnt de soi-même, Se dire en évoquant ces grands jours révolus : « Les autres regardaient et ne souriaient plus ! »
MaCDONALD, Duc DE Tarente.'