‹ Souvenirs du Second Empire: De Notre-Dame au ZululandChapitre 3 sur 40 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

1856. — On danse partout. — Bal Tascher de La Page rie. — Tarentelle. — Congrès de la Paix. — Naissance du Prince Impérial. — Convalescence de l'Impératrice. — Baptême à Notre-Dame. — Hôtes princiers de Saint-Cloud. — Adresse d'ouvriers.

1857. — Lettres anecdotiques du Commandant des Cent-Gardes. — Le Général Fiereck.

Avant d'arriver aux derniers mois du second Empire, nous croyons intéressant pour nos lecteurs, de jeter en hâte sur le papier, çà et là, au hasard* de nos souvenirs de famille, quelques notes anecdotiques sur les années joyeuses, sur les jours qui semblaient sans lendemains, sur les fêtes, sur les « on dit », sur les potins j de cette cour qu'on a traitée de corrompue^ et qui n'était que légère, laissant faire, laissant dire, ne faisant pas le mal, mais n'ayant pas le temps de faire le bien.

On eût dit que la société de cette époque prévoyait l'orage et qu'elle se hâtait de jouir du temps présent.

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avant récroulement final, avant la fin d'un règne qui n'aurait plus d'imitateurs, ni de successeurs, dans le siècle qui allait disparaître.

Nous passerons donc rapidement sur les années de 1856 à 1867, avant d'aborder la partie plus sérieuse de notre œuvre.

En janvier et en février 1856, la grande société parisienne se préparait à une série de fêtes et de bals qui devaient s|e donner à l'occasion du prochain Congrès, dit « Congrès de la Paix », annoncé pour le courant de mars.

Le monde diplomatique était au complet. On ne parlait partout que des splendides soirées et des représentations théâtrales mondaines.

Tous les salons du high-life s'ouvraient et préludaient en petit, comme par des répétitions, aux magnificences en perspective, aux féeries des Mille et une nuits.

L'espérance prochaine de la paix universelle compensait ce que le carnaval avait eu de trop gris ; on dansait, on dansait partout, à ce point qu'un journaliste »

avait écrit dans ses Echos cette phrase lapidaire :

« En attendant que Paris, grâce au Congrès, devienne tout à fait le premier salon de l'Europe, il en est un peu le premier « bastringue » .

Le branle fut donné, tout d'abord, par M"*® de Tascher de la Pagerie, chez qui se tint, vers la fin de février, à deux heures de l'après-midi, une sorte de réunion préparatoire, entre quelques dames et quelques hommes du monde officiel.

Il y avait là M°*®' la comtesse Lepic, comtesse Stéphanie de Tascher, comtesse Charles de Tascher, M"*" de Gopens, Verly, Brincard, M"® de Busch, etc., etc.

L'Impératrice allait entrer dans son dernier mois de grossesse. L'inaction à laquelle elle était condamnée, lui pesait durement; elle s'ennuyait, clouée dans son appartement des Tuileries. Il fallait la distraire.

On proposa une redoute, en petit comité : on réhabiliterait le travesti par la résurrection de « l'intrigue » où l'on respecterait sincèrement l'incognito.

L'accord fut bientôt parfait.

Ces dames décidèrent qu'on représenterait, comme divertissement, le Char des moissonneurs de Léopold Robert.

Les personnages, groupés sur le char, en descendraient à un moment donné, et danseraient une Taren-telle qui serait la reproduction vivante de la célèbre toile.

Le canevas de la fête fut bientôt prêt.

On prit jour et heure pour les premières répétitions, dans les appartements de la comtesse Charles de Tascher de la Pagerie, au Pavillon Marsan. (Le comte Charles de Tascher était premier chambellan de l'Impératrice).

« Les acteurs » de la fête projetée furent exacts au rendez-vous. On forma les couples de la façon suivante :

Prince Brancovan et comtesse Lepic ;

Baron de Beust, M"® de Coppens ;

LéopoldMagnan (le fils du Maréchal), et M"*® Verly ;

M. Viergra et M""* Brincart ;

M°** la comtesse Stéphanie de Tascher et M"® de Busch^

eurent pour cavaliers deux personnages dont le nom nous échappe.

Le grand Cellarius, professeur de danse, était Tindispensable metteur en scène de ces répétitions ; c'est sous sa direction que les groupes apprirent le pas et les figures de la Tarentelle. -

Le vieux duc de Tascher, de la maison de l'Empereur, assistait à ces séances en qualité de simple « amateur ». C'était pour lui un plaisir délicieux que de faire la cour à toutes les jolies femmes réunies au Pavillon Marsan, et de voltiger de l'une à l'autre en débitant à chacune des madrigaux et des compliments, frappés au meilleur coin de l'esprit et du bon goût.

On aurait cru à le voir, que ce fût pour lui qu'Alfred de Musset avait écrit dans une de ses comédies : Les hommes... ce sont tous des confiseurs déguisés.

Le duc de Tascher, avec les libertés que lui donnaient son âge et sa "haute situation, ne dédaignait pas, à l'occasion, de pincer le menton des jeunes danseuses, de leur baiser la main, tout en les accablant de compliments et sucreries spirituelles, dignes d'un duc et pair du xviii® siècle.

Le lundi gra^ jour fixé pour la grande redoute, arriva enfin, après les quinze jours de répétitions.

Cette soirée fut un véritable éblouissement.

A peine arrivées, les dames furent conduites dans le salon des préparatifs, où se trouvait le char destiné à grouper les « acteurs » .

Elles formaient le plus ravissant bouquet de Transtéverines que jamais peintre eût rêvé.

Elles reçurent chacune une houlette enrubannée, et,

à l'aide de leurs cavaliers costumés en Napolitains, elles prirent place sur le char ; un char de foin le plus idéal qu'on pût voir.

Vers les dix heures, les portes donnant accès sur le grand salon s'ouvrirent, et dans un étincellement de lumière et de diamants, le char s'avança doucement, traîné par le prince Brancovan dans l'attitude exacte du tableau, retenant les brancards sur son épaule ; à ses côtés, MM. Magnan et de Beust.

Toutes les dames invitées étaient en domino, le visage recouvert d'un loup épais.

L'Impératrice àonlVincognito fut bien vite trahi, était assise près du char sur un canapé.

L'Empereur, à quelques pas d'elle, en domino bleu, était entouré des nombreux invités, tous également revêtus de dominos, et le visage caché par un loup.

L'orchestre était dirigé par Strauss.

L'Impératrice, dont les pieds battaient la mesure, trahissait malgré elle, l'ennui de son inaction forcée, qui, bien plus que « sa grandeur, la retenait au rivage »-

Il y avait là environ sept cents invités ; les Souverains donnèrent à diverses reprises le signal des applaudissements, principalement après l'exécution de la Tarentelle.

Au nombre des dames présentes, on remarqua pendant cette soirée une jeune dame étrangère, dont la merveilleuse beauté fit sensation. Ce fut dans les rangs dé cette foule brillante, un long murmure d'admiration et... de curiosité; devant elle s'organisa aussitôt un véritable « défilé. »

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Mais, soit modestie, soit tout autre motif, la beauté mystérieuse resta impassible. — Les hommes eurent beau hasarder diverses questions banales et sans conséquence d'ailleurs, ils n'obtinrent aucun résultat qui satisfît leur curiosité.

L'Empereur, lui-même (à moins que ce ne fût le comte Baciocchi, premier chambellan, qui s'était fait le Sosie de l'Empereur), s'étant approché à son tour, la conversation suivante s'engagea avec la belle inconnue :

— Madame est étrangère ?

— (Une inclinaison de tête,) Oui.

— Madame n'est pas venue toute seule ?

— Non.

— Madame a l'air soucieux^

— Oh ! oui.

— Elle n'aime peut-être pas le monde ?

— Oh ! non.

— Ni la conversation ? .

— Non.

— Mais alors, qu'est-ce que Madame aime ?

— La solitude.

Le domino impérial, en désespoir de cause, dut se retirer, moins avancé qu'avant, mais à coup sûr, bien plus intrigué.

L'Impératrice avait, d'àsSez bonne grâce, regagné, ses appartements; mais les danses continuèrent une partie de la nuit. .

Cette première soirée laissa à tous les heureux privi- .légiés qui y avaient assisté, un délicieux et durable souvenir.

L'ëlan était donné : on fut .tout au plaisir de vivre !

Le Congrès s'était tenu à Paris au mois de Mars, et la délivrance de Tlmpératrice coïncida avec la fin des travaux diplomatiques.

Les cloches de Notre-Dame et de toutes les églises de France sonnèrent leurs plus joyeux carillons. La paix (une paix durable !) était signée avec la Russie. Le Prince Impérial était né, et les acclamations les plus enthousiastes saluèrent la conclusion du traité et la naissance d'un enfant de France, baptisé solennellement à Notre-Dame dé Paris, le 14 Juin 1856.

Vers la fin Avril, l'Empereur avait reçu en audience solennelle le comte Orloff, envoyé extraordinaire et ambassadeur du Tzar en France.

Les premiers jours de Mai, l'Impératrice en pleine convalescence, put recevoir les hommages de ses fidèles.

On lui était présenté dans son salon-boudoir, Son éclatante beauté était tempérée par quelques traces de fatigue, et une légère pâleur.

Étendue sur une chaise longue, vêtue de blanc et de bleu, noyée dans un flot de dentelles, gaie, enjouée, rieuse, elle donnait à chacun des ilouvelles de son cher Enfant couché auprès d'EUe, et qui, gras, dodu, les petites mains découvertes, reposait, sans se soucier le moins du monde, de combien de souhaits et de vœux sincères il était l'objet. .

La Cour, avait pris, quelques jours après, ses quartiers d'été à la résidence impériale de Saint-Gloud.

L'Archiduc d'Autriche, l'infortuné qui devait, dix ans

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plus tard, mourir Empereur du Mexique sur les glacis de Queretaro, et le Prince Oscar de Suède étaient les hôtes du palais.

Les représentations théâtrales alternaient avec les soirées et les bals de la cour. On s'y amusait plus qu'aux Tuileries, carTétiquette^tout en étant toujours observée, était cependant moins compassée qu'à Paris.

Il n'y avait jamais assez de foule pour que les dames y perdissent l'éclat de leurs toilettes, et les costumes de Cour étaient aussi plus frais et plus luxueux qu^au Palais des Tuileries.

Durant le séjour des hôtes princiers à Saint-Gloud, ce ne furent que fêtes et réjouissances.

Nous donnons ici l'extrait d'une lettre intime où nous trouvons les portraits de l'Archiduc et du Prince Oscar. Tous ceux qui ont encore présents à Tesprit les traits de ces deux personnages, reconnaîtront avec quelle fidélité ils ont été reproduits.

MAISON MILITAIRE ^^^^^ ^® ^5 mai, 1856.

DE

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