CHAPITRE X
4870. — Bruits de guerre. — Les préparatifs. — Le Corps Législatif et l'Empereur. — Etat des esprits. — La Marseillaise au théâtre. — La rue. — Les journaux. — Départ des troupes. — La Haute- Cour de Blois. — Départ de l'Empereur et du Prince Impérial. — L'Impératrice régente. — Premières nouvelles de l'armée du Rhin.
. Ce fut dans les premiers jours de Juillet que Ton commença à parler d'un Roi que l'Espagne, républicaine depuis deux ans, allait se donner.
Ce fut dans les journaux du 6 Juillet que Ton apprit que le maréchalPrim avait trouvé un roi dont il voulait doter TEspagne.
Il s'agissait, disait les nouvellistes, d'un prince de HohenzoUern, frère du Prince régnant de Roumanie, qui occupait le grade de lieutenant dans la garde prusaienne.
« Les politiques, dit M. Jules Richard, dans le Figaro^ voient d'extrêmes dangers dans la royauté de ce HohenzoUern, qu'ils attribuent aux machiavéliques machinations de M. de Bismarck et ils voient un grand péril (??) pour la France. »
Le lendemain, dans ce même journal, la note s'accentue. Un des rédacteurs, dans un entrefilet de pre-
lest lit Ik
mière page, dit dans ses prévisions pessimistes, qu'il est un peuple qui a le devoir de dire à Bismarck ce que j les Basques avaient dit à Gharlemagne ; ce que noblesse française du Béarn et du Roussillon avait dit l'ambitieux Gharles-Quint, ce quelles Espagnols euxmêmes avaient dit à Louis XIV et à Napoléon P' :
« Tu n'iras pas plus loin ! »
A partir de cette époque, on ne parle plus que de guerre prochaine et, à part une éclaircie qui dura l'espace d'un malin, la note pessimiste alla se gonflant chaque jour davantage, jusqu'à l'explosion finale.
Au Corps Législatif , le Gouvernement avait été interrogé sur la valeur des bruits qui couraient ; le Ministère répondit que la France avait fait savoir à l'Ambassadeur de Prusse, que l'acceptation du trône d'Espagne par unj^^^HttU&êi^i^ serait considérée comme un casii^ belli.
Le soir du même jour, MTTI^^^^^feifiJîassadeur de Prusse, partait en toute hâte pour pagné du premier Secrétaire de l'Ambassade.
Dès lors, on fut tout à la guerre. On n'envisageait déjà plus cette terrible éventualité comme une chose probable, mais on la voyait prochaine, fatale, inévitable.
Les échos, les informations, les racontars des journaux de Paris ne sont plus remplis que des bruits de guerre.
Dans sa Chronique de Paris du 9 Juillet, Jules Richard, le brillant écrivain au sens juste, lance quelques
aperçus qui, relus à vingt-cinq ans dedistance, montrent l'à l'évidence, la terrible clairvoyance de notre con-
voit dans toute cette affaire d'Espagne, la main de la Mrusse. Ce qui paraît surtout évident,- dit-il, c'est
mnisme de la Prusse et de la France, la haine de
<^rance pour la Prusse. En tout cela Prim et le Prince de HohenzoUern ne sont que des marionnettes. Je voudrais me tromper, mais je crois que tôt ou tard, la guerre doit fatalement éclater entre les deux peuples. »
Le Pays donne le la belliqueux. D'après ce journal extra-officieux, on ne doit faire qu'une bouchée des casques à pointe. Son principal rédacteur, M. Paul de Cassagnac, écrit ces lignes : <* Il faut les eaux du Rhin, dans lequel le Prince Impérial, lui aussi, comme César, « avant d'être Empereur, poussera son cheval. »
Celte phrase peut assurément être très profonde ; nous ne lui refusons pas sa prétention à la sonorité, mais nous nous permettrons de faire observer au jeune et ardent rédacteur du Pay^ de 1870, que, si César a pu s'offrir les eaux du Rhin, il na jamais été empereur, TuUius-Cimber, Servilius et Brutus furent peut-être les principaux obstacles à son avènement à l'Empire, à part cela, nous applaudissons à la pensée qui se cache derrière la phrase de l'écrivain.
Le 12 Juillet, le Figaro publiait en première page et en gros texte, la nouvelle suivante:
« Au moment de mettre sous presse, notis apprenons que le Gouvernement Français a reçu à cinq heures du
soir de notre Ambassadeur à Berlin, le Comte Benedetti, une dépêche chiffrée qui laisserait peu d'espoir en une solution pacifique. Le Roi de Prusse se serait montré assez coulant sur l'incident espagnol, mais beaucoup moins sur les garanties demandées par la France: l'exécution stricte du traité de Prague.
On considère la guerre comme inévitable. Le Roi a quitté Ems. On parle déjà de mouvements de troupes.
Une étrange coïncidence qui frappa tous les esprits à cette époque : c'est le 9 juillet que le Figaro publia ses pronostics pessimistes, que le Pays lança son premier brûlot. Nous reproduisons, ici le texte d'une feuille d'un calendrier éphéméride qui ne manque pas de saveur.