‹ Souvenirs du Second Empire: De Notre-Dame au ZululandChapitre 27 sur 40 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

4870. — Nouvelles de la guerre. — L'Impératrice aux Tuileries, — La Chambre. — Nouveau Ministère. — Affaire de la Ville tte. — Le 4 septembre. — Départ de l'Impératrice. — Seule ! — Napoléon III prisonnier. — Perquisition et tentative d'arrestation chez le colonel des Cent-GarJes. — Le casque.

Au commencement d'août, M. Francis Magnard demande, qu'en présence de la gravité delà situation, le 15 août ne soit pas fêté par des réjouissances, et que l'argent destiné à cet usage soit consacré au soulagement des blessés et des familles dont les uniques soutiens sont sous les drapeaux.

Cette idée est appuyée par toute la presse.

On mande de Metz que l'Empereur et le prince Impérial ont assisté à la messe du 31 Juillet à la Cathédrale de Metz, où ils se sont rendus à pied. Le prince Napoléon a attendu près de vingt minutes à la porte de l'Église, que le service divin fût terminé. Il a serré à la sortie la main de l'Empereur, et est aussitôt remonté dans une voiture chargée de bagages. On ne sait où se rend le cousin de l'Empereur.

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2 Août.

L'Empereur à V Impératrice^

« Louis vient de recevoir le baptême du feu ; il a été admirable de sang-froid et n'a nullement été impressionné.

« Une division du général Frossard a pris les hauteurs qui dominent la rive gauche de la Saar.

« Les Prussiens ont fait une courte résistance.

« Nous étions en première ligne, mais les balles et les boulets tombaient à nos pieds.

« Louis a conservé une balle tombée tout près de lui. Il y a des soldats qui pleuraient en le voyant si calme.

« Nous n'avons eu qu'un officier et dix hommes tués. C'était un combat d'arlillerie. Les mitrailleuses ont produit un eflFet inouï.

« Napoléon. »

Hélas! ce premier et mince succès avait déchaîné une joie qui dura peu. •

Les dépêches du 5 sont navrantes.

4 Août.

« Combat de Wissembourg. La division Abe] Douay a été presque anéantie. Attaquée par deux corps prussiens, V® et XP et IP corps bavarois, nombreux de 24,000 hommes, 32,000 hommes et 15,000 hommes, soit près de 70,000 hommes, contre 8,000. Le régiment

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delà Garde Royale et celui dlnfanterie n° 50, ont été échappés. Plus de 7,000 ennemis hors, de combat.

« Mac-Mahon s'est porté aussitôt sur Wissembourg distant de deux heures de marche. La distance a été franchieau pas de charge. Il estsuivide 60,000 hommes duIP corps et d'une partie du IIP. Ces 150,000 hommes seront demain en première ligne. »

Metz, 6 Août, mhiuit etdemi.

a Le maréchal de Mac-Mahon a perdu une bataillé sur la Saar K Le général Frossard a été obligé de se retirer: la retraite s'opère en bon ordre. Tout peut encore se rétablir.

« Napoléon. »

Metz, 7 Août, trois heures et demie du matin.

« Nos communications sont interrompues avec le Maréchal de Mac-Mahon. Sans nouvelles de lui jusque hier. C'est le général de Laigle qui m'a annoncé que le Maréchal avait perdu une bataille ^ contre des forces considérables. Il s'est retiré en bon ordre.

« D'un autre côté sur la Saar (Forbach), l'engagement commencé vers une heure ne paraissait pas très sérieux, quand petit à petit, des masses ennemies se sont accrues considérablement, cependant sans obliger le IP Corps à reculer. Ce n'est qu'entre six et sept heures du soir,

* Il est question- ici de la bataille de Forbach.

2 II s'agit dans cette dépêche de la bataille de Frœscheviller.

que, les masses ennemies devenant toujours plus compactes, le IP corps et les régiments qui le soutenaient ont dû se retirer sur les hauteurs.

« La nuit est calme. Je vais me placer au centre de la position.

« Napoléon. »

Le 7, sur un avis du Conseil des ministres, Tlmpératrice régente signe un décret qui convoque les Chambres pour le jeudi 11 août.

PROCLAMATION DE l'iMPÉRATRICE REGENTE

au peuple français Français,

« Le début de la guerre ne nous est pas favorable. Nos armes ont subi un échec. Soyons fermes dans le revers et hâtons-nous de le réparer.

« Qu'il ny ait parmi nous qu'un seul parti, celui de la France; qu'un seul drapeau, celui de l'honneur national.

« Je viens au milieu de vous, fidèle à ma mission et à mon devoir. Vous me verrez la première au danger, pour défendre le drapeau de la France.

« J'adjure tous les bons citoyens de maintenir l'ordre. Le troubler serait conspirer avec nos ennemis.

« Palais des Tuileries, 7 AoCit, onze heures du matin.

<i L'impératrice, « Eugénie. »

— (Suivent les contre-seings de tous les ministres.)

Ce même jour, vers trois 'heures, une grande manifestation a lieu place Vendôme devant le Ministère de la Justice. La foule accuse Emile OUivier de cacher la vérité. La garde nationale et la police dissipent les manifestants, qui vont alors se porter sur la place de la Bourse. On crie : « A bas les agioteurs, à bas la spéculation ! » On somme les agents de change d'annuler toutes les opérations qui ont été faites, sur l'annonce de dépêches annonçant une grande victoire.

Le soir, les désordres continuent. Ils sont cependant réprimés sans effusion de sang.

Le lendemain, comme on signalait l'arrivée spontanée à Paris de la plupart des membres du Sénat et du Corps Législatif, Tlmpéralrice régente fait publier un décret qui convoque la Chambre pour le 9.

Ce même jour, le Ministre de la Guerre, Vicomte Dejaen, propose à l'impératrice de décréter la mise en état de défense de la Capitale, ainsi que des mesures pour remplir les vides faits dans l'armée par les combats sanglants des 4 et 6 août.

Un décret du 10 août ordonne que tous les citoyens valides, de trente à quarante ans, qui ne sont pas incorporés dans la Garde mobile seront mis dans la Garde nationale sédentaire. |La Garde nationale de Paris est appelée à la défense de Paris et des forts.

On travaille activement à l'armement de Paris et de ses forts. D'ici deux ou trois jours, ils seront en état de défense. La garnison s'est augmentée : de 5,000 hommes de troupe régulière, elle est montée à 36,000.

Les nouvelles dé la bataille du 6, nous apprennent que le maréchal de Mac-Mahon a eu à soutenir avec ses 33,000 hommes, l'attaque de 140,000 ennemis; que sa défense a néanmoins été si énergique, que Tarmée ennemie a fait des pertes considérables, et qu'elle n'a pas osé inquiéter la retraite sur Ghâlons qu'eifectue le Maréchal de Mac-Mahon.

Gomme on le voit, les événements se précipitent.

M. Francis Magnard, dans le Figaro^ demande que le Gouvernement décrète la levée en masse. La population parisienne réclame des vivres. L'impératrice quitte le Palais de Saint-Gloud et rentre aux Tuileries, où elle a tenu un long conseil des Ministres.

La Ghambre convoquée, prend séance le 9. Une foule immense occupe la place de la Goncorde, maintenue par la Garde nationale.

Au dedans du Palais-Bourbon, la séance est des plus agitées. Jules Favre demande aussitôt que le commandement de l'armée soit retiré à l'Empereur qui a trahi le pays, et livré le sol de la France â l'Etranger.

M. Granier de Gassagnac répond à cette allégation par quelques paroles que nous reproduisons, pour donner une idée du ton où se montait la discussion :

« Si j'avais l'honneur, dit-il eiî terminant, d'être Membre de Gouvernement, vous tous, membres de la Gauche, traîtres et factieux, vous seriez dès ce soir, livrés à un Gonseil de guerre. »

On pense si ces paroles soulevèrent le tumulte. Le

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Président Schneider refuse de rappeler à Tordre M. de Cassagnac, estimant que les paroles de la gauche justifiaient sa réponse. Le tumulte est à son comble. On suspend la séance.

A la reprise de la séance, M. Emile OUivier vient à la tribune annoncer que le Cabinet est démissionnaire.

Paris est déclaré en état de siège ainsi que les départements suivants : Gôte-d'Or, Ain, Rhône, Saône-et- Loire.

Le Maréchal Bazaine prend le commandement de toutes les troupes réunies sous Metz.

La séance du 10 fut plus calme, et dans un élan patriotique, le Corps Législatif déclare par un vote unanime que Tarmée a bien mérité de la Patrie.

Une loi ordonne que tous les hommes valides, âgés de moins de trente ans, non mariés ou veufs sans enfants, que tous les anciens militaires de trente à trentecinq ans, soient rappelés sous les drapeaux, de même que les citoyens non mariés ou veufs qui ont satisfait à la loi et ne font pas partie de la Garde mobile.

Les classes de 1856, 1857, 1858, 1859, 1860, 1861, 1862 et 1863 sont également rappelées sous les drapeaux.

L'Impératrice-Régente avait chargé le général Comte de Palikao de former un cabinet, le général monte à la tribune et donne lecture de la composition du nouveau ministère :

iz^---Ly^.:..:

Guerre^ Général Comte de Palikao, Président du Conseil]

Intérieur y Henri Chevreau;

Finances^ Magne ;

Justice et cultes^ Grandperret ;

Commerce y Clément Duvernois ;

Marine^ amiral Rigaud de Genouilly ;

Travaux publics^, Jérôme David ;

Affaires Étrangères, Prince de Latour d'Auvergne ;

Instruction publique^ Jules Brame ;

Conseil d'Etat, Busson Billaut.

Un télégramme du 12 Août, de l'Empereur au Ministre de la Guerre, annonce que le Maréchal Le Bœuf lui a remis sa démission de major-général de l'armée, ainsi que celle du général Lebrun, comme premier aidemajor général. Ces démissions ont été acceptées par le Souverain.

On télégraphie de Metz, le 14 Août, huit heures du matin : « L'Empereur a quitté Metz pour se rendre à Verdun avec le Prince Impérial. Dans une proclamation aux habitants, le Souverain confie au patriotisme des Messins, la vaillante cité, boulevard de la France. Il compte qu'ils rivaliseront avec l'armée, de courage et de dévouement. »

La fête du 15 Août n'a pas eu lieu, comme il fallait s'y attendre, au milieu des événements terribles qui agitaient le pays.

Le lendemain 16, les hommes de désordre, les incorrigibles révolutionnaires tentèrent un soulèvement.

A trois heures de l'après-midi, une bande d'environ 60 à 80 individus, ayant à leur tête un homme de petite taille, en paletot noir, dont le signalement répondait exactement à celui de Blanqui, se porta vers la caserne des pompiers située au 157, du boulevard de la Villette. Cette caserne est d'ordinaire occupée par 150 hommes dont la plupart étaient absents pour cause dé service dans Paris. Il ne restait à la caserne que 14 hommes commandés par le lieutenant Gottrez qui, à cette heure, sommeillait sur un lit de repos.

La foule se porta devant la caserne. en criant : « Vive la République ! » Le lieutenant réveillé par le bruit, courut dans le poste et dit à ses hommes : « Chargez vos armes et, aussitôt que je serai sorti, vous fermerez la porte derrière moi ! »

Il sortit et s'adressant aux émeutiers :

— Que voulez-vous?

— Nous voulons proclamer la République. Livreznous vos fusils et marchez avec nous sur le Corps Législatif, lui dit un des chefs de la bande.

Le lieutenant qui cherchait à gagner du temps, leur répondit.

— Mais vous savez bien que nous autres nous ne sommes, pas des soldats et ne faisons pas de politique. Laissez-nous tranquilles, et allez proclamer la République plus loin.

— Vous voulez nous amuser avec des paroles, reprit le chef, nous voulons vos fusils.

— Jamais!

— Alors nous allons les prendre. . . .

— . A moi, sapeurs ! c*ria le lieutenant.

Et la porte du poste s'ouvre; les pompiers en armes sortent en toutç hâte.

. Aussitôt, une série de détonations d'armes à feu (de revolvers) tirés par les émeûtiers. Le factionnaire est tué raide par une balle. Le caporal Bubon reçoil trois blessures, dont un coup de poignard; d'autres pompiers sont atteints plus légèrement ; le lieutenant est indemne.

A. la première nouvelle de cet essai d'émeute, les sergents de ville du poste voisin, de la rue de Tanger, accourent au pas de 'coursç, l'épée à la main. La lutte devient générale. Les balles pleuvent. Un enfant de six ans est tué dans les bras de sa mère d'une balle perdue ; un sergent de ville est tué; plusieurs de ses* coUcgaes sont blessés grièvement. On peut, néanmoins, opérer quelques arrestations ;. la bande, voyant sa tentative avortée, se sauve de tous côtés.

Le lendemain, on avait opéré 75 arrestations. .

Une première série' d'émeutiers " est déférée dès le 20 août, au Conseil de Guerre, qui condamne à la peine de mort le sieur Dresth; les sieurs Robidat et Saint- Hubert à dix ans de travaux forcés. Bonvoust et Hamilat sont acquittés.

Quelques jours après, deuxième série d'accusés : Gahen, Zimermann et Brisset sont condamnés à mort.

Enfin vers la fin du mois, une troisième catégorie d'accusés comparaît devant' le Conseil. Eudes et Brideau sont condamnés à mort ; Mordaci à dix ans de travaux forcés ; Larrégien a cinq années de détention. Sur le pourvoi des condamnés, le Conseil de révision

confirme l'arrêt du* Conseil de Guerre; il ne restera plus aux condamnés que le recours en grâce.

Les événements du 4 Septembre kur ouvrirent les portes de la prison du Cherche-Midi où ils étaient détenus, et leur crime échappa à Fexpiation.

Le bruit court qu'une grande bataille aurait été livrée aux environs de Metz et que l'armée française avait remporté une grande et sanglante victoire. Il s'agit ici des batailles de Borny, Gravelotte et Saint-Privat.

Le 17, un décret de l'Empereur nomme le général Trochu, qui commandait à Châlons, gouverneur de Paris et commandant supérieur de toutes les forces de défense de la Capitale.

Sur l'ordre de l'Impératrice, toutes les salles du Palais de Compiègne qui peuvent y être affectées, ainsi que les bâtiments. de la Vénerie impériale, sont converties en ambulance. On y dresse plus de 300 lits. Il en est ordonné de même dans tous les Palais Impériaux.

Le Jardin réservé des Tuileries, est converti en ambulancej sous la direction du D' Nélaton.

On reçoit des nouvelles plus détaillées du théâtre des opérations.

Le combat de Borny a été livré le 14 ;

Les batailles de Gravelotte et Mars-la-Tour, le 16;

La bataille de Saint-Privat, le 18.

Elles sont toutes trois glorieuses et favorables pour nos armes.

L'Empereur est arrivé à Verdun vers midi et demi. On avait fait venir du camp de Ghâlons deux régiments de Chasseurs à cheval pour garder les bois et la ligne du chemin de fer. Jj'Empereur était accompagné de M. Franceschini Pietri et du Prince Murât. Le Prince Impérial était du voyage. Le train se composait de deux wagons de troisième classe, deux wagons pour chevaux, trois voitures à bagages.

Sur l'initiative des Maréchaux de Mac-Mahon et Ganrobert, l'Empereur nomme le Maréchal Bazaine, généralissime de l'armée française.

L'Empereur avait offert ce commandement à Mac- Mahon, mais le héros de Magenta refusa :

— ^Ge n'est pas à moi, Sire, qu'il faut le remettre, dit-il."

— A qui donc, objecta l'Empereur.

— A Bazaine.

— Parce que, moi^f aurai la force de caractère de recevoir des ordres. Ganrobert et moi serons heureux de servir sous les 'ordres de Bazaine.

On signale la marche d'une armée ennemie sur Paris. Les coureurs ont été vus à Reims et à Arcissur-Aube.

202 DE NOTRK-DAMB AU ZULULAND

On a prétendu, bien à tort, que les membres de la famille irnpériale s'étaient prudemment abstenus de paraître à l'armée : or, tous les membres valides de la famille Bonaparte ont ténu à honneur de porter les armes pour la France, et de partager les fatigues de . l'armée : • • -

L'Empereur;

Le Prince Impérial ; • Général Joachim Murât ; *

Achille Murât; officier d'ordonnance de l'Empereur;

Prince Charles, chef de bataillon au 41®* de ligne;

Louis Murât, âgé de quinze ans, engagé comme mousse dans la marine de guerre ;

Lieutenant-colonel Bonaparte Patterson.

Depuis qu'on travaille aux fortifications de Paris, les équipages^ qui n'ont plus le bois de Boulogne pour s'y promener, font le tour de l'enceinte extérieure. On s'y porte en foule, on discute les chances de défense» Riches et pauvres s'y coudoient. Les canons surtout attirent l'attention des Parisiens et des Parisiennes. Les femmes se font expliquer le système de défense, et l'une d'elles, en montrant des meurtrières, dit aux soldats qui travaillaient aux fortifications : « C'est par là que les Parisiennes tireront des coups de fusil aux Prussiens. »

Le mardi 23, l'Impératrice quitta les Tuileries suivie d'une dame du Palais et d'un officier de sa maison, et se rendit à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, où de lit

Ui

en lit et de salle en salle elle réconforta les blessés des premiers combats, transportés à Paris.

Sa Majesté s'entretint assez longtemps avec le lieuteiiant-colonel Golonieu du 2"* Tirailleurs qui, oubliant, ses blessures, se souleva pour remercier la Souveraine de sa visite si bienfaisante. Le brave officier se mit à parler de la bataille de FrœschevîUer qui avait été, malgré noire défaite, si glorieuse pour nos armes.

— Mon pauvre régiment, s'écria-t-il, les larmes aux yeux, mes braves turcos, oh! oui, je les pleure. Mes blessures à moi sont peu graves, dans huit jours je serai sur pied et je retournerai aussitôt là-bas pour' venger nos morts.

— Tenez-vous plus calme, colonel, dit l'Impératrice, vous vous exaltez trop dans l'état où vous êtes.

— Mais, Majesté, puis-je faire autrement, quand je songe à mes pauvres soldats? Ah! oui, mon régiment a été anéanti, mais j'affirme à Votre Majesté qu'avant de tomber sur le champ de bataille, mes vaillants en ont mis 10,000 par terre, à eux seuls.

Dans huit jours, je serai guéri ; j'ai mes deux frères et mon beau-frère, tous trois officiers, tous trois, blessés. Je veux retourner là-bas, je vengerai mes turcos ou je mourrai comme eux !

Cette conversation animée, avait quelque peu fatigué . le brave colonel qui retomba d'une pièce sur son lit et put néanmoins serrer la main que la Souveraine lui tendit en se retirant.

Il est à remarquer que, pendant toute la conversation, le mot de « Prussiens » ne fut pas une seule fois . prononcé. Le pronom ils en disait assez.

Un arrêté du Gouverneur de Paris du 28 Août, oblige tous les individus non naturalisés, et appartenant à un des États en guerre avec la France, à quitter Paris et le département de la Seine dans un délai de trois jours, et à sortir de France, ou se retirer dans un département au-delà de la Loire.

Tout contrevenant à cet arrêté sera livré aux tribunaux militaires.

Par ordre de l'Impératrice, 2,500 pièces de linge seront expédiées à l'armée du Rhin. La lingerie de la Couronne est, par son ordre, mise au pillage. Le linge fut pris dans les réserves du Palais de Saint- Gloud, Gompiègne et Fontainebleau. On expédia un grand nombre de draps de lits qui furent fort utiles dans les ambulances. Cet envoi fut fait en prévision de la grande bataille décisive dont on attendait anxieusement les résultats.

Les 2 et 3 septembre, on publie des nouvelles contradictoires sur des combats qui auraient été livrés à Gourcelles, à Bazeilles.

Le 3, une proclamation du Gonseil des Ministres au Peuple Français nous apprend le désastre de Sedan (1" septembre), où après une lutte héroïque de trois jours contre des forces considérables, l'Empereur et l'armée française ont été faits prisonniers de guerre.

Le Gorps Législatif est convoqué pour minuit. Dès l'ouverture de la séance, Jules Favre demande la

déchéance de la dynastie Impériale. On imagine le tumulte qui s'ensuivit. On ne put discuter sérieusement une pareille motion, et à une heure et demie du matin, la séance est levée et renvoyée au même jour, 4 septembre, à midi.

Dès une heure, la Chambre était envahie de toutes parts. Jules Favre monta encore à la tribune et proclama la déchéance de la famille Impériale.

Gomme les envahisseurs des tribunes criaient qu'il fallait proclamer la République et nommer un gouvernement de la Défense Nationale, Jules Favre leur répondit :

— Mes amis, la République ne peut être proclamée, et un Gouvernement de Défense Nationale ne peut être nommé qu'à l'Hôtel-de-Ville. Nous nous y rendons de ce pas.

En efîetj toute la gauche quitte la salle des séances et se dirige sur THôtel-de- Ville.

Là, du haut du perron d'hqnneur, on proclama la République. Puis, on lance à la foule les noms des membres qui composeront le Gouvernement de la Défense Nationale :

Trochu, Arago, Grémieux, Jules Favre, Jules Ferry, Gambetta, Garnier Pages, Glais-Bizoin, Eug. Pelletan, Ernest Picard, Henri Rochefort, Jules Simon. Tous ces noms sont unanimement acclamés par 100,000 Parisiens.

Le nouveau ministère est constitué comme suit :

Guerre et présidence du Conseil^ général Trochu; Intérieur^ Gambetta;

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Affaires étrangères, Jules Favre ; Finances^ Ernest Picard ; Instruction publique^ Jules Simon; Justice et cultes^ Grémieux ; Préfecture de la Seine, Arago ; Préfecture de 'police^ de Keratry ; Direction des télégraphes^ Glais-Bizoin.

Pendant ,ce temps, l'émeute grondait aux Tuileries, le brave général Mellinet gardait le palais, avec des dépôts de troupes de la garde impériale. Gomme la foule menaçait d'envahir le palais et demandait le retrait des troupes, Mellinet répondit aux parlementaires du peuple :

« Je ne demande pas mieux que de faire sortir les troupes; aussi bien on vient d'abaisser le pavillon tricolore qui flottait sur le sommet du pavillon de l'Horloge. Mais j'exige que le poste soit confié à la Garde nationale. De plus, je vous déclare que si un seul de mes soldats est inquiété^ je me rappellerai que je suis leur chef et je ferai mon devoir. »

On applaudit aux paroles du vaillant général dont le nom était très populaire, non seulement dans l'armée, mais dans le peuple de Paris. La troupe se retira en bon ordre et, se dirigea sur l'École militaire avec son chef, et la Garde nationale prit possession du poste du Garrousel.

Mais, malgré toute sa bonne volonté, la Garde citoyenne ne put empêcher l'envahissement du palais, et la foule hurlante se répandit dans les appartements où, d'ailleurs, on ne trouvait plus personne.

L'Impératrice, en effet, venait, quelques instants aupa^ ravant, de quitter le Palais, et c'est à ce moment que Mellinet avait vu amener le pavillon tricolore, ce qui dénotait le départ de la Souveraine.

Ce départ fut navrant. La Cour était partie dans la nuit. De tous les députés de la majorité, de tpus ces hommes qui, pour beaucoup, devaient énormément à l'Empire et à l'Empereur, pas un, pas un ne se retrouva à l'heure suprême, pour assister sa Souveraine et lui oflfrir son dévouement.

L'Impératrice dut faire, à ce moment terrible, de pénibles réflexions sur la fragilité des serments de ceux qui se disaient si fidèles !

Que Trochu ne fût pas là, qu'il fût introuvable, cela pouvait se comprendre. Trochu était un orléaniste, et les sentiments chevaleresques n'étaient passonapanage.il avait, d'ailleurs, assisté, en 1848, à la révolution du mépris^ qui avait chassé Louis-Philippe, et il avait vu que le malheureux Roi était parti délaissé.

Ah ! où donc étaient les dévouements héroïques des gentilshommes et des Gardes du Corps qui firent, au 20 juin et au 10 août, un rempart de leurs poitrines à la famille royale dans ces mêmes Tuileries ?

Ces dévouements, l'Impératrice régente les eût trouvés chez les simples, chez les humbles; les Gent-Gardes et les dépôts de la Garde impériale se seraient faits tuer jusqu'au dernier pour la Souveraine ; mais, les grands chefs, les courtisans, avaient tout désorganisé, avaient annihilé tout dévouement, et avaient fait renvoyer ces troupes fidèles dans leurs quartiers.

Le peloton de vingt-quatre Cent-Gardes qui composait.

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ce jour-là, la garde de l'Impératrice, resta seul et sans ordre au Palais. L'Impératrice partie, sans avoir remercié aucun de ses braves, le commandant du détachement rentra carrément à pied avec ses hommes au quartier Bellechasse, par le Pont-Royal, le quai d'Orsay et la rue Bellechasse, au milieu de la foule ameutée, des vociférations, des huées et des menaces.

La fière attitude de ces colosses en imposa aux braillards de la rue, et l'on n'eut à déplorer aucun accident. Certes, nous plaignons la Souveraine abandonnée en ces circonstances tragiques, mais, à qui la faute? A Elle, la malheureuse Impératrice, à Elle, qui peut revendiquer une grande part, si ce n'est la plus grande part, de responsabilité dans Teifondrement de son trône ! Et, le vide affreux, le vide lâche qui s'est fait autour de sa personne en cette journée du 4 septembre, n'est que la conséquence du favoritisme, des intrigues de personnes, nouées parmi ses relations, dans ses salons, dans sa petite Cour qui voulait détrôner la vraie, et ouvrait, par cela même, la porte à toutes les malsaines ambitions. '

. Trochu avait fait à l'impératrice un serment solennel, sur sa foi de soldat, de catholique et de breton^ d'être prêt à mourir sur les marches du trône pour défendre sa Souveraine. Au jour du danger, il se rappela que ce serment il n'avait fait que le prêter ; il le reprit donc à l'Impératrice et le rendit à Jules Favre ! ! !

Mais revenons au départ de la Régente.

Gomme l'Impératrice s'apprêtait à partir, comme l'émeute grondait aux portes, un officier supérieur de l'escadron des éclaireurs à cheval, qui n'avait jamais

DE NÔTRK-DAMB AU 2ULULAND 209

approché de la Souveraine, crut de son devoir, à cette heure terrible, d'offrir à la femme, à la mère, à la Sou* veraine le secours de son bras. Il put arriver jusqu'aux appartements, et là, dans une attitude de haute déférence^ il supplia rimpératrice de lui permettre de la conduire à destination et de lui servir d'escorte.

Cette offre ne fut pas dédaignée. Les Tuileries étaient vides de fonctionnaires; seuls l'amiral Jurien de la Gravière et M. Léon Chevreau, le matin encore Secré-* taire général du Ministère de Tlntérieur, et Félix, un huissier du paîais, servirent d'escorte avec l'officier des éclaireurs, à la malheureuse Souveraine qui prenait^ dans l'effondrement de son bonheur, le chemin d'un éternel exil.

Le petit groupe était sorti par le guichet du quai et^ dans une voiture de place, se rendit chez un ami d'où l'Impératrice partit pour l'Angleterre.

La Princesse Clotilde était restée, de toute la famille Impériale, la dernière à Paris. A trois heures, après l'office divin dans la Chapelle du Palais-Royal, la fille de Victor-Emmanuel se dirigeait sur la gare de Lyon, pour se rendre à Prangins en passant par le Piémont*

Aussitôt la capitulation de Sedan accon^plîe, l'Erape-reur avait rendu son épée au Roi de Prusse. Dans une lettre qu'il envoya à « Monsieur son frère » il fit, n'ayant plus de commandement à l'armée, sa reddition personnelle.

Le 2 Septembre, à cinq heures du matin, TEmpereur S3 rendit en voiture à Donchery où était le quartier

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général du Roi. M. de Bismarck rattendâit, mais leu^r: eatretieA fut des plus courts.

A huit heures, arrivait M. de Moltke, qui ne put pas discuter avec l'Empereur la question militaire puisque le Souverain n'avait plus de commandement à rannée. On se borna à conduire l'Empereur au château de Bellevue, près Fresnois, qui lui était assigné comme résidence provisoire. A deux heures, le Roi de Prusse, avec son Fils le Prince Royal, vinrent visiter l'Empereur. Après un entretien de vingt minutes, on se sépara. V Le lendemain 3 Septembre, par une pluie battante, i|ne voilure du Roi et une escorte de cuirassiers blancs vinrent prendre le Monarque prisonnier, pour le conduire à la résidence qui était aflFectée à sa captivité, le château dfi Wilhemshoehè, près Gassel.

. On traversa la Meuse à Donchery, on entra en Belgique et par la frontière Allemande on dirigea l'Empereur S4ir Gassel.

; De là, ayant appris que la République était proclamée à Paris, Napoléon III adressa au Peuple Français i^ne proclamation, dans laquelle il protestait contre la Révolution du 4 Septembre, en rappelant les paroles, qui avaient toujours été le principe même de sa raison d'être: « Ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire ; ce qui est fait sans lui est illégitime. »

A côté des événements lugubres de l'histoire, se trouvent toujours des épisodes comiques et prêtant à rire. En voici un, arrivé dans notre propre maison en septembre 1870.

Nous le relatons ici, car il se rattache à la politique

DE NOTRË-DAMB AU ZULULAND 2ft

et eût pu devenir tragique pour notre père et pour nous-» mêmes, malgré notre jeune âge à Tépoque.

Le colonel Verly, commandant les Gent-gardes de l'Empereur, avait accompagné le Souverain à Tarmée du Rhin, et se trouvait prisonnier depuis la capitulation de Sedan *.

Avant de partir pour Tarmiée, il avait envoyé sa famille à Gouzon (Rhône), propriété de M""" Verly, Gouzon est une commune située sur les bords de la Saône à quatorze kilomètres de Lyon.

Le colonel était très connu dans la seconde ville de France; on y savait son attachement à Napoléon III; et, sa haute situation à la Gour, Tavait désigné à la jalousie haineuse et politique de quelques énergumènes des partis avancés.

Geci dit, il arriva que, dès la proclamation de la République à Lyon, une bandé de rouges à tous crins, s'empara du pouvoir Municipal, fit incarcérer le préfet M. Sencier, mort dernièrement, des généraux, des fonctionnaires et, au lieu de songer à collaborer à la défense de la Patrie envahie, déploya un zèle farouche à la recherche de tous ceux qui avaient approché l'Empereur et les membres du Gouvernement ImpériaL . Un comité de Salut public fit revivre, dans la cité lyonnaise des listes de ^w^p^cf^ tout comme sous la Ter-. peur ! *

Sur ces listes se trouva naturellement le nom du Baron Verly, accusé d'avoir été le colonel de la Garde particulière du Tyran et d'avoir avec lui vendu la

^ Voir V Escadron des Ceni-Gardes du même auteui'. ï\ OUoutiorff, éditeur»

France aux Prussiens ! Les plus enragés prétendaient même que quarante millions avaient été versés pour cet objet à notre regretté père î

C'était déjà gentil, mais ce qui n'était que vaudeville, menaçait de tourner au drame •

Quand les purs eurent arrêté el incarcéré tous les honnêtes gens de Lyon suspectés par eux, ils songèrent à la banlieue ; et un soir, un ami dévoué qui avait des relations à la préfecture du Rhône, vint en toute hâte à Gouzon prévenir notre famille de ce qui se préparait pour le lendemain, et nous força à quitter notre propriété dans la nuit même.

Bien nous en prit de suivre son conseil, car, le lendemain, par le premier train, débarquaient à Gouzon huit Gardes nationaux en armes sous les ordres d'un délégué au Goraité de Salut public de Lyon*

Ge délégué avait en poche un mandat (?) de perquisition dans la propriété, et un ordre d'amener concernant le colonel Verly et, à son défaut, le fils dudit colonel.

Ge dernier, votre serviteur, quoique n'ayant que quatorze ans, devait être mis en prison comme otage, jusqu'à ce que le père vînt prendre sa place î

Nos héros, qui étaient loin de montrer un pareil courage contre les Prussiens, se rendirent à la mairie, réquisitionnèrent les pompiers de la commune et firent' cerner toute la propriété du colonel ; comme les paysansi se moquaient de ce déploiement de forces pour arrêter un seul homme ou un enfant, le délégué répondit que le colonel était un gaillard d'une force herculéenne, et que lui et ses hommes tenaient à revenir intacts de leur glorieuse expédition.

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Bref, leurs prëcautions prises, nos braves entrèrent l'arme au poing et demandèrent le ci-devant colonel des Gent-Gardes*

— Mais, il est à Tarmée et, croyons-nous, prisonnier à Theure actuelle, car nous n'avons aucune nouvelle depuis Sedan,

— Plaisanterie ! il doit être ici, il nous le faut!

— Nous ne pouvons que vous répéter qu'il n'y est pas.

— Et son fils?

— Absent aussi. .

— Où?

— A rÉtranger, ailleurs, nous n'en savons rien. •— C'est faux!

7— Alors, cherchez et... vous ne trouverez pas.

Puis, ce fut une véritable comédie, les braves guerriers, avec une prudence excessive, visitèrent la maison, les caves, les greniers, les armoires, les lieux les plus secrets, ouvrirent les malles, les caisses, les tonneaux, sondèrent lés matelas^ explorèrent les toits et les cheminées, fouillèrent les jardins, les granges, les serres, leé communs, le tout en vain, naturellement.

Gela durait depuis quatre heures, quand tout à coup un cri de triomphe partit d'une remise à voitures :

— Le voilà I nous le tenons I il est ici ! voilà son casque!

Et, l'un des soldats citovens sortit de la remise en question, brandissant un magnifique casque*., de pompier 1

— Mais, c'est mon casque, cria un domestique de la maison ; vous êtes malin, vous 1 Vrai, vous n'êtes pas

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fort de prendre un casque de pompier pour un casque de Cent-Gardes.

— Inutile, c'est bien son casque, répétale bonhomme^ qui ne reconnut sa bêtise que devant les rires homériques des assistants.

Le domestique en question, qui avait l'bonneur d'appartenir à la noble pbakngê qui venait d'être illustrée par la chanson des Pompiers de Nanterre^ était rentré d*une revue de ce noble corps et, pressé, avait déposé son casque dans une calèche de la remise.

On parle encore de ce faroeus casque à Gouzon V ,

Entin, après six heures de recherches, le délégué et sa bande s*en retournèrent bredouille à Lyon, et oncques ne revinrent sur ce théâtre de leurs exploits.

Nous sommes certain que la vue de ce casque de pompier leur a suffi et que si leur bravoure les a conduits à voir de près les ca&jues à pointes des Allemands, c'est aux devantures des marchands d'images d'Epinal^

Pendant ce temps, le colonel Verly pleurait de rage et souffrait toutes les angoisses du patriote et du soldat vaincu !

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