CHAPITRE XII
1870-1873. — Sedan après la capitulation. — Cassel. — Wilhelmshoehe; — Lettre au général de Wimpfen. — Proclamation au Peupla Français. — Protestation à l'Assemblée Nationale. — Départ pour TAngleterre. — Installation à Chislehurst. — Les travaux. — Mala-
• die et mort. — Papiers détournés. — De Paris à Londres. — •' Funérailles de Napoléon IIL
On ne peut se faire une idée du désarroi et de Tafifo-' lement qui régnèrent à Sedan après la capitulation. '
Cette histoire, vieille de vingt-cinq ans déjà, est trop douloureuse pour que nous nous arrêtions longtemps sur ce sujet.
L'affolement fut à son comble, à tel point que les officiers du Trésor, ne sachant comment sauver Targent qui leur était confié, remplissaient leurs bottes de louis: d'or et de billets de banque.
Tout fut abandonné ; nous avons nous-mêmes, cette, année, retrouvé à Sedan de la vaisselle de campagne de Napoléon III, la grande sacoche aux armes impériales^ pour porter les correspondances et plis chargés du» quartier impérial, des registres et états des correspondances entre l'Empereur et l'Impératrice, les ministres' et les maréchaux; des képis, des épées d'officiers de» la Maison, des armes, des eflFets de toute sorte, etc., etc.
Il aurait fallu un historien, relatant heure par heiircî
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ces lamentables journées, pour nous donner une idée de cette tourmente de folie, qui souffla durant Tagonie de notre malheureuse armée.
Aujourd'hui, malgré sa nouvelle ville, Sedan, avec ses remparts à moitié démolis, porte encore le deuil sanglant des tueries effroyables : lugubre, cachant comme une honte et recelant en son enceinte des secrets à jamais ensevelis, semblable aux villes maudites des anciennes légendes.
Allez à Sedan, jeunes Français ; visitez les calvaires de notre malheureuse armée; méditez, et dites-vous ce que les Allemands se sont dit pendant soixante-quatre ans : H Nous sommes les fils et petits-fils des vaincus dléna^ nous les vengerons I »
Dites-vous que vos pères ont été héroïques de courage^ sublimes de résignation, qu'ils sont tombés sous le nombre, sous les fautes et Timpéritie, par Tinexorable fatalité ; mais sachez que la Patrie Française ne meurt pas, et que son devoir est de travailler et de. se préparer dans le silence et le recueillement, jusqu'au jour où un grand fleuve de gloire viendra laver les traces maudîtes, et emportera dans son impétueux torrent les humiliations passagères de l'Année Terrible !
Après son entrevue avec le Roi de Prusse, Napoléon III, sans pouvoir rentrer dans Sedan, comme il le croyait, fut accompagné d'une escorte de cuirassiers blancs, dirigé sur Gassel et interné au château de Wilhelmshœhe, lieu assigné pour sa captivité en Allemagne.
Ses compagnons de captivité, à des époques différentes furent, du mois de Septembre 1870 au mois de
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Mars 1871, le Prince Murât, le Maréchal Le Bœuf , lés généraux Gasteinau et Fleury et M* Raimbaud, écuyer; qui lui n'était pas en captivité officielle.
Le séjour du souverain vaincu, àCassel, offre peu de particularité digne de remarque.
Fort soxifi^ant déjà, TEmpereùr s'enferma à Gassel dans une dignité dont il ne se départit jamais.
Les journées s'écoulaient lentes et uniformes, toutes consacrées aa travail, aux souvenirs douloureux, et Tattention fixée sur les malheurs qui frappaient notre chère Patrie.
Napoléon III daigna cependant, le 3 Octobre 1870, écrire au général de Wimpfen la lettre suivante, lettre qui avait pour but de rétablir la vérité sur la journée de Sedan * :