‹ Souvenirs du Second Empire: De Notre-Dame au ZululandChapitre 4 sur 40 · DE S. M · texte numérisé non relu

DE S. M

« Toutefois, l'Impératrice était de blanc habillée

avec cinq volants de cygne, collier de diamants, coiffure mélangée de roses, feuilles vertes et diamantées, figure épanouie, corps valide.

« Tu me dis que tu avais été ravi de l'Archiduc, il a dû bien changer, si il était bien à cette époque. Il est doué maintenant d'une longue figure à menton fuyant; de grandes dents ornent sa bouche à lèvres pendantes toujours entr'ouvertes, ce qui lui donne un air hébété.

« Ses manières sont gracieuses et sentent la bonne éducation.

« Le Prince Oscar, lui, est une longue perche, maigre et brun ; sa figure a assez d'expression et de régularité ; les épaules sont larges comme mes deux mains réunies ; ses jambes grosses comme mon bras; la culotte et les bas de soie faisaient ressortir toute leur délicatesse de formes.

« A part ces deux figures étrangères, le reste était comme d'habitude, perdu dans des. flots de lumières et de fleurs

« A. Verly. »

En 1856, les théories socialistes et anarchistes n'avaient pas encore pénétré dans les masses, et les ouvriers se contentaient de gagner largement leur vie, en conservant des idées d'ordre et de respect de Tautorité ; à l'appui de ce dire, nous donnons ci-dessous une adresse remise au capitaine des Gent-Gardes.

Le capitaine Verly était allé faire une visite aux cousins de sa femme, MM. de Montgolfier, les célèbres manufacturiers de papiers, à Saint-Marcel, près d'Annonay; il reçut des ouvriers de l'usine l'adresse suivante :

A MONSIEUR LE CAPITAINE DBS GbNT-GaRDES

DE l'Empereur Napoléon m

Les ouvriers de la fabrique de MM. de Montgolfier de Saint-Marcel

a Nous sommes heureux, Monsieur le capitaine, de - ^ vous voir dans nos murs, parce que nous sommes heureux de voir une personne qui approche de près notre Eni- - pereur.

« Nous n'avons pas le talent de faire des compliments; tout notre art consiste à manier la forme, mais ce faible instrument n'a pas été inutile (le papier Gargousse), pour faciliter de ' grandes victoires sur les . ennemis du nom français et de la civilisation ! . . .

(( Nous n'avons, disons-nous, point le talent de bien dire, nous n'avons que des bras pour gagner notre existence, que des cœurs pour sentir vivement. Mais ces bras et ces cœurs sont comme ceux des Gent- Gardes, fidèles à l'Empereur, dont nous sommes les dévoués sujets.

« Vive l'Empereur! Vive son capitaine !»

Ces temps t^ont loin !

Ci-après, des extraits* de lettres anecdotiques du ' commandant des Cent-Gardes, durant Tannée 1857.

Paris, 24 mai 1857.

« Je suis allé deux fois à Fontainebleau, depuis ma dernière lettre; j'ai presque toujours été en route; l'Empereur va rentrer aujourd'hui, il restera probablement huit jours à Paris, étira s'installer à Saint-Gloud, et nous, par conséquent, à Sèvres ^ En allant visiter mon quartier, ces jours derniers, je suis allé déjeuner chez de la Salle. Il est admirablement installé, danis une délicieuse habitation de campagne, que je nous souhaiterais pour la rémission de nos péchés. M""* de la Salle m'a chargé de te dire mille amitiés, et de te remercier de ton empressement. Elle porte très bien son fardeau, son mari pêche à la ligne.

« J'ai vu à Fontainebleau M"* Espinasse, elle s'est informée de toi avec intérêt et te dit mille choses. Même intérêt de la part des Duchesses, de Bassano et de Gambacérès, etc., etc.

« Pour mon'cdmpte, je ne suis pas fâché de reprendre un peu pied à Paris, je crois que j'avais une dose plus que suffisante de chasses à courre, où l'on ne prenait rien après avoir galopé en plein soleil pendant quatre ou cinq heures.

« L'Impératrice était magnifique d'entrain et d'énergie. , . •

« L'Empereur ne paraissait guère s'amuser à ce plaisir impérial.

* Voir V Escadron des Cent-Gardes du même auteur. Paul OUemiorff, éditeur. ♦

n Le Grand-duc Constantin a été charmant; pendant tout son séjour, il a plu généralement. Le Roi de Bavière passe à son tour dans celle lanterne magique de têtes couronnées. Il est aimable, mais moins bien, physiquement, que le Grand-duc, 11 a un peu la touche d'un Anglais de seconde classece L'enfant Impérial commence à prendre une physionomie- Ce sera, je crois, celle de l'Empereur, ses traits s'allongent. Il est d'un sérieux presque imperturbable, J'ai eu grand'peine à le faire sourire dernièrement,

« A, Verlt. »

Cliâloiis, 2B août iKST,

« Nous attendons TEmpereur, demain 29. Je suis installé sous la tente, très bien, ma foi, pour être sur la terre, j'ai une tente doublée, d*environ 7 mètres sur 5 d'étendue, et 4 de hauteur. Mon ameublement se compose d'un lit en fer à deux matelas très bons, d'un bureau, une commode, un voltaire, deux pliants, avec accessoires de propreté. Mes caisses à bagages font l'office de divans, un peu durs et rugueux, il est vrai, mais ceci est un détail qui concerne ceux qui auraient envie de s'en servir.

« Comme idée générale du camp, le terrain est six cent huit fois plus grand que le Ghamp-de-Mars. Il est plat et aride ; quelques appendices de sapin montrent quelques branches vertes.

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Du camp de Ghâlons, 5 septembre 1857.

« Quant à moi je passe assez rapidement mes journées au camp. Je gèle le matin, je grille à midi, je regèle le soir. Heureusement la table de TEmpereur est bien composée et gaie.

« Après le dîner, l'Empereur cause pendant environ une heure, avec ses invités; puis, il les congédie, et nous restons une dizaine d'officiers de la Maison jusqu'à dix ou onze heures à deviser ou à faire des lectures à haute voix, ce qui prépare admirablement au sommeil. Tu vois que rien ne nous manque, pas même les émotions nocturnes que nous donne le vent, en nous menaçant à' chaque rafale d'enlever nos tentes et de nous laisser dans un appareil peu présentable.

« Nous étions campés sur un terrain nu comme la main ; mes hommes ont, en quelques jours, déraciné et transplanté une forêt de pins. Chaque tente ressemble à une petite maisoimette au fond d'un bosquet. Nous avons des avenues, des ronds-points, etc., etc. Si nous avions de l'eau, nous pourrions lutter avec le bois de Boulogne.

« Voilà mon vaguemestre. — A un autre jour.

Camp de Châlons, 8 septembre 1857.

« Nous avons fait hier notre première grande manœuvre de guerre, commandée par l'Empereur en

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personne. Les choses se sont assez bien passées, sauf Taccident arrivé à deux canonniers qui ont eu les brasemportés en chargeant leur pièce, presque sous nos yeux. L'empereur a été vivement aiïecté^

a Comme je te l'ai déjà dit^ les paysans accourent d'une vingtaine de lieues pour voir l'Empereur. Dernièrement, un d'eux s'empara de la main de l'Empereur, qui se laissa faire» et la lui secoua en vrai paysan. Lorsque FEmpereur fut passé, il se mit à embrasser avec ardeur sa main honorée du contact impérial, et la présenta à baiser aux assistants, qui se disputaient la place pour arriver les premiers à baiser une main que l'Empereur avait touchée-

a L'Empereur est de fer. C'est ce qui fait que je n'ai guère de temps pour t'écrire. Tu vois toutefois que j'emploie vite l'heure disponible et que je te la donne.

Camp do ChàloQs^ 20 septembra 1837.

« Depuis Tarrivée du Duc de Cambridge, il m'est fort difficile de trouver un instant pour t'écrire. Nous allons tous très bien; toutefois, il fait un froid fatiguant. Demain lundi, nous allons nous établir au bivouac à 14 kilomètres de notre camp ; nous passerons la nuit dehors^ et nous rentrerons mardi.

Les fragments de lettres, ci- dessus^ peuvent présenter quelque intérêt, vu la formation récente du camp de Ghâlons, due à Tinitiative de T Empereur, dès les premières années de son règne-

Nous terminerons ce chapitre par une anecdote absolument authentique, toute à la louange de TEmpereur, anecdote qui se passa dans les premiers mois du second Empire.

L'Empereur était, cela a été dit du reste, foncièrement bon, et chez lui la mémoire des services rendus était égale à son dévouement aux amis « de la veille ». Il pratiquait, de plus, Toublî des injures et en donna maintes preuves dans la seconde partie de son règne*

Mais il était aussi absolument juste, et jamais^ lors de sa toute-puissance, il ne permit qu'un homme portât la faute de ses services rendus aux Gouvernements pr^ cédents el encourut une disgrâce pour ses attaches à un régime passé.

En voici un exemple pour n'en pas citer de plus nombreux.

L'arme de T artillerie comptait dans ses rangs un officier du plus grand méritej Fiereck [Yves-Louis- Hercule). Ce prénom d'Hercule s'aUiaît, d'ailleurs, parfaitement à la taille de Fiereck qui comptait i",92.

Né en 1805, Fiereck était entré à FÉcole polytechnique en 1824, à TÉcole d'application de Metz en 1828, et en était sorti avec le grade de Heu tenant en second

d'artillerie. Promu capitaine, le !•' janvier 1834, il continua son service régimenlaire. Vers 1844, il fut attaché, comme officier d'ordonnance à la personne du Duc de Montpensier, le plus jeune des fils du roi Louis- Philippe, qui avait dans Tartillerie le grade de lieutenant-colonel. (Son avancement avait été assez rapide, comme on peut en juger). Le prince promu colonel en 1846, Fiereck était, du même coup, promu, le 22 mars de cette même année, chef d'escadrons.

Tout alla bien jusqu'à la Révolution de Février 1848, qui emporta dans son tourbillon la monarchie de juillet. Le Duc de Montpensier, comme tous les membres de sa famille, partit pour l'exil, et son fidèle officier d'ordonnance, Fiereck, l'accompagna jusqu'à la frontière. Les adieux furent émouvants.

En embrassant Fiereck, qui avait le double de son âge, le jeune Prince lui remit son aigrette blanche, insigne du grade de colonel, et lui fit promettre de la porter en souvenir de lui, lorsqu'il serait, à son tour, promu colonel.

Rentré à Paris, Fiereck fut aussitôt placé eh disponibilité par le Gouvernement provisoire. Mais, ayant fait demander une fonction active au prince Louis Napoléon, Président de la République, il fut, en 1849, envoyé au 11*" régiment d'artillerie à Toulouse.

Son mérite, ses notes excellentes, le firent mettre au tableau d'avancement, et, dès 1849, il était proposé pour le grade supérieur.

Il y avait alors, dans l'entourage immédiat du Prince- Président, un ancien colonel d'artillerie, le colonel Vaudrey^ qui, en 1836, commandant le 4^ régiment,- au

DE NOTRË-DÀMte AU ZÛLULANb 11

moment de Téchauffourée de Strasbourg, prit parti pour le Prétendant. La conspiration avorta.

Vaudrey fut arrêté avec les autres complices du Prince et passa devant la Cour d'assises du Bas-Rhin, Le Prince, que Louis-Philippe avait fait partir pour l'Amérique, créa par son départ Une situation dont ses complices profitèrent. Le Jury du Bas-Rhin acquitta tous les accusés. Vaudrey fut mis d'office à la retraite.

Représentant du peuple en 1848, le Prince-Président en fit son aide de catnp en 1850, et gouverneur des palais des Tuileries et de TÉlysée.

Vaudrey, en sa qualité d'ancien artilleur, obtint que toutes les propositions de nominations, dans l'arme de l'artillerie, lui f tissent soumises avant d'être présentées à la signature du Prince.

Aussi Vaudrey, qui n'avait pas les qualités de cœur de Louis Napoléon, put assouvir ses. rancunes personnelles, et, plus « royaliste que le roi », il satisfit largement ses mesquins griefs, en biflfant de l'état de propositions les anciens camarades dont il croyait n'être pas satisfait, et tous ceux qui, sous le règne de Louis-Philippe, avaient montré quelque dévouement au Roi et à §on Gouvernement.

Fiereck, invariablement porté par les différents Ministres de la Guerre pour le grade de lieutenant-colonel, fut invariablement h\&é par Vaudrey, et plusieurs promotions ayant eu lieu en 1850, le Prince-Président fut frappé de ce fait : toujours ce nom de Fiereck lui avait tiré l'œil, placé au premier rang des promotions soumises à sa signature, et toujours ce nom de Fiereck était rayé.

Il devait y avoir là-dessous quelque chose d'anormal, il résolut de savoir le fia mot et fit appeler le Ministre de la Guerre, auquel il soumit le cas. C'était alors le général comte Lehramm.

' Le Ministre répondit qu'il avait la plus grande estime pour le caractère du commandant Fiereck, que c'était un officier brillant, savant, du plus grand mérite, et que, pour lui, il le proposerait toujours en tête de toutes les promotions au grade supérieur.

— Mais enfin, objecta le Prince, ce sont les Ministres de la Guerre qui le proposent. — Et qui est-ce qui biffe son nom?

— C'est Vaudrey. Votre Excellence ignore-t-elle que toutes nos propositions pour l'artillerie sont interceptées par Vaudrey, qui y apporte tels changements qui lui conviennent avant que l'état arrive à votre signature.

— Mais, enfin, qu'est-ce qu'illui reproche, à Fiereck? Ils se voyaient peu pourtant, car Fiereck devait être à peine capitaine, quand Vaudrey était colonel, dit le Prince.

— Assurément, Monseigneur, répondit le Ministre ; Vaudrey ne peut absolument rien reprocher à ce brave officier, sinon que Fiereck a été officier d'ordonnance du Duc de Montpensier, qu'il a servi avec fidélité le Gouvernement royal, et qu'il a gardé au Duc de Montpensier une vive affection.

— Ahl Ahl très bien, très bien ! dit le prince Louis, en souriant et en tortillant sa moustache. Et c'est pour de pareilles raisons que Vaudrey, faisant du zèle, brise la carrière d'un officier de mérite, et finit par faire rejaillir sur moi la responsabilité de ces dénis de jus-

DE NOTRË-DAMB AU ZULtJLAND iÔ

tice ! Général, quand pensez-vous avoir à me soumettre de nouvelles propositions dans Tartillerie ?

— Dans trois mois au plus, Monseigneur.

— J'attendrai donc jusque-là, général. Mais rappelez-vous ceci : j'entends que pour la prochaine promotion vous vouliez bien m'apporter vous-même, sans en dire un mot à qui que ce soit, votre état de propositions sur lequel, je n'en doute pas, figurera Fiereck. Vaudrey apprendra la nomination de Fiereck au grade de lieutenant-colonel, quand lé brevet en aura été expédié et que le Moniteur aura parlé. Il sera furieux, j'en serai d'autant plus satisfait; et, à l'avenir, les états quels qu'ils soient ne seront soumis qu'à moi, à l'exclusion de toute autre personne.

On était vers la fin de juillet 1851. A la date du 24 octobre de la même année, le chef d'escadrons Fiereck était promu lieutenant-colonel, avec désignation du 5' d'artillerie, en garnison à Grenoble.

Vaudrey écuma quand il sut par le Moniteur celle promotion à laquelle il était étranger, et, après s'être enquis de ce qui s'était passé, il en prit son parti, et alla s'excuser auprès du Prince d'avoir, croyant le bien servir, agi comme il l'avait fait.

Plus tard, Vaudrey fut nommé général de brigade, sénateur et gouverneur des Tuileries. Il est mort vers 1857, au château de Gessey.

Quant à Fiereck, à partir de sa promotion de lieutenant-colonel, son avancement fut assez rapide et compensa amplement les retards qu'il avait subis.

Voici, d'ailleurs, les promotions de cet officier avec les dates :

iO DE NÔTRE-DAMÊ AU ZÙLULÀND

Colonel, du 1" février 1854, au 11* régiment monté, à Strasbourg ;

Général de brigade, du 24 décembre 1858, commandant l'artillerie, à Douai ;

Général de division^ du 12 août 1866 ;

Membre du Comité d'artillerie ;

Mis au cadre de réserve, en 1870 ;

Mis à la retraite, en 1879, le 7 janvier;

Mort la même année.

Grand officier de la Légion d'honneur, en 1867.

Nous devons ajouter, avant de terminer ce chapitre, que, fidèle à la promesse qu'il avait faite au Duc de Montpensier, partant pour l'exil, Fiereck, aussitôt promu colonel, arbora fièrement à son shako de grande tenue, l'aigrette, insigne du grade qu'il tenait du Prince Royal, et il la porta même jusqu'à sa promotion aux étoiles de général, bien qu'elle fût bien plus haute que l'aigrette d'ordonnance qu'une décision ministérielle avait modifiée après la guerre de Grimée.

Ce que nous venons de raconter, montre combien était grande la bonté d'âme du Souverain, combien son esprit de justice était réel, et aussi de combien de vilaines actions il fut déclaré responsable, alors que les seuls coupables étaient les gros bonnets de son entourage, qui, pour assouvir de basses rancunes, ne craignaient pas de compromettre le caractère de l'Empereur, et de léser le vrai mérite au profit de quelques favoris, plus amis de l'intrigue que des droits acquis par de loyaux services.

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