‹ Souvenirs du Second Empire: De Notre-Dame au ZululandChapitre 8 sur 40 · SE&TICI DE LA SODS-SOUTERNANTE DES ENFANTS DE FRANCE · texte numérisé non relu

SE&TICI DE LA SODS-SOUTERNANTE DES ENFANTS DE FRANCE

« Chère Madame,

« S. A. le Prince Impérial a reçu avec un vrai plaisir le bel écran que vous avez bien voulu broder à son intention, et m'a chargée de vous transmettre ses plus gracieux remerciements.

« Il fait Tornement de son salon et rien ne pouvait plus agréablement frapper ses yeux, qu'ua trophée lui rappelant ses chers Gent-Gardes.

« Vous ne pouvez donc douter, chère Madame, du plaisir avec lequel Son Altesse jouera avec le plus petit d'entre eux ^, lorsqu'il vous conviendra de le lui amener.

« Quant à moi je serai très heureuse de vous serrer la main et de vous assurer de vive voix de mes sentiments les plus affectueux.

« Se^n^/ Comtesse DE Brangion. »

« Le Prince reçoit ses petits amis de cinq heures à cinq heures et demie. »

Son Altesse Impériale vint, du reste, peu après, à un dîner des Tuileries, remercier lui-même M""^ Verly. Le Prince Impérial aimait beaucoup le jp^fi^ jVerly^

1 Le fils du coDimandant des Gent-Gardes, A. Verly.

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comme il l'appelait sans cesse. Il fallait que M""® Verly lui apprît les jeux que jouait son fils.

On dut lui enseigner un jeu d'enfants qui eut, d'ailleurs, un certain succès dans le cénacle enfantin du jeune Prince.

Les petits joueurs s'asseyaient en rond chacun sur une chaise, un d'entre eux, celui qui « y était » pour nous servir de l'expression usitée, restait debout au milieu du rond, et devait raconter une histoire. Sur une phrase convenue d'avance, se terminait l'histoire, et chacun se levait; on devait alors changer • rapidement de place, et celui qui n'avait pu trouver de chaise libre avait perdu et devait, à son tour, raconter une histoire.

La phrase sacramentelle qui terminait la narration et marquait le changement des places était : « Vive Monseigneur! » ce qui avait charmé le Prince.

Quand ce fut à son tour d'y être^ il raconta, improvisée naturellement, l'histoire suivante :

a Loulou (c'était le nom donné au Prince par son père et sa mère) est parti seul pour se promener. Il a cherché partout M"*^ Verly ; on lui a dit qu'elle était à Gouzon. Alors il a pris le chemin de fer; puis, il est arrivé dans un pays tout inondé. Il y avait bien des pauvres.

M""* Verly leur a donné tout son argent; puis, Loulou a sauté dans une barque, il a été embrasser bien fort M"® Verly et lui a dit : « Voilà toute la bourse (fè mon papa pour vos pauvres ». Et tout le monde a

reconnu Loulou et

et : « Vive Monseigneur ! »

Cette dernière phrase fut, pour le Prince, comme une trouvaille, car elle terminait régulièrement sa tâche.

M°*® de Brancion, aimait tendrement le jeune Prince. Mais elle avait du côté moral peu de satisfaction de la part de Tlmpératrice, qui presque jamais n'échangeait avec elle que de froides banalités.

Le Prince, comme pour compenser la réserve de sa mère, était divinement bon et attaché cordialement à sa chère sous-gouvernante.

Un jour, en longeant avec elle l'avenue de l'Impératrice, il s'extasia sur les belles maisons qui la bordaient .

— Voyez, disait-il à M"*' de Brancion, ces belles maisons, ces beaux châteaux; quand je serai grand, je vous les donnerai tous.

— Ah! Monseigneur, répondit M""^ de Brancion, je sais que vous avez pour moi de beaux châteaux dans le cœur. Mais je n'en aurai jamais d'autres !...

Il y eut vers cette époque, aux Tuileries, un bal d'enlants. Des lumières et des fleurs à profusion, pomme dans les grands bals, un orchestre superbe; dans un salon voisin, on avait établi un théâtre de guignol en permanence; on « goûtait » par table de trente enfants, à la fois. Au premier goûter, le Prince Impérial en costume de Pierrot, avait à sa droite M"'' Walewska; à sa gauche, M"® de Metternich, en face de lui, le jeune Albert Verly, en seigneur napolitain.

Le menu était assez copieux, pour des estomacs d'enfants. Sandwichs, petits pains au foie gras, des

crèmes, des aspics, des fruits, des fraises magnifiques, en abondance, du chocolat, du café glacé et du... Champagne frappé ! ! *

Au milieu du bal, où s'ébattaient les jeunes déguisés, rimpératrice traversait les quadrilles; elle fit appeler Albert Verly, qui quitta à regret sa danseuse, et lui fit de charmantes caresses, le complimentant sur son aisance et son talent (!) chorégraphique.

Au milieu de la matinée, M. de Verdière fit son apparition dans le bal en costume... d'œuf de Pâques; la tête d'un jeune poulet lui servant de coiffure, émergeait delà coquille. On fit cercle autour de lui. Mais, comme il se mit à distribuer des cadeaux, ce fut bientôt une vraie cohue. L'Impératrice prit son fils dans ses bras et le porta aussi vers le distributeur pour lui faire attraper quelque souvenir.

Cette fête était naturellement en matinée. Elle prit fin à six heures. On pense si les enfants, après avoir gambadé, couru, dansé, mangé et bu plusieurs heures de suite, dans cette atmosphère de chaleur et de lumière, eurent besoin de prendre un repos prolongé !

Paris, 24 mai 1862.

« L'Empereur est allé dernièrement au théâtre^ j'avais, comme d'habitude, une stalle réservée. J'y suis donc allé. J'ai aperçu dans une loge, la Princesse Christine et ses belles-sœurs; je suis allé, pendant un entr'acte, les saluer; Nous avons causé de toi beaucoup

avec la princesse Julie. Elle m'a témoigné le désir d^aller aux bains de mer pour son fils ; naturellement je lui ai parlé d'Arcachon. Le projet lui a souri.

i( Hier, vendredi, elle m'avait engagé à aller passer la soirée chez elle. Elle m'a dit qu'elle avait écrit au marquis, pour lui faire part de son projet, me disant qti'elle ne doute pas que son mari, te sachant à Arcachon, ne s'empresse d'acquiescer à sa proposition.

^< Mais, me dit-elle, nous aurons fort à faire à surveiller chacune de notre côté, nos deux conjoints. » Tudieu! madame, quel honneur!

f< Sa soirée a été charmante. On y a fait de la musique que j'ai laissé exécuter, et, en véritable dilettante , je suig allé fumer un cigare avec les jeunes maris dans l'appartement du prince Gabrielli. Tout le monde me charge d'une foule d'amitiés pour toi.

« Je crois que l'Empereur ira à Fontainebleau dans la première dizaine de juin. Je pourrai alors probablement m'absenter quelques jours, pour aller te voir à Couzon.

« A. Verly. »

aermont-Ferrrand, 8 juillet 1862.

« Notre voyage jusqu'ici s'est parfaitement passé. Ce sont de toutes parts des acclamations continues, enthousiasme extrême, fêtes sur fêles. Llmpératrice a un succès prodigieux. Quoiqu'un peu souffrante d'un en-

rouement pris à Fontainebleau, elle est tViine grâce et d'une amabilité parfaites pour tous.

« Tu ne saurais te figurer Taspect des défilés des communes qui ont eu lieu à Ne vers et ici : femmes, enfants, vieillards, tout cela défilait à Tenvi devant TEmpereur. J'évalue à soixante mille au moins, raccroissement de la population de Nevers, et à cent raille celui de Glermont, pendant le séjour de Leurs Majestés.

'« Nous avons eu un bal à Nevers, au château Ducal. C'était un étouflbir dans lequel Flmpératrlce n'a pas pu rester plus d'un quart d'heure.

« Ici, nous aurons, ce soir, un bal qui promet d'être magnifique. Nous nous portons à merveille sans trop de fatigue. J'espère que cela continuera jusqu'à la fin; nous n'avons plus que deux jours de courses. Je serai à Bourges, demain 10 courant probablement, et à Paris, le 11, au soir.

En juillet, 1862, naquit le prince Victor Napoléon; à Toccasion de cette naissance, le colonel Verly, alors en congé à Lyon dans sa famille, envoya à S, A, I. la princesse Glo tilde une médaille de Notre-Dame de Fourvières, accompagnée des vers suivants:

A S. A. I. MADAME LA PRINCESSE GLOflLDE

Quand ton enfant sommeille, Suspendre à son berceau Notre-Dame qui veille Du haut de ce coteau, C'est doubler la fortune Du petit-fils des Rois. Deux mères au lieu d'une, Deux saintes à la fois.

Fourvières, 26 juillet 18621.

Camp de Châlons, 20 août 1862.

(( Je suis arrivé ici lundi dans la journée. Mon installation a été rapidement faite, dans une petite chambre tapissée de perse, possédant un lit, une cominode, une toilette et une cheminée, plus un voltaire et deux, chaises en cuir. Tu vois que je ne suis pas trop à plaindre.

« L'Empereur et le Prince Impérial sont arrivés mardi à six heures du soir, bien portants tous deux. M""® de Brancionet miss Schaw accompagnent le Prince. M"® de Brancion m'a chargé de te faire ses amitiés. Elle se propose de t'écrire du camp même. C'est un séjour qui ne doit pas être fort agréable pour une femme seule. Elle a réellement du mérite, et un dévouement qui devrait être fort apprécié ; car voici près d'une année qu'elle est constamment de service.

« Nous avons escorté hier, comme d'habitude; aujourd'hui nous sommes au repos. J'ai profité de mon temps, pour aller à cheval, faire des visites à une masse de vieux camarades que je retrouve ici. Entre autres Junqua, de la Vertu, Lafaye, le général Anselme et son fils, etc., etc. Tous te font mille compliments. Demain, nous allons avoir des courses ; ce sera probablement une distraction médiocre, j'aimerais mieux de grandes manœuvres ; elles auront sans doute leur tour.

« Le Prince fait parfaitement l'exercice du fusil. Il a très bonne façon. Il lit bien et écrit pas mal. Il faut que monsieur ton fils prenne exemple.

« Le bruit court que l'Empereur restera au camp environ huit jours, c'est-à-dire jusqu'à mercredi prochain; mais ce n'est qu'un bruit; par conséquent, rien n'est moins certain.

Paris, 21 octobre 1862.

« Vous avez eu le meilleur choix possible, en fait de maréchal commandant en chef l'armée de Lyon. Le maréchal Ganrobert est un homme charmant sous tous les rapports. Il a près de lui le colonel Gornély et le commandant Armand, deux bons camarades à moi, et charmants de relations. Je ne s-ais pas à quelle époque, le maréchal ira prendre son poste.

« J'ai passé hier une partie de l'après-midi, chez mon pauvre général Rolin, pour le distraire un peu. Il fait peine à voir. C'est la répétition de ce qui -doit se

S8 DE NOTRE-DAxME AU ZULULAND

passer chez voire pauvre frère que je plains aussi de tout cœur.

ii M"" Rolin me répétait combien sa fille avait apprécié votre cordiale réception, pour elle el pour son mari, etc., etc.

et Ils viennent de recevoir des nouvelles de M. Lafaye. Il ignorait encore la naissance de sa fille, mais sa lettre est pleine de tristesse ; il avait une sorte de pressentiment du malheur qui le frappe et qu'il n'apprendra que dans trois semaines au plus tôt.

« Nous avons appris la mort de M. de Rieucourt, chambellan de TEmpereur. Il vient de se brûler la cet- Telle, sans qu'on en sache la cause. Il était riche, n'avait pas de passions, ne jouait pas. On se perd à chercher la cause de ce funeste événement.

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