‹ Souvenirs du Vénézuéla; notes de voyageChapitre 12 sur 41 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Coup d'œil rétrospectif sur la politique. — Ifort et euterrement d'Alcantara. — Guerre civile. — Caracas pendaut la révolution.

— Un incident désagréable. — Désordres. — Les demoUdores, -~ Le triomphe de Gedeno. — Excursion à Ântimano. — La route. — Le campement des gusmaneistes. — Distribution de cigares et de sous. — Poursuite d'un taureau furieux. — Aspect de la vallée. — La Vega. — Le « parapluie de Gusman t .

— Antimano. «- Le colonel Pftntaléon. — Retour à Giracas.

— Préparatifs de fête. — Entrée triomphale des gusmaneittet.

— Considérations générales.

Notre première excarsion à Antimano, grand village sitaë à deux lieues de Caracas et dans une direction opposée à celle de Petare, se fit dans des circonstances exceptionnelles. Pour les expliquer, force nous est de appeler un important épisode de Thistoire contem* poraine du Venezuela. A notre arrivée dans le pays,, ainsi que nous Tarons dit précédemment, le fauteuil présidentiel y était occupé par le général Francisco Linarésde Alcàntara. Il y succédait au général Guzman Blanco, qui Pavait recommandé, avant de partir pour l'Europe, aux suffrages du Congrès. On s^attendaitdone ice que le nouvel élu suivrait les traditions politiques de son prédécesseur. Ces prévisions ne se réalisèrent pas entièrement, et Tadministration du nouveau président ne tarda pas à trouver des mécontents. Ceux-ci se mon-

traient peu satisfaits de la situation financière, qui tendait à s'aggraver, et regrettaient leur ancien chef, dont ils souhaitaient la réinstallation au pouvoir.

Un événement inattendu précipita la crise, désoroiais inévitable. On apprit soudainement à Caracas que le général Alcântara, durant une partie de chasse aux environs de la Guayra, était tombé malade et venait de rendre le dernier soupir.

Son corps fut ramené à Caracas pour être enterré au Panthéon national. Au jour fixé pour les obsèques, un cortège se forma en grande pompe. Le cercueil, porté à bras, ouvrait la marche, suivi du président intérimaire de la République, vénérable vieillard aux cheveux blancs; du clergé, ayant en tète Tarchevéque de Caracas, en habits pontificaux ; du corps diplomatique en grand uniforme; d'une division militaire, tambours voilés, et enfin d'une foule énorme, houleuse et agitée. La rue conduisant au Panthéon était ornée de fleurs et plantée de poteaux portant des emblèmes maçonniques. Tout se passa dans le plus grand ordre jusqu'au passage d'un pont traversant la quehrada de Caiucke, à Vesquina de la Trinidad. A cet endroit, un coup de pistolet retentit tout à coup et provoqua une effroyable bagarre. Chacuades assistants mit le revolver à la main, et les soldats, croyant à un complot, se mirent à tirer sur le cortège. Une débandade générale s'ensui«iti ^* le cercueil du défunt président fut déposé dans la rue, abandonné par ses porteurs. Après quelques moments

d'inexprimable désordre, plusieurs personnes soulevèrent la bière et la transportèrent rapidement au Panthéon.

On ne connut jamais les auteurs de cet incident,

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mais on supposa qu*îl avait été préparé d*avance, comme signal de révolution. A partir de ce jour, eajf effet, des guérillas se formèrent dans tout le pays. Les unes acclamaient le général Guzman; d^autres soutenaient les prétentions de chefs moîos connus, mais qui avaient cependant leurs partisans. Durant celte période d'anarchie, sept ou huit compétiteurs s*emparèrent successivement du fauteuil présidentiel, qu*aucun d'eux n'eut la force de défendre. La vie, à Caracas, devenait insoutenable. On ne voyait partout que maisons closes, portes et fenêtres hermétiquement fermées. Quelques groupes isolés stationnaient aux coins des rues, s'entretenant à voix basse des événements du jour; les magasins chômaient, les bureaux étaient déserts, les communications entre Caracas et la Guayra entièrement interrompues.

Les nouvelles les plus invraisemblables circulaient en ville et y provoquaient de folles alertes. Tantôt on annonçait que le général *** venait d'arriver à Petarc, avec mille hommes armés, représentés en réalité par une centaine de péons parfaitement inoffensifs et ne possédant pas le moindre remington; puis c'était le colonel X... débouchant de la vallée du Tuy pour assiéger la ville ; ensuite on parlait d'un déLarquement des guzmancistes à la Guayra et de leur marche vers la capitale, qu'ils allaient attaquer sur plusieurs points. Dans l'intervalle, les habitants s'approvisionnaient de riz et de conserves, dans la prévision d'un blocus; on plaçait deux mitrailleuses devant la Casa Amarilla; on rangeait des canons, bourrés jusqu'à la gueule, sur la place Bolivar : la terreur régnait partout.

Cet état de crise ne nous causait pas d*aussî vives, impressions qu*aux Vénézuéliens, et nous n'avions pas renoncé à nos promenades en ville. Sur notre passage, des tètes effarées apparaissaient parfois aux fenêtres, et des voix étouffées murmuraient :

— Vea ustedl Es una locural Séria precùo mandarlas d los Teques ' .

Bientôt on ne permit plus à personne de sortir de Caracas sans un sauf-conduit. Sur notre demande, le président en fonction nous en délivra un, et nous résolûmes de faire comme par le pi^sé, c*est-à-dire d*étendre nos excursions jusque par delà les faubourgs. Un matin, après avoir déjeuné, nous primes la route de Petare, mais nous fûmes bientôt arrêtés par quatre nègres déguenillés, qui, assis sur un trottoir, veillaîeB^ à la sûreté publique. L'un d'eux, se levant, requit notre laisser-passer. Nous le lui présentâmes tout déployé. Il le prit à Tenvers, le considéra gravement pendant quelques instants et finit par nous le rendre en souriant. Il est évident que si nous lui avions donné, au lieu d'une pièce officielle, la copie d'une ode de Victor Hugo, le résultat eût été entièrement le mêmel

Nous nous remimes en marche, et nous nous troc viens déjà devant la plantation Mosquera lorsqu'une balle siffla tout à coup à nos oreilles et qu'une détonation retentit parmi les arbres. Quelque vagabond, ^ passe-temps et pour s'entretenir la main, venait de tirer sur nous. Nous jugeâmes prudent de ne pas noos exposer davantage et de rebrousser chemin.

1 Les voyez-vous? C'est de U folie! On devrait les envoyer ^ lot Teques,

S0UVENIB8 DU VBNBZUBLA. lU

Le jour suivant, le brait d'une vive fusillade le fit entendre du côté du pont de fer. Le combat se pro* longea pendant plusieurs heures et semblait des plus meurtriers. Il ne coûta cependant qu'un bout d*oreille à an chien errant, vieux boule-dogue appartenant à Tancien carliste don Agustin. On avait brûlé beaucoup de poudre, et pour les gens de couleur, c'est là Tun des grands attraits de la guerre.

Un engagement plus sérieux eut lieu peu après sur le Calvaire. Cinq cents hommes, partis de los Teques, avaient longé la Cordillère à mi-côte et s*efforçaient d'entrer en ville. 11 y eut, durant la lutte, quelques morts et quelques blessés.

Dans Tintervalle, les campagnes étaient le théâtre de constantes exactions. On pillait les haciendaSj on volait les chevaux, on emmenait de force, pour les incorporer parmi les belligérants, les nègres et péons employés dans les plantations. Les anarchistes, surexcités par la passion politique, résolurent un jour de renverser les statues érigées à Guzman Blanco. On se porta d'abord au Calvaire, pour détruire un monument qui lui avait été élevé, après la création, par ses soins, de cette belle promenade. Une statue équestre du président, érigée devant TUniversité, subit le même sort. On rabattit avec un certain cérémonial, au son d'une musique militaire, et de hauts fonctionnaires tirèrent au câble qui devait servir à la précipiter de son piédestal.

Cette guerre au bronze et à la pierre n'augmenta pas la popularité de ses auteurs. Sans doute, il n'est pas d usage en Europe de glorifier d'illustres person-

nages de leur vivant, en leur élevant ainsi plusieurs statues dans leur pays natal; mais le lecteur ne doii pas oublier que nous sommes dans TAmérique du Sud, où ces manifestations eiagérëes sont dans les niœnra et les usages ' .

Dans Tintervalle, on se sentait mal à Taise. A rentrée de chacune des casernes veillaient des soldats qui, retranchés derrière le grillage des fenêtres, le fusil à la main, interpellaient de loin les passants et leur demandaient le cri de passe : Patria fédéral! Si la réponse se faisait attendre, ils avaient ordre de faire feu. Une nuit, il y eut une sérieuse panique.

Une sentinelle avait vu une ombre s'avancer lentement le long des maisons. La rue était obscure, mal

éclairée, et une embûche était possible

— Qui vive ? cria la vedetf e.

L'ombre avançait toujours, gardant le silence. C'était un traître, à n'en pas douter. Une seconde interpellation resta également sans réponse. Une détonation retentit, une balle traversa les airs, et un corps grand et lourd s'affaissa dans la pénombre.

En un instant, Témoi fut au comble; la garde accourut, la baïonnette au bout du fusil; des lanternes flamboyèrent; on parlementa, on s'approcha du cadavre, et l'on découvrit un pauvre âne errant, qui avait payé de sa vie son insouciance et son mutisme.

Pendant que ces scènes puériles se passaient i Caracas, un grand mouvement s'organisait dans l'intérieur du pays. Le général Cedeno, un vaillant soldat,

1 Ces statues furent remises sur leur piédestal après le retoor du général Guzman Blanca.

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trè»-influent dans TEtat de Carabobo» soulevait toute cette proviDCC en faveur de GuzmaQ, alors en France. Après plusieurs combats entre ses forces et celles des divers prétendants à la présidence, combats dans lesquels il eut toujours Tavantage, Cedeîio arriva à Antimano, y établit son camp et envoya demander à L'rdanota, alors président intérimaire, la reddition de la capitale fédérale.

Toute résistance était impossible, et Urdaneta dut se retirer et faire place au vainqueur.

Tandis que Ccdeno se trouvait encore avec ses troupes à Antimano, — la capitulation étant signée et la prise de possession de Caracas fixée au lendemain, — il nous prit fantaisie d'aller visiter son campement. On nous accorda un laisser-passer spécial, en notre qualité d'étrangers, et, vers deux beures de Taprèsmidi, nous montâmes en voiture, décidés à mener à bonne fin notre aventureuse expédition. Il fallut d'abord suivre la rue du Commerce, alors peu animée, et passer par la place San Pablo, située dans la partie sud-ouest de la ville. On y a construit récemment un théâtre, et une statue y a été élevée au général Uonàgas, en face de la maison quMl occupait autrefois. Nous traversâmes cm pont et nous suivîmes ensuite une longue rue, s*élargissant peu à peu et aboutissant à la route conduisant à Anttmano.

De ce côté, point de terrains stériles et profondément ravinés ; de blocs de quartz ou d*amas de mica, brillant au soleil, ainsi qu'au nord de la cité. Partout la vallée est parfaitement cultivée, sans cesser d'être pittoresque. Des cannes sauvages, frissonnant au vent,

Soldat véaéiuélien anat la réforme.

nJers de guerre, se culbatant et se bousculant, piailhieut çà et là, attendant le coup de grâce.

A l'apparition de notre voiture, tout ce monde se mît en émoi, et une troupe de noirs nous entourèrent, criant à tue-tête :

a Un tabacol Un centavo^ 1 »

i Officiers et soldats se précipitaient à la curée. Nous j avions prévu cet épisode ; aussi nous étions-nous munis, lavant de quitter Caracas, de cigares et de gros sons. ' Les chevaux furent mis au pas; d'innombrables mains se tendirent vers nous; on criait, on vociférait, le vacarme était étourdissant. Nous commençâmes la distribution des tàbacos et des centavos. On se les disputait, on se poussait, des grappes d'hommes se for- Devaient autour de nous.

Notre provision fut bientôt épuisée, et nos chevaux venaient de reprendre le trot, lorsqu'un nouvel incident arrêta notre marche. Un taureau furieux, les cornes baissées, les naseaux fumants, venait au-devant de nous, en soulevant un nuage de poussière. Une bande de nègres, armés de bâtons et de piques, le pourcbassaient en hurlant. Tout à coup une grosse pierre, lancée d'une main sûre, atteignit l'animal et lui creva un œil. Aiguillonné par la douleur, le taureau se retourna brusquement et fondit en beuglant sur ses persécuteurs, qui, riant aux éclats, s'écartèrent vivement. Leur victime, à demi aveuglée, emportée par son propre élan, alla donner de la tète contre un gros arbre et s'abattit aussitôt. Les noirs accoururent, lui

1 Un cigare! Un sou!

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jetèrent un nœud coulant autour du cou, et tandis que les uns levaient leurs machetes pour procéder à Tiin-» niolation du taureau, les autres dansaient et trépi-^ gnaient sur la route, poussant de formidables hnrrahsl

Nous ne voulûmes pas assister au déno&ment de celte scène cruelle, et nous ordonnâmes à notre cocher de presser les chevaux.

La vallée se rétrécissait de plus en plus. A droit s'élevait une chaîne de montagnes arides, égayées ci et là par les hampes fleuries de quelques aloès, e coupées à mi-côte par le tracé de l*aqueduc de Ma carao; à gauche surgissaient des collines boisées à Taspect le plus riant; entre ces deux cordillères, s'étendait la plaine d'Antimano, arrosée par le Guayre, poursuivant son cours vers Petare.

A cinq kilomètres de Caracas, au fond d'un cirqae naturel formé par les montagnes, nous découvrons un joli village, la Vega^ composé de quelques rues eo pente, d'une place publique parsemée de toufles d'herbes, et d'une petite église, blanche et propre. Au pied de celle-ci, sur les bords du fleuve, s'étale uoc vaste sucrerie appartenant à la famille Francia, l'une des plus opulentes du pays.

Nous remarquâmes au revers d'une haie une ravissante plante grimpante, aux fleurs jaunes, nommées ici souliers de la reine [zapatos de la reina).

De la Vega à Antimauo, on compte trois kilomètres; nous les parcourûmes lentement, arrêtés que nous étions à tous moments par des escouades de gens de couleur, précédés de leurs officiers, montés sur des ânes étiques. Peu de maisons s'élèvent sur cette partie

de la route; à peine de loin en loin une hutte servant iepulperia, et où l'on débite du guarapo aux mule* tiers. Nous remarquâmes, toutefois, en passant, un I arbre assez étrange, n'ayant point de branches inféf rieures, et dont la cime s'arrondissait en un large t dôme, formant une voûte impénétrable. Il a été baptisé du nom de « parapluie de Guzman n .

Antimano, où nous ne fûmes reçus qu*après de loDgs pourparlers et grâce à notre qualité d'étrangers, est un assez grand village, sans caractère bien tranché, mais dont la situation est ravissante. Le général Gozman Blanco s'y est fait construire tout récemment une maison de campagne. Les montagnes Tentourent de tous côtés, sauf dans la direction de Caracas. Le Guayre, dont les bords sont couverts, à cet endroit, de bambous et de saules, au feuillage léger et gracieux, anime encore ce paysage. L'église d*Antimano est assez belle, et rappelle par son architecture, bien que dans des proportions beaucoup plus modestes, la Madeleine de Paris.

Nous trouvâmes le village tellement encombré que nous ne pûmes songer à nous y reposer. Il fallut tourner bride et rebrousser chemin, ce que nous nous bâtâmes de faire. Nous étions déjà près de Palo Grande, lorsqu'une scène divertissante nous fut offerte. Sur la route, au-devant de nous, venait un nègre montant à poil un petit âne aux longues oreilles, et suivi de huit ou dix hommes, le fusil sur Tépaule, marchant pieds nus dans la poussière. Notre cocher et lai se firent des signes d'intelligence et de bienvenue : — AdioSj amigol cria le noir.

— AdioSj mi gênerai^ exclama le cocher.

Pais ce dernier, se penchant vers nous, ajouta à voix basse :

— C'est le colonel Pantaléon, mais je l'appelle général pour lui faire plaisir.

Et en eflet, le bon nègre avait le visage rayonnant. Il parlait avec animation des événements du jour, lorsqu'un de ses hommes dit d'un air piteux :

— Esioy nrnerto de sed^ I

— V yo tambien}, dit en chœur chacun de ses compagnons.

Et leurs regards se portaient avec envie sur une grosse gourde, passée en bandoulière sur les épaules de leur chef.

Celui-ci ne résista pas à cet appel. 11 rangea ses compagnons sur le bord de la route, fit faire volte-face à son âne, comme s'il allait les passer en revue, et saisit la bienheureuse gourde contenant un mélange d'eau et à'aguardiente.

Alors se redressant et prenant une attitude martiale :

— Vous allez boire, leur dit-il, mais chacun de vous ne peut prendre que deux gorgées! Gare aux désobéissants !

Puis il donna le flacon au premier soldat, qui but «au goulot les deux gorgées prescrites, et la passa ensuite à un autre, qui fit la môme manœuvre. Aucun des buveurs ne tenta d'excéder la dose disciplinaire. Le colonel était là, prêt à administrer une verte semonce aux délinquants.

' Je meurs de soif!

* Et moi aussi!

Après la tournée, la gourde était encore à moitié pleine.

Pantaléon, en sa qualité d'ofRcier supérieur, la prit à son tour, et la vida jusqu'à la dernière goutte !

Il était sept heures du soir lorsque nous rentrâmes à Caracas, où Ton faisait de grands préparatifs pour recevoir dignement les troupes victorieuses. Les maisons étaient ornées de fleurs; des arcs de triomphe, couverts de banderoles et de devises, s'élevaient à rentrée des rues ; tout annonçait une fête joyeuse.

Le lendemain, le soleil se leva radieux, dans un ciel d'aznr. Dès huit heures du matin, une foule énorme se mit en mouvement, remplissant les voies publiques et les squares. Des dames, vêtues de blanc, s'étaient parées de rubans jaunes en Thonneur des guzmancistes, qui avaient adopté cette couleur; les hommes portaient en sautoir des rubans semblables, mais plus larges, avec la devise : « Viva Guzman Blanco! y* imprimée en lettres noires sur TétoiTe. Des portraits lithographies de Tancien président étaient exhibés partout, accompagnés de légendes laudatives, dans le goût hyperbolique espagnol. On attendait impatiemment les vainqueurs.

A neuf heures, une salve d'artillerie, tirée du Calvaire, annonça l'arrivée de l'armée libératrice. Tout se passa dans le plus grand ordre. Le général Cedenn, avec beaucoup de modestie et de tact, refusa de passer sous les arcs de triomphe, disant qu'il n'était qu'un soldat, et que Guzman Blanco seul, pour lequel il avait combattu, avait droit à cet honneur. Des canons, enguirlandés* de fleurs et posés sur des charrettes.

Irainés par des bœafs, ouvraient la marche. Puis venait le général en chef, entouré de ses principaux officiers, montés à cheval, à mule ou à âne, et vêtus de costumes de tous genres. Les soldats suivaient, pieds nus, gais sous leurs haillons, dans un pêle-mêle des plus pittoresques. Les uns s'avançaient gravement, tenant sous leurs bras des coqs et des poules; d'autres portaient à la main des régimes de bananes; nous en vîmes un qui avait suspendu des côtelettes crues autour de sa casquetle, et tous, couverts de poussière, exténués de fatigue, acclamaient Guzman et Cedeno.

On fit une halle devant le Capitole. Des négresses charitables accoururent avec des calebasses remplies d'eau, offrant à boire aux soldats. Un Te Deum d'action de grâces, auquel assista Cedeno et son état-major, fut chanlé dans la cathédrale par Tarchevêque de Caracas. On riait, on circulait gaîment en ville, Tanimation était générale.

Quelque temps après, Guzman Blanco débarqua à la Guayra, prit possession de la présidence de la République, et tout rentra dans Tordre. Sous sa surveillance, Tarmée vénézuélienne, peu nombreuse, fut instruite et disciplinée. Les soldats qu'on rencontre aujourd'hui à Caracas portent Tuniforme, sont munis de bonnes armes et convenablement exercés. Après avoir décrit les tableaux bizarres qui précèdent, il n*est que juste d'indiquer les réformes qui suivirent la guerre civile, et de signaler les progrès accomplis durant la période actuelle, toute d'apaisement et de rénovation.

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