CHAPITRE XV
Environs de Puerlo-Cabello. — La grande plaine de sel et les Samuros. — Deux cimetières. — - La route. — - Hauts faits de Tiburcio. — Burbnrala. — Sa population et ses ressources. — L'instruction au Vcneiuela. — Paso Real. — Un chemin pavé de noix de coco. — Route de San Estéban. — MariquUat, — El Trapiche, — Plantation de cacaotiers. — San Estéban. — La rivière. — Le climat. — Fabrication de fleurs en plumes.
Parmi les villages à visiter dans les environs de Puerto-Cabello, on nous avait signalé Borburata, Paso Real et San Estéban. Un cocher indien, possédantPane des rares voitures de louage de la localité, s^offrit à nous y conduire moyennant la somme de quinze piastres (60 francs). Nous partîmes donc, vers sept heures du matin, en commençant nos excursions par Borburata.
Nous n*avions négligé aucun confort. Tiburcio, assis à côté du cocher, tenait entre ses genoux un gros panier de provisions abondamment garni. Notre véhicule, sans être élégant, était spacieux, et Ton pouvait s'y étendre à Taîse.
Nous voici hors de la ville, traversant une vaste plaine, limitée d*un côté par une ceinture de buissons rabougris et de hauts cocotiers, et de Tautre par
les monts Hilaria, aax belles teintes bleues. Cette plaine, aride, sablonneuse /couverte de sel cristallisé, exhalant des miasmes infects, sert de charnier aux habitants de Puerto-Cabello, qui y jettent des cadavres d^animaux et des épaves de toutes sortes. Une nuée de vautours noirs, ressemblant aux samuros de Caracas, s*agitent sur ces débris en putréfaction, dont ils se gorgent en se les disputant à coups d'aile et à coups de bec. Ils se dérangent à peine sur notre passage. Quelques-uns de ces répugnants oiseaux, déjà rassasiés, et perchés les uns à côté des autres sur les cocotiers voisins, la tète entre les épaules, nous suivent des yeux d'un air hébété et morne.
L'horizon nous offre des aspects plus riants. A notre droite, au sommet d'une haute colline, s'élèvent les blanches murailles d'une petite forteresse faisant face au CastiUo Libertador, et habitée par une cinquantaine de soldats nègres. Bien campée sur sa roche, elle rappelle les châteaux féodaux de la vieille Europe. Insuffisante pour la défense du port, elle pourrait protéger utilement Puerto-Cabello, en cas d'attaque dirigée de l'intérieur du pays contre la ville.
Plus près de nous, au bas de la colline dont nous venons déparier, nous retombons dans les scènes lugubres. Là sont deux cimetières, enclos dB murailles; l'un, de médiocre dimension, ombragé d'arbres touffus, aux tombes soigneusement entretenues, est réservé aux membres des différentes communautés protestantes; Tautre, beaucoup plus grand, exposé en plein soleili contenant quelques sépultures en marbre blanc, pâ'^' lesquelles végètent des buissons d'euphorbe, est le
cimetière catholique. Le premier, de création récente, a été fondé par cotisation, sous les auspices de la colonie allemande, pour éviter tous démêlés arec le clergé local, qui refusait la sépulture aux dissidents.
Nos chevaux vont bon train, et bientôt nous tournons à gauche, suivant une large route parfaitement plane. D*une part, des rochers abrupts, sur lesquels croissent des cactus et des aloès, entremêlant leurs branches épineuses, parmi lesquels courent d*énormes lézards aux brillantes couleurs ; de l'autre, d*immenses lagunes, à demi desséchées, séparées les unes des autres par des mangles et des palétuviers. 11 est évident que la mer couvrait autrefois toute cette partie du littoral, y compris remplacement actuel de Puerto- Cabello. Partout le sel abonde, même sur les versants des montagnes, où Ton en trouve jusqu'à dix et quinze pieds de hauteur. Nous voici bientôt dans une seconde plaine, plus monotone, plus sèche, plus désolée encore que la précédente, tout entourée de hautes cimes, dénudées et pierreuses.
Là, sur les bords du chemin s'élève une haute crbix noire, plantée à la hâte dans un amas de galets et de cailloux; ailleurs se présentent de grandes flaques d'eau; sur nos têtes brille un ciel d'un bleu cru, sans le plus petit nuage, immuable et uniforme. Nos impressions devenaient de plus en plus pénibles, lorsque heureusement notre voiture fait un demi-tour el s'éloigne de la mer pour gagner l'intérieur des terres. Aussitôt le paysage s'anime et devient plus riant. Nous traversons une grande plantation de bananiers, serrés les uns contre les autres, ployant sous le
poids de leurs régimes, puis nous apercevons une grande posada bâtie sur le bord du chemin.
— Tîburclo, comment se nomme cet endroit? demandons-nous à notre Indien.
A notre grande surprise, silence complet de la part de Tiburcio. Il hoche la tête, fait la grimace et semble sur le point d*étoufi*er. Le cocher présente les mêmes symptômes; ils paraissent tous deux avoir la bouche pleine de bouillie.
Un pressentiment nous traverse Tesprit : nous saisissons notre panier de provisions Hélas! un excellent pâté de lièvre que nous avions fait ouvrir à notre départ, était entamé! Nos deux hommes, sans doute pour charmer leurs loisirs, n'avaient rien trouvé de mieux que de fourrer les doigts dans le pâté en question, et d'y puiser largement.
— Que signifie cette conduite? s'écria mon mari en prenant la boite contenant le malencontreux pâté, et en la lançant au loin, parmi les herbes.
— Todavia quéda hastante para usiedes\ répond Tiburcio sans se déconcerter et en faisant un signe an cocher.
Celui-ci, à notre grande surprise, arrête ses cbe* vaux, descend de son siège, va fouiller dan« les herbes et en retire le pâté.
— Voulez-vous nous en faire cadeau ? nous demande-t-il en remontant sur son siège.
— Non! s'écrie Tiburcio, c'est moi qui suis le sif' vlente de la famille, c'est à moi qu'il revient!
* Il en reste encore asses pour vous.
Nous coupons court au différend en ordonnant au cocher de reprendre les rênes et de poursuivre le voyage. Pendant plus d'une demi-heure, nos gens continuent à se disputer, agrémentant leurs arguments de vigoureux Caramba! Caraë! Ils finissent par se partager le pâté, mais Tiburcio est forcé de céder à son compagnon la boite en fer-blanc, que ce dernier veut rapporter à sa femme.
Borburata, où nous arrivons une heure et demie après avoir quitté Puerto-Cabello, est un joli village de cent cinquante à deux cents habitants. Autrefois port de mer, il se trouve actuellement à près de deux milles du rivage, dont il est séparé par des terrains ensablés* Nous faisons arrêter la voiture sous un beau manguier, croissant à Tangle d*une place publique, entourée de maisons, et tandis que Tiburcio et le cocher, entièrement réconciliés, vont boire un verre à'aguardienie pour digérer notre pâté, nous mettons pied à terre pour visiter les alentours, ce qui n*est pas long, le village ne se composant guère que de la grande place que nous avons sous les yeux. Dans le fond, une humble église; & droite et à gauche, de modestes habitations, sar le seuil desquelles on se groupe pour nous voir passer. A Tun des coins du square, nous observons cependant une charmante villa, entourée d'un beau jardin, et appartenant à un riche négociant de Puerto- Cabello.
Par delà la place» il n'y a que des ruelles qu'en'* Trahissent les herbes, et ou s'élèvent, de distance en distance, de petits ranchos recouverts de feuilles I de bananiers et habités par des gens de couleùn D^ ' Il
magasins, il n*y en a d'aucune sorle, sinon Tinévitable pulperia, contenant des marchandises à bon marché, ' achetées à Puerto-Cabello, TJn bruit de voix eofanlines nous révèle aiissi une école, qui paraît même assez fréquentée. L'instruction primaire a été réorganisée au Venezuela par le général Guzman Blanco, el déclarée obligatoire par décret présidentiel du 27 juin 1870. Cette mesure, si féconde en résultats pratiques, honore son auteur et' constitue Tun de ses meilleurs titres à la reconnaissance nationale. Il n'existe pas, en effet, de garanties de paix et de liberté où prédominent Tignorance et la routine. Instruire le peuple, c'est enlever aux factieux les moyens de le tromper et . de le corrompre.
Il existe actuellement au Venezuela deux universités, dont Tune à Caracas et l'autre à Mérida ; quatre collèges fédéraux, un collège d'ingénieurs, quinze collèges sectionaux, deux écoles nationales de filles, cinq écoles normales, onze cent trente-cinq écoles fédérales, trois écoles régimentaires et une école spéciale établie dans la forteresse de Maracaîbo.
. Sans doute, il y a bien des progrès à réaliser dans ces divers établissements. L'instruction primaire dans les villages est encore bien faible, et renseignement supérieur, dans les villes, est peu approfondi. Les jeunes filles sont retirées des écoles beaucoup trop tôt, ayant à peine appris à lire et à écrire couramment leur langue maternelle. C'est assez dire qu'elles en sortent extrêmement ignorantes, sans notions des littératures étrangères et des sciences naturelles. Une fois cliez elles, leur vie routinière se passe à faire un peu de
musique, à s'asseoir à leur fenêtre^ à s'oceuper de leur toiletté» ou des racontars ayant cours en ville.
Quant aux jeunes gens, ils sont soumis à une discipline intellectuelle plus sérieuse, bien que celle-ci laisse encore beaucoup à désirer. Le Venezuela n*a pas encore produit de savants illustres, mais on y rencontre déjà quelques hommes d'une valeur réelle, dont les travaux ont été remarqués et méritaient de Fétre. Citons parmi ces derniers M. Aristides Rôjas, frère du ministre du Venezuela en Angleterre, pour ses belles notices historiques et philologiques; HM. Antonio Leocadio Guzman et Rafaël Seijas, pour leurs consciencieuses études sur la législation comparée ; M. Andrës Bello, qui s*est fait apprécier, même en Espagne, comme critique et grammairien; M. Fernand Bolet, pour ses recherches sur l'histoire naturelle, et enfin M. Baralt, auteur d'une intéressante histoire du Venezuela.
Les sciences exactes proprement dites ont été peu cultivées. L'astronomie, les hautes mathématiques, la géologie, la chimie, n'ont guère d'adeptes. Leur enseignement, comme nous le disions précédemment, est complètement négligé dans les écoles, même supérieures, et c'est là une des parties les plus défectueuses du programme des études. Les beaux-arts, au Venezuela, sont encore dans leur enrance.
Parmi les peintres vénézuéliens, nous ne trouvons à mentionner que MM. Jovar y Jovar et Herrera, qui tons deux vivent à l'étranger. Les sculpteurs indigènes sont encore plus rares et ne s'élèvent même pas ju^u'à la médiocrité. Le génie national se révèle» au
contraire, avec beaucoup de force dans les œui/res poétiques et littéraires. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet, qui mérite d'être traité longuement.
Si Finstruction est relativement inférieure au Venezuela, on doit tenir compte cependant, des difficultés que présente la diffusion des sciences dans un pays neuf,, dont la population est encore clair-semée, et qui ne dispose que de ressources restreintes.
Reprenons notre narration où nous Pavons laissée, c'est-à-dire à Borburata. Après y avoir erré un temps suffisant, nous enjoignons à notre cocher de nous suivre avec sa voiture, an pas, et nous reprenons pédestrement la grande route, cherchant un endroit ombragé, afin d'y déjeuner sur Therbe, à la bohémienne. Nous avisons bientôt un joli ruisseau aax bords tapissés de mousse, s'écoulant sous les rameaax verdoyants de quelques grands arbres. Le site nous convenant, Tiburcio reçoit Tordre d'y déposer le panier aux provisions, encore bien fourni, malgré la disparition du fameux pâté de lièvre.
Notre retraite champêtre était délicieuse; il fallait le temps de déjeuner, de faire des bouquets, de collectionner des plantes et des insectes; aussi y fîmes-nous une longue station, aspirant à pleins poumons un air pur et embaumé. 11 était plus de cinq heures lorsque nous rentrâmes, assez fatigués, à Puerto-Cabello.
Le jour suivant, notre attelage de chevaux gris fut de nouveau mis en réquisition. 11 s'agissait cette fois d'aller à Paso Real. Nous n'y trouvâmes qu'une misérable posadùj située à mi-chemin du village de Guaiguaza. La route qui y conduit offre une particula^té
des plus étranges : elle est pavée, sur un espace de plus d'un kilomètre, d'écorces de noix de coco. Les roues y faisaient des plongeons fantastiques, dont nous subissions les contre-coups; aussi nous sentions-nous médiocrement disposés à admirer les plantations de cocotiers qui bordaient la voie, ainsi que la jolie rivière quMl nous fallut passer à gué, par deux fois, durant le voyage. Les secousses se succédaient saosre* lâche, et noasarracbaieut des exclamations qui n'avaient rien d*admiratif. Nous revîmes avec joie les ornières des rues de Puerto-Cabello, dont au moins nous avions rhabitude.
Si notre excursion à Paso Real ne nous a laissé que des souvenirs peu agréables, nous n'en dirons pas de même de la promenade que nous fîmes, quelques jours plus tard, à San Estéban.
Ce petit village est situé dans les montagnes, à une lieue environ de la ville. 11 se compose d'une réunion de ravissantes villas, disséminées parmi d*épais fouillis de verdure, sous les ombrages desquels serpente un cours à' esiXi, le San Es iéban^ dont les capricieux méandres sont des plus pittoresques. Ces villas appartiennent à des négociants du port, qui y vivent avec leur famille, ne se rendant dans la cité voisine qu'aux heures de bureau. L'un d'eux nous invita à passer quelques jours dans sa maison de campagne, l'une des plus jolies de l'endroit. Une telle offre était tentante, et nous l'acceptâmes avec plaisir.
Pour se rendre à San Elstëban, on traverse la grande plaine sablonneuse qui s'étend au sud de Puerto-Cahello; mais au lieu de suivre la route de gauche qui
conduit à Borbarata, on prend celle qui part d'entre les deux cimetières, et se dirige vers les montagnes. Celle-ci présente une série de tableaux charmants. Elle s'engage d*abord dans un étroit défilé que dominent de hautes collines pierreuses. A Fentrée de ce passage, appelé le Portachuelo, on jouit d'une vue très ètendae de la ville, entourée de ses lagunes, ainsi que du port et de la haute mer. En sortant du Portachuelo, on se trouve sur une pente, formant nne courbe, inclinant vers la droite. La végétation devient plus épaisse, et dans les hautes herbes, des deux côtés de la route, sur le sol, parmi les rameaux des arbres, l'exubérante vie tropicale se manifeste de mille manières. Des tourterelles s'élèvent avec rapidité sous les pieds des chevaux, et vont s'abattre sur le sable, à deux cents pas plus loin; de petites perruches vertes, connues dans le pays sous le nom de mariquitas, sautent de branche en branche en poussant des cris assourdissants; des couleuvres, des lézards verts glissent parmi les feuilles sèches; Pair est rempli du bourdonnement des insectes, butinant parmi les fleurs. On aperçoit enfin une maison, très délabrée, la seule qui existe entre Puerto- Cabelld et San Estéban. C'est une ancienne sucrerie, El Trapiche, aux murs encore noirs et enfumés. A partir de ce point, la beauté du paysage devient remarquable. La route, tantôt large, tantôt étroite, monte, descend, serpente au pied des collines, sous un dôme de feuillage, du haut duquel tombent des guirlandes de lianes fleuries. A droite, s'étend une plantation de cacaotiers, appartenant à M. Emmanuel Matos, dont les arbres, placés à quelques mètres les
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uns des autres» et protégés contre les ardears da soleil par des binares (erythrina umbrosa)^ portent sur leur tronc leurs gros fruits rouges et bruns, sillonnés de raies noires, ressemblant à des concombres.
Le cacao i/énézuélien est supérieur à toute autre variété connue ; aussi le cultive-t-on sur tout le littoral et même ailleurs, dans les terres cbaudes. La fréquence des révolutions, en éloignant momentanément les travailleurs, a nui cependant au développement de cette exploitation, qui ne doit son maintien qn*à Texcellence de ses produits. Le cacaotier eiige un climat chaud et humide, conditions parfaitement remplies dans la plantation dont nous parlons, arrosée par le Rio San Estéban, et où la température ne s'abaisse guère au« dessous de 26° Réaumur.
La plante est indigène au Venezuela, et on la rencontre à Tétat sauvage dans les forêts de TOrénoque. Les Espagnols, guidés par Texemple des Mexicains, furent les premiers à en tirer parti. Elle ne produit fructueusement qu'après cinq ou six ans. Les fleurs, exirêmement petites, apparaissent sur Técorce du tronc. Un arbre produit annuellement, en moyenne, deux kilogrammes de fruits, qui se vendent sur les marchés européens à raison de trois à quatre francs le kflogramme, selon la qualité.
Nous longeâmes Thacienda Matos pendant environ on quart d'heure, l'entrevoyant derrière une haie, de Wnaniers et d'arbres à pain, ces derniers portant de grandes feuilles dentelées, d'un vert sombre. Bientôt nous tournâmes à gauche, et nous nous engageâmes ^&us une splendide allée d'arbres de toutes essences,
palmiers, maDguiers, acajous, bizarrement entremêlés.
— Nous voici à San Estéban, nous dit notre cocber.
— Comment! mais où donc est le village?
On l'apercevait à peine en effet, chacune des villas qui le composent étant cachée derrière un rideau de verdure. Quelques cases de nègres apparurent un instant groupées le long de la route, puis les habitations 5^ égrenèrent de nouveau, voilées d'ombre, évitant les regards curieux.
Notre voiture s'arrêta enGn devant une jolie maison, garnie d'une véranda, entourée de jardins, gaie, ouverte à la brise, fleurie de roses. Un accueil charmant, dont nous conservons un agréable souvenir, nous y attendait, et nous prîmes gaiement possession de notre asile champêtre.
Nous y trouvâmes fort à faire. Que de ravissantes promenades occupèrent notre temps durant ces jours de villégiature ! Tantôt nous escaladions les rochers à la poursuite de papillons dignes de Técrin d'une fée; tantôt nous errions du côté de la rivière et des bois qui la longent. Parfois, nous déchaussant, nous entrions bravement dans Teau, et marchant sur un sable doux comme du velours, nous suivions le Rio dans ses capricieux méandres, prêtant Toreille aux bruits d'alentour. Si quelque endroit bien ombragé, bien solitaire, s'offrait à notre vue, nous nous y installions dans rherhe, tout entiers à nos impressions, et oublieux de la vie tumultueuse des foules. Il n'est pas mauvais, de temps en temps, de se rapprocher de la nature. On en revient mieux préparé aux luttes pénibles, souvent tristes, de l'existence quotidienne.
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Les eaux du Rio San Estéban sont très fraîches et d'une remarquable limpidité; on y pêche d*eicellents * poissons et de délicieuses écrevisses.
I/un des membres de la famille qui nous avait offert rhospitalité, M. Kempf, avaitappris à connaître, durant un long séjour à San Estéban, les plus jolis sites de la rivière. S'occupant avec succès de photographie dans ses moments de loisir, il nous fit la gracieuseté de nous donner une collection de vues prises par lui, avec un vérilable sentiment artistique, dans le village et ses environs. Nous en présentons quelques-unes à nos lecteurs, tout en regrettant de ne pouvoir en reproduire davantage, tant elles sont exactes, fidèles et intéressanles.
On aime les arts dans cette colonie étrangère, transportée sous un ciel tropical. On me cita un jour une Allemande, madame Simmons, habitant la localité, et qui fabriquait à la perfection des fleurs et autres objets en plumes d'oiseaux.
Comme j'exprimais le désir de la voir, la fille de notre hôte, une jolie jeune peasonne de vingt ans, me proposa de me conduire chez elle. Nous arrivâmes donc le lendemain devant un riant chalet, couvert de plantes grimpantes et à demi caché sous un bouquet d'arbres. Nous fûmes salués à notre arrivée par les aboiements de trois ou quatre petits chiens et le sifflement d'un énorme boa, confiné dans une cage sous la véranda. Madame Simmons apparut bientôt en personne, et nous montra avec complaisance des corbeilles de roses, de jasmins et de tulipes, faites de plumes de toutes couleurs, nuancées avec beaucoup de goût et d'habileté.
Comme je la complimenfaîs sur son talent, elle me répondit qu'elle venait de faire un envoi important à Caracas, s'excnsant de ne pouvoir présenter un assortiment plus complet, tandis qu'il me paraissait difficile de mieux faire. Ses créations me rappelaient les plus jolis spécimens du même genre» venant du Brésil, où ce travail constitue une véritable industrie.