CHAPITRE XXII
Départ de Valencîa. — Los Guayas, — Les Indiennes deGuacarm. — La ville. — Gommcot Inginio comprenait l'amour. — lAposada de San Joaquin. — Le village. — Un dtner vénésuélien. — San^ cocho. — Hallacas, — Àrepas, — Le lac de Tacarigua. — Ses îles. — Les poissons qui l'habitent. — Plantes et fleurs. — Hariara. — Sources thermales. — La pierre indienne. — Vha^ denda de don Martin Tovar. — Alaracaj. — La ville et ses ressources.
U était six heures da matin lorsque nous sortîmes d^^e Valencîa, parle grand pont qui traverse le Rio du même nom, et auquel travailla le général Uslav durant sa captivité. La route, assez large, parfaitement plane, contourne la colline de El Morro, dont nou» avions fait Tascension quelques jours auparavant, «t se dirige, s^allongeant dans une vaste plaine, vers les bords du lac. A partir de El Morro, la vallée s'élargit considérablement et se couvre de belles haciendas, disséminées à Tborizon. Des deux côtés du chemin, le paysage est moins attrayant. On n*y aperçoit qu'une n^aigre végétation, recouverte d'une épaisse couche de poussière. A une lieue de la ville, on rencontre un village, Los Guayos, d'environ quatre mille habitants, et possédant une jolie petite église. Nous le passâmes sans nous y arrêter, poursuivis par des négrillotis,
gambadant autour de notre voiture. Une heure plas tard, nous atteignîmes Guacara, ville de cinq mille âmes, entourée de terres fertiles et de riches plantations. Une petite rivière, ombragée de beaux arbres, coule dans les envîrons. En approchant du gué, un bruit de voix frappa nos oreilles. Des femmes indiennes se baignaient non loin de là. Parmi elles, nous remarquâmes deux jeunes filles, d'une superbe beauté, qui se jetaient en riant de Teau au visage. Elles avaient les traits fins, délicats, et eussent fait Tadmiration d*un artiste. Notons à ce propos que les indigènes habitant les villages du Carabobo descendent presque tous de la tribu des Chaymas. A Turmeroetà Guacara, la race est un peu différente. Ses représentants sont de taille moins élevée, bien formés, et paraissent fort intelligents. A notre approche, les baigneuses se mirent en émoi; les unes disparurent derrière des blocs de rocher, non pas assez cependant pour que nous ne vissions pas leurs yeux curieux suivant tous nos mouvements; d^autres s'enfouirent plus profondément dans la rivière; d'autres, encore moins efiarouchées, se contentèrent de se voiler de leurs longs cheveux et nous regardèrent passer en souriant. A peine étions-nous hors de vue, que de grands éclats de rire nous apprirent que les jeux nautiques avaient recommencé de plus belle.
Notre cocher, que ce spectacle avait vivement intéressé, se retourna vers mon mari et lui dit avec un soupir de satisfaction :
— N'est-ce pas qu'elles sont jolies, monsieur, fai Indias de Guacara?
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' — Ouï, fort jolies, lui fut-il répondu. Avez-vous habité Guacara pendant quelque temps?
— Pendant deux ans, reprit Inginio; jy avais une amie qal s^appelait Carmelîta, et nous habitions le rancho que vous voyez là...
£t il nous montra une petite cabane délabrée, au seuil de laquelle se trouvait une vieille négresse fumant gravement une cigarette.
— Elle était blanchisseuse, continua-t-il, et moi, je travaillais dans les haciendas. Un beau jour, elle me quitta, accompagnant un péon...
— Vous avez dû beaucoup souffrir, lui dis-je avec sympathie.
— Moi, pas du tout, fit-il en éclatant de rire. J'ai vendu le rancho j et je suis parti pour Puerto-Cabello, où je me suis fait cocher. J'y gagne beaucoup plus d'argent qu'autrefois.
— Vous ne Taimiez donc pas? observai-jc, slupcîaitc de cette indifférence.
— Caramha! je Taimais beaucoup, au contraire. C'était la plus belle fille de Guacara.
— Et vous avez pu Toublier ainsi?
— Mais, répliqua Inginio, il le fallait bien. D'ailleurs, il y a d'autres jolies filles au monde.
Comme je m'étonnais de cette façon un peu méridionale de comprendra l'amour, notre cocher, dont l'6sprit mobile ne s'arrêtait pas longtemps au même sujet, étendit Aq nouveau la main, en nous désignant quelques ruines éparses dans un enclos désert.
— La maison du marquis del Toro, nous dit-il; tous les environs de Guacara lui appartenaient autrefois.
Ce nom ne nous était pas inconnu. Cétait celui d'un noble espagnol, émigré aux colonies, qui s'y était créé un domaine princier. Ses descendants habitent encore Caracas, n'ayant plus que le souvenir de la haute position qu'occupait jadis leur famille.
Nous avions voyagé jusqu'à ce moment assez leniement. Inginio précipita l'allure de ses chevaux, afin d'atteindre avant la nuit le pueblo de San Joaquin, où nous comptions trouver un logement. La route était déserte, et nous n^aperçûmes, durant tout le trajet, que deux fermes isolées, Las Raices et La Paloma.
Nousarrivâmesàdestination sansaucun incident, vers cinq heures de l'après-midi. Il n'y avait pas lieu de s'en réjouir, hàposada devant laquelle nous venionsde nous arrêter paraissait mal tenue, malpropre, presque en ruine. LeposaderOj un vieux mulâtre, vint au-devant de nous et nous conduisit dans une grande chambre, tendue de toiles d'araignée, et où picoraient des pigeons et des poules. Elle était entièrement dégarnie.
— Où voulez-vous que nous couchions? lui demandài-je; vous n'avez même pas de catres,
— Mais, nous dit le bonhomme, voilà de quoi accrocher vos hamacs.
Et il nous montra des anneaux de fer scellés dans la muraille.
Des hamacs, nous n^en avions point, et la situation devenait difficile, lorsque la femme de notre hôte, une vieille négresse, vint nous tirer d*afiaire.
— Tout peut s'arranger, observa-t-elle ; je demanderai deux catres à prêter aux voisins; quant au cochero, il couchera sur sa cobija, dans le patio.
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Les conventions agréées, nous demandâmes à notre hôtesse de nous préparer à manger, et tandis qu^elle s'en occupait, nous allâmes faire un tour au village. Il est composé de quatre ou cinq petites rues, bordées de maisonnettes en brique ou en adobe. Le commerce y est représenté par deux ou trois pulperias, qui se fournissent à Maracay, ville située dans le district d'Aragua, sur la frontière du Carabobo. San Joaquin possède une petite église, devant laquelle s^étend on square rempli de plantes de toutes espèces.
A notre rentrée à Fauberge, le posadero, qui nous guettait, nous fit admirer sa basse-cour, ou s'ébattaient quelques porcs, entourés de poules et de pintades. Le carrai, placé derrière la maison, était vaste et ombragé par quelques grands arbres. A Tun de ses angles, s'élevait un bangar, recouvert de chaume, oii se prélassaient nos braves coursiers, qui hennirent en m*apercevant, car j*avais Thabitude, à chaque relais, de leur apporter du sucre, attention qu'ils savaient apprécier.
On vint enfin nous avertir que le diner était servi. La table se trouvait dressée dans un coin du patio. Le posadero et sa femme, sans prendre part au repas, s'assirent à quelque distance pourcauser familièrement avec nous, tandis que toute la gent emplumée quittait la basse-cour et s^assemblait autour de nos chaises, réclamant une part du festin. Les porcs eux-mêmes accoururent, et le bruit devint tel que nous ne pûmes y tenir. On emporta la table dans notre chambre, un peu] plus sombre, mais aussi moins accessible. Le repas était éminemment vénézuélien. On nous pré-
senta d abord un sancocho, fort bouillon de poulet, dans lequel on avait prodigué le name (dioscorea saliva), Vauyama (cueurbita pepo), les patates douces, les racines de manioc. Il était excellent, mais il nous fallut en faire notre dîner, caries autres plats n*étaieot pas mangeables. Pour nous fêter, notre vieille hôtesse avait cependant confectionné des hallacas, mets que les nationaux considèrent comme très-délicat. Vhallaça se compose d*un peu de poulet coupé menu, de tomates, de raisins de Corinthe, de piment, mêlés de farine de maïs, le tout contenu dans une feuille de bananier, serrée autour du pâté. Cest une friandise de Noël, où le salé, le sucré, le poivré se confondent, et qu'il faut être du pays pour apprécier. Aux hallacas avait succédé un ragoût dé carne frita, bœuf haché et frit; ce plat n'eût pas été mauvais, sans la quantité de graisse dans laquelle il nageait, et qui le rendait immangeable. Nous fîmes meilleur accueil à quelques bananes frites et au que$o de mano, ou fromage national. En guise de pain, on nous avait donné des arepas, une sorte de gâteau de farine de mais, assez bon tant qu'il est cbaud, mais qui se durcit en se refroidissant et devient extrêmement indigeste. La fabrication de Varepa est très-compliquée et demande le plus grand soin. Il faut d*abord séparer les grains de maïs de leur épi et les piler dans des mortiers de bois. Lorsqu'ils sont réduits en farine, on y ajoute un peu d'eau et de sel, après quoi l'on fait bouillir au petit feu la pâte ainsi obtenue. On la retire ensuite, pour en faire des galettes rondes, d'une extrême blancheur, qu'on recuit dans des fourneaux de terre. Ce
Penttte de la poMda de San Joaquia.
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pain est très-répandu dans toute la république, où il est beaucoup plus connu que le pan de irigOj ou de froment, réservé aux citadins et aux riches.
Le dîner terminé, nous allâmes à la fenêtre, d'antique structure, donnant sur la rue. Deux sièges en maçonnerie y avaient été installés, et un curieux système de treillage, avec petites et grandes ouvertures, selon les besoins de la curiosité, nous y mettait àTabri des indiscrets. Là, un livre à la main, nous suivîmes pendant quelque temps les fantaisies poétiques d'un auteur en renom. Son œuvre ne reprit place dans nofre bibliothèque de voyage qu*à Theure du coucher.
Le jour suivant, de bon matin, nous suivions de Douveau la grande route, derrière nos trois chevaux, qui devaient fournir une étape nouvelle jusqu*à Maracay. Nous arrivâmes bientôt sur les bords du lac de Valencia, c'est-à-dire en vue d*un des plus beaux paysages qui existent.
Le lac de Valencia — ou de Tacarigua, si Ton veut lui conserver son nom indien — a trente-deux milles de longueur et douze milles de largeur. Vingt-deux ilots, les uns verdoyants, les autres arides, s'élèvent parmi ses eaux d*un bleu admirable. Bien qu'on ne lui connaisse aucune issue, son niveau baisse sensiblement, ainsi qu'il résulte d'observations précises, &ites à différentes époques. Lors du voyage de Humboldt an Venezuela, la ville de Valencia, située aujourd'hui à huit milles du lac, n'en était alors qu'à une distance de trois milles. Des plateaux autrefois couverts par les eaux en émergent actuellement, et dans les environs, on a trouvé des coquillages au
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sommet de collines élevée». Les terrains ainsi rendus k la culture sont d'une fertilité inépuisable. On a constaté qu'ils contenaient, en certains endroits, jusqu'à soixante pieds d'humus.
Quatorze rivières alimentent le lac de Valencia, dont l'altitude est de 1,350 pieds au-dessus du niveau de la mer. Sa profondeur est considérable et atteint, sur divers points, plusieurs centaines de mètres. Il a perdu Tun de. ses principaux affluents, le Pao, qu'un planteur dirigea, au moyen de canaux, vers la Porluguesa, désirant utiliser son cours pour irriguer les campagnes environnantes.
Une source d*eau thermale, venant de Mariara, se déverse dans le lac. La température moyenne de celui-ci est de 22* Réaumur. On y fait des pécfaesabondantes, et il possède une faune spéciale. On y ren* contre surtout une esp^e de sardine ; un poisson fort estimé, le hagre; im autre également recherché, le guavina, aux nageoires argentées, bordées d*un mince filet vert. Un caïman de petite taille, appelé hava, vit dans les roseaux qui croissent près des rives.
De véritables cités lacustres, fondées par des tribus indiennes, animaient jadis la surface du lac Tacarigua. Si Ton y faisait quelques dragages, on parviendrait sans doute à reconstituer une curieuse période de l'histoire ancienne du Venezuela.
La route que nous suivions était ravissante. D'un côté la vaste nappe liquide, vivement colorée d'azur et d'oTy bordée de montagnes aux contours pittoresques; une végétation puissante, parmi laquelle on distinguait le ceihok fleurs jaunes, des mimosas au feuillage
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tendre et délicat» TeriiythryDa aux larges flears ponrpre, des orchidées de toutes sortes. Noos atteignîmes ainsi la Cabrera^ petite maison isolée» où nous laissâmes reposer les chevaux. Quittant la voiture, nous descendîmes vers la rive» en traversant un épais taillis de bananiers sauvages, rempli d*oiseaux qui voletaient aatour de nous en poussant des cris effarés.
La Cabrera élait autrefois une île, aujourd'hui reliée à la terre ferme par une sorte d'isthme. Une famille nègre s*y est établie et en cultive le sol.
Assis dans Tfaerbe, nos albums ouverts et nos crayons à la main, nous eussions pu nous croire, derrière notre bois de bananiers, loin de tout espace habité et en pleine nature. Devant nous, s'étendait le lac, calme, d'un bleu sombre, ressemblant à une zone de ciel soudainement constellée; là, des îles : la Culabra, la Negra, Cabo'Blaneo. Près de cette dernière, s*élève un monolithe d'environ deux mètres de hauteur, sur lequel on pourrait suivre, de période en période, la baisse lente des eaux.
Nous fûmes tirés de notre contemplation par Inginio, qui vint nous prier de remonter en voiture, afin d'arriver à Maracay avant les heures les plus chaudes du jour. Nous partîmes donc, bien^qu'à regret, et après une assez longue course, que nos chevaux firent au grand trot , nous arrivâmes en vue d'une grande posada, placée sur les bords de la route, où nous fîmes une nouvelle halte. Pendant qu'on conduisait -ff^/re/fo^ Rayo de Luz et Flor de Mayo à la rivière pour les y baigner sous l'œil vigilant de leur maître, nous nous rendîmes, à pied, guidés par un
négrillon, à travers champs, à la recherche de la a pierre des Indiens » , Tune des cariosités de la localité. Cette tt pierre» , gisant sur les bords d*an torrent, ombragé de tons côtés par des massifs d*arbres, est un monument du passé. D'une longueur d'environ quatre mètres, et large d*à peu près deux mètres, sa surfeice est percée de^ treize trous ronds, d^un pied de profondeur et de quarante centimètres de diamètre. Ces trous, à égale distace les uns des autres, ont été formés par les pilons des femmes indiennes qui y broyaient leur maïs.
La roche étant fort dure, il a fallu des générations pour la creuser et y laisser ces marques de rude labeur et de patiente résignation.
Non loin de la « pierre des Indiens » bondit une pe(ite cascade, baignant le pied d*une chaîne de collines, riches en eaux thermales. Toute cette région dépend des haciendas de Mariara et de la Concepcion, qui forment Tun des plus beaux et des plus vastes domaines du pays. Cette magnifique propriété, occupant une position exceptionnelle^ arrosée par divers cours d'eau, appartient à Pun des descendants du comte de Tovar, noble espagnol, qui, comme le marquis del Toro, émigra aux colonies. Don Martin Tovar, le réprésentant actuel de cette famille, habite à Caracas la belle maison de campagne de Gamboa, que nous avons déjà eu Toccasion de citer en décrivant les environs de la capitale fédérale.
Après avoir donné un real au négrillon qui nous avait servi de guide, nous rentrâmes en voiture, et nos chevaux, rafraîchis par le bain, nous entraînèrent ra-
pidement. Nous longeâmes encore, pendant plusieurs milles, les terres de Yhacienda de Mariera, dont on a oOcrt six cent mille francs comptant à son propriétaire, qui a refusé de s* en dessaisir. On peut y établir les cultures les plus diverses et d*immenses pâturages. Les plantes médicinales, les bois de teinture et de construction y abondent. Nous remarquâmes en passant de beaux indigotiers (indigofera anil), très-répandus autrefois au Venezuela, mais dont la production y est aujourd'hui abandonnée; des cehadillas, dont les graines servent à la fabrication de la véralrine; de la vanille, des arbres à caoutchouc et du manioc.
Que de richesses à recueillir sur ce sol encore vierge du Venezuela, si peu connu en Europe I Et dire que les habitants de cette belle contrée se pressent dans les villes, 011 50 pour 100 d'entre eux sont fonctionnaires de rÉtat ou espèrent le devenir, s'occupent de politique, de littérature, rédigent des journaux ou des revues, tandis qu'ils pourraient se créerbonorablement, dans les districts ruraux, une vîe large et indépendante ! Un capital considérable ne leur serait pas môme nécessaire, car à côté des grandes plantations de caféiers, de cacaotiers et de cannes à sucre, qui exigent une certaine mise de fonds, se rangent des exploitations secondaires, également profitables, la culture du tabac, du riz, du maïs, des pommes de terre, des fèves, etc.
Les arbres à caoutchouc sont très répandus entre rOrénoque, le rio Siapa et le Casiquiare; la salsepareille, le quinquina, la noix muscade, donneraient lieu è des échanges importants; toutes ces ressources sont
en grande partie négligées. Le cocotier, cet arbre si utile, pouvant fournir plus d'huile qu'aucune plante oléagineuse d'Europe, ne se rencontre que sur une étroite zone, qu'il y aurait possibilité d'étendre largement. Il eiiste à Cumana une usine, fondée par un Français, où Ton peut broyer en moyenne un million de noix par an. C'est le seul établissement de ce genre qui, à notre connaissance, fonctionne dans le pays. On y obtient deux centcinqucnle grammes d'huile par charge de cent noix.
Aux observations qui précèdent, les Vénézuéliens opposent les pertes subies par Tagriculture durant les discordes civiles, pertes assez sérieuses pour en détourner les plus entreprenants. S'il est vrai que dans un état social encore peu raffermi, les agriculteurs courent quelques risques, la profession de politicien n*a-t-elle pas aussi ses mortes saisons? Sa récolle estelle plus assurée que celle du propriétaire rural, auquel il reste au moins, après la tourmente, la terre, toujours féconde et toujours prête à produire? Une objection moins spécieuse est basée sur la rareté et le haut prix de la main-d'œuvre. — Une forte émigration de gens du Nord, Anglais, Allemands, Belges, Danois, dont l'activité et l'énergie au travail sont incontestables, serait d'un immense secours au Venezuela, qui en subirait une transformation profonde.
Il était plus de midi, lorsque, après avoir traversé à gué la petite rivière de Tapatapa, nous arrivâmes sur la frontière de l'État d'Aragua, à Maracay. Nous voulions y coucher, et nous rendre le lendemain à San Luis de Cura et au puehïo de San Juan, aGn de voir
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les célèbres grottes calcaires des Morros. Luposada devant laquelle nous mimes pied à terre, était mieux tenue que celle de San Joaquin, tout en étant très peu confortable. Nous y déjeunâmes de bon appétit, puis nous allâmes faire notre promenade habituelle.
Maracay est une petite ville d'environ six mille cinq cents habitants. C'est là que se trouvent concentrées les forces militaires de la province, commandées, lors de notre passage, par le général Crespo, Tun des chefs de Tarmée les plus influents de la République. La ville est propre, d'aspect paisible, et environnée de toutes parts d*une belle végétation. Là, comme à San Joaquin, se trouve une modeste église, peinte à la chaux, s'élevant sur un square cultivé en jardin. Les maisons sont basses et, selon Tusage espagnol, à fenêtres grillagées. De nombreux souvenirs historiques se rattachent à cette cité, déjà assez ancienne. Ce fut là, pour nous borner à un seul fait, que le grand patriote Miranda, battu et abandonné par la plupart de ses compagnons, vint chercher un refuge et signa une capitulation avec le vainqueur, capitulation qui ne le sauva ni de la prison, ni de la mort.
En Tenirani a. lîi posadttj nous y trouvâmes Inginio, qui venait nous annoncer que, ses chevaux étant extrêmement fatigués, il ne pourrait nous conduire à San Luis de Cura avec son attelage. Cette déclaration nous fut d'autant plus désagréable que nous désirions beaucoup visiter les Morros de San Juan.
— N*y a-t-il pas moyen de se procurer des mules à Maracay ? demandâmes-nous à notre cocher.
— Peut-être bien. Je vais m'en informer.
Il revint une heure après, et nous apprit qu'il en avait retenu deux.
— Mais nous ne connaissons pas le pays, lui dis-je; il nous faut un guide.
— Eb bien! je vous accompagnerai.
— Et votre voiture, et vos chevaux?
— Je les laisserai à la garde du jposadero,
— Comment nous sui«rez-vous, s'il n'y a que deux mules?
— Oh! je trouverai bien quelqu'un qui me prêtera un hurro; ne vous occupez pas de moi.
Sur ces assurances, nous allâmes nous coucher, après avoir tout préparé pourPexcursion du lendemain.