‹ Souvenirs du Vénézuéla; notes de voyageChapitre 5 sur 41 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Découverte du Venezuela. — Origine de ce nom. -—Luttes contre les Indiens. — Les Caracas et les Tèques. — Résistance des Caraïbes. — Leurs antiques croyances. — Espagnols et créoles. — Mécontentement des colons. — Francisco de Miranda. — Proclamation d'indépendance. — Guerre civile. — Simon Bolivar. — Ses défaites et ses succès. — Triomphe de la révolution. — Mort de Simon Bolivar. -— La confédération des Etnts- Unis du Venezuela. '— Antonio Leocadio Gusman. — Antonio Guzman Blanco,

Les annales da Venezuela portent à leur première page un nom illustre, eelui de Christophe Colomb, qui reconnut les embouchures de TOrénoque, en 1498, durant son troisième voyage au nouveau monde. Ses vaisseaux mouillèrent d^abord à Tentrée du golfe de Paria, puis, sur Tordre du chef, remontèrent dans le delta, pour reconnaître le pays. On n*y débarqua pas cependant, à cause des préparatifs de résistance d'une peuplade indigène, celle des Guarinis, établie dans ses parages. Après une prise solennelle de possession, au nom des souverains de Castille et d'Aragon, de la terre ainsi découverte, les Espagnols tournèrent la proue de leurs navires vers TEurope.

L'année suivante, trois hardis explorateurs, A. Vespuce, Cosa et Ojeda, longèrent toute la côte, du golfe de Paria au lac de Maracaybo.

Arrivés dans celte région , anx vastes espaces inondés, parmi lesquels on distfnguait quelques villages indiens bâtis sur pilotis, ils la désignèrent sous le nom de tt Venezuela )) ou de » petite Venise » , appellation qu'on étendit plus tard à toute la contrée.

Celle-ci, pendant plusieurs années, ne reçut d'autres visites que celles de quelques flibustiers, les premières expéditions ayant démontré les dispositions hostiles de la race indigène ou caraïbe, dont on avait appris à redouter les flèches empoisonnées, la tenace énergie et le cannibalisme.

En 1510, quelques vaisseaux, envoyés par Ferdinand le Catholique , firent leur apparition sur la côte de la presqu'île de Caracas et y débarquèrent des soldats, qui essayèrent de pénétrer dans Tintérieur. Vivement repoussés par les Indiens, ils regagnèrent leurs navires, qui, cinglant le long du littoral, y opérèrent de nouveaux débarquements, dans des endroits déserts où quelques établissements ne tardèrent pas à s'élever. Le plus important, fondé sur les bords du Manzanarès, à cent quatre-vingts milles du premier point d'attaque, donna bientôt naissance à une ville, appelée depais Cumanà. Pour la protéger contre les incursions des Indiens, on y bâtit un fort, le a Castillo de San Antonio » , qui en assura la conquête.

Il ne pouvait y avoir de paix entre les tribus locales et les envahisseurs. Les Indiens Caracas, aidés de leurs voisins les Tèques, attaquaient sans cesse les Espagnols et leur disputaient vaillamment chaque pouce; du terrain. La lutte dura soixante ans, pendant lesquels les Espagnols étendirent peu à peu le cercle de leur

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dominatioDy fondant de noavelles villes , Coro, Barquisimeto, Asuncion, Merida, Valencia, sur divers points. La supériorité des armes, les effets de la discipline finirent par triompher de la rude valeur des populations locales, mais après de nombreux combats, où celles-ci défendirent énergiquement leur liberté.

Cinq de leurs caciques sont restés célèbres pour leurs brillants exploits et les inquiétudes qu'ils occasionnèrent aux conquistadores. L'un deux, Guaicaipuro^ chef des Tèques, fut brûlé vif par les Espagnols, exaspérés de sa longue résistance. Les autres eurent une fin non moins malheureuse, et leurs compagnons, découragés par l'inutilité d'aussi longs efforts, effrayés du nombre toujours croissant de leurs adversaires, finirent par se soumettre. Quelques-uns cependant^ échappant au joug étranger, se réfugièrent dans les forêts, gagnèrent les llanos et allèrent se mêler aux Caraïbes. Ce fut alors, en 1569, que Diego de Losada fonda la ville de Santiago de Léon, dont le nom fut remplacé par celui de Caracas, en souvenir de la tribu indigène qui y avait vécu. Dans Tintervalle, des mines de cuivre avaient été découvertes sur le territoire des Tèques; un village s'y forma, nommé d'après leur tribu et situé à l'endroit même où s'était élevé, quelques années auparavant, le bûcher de Guaicaipuro. Les Indiens du littoral vaincus et subjugués, restaient les Caraïbes. Ceux-ci étaient plus belliqueux encore,, ilaieux disciplinés, d'une grande force physique et d'une cruauté sans égale. 11 fallut deux siècles pour Us réduire, et ce ne fut qu'en 1761 qu'on parvint à établir quelques missions au sein de cette vaillante

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naiion, qui, après avoir possédé toutes les Autilles et la partie septentrionale deTAmériqueciu Sud, se voyait confinée dans quelques districts isolés, au nord de rOrénoque.

La première mission fut celle de Nuestra Senorade Cari. Des capucins, envoyés par le gouvernement espagnol, en prirent la direction et eurent beaucoup à souffrir des mauvaises dispositions des indigènes, qai les haïssaient et ne négligeaient aucune occasion de le leur faire sentir. Les Caraïbes, avant la conquête, avaient déjà quelques notions religieuses. Ils adoraient, avec certains rites, le soleil et la lune. Le fait paraît bien prouvé aujourd'hui. On a constaté récemment Texistence, non loin de Tembouchure de rOrénoque, de ruines de vastes constructions, sur les murailles desquelles était représenté Tastre du jour, entoaré d'étoiles, dont les teintes jaunâtres étaient encore visibles. Des tombeaux caraïbes, découverts dansTEtat de Guayana, contenaient les mêmes emblèmes. Déplus, entre les 2^ et 4® de latitude nord, dans de grandes plaines boisées arrosées par TOrénoque, TAtabapo, le Rio Negro et le Cassiquiare, on peut encore voir actuellement de gigantesques rochers, tels que ceai de Caicara et d'Urnana, portant de colossales figures symboliques, parmi lesquelles des crocodiles, des tigres, et les images vénérées de la lune et du soleil. Humboldt lui-même fait mention d*un temple du Soleil qu'il visita sur les bords du Rio Caroni.

De ce qui précède faut-il conclure, avec quelques savants vénézuéliens, que les Incas étendirent autrefois leur domination jusque sur les rives de TOrénoque?

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Oa plaiôt la similarité des emblèmes religieux n'anrait-elle pas pour origine un fait naturel, la con* formîté des instincts de toutes les variétés de la race bnmaine dans certains milieux et dans certain état de civilisation ?

Noas n'avons pas à résoudre cette question. Nous ajouterons, toutefois, que ceux qui s'intéressent aux antiquités américaines trouveront au Venezuela un champ assez neuf à exploiter. Revenons à nos Caraïbes et à leur histoire.

Les missionnaires espagnols étendirent peu à peu lear influence, d'autant plus que la partie la plus énergique, la plus vigoureuse de la population avait péri dans les combats. Dès lors, la décadence de la peuplade fat rapide. De nouvelles générations, déjà plus façonnées à Tobéissance, abandonnèrent la vie nomade et aventureuse de leurs aïeux, se groupèrent autour des missions, fondèrent de petits villages et se confondirent bientôt avec les autres tribus indiennes, dont elles partagèrent rabaissement.

On rencontre encore de nos jours quelques familles caraïbes dans les districts situés au sud des llanos de Cumanà; mais, en voyant ces misérables sauvages couverts d'une épaisse couche de peinture, on a peine à se figurer qu'ils descendent des guerriers intrépides qui surent tenir tête pendant si longtemps aux meilleurs soldats de TEspagne. Tandis que les Frères des Ordres Mineurs poursuivaient leur œuvre dans les déserts de TEst, les localités du litloral élaienl devenues le Ihèâlre d'une lutte nouvelle, qui avait cette fois pour iicteurs les créoles, descendants des premiers colons, et

le capitaine général, dont les procédés despotiques révoltaient les populations. L'écho lointain de la Révolution française et les bruiis de guerre venant des colonies de rAmërique du Nord, en révolte contre leur métropole, retentissaient jusqu'au Venezuela et y échauffaient les esprits.

L'agitation se communiqua peu à peu des créoles aux gens de couleur et aux Indiens, excités secrètement par l'Angleterre, alors en pleine hostilité avec l'Espagne, à laquelle elle venait de prendre l'ile de la Trinité. Vers cette époque, en 1796, on découvrit l'existence d'un complot, dans la Péninsule, contre le roi Charles IV. Il fit grâce de la vie aux conspirateurs et les fit embarquer vers les colonies les plus loin-^ taines, où ils furent reçus avec transport, et dont ils excitèrent le désir d'indépendance. Une crise paraissant proche au Venezuela, le gouvernement' espagnol y envoya un nouveau capitaine général, Vasconcelos, qui défit les mécontents et les dispersa. L'un d'eax, Francisco de Miranda, né à Caracas en 1750, se rendit à la Trinité et réclama l'appui des autorités anglaises. Le gouverneur de l'île, sir Thomas Piéton, suivant les instructions qu'il avait reçues, lui fit le meilleur accueil. Miranda, se sentant encouragé et soutenu, quitta ensuite la Trinité pour se rendre en Europe, où il voulait faire quelques études d'organisation militaire et se créer des relations. 11 fut reçu avec distinction à la cour de Russie, par l'impératrice Catherine II, qui lui accorda un brevet de colonel et le droit de porter Tuniforme russe; de là, il passa en Angleterre, où il fut présenté au célèbre ministre

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Pitt, qui approuva entièrement ses projets de révolte contre TEspagne et lui promit les secours du gouvernement britannique. Puis il se rendit en France, où il prit les armes sous les ordres de Dumouriez, pour être impliqué, bientôt après, dans les accusations dirigées contre celui-ci. Mis en prison, puis libéré après qoelques semaines de détention, il s'embarqua enfin pour son pays, qu'il trouva plus agité que jamais. Le Venezuela, en etteiy était en guerre civile. Les cruautés de Vasconcelos, loin do terrifier les patriotes, avaient porté leur indignation à son comble. Leur parti s'était reconstitué, et déjà plusieurs combats avaient eu lieu. L'arrivée de Miranda était donc opportune et fut saluée avec bonheur par les mécontents. Ils se réunirent en assemblée secrète, le 2 mars 1811, à Caracas, et choisirent Hiranda pour chef. Parmi ceux qui s'empressaient autour de lui, en ofirant leur concours à Tœuvre commune, se trouvait un homme jeune encore, à peine âgé de trente -trois ans, d'une famille distinguée, et dont le nom devait bientôt éclipser le sien.

Cet homme s'appelait Sinlon Bolivar. Comme Hiranda, il avait été en Europe, où il avait acquis des connaissances variées. Témoin de la Révolution française et des gloires militaires de l'Empire, il brûlait de faire pour sa patrie ce que Washington avait fait poar TAmérique du Nord, et était disposé, pour y parvenir, à tous les sacrifices, à tous les dévouements. Miranda lui donna les fonctions de colonel des milices. Les événements suivirent leur cours. Un congrès de patriotes vénézuéliens, réuni le 5 juillet 1811, pro-

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clama Tindépendance du pays par ce préambule solennel :

tt Au nom du Dieu tout-puissant, les soussignés ne reconnaissent pas le pouvoir du Roi. »

Le Venezuela repoussait toute souveraineté de l'Espagne .

Il fut décidé qu'on élirait un président tous les deux ans. Miranda, généralissime des forces révolutionnaires, fut élevé au fauteuil présidentiel. Le drapeau national, jaune» rouge et bleu, allait être déployé pour la première fois devant Tennemi.

Aussitôt après le congrès, la guerre civile recommença, mais avec des résultats désastreux pour la cause coloniale. L*armée républicaine, composée en grande partie de nègres et dlndiens, ne put teair devant les régiments bien disciplinés des Espagnols. Elle fut battue à Barquisimeto par le général Monteverde, tandis qu'un' terrible tremblement de terre, survenu le 26 mars 1812, ruinait entièrement les villes de Caracas, la Guayra, la Victoria, Merida, causant la mort de vingt mille personnes. Comme la cafastrophe avait eu lieu le jeudi saint, durant le deuil des églises, un grand nombre de combattants y virent un mauvais présage, une punition céleste, et désertèrent les étendards de la république.

L'armée de Miranda diminuait chaque jour, et il se vit enfin, à Maracay, entouré de trois cents hommes seulement. Bolivar, envoyé à Puerto-Cabello pour défendre cette ville contre les Espagnols, dut céder devant les forces supérieures de Monteverde. Miranda lui-même, abandonné de tous, à bout de ressources,

signa une capitalation dans une entrevue quMl eut avec

Vasconcelos. Peu de temps après, il fat traitreosement

fait prisonnier, transféré à Cadix, où il mourut en

Le parti républicain paraissait anéanti : au moment

même il devenait redoutable, en s'incarnant dans une forte et vigoureuse personnalité, dont la puissante volonté n'admettait pas de défaite. Tandis que les plus vaillants renonçaient à la lutte, Bolivar, presque sevl entre tous, songeait à la commencer sérieusement*

Il exerçait un grand ascendant sur ceui qui rapprochaient. Plein de dignité, ses manières étaient empreintes de décision et de fermeté; sa voix, généralement douce et voilée, devenait vibrante et sonore dans le commandement. Il avait le visage allongé, le front haut, chargé de rides précoces, la chevelure noire. Son regard, rêveur et mélancolique, s'animait parfois de brillants éclairs et possédait une rare puissance d'attraction. Sa vie lui appartenait, et il pouvait la consacrer entièrement à son œuvre. Marié d'abord à une jeune Espagnole d'une grande beauté, il itait veuf à cette époque, et n'avait d'autre famille que la patrie.

Chose singulière, tandis que les royalistes envoyaient Uiranda en Espagne, ils relâchaient Bolivar, leur plus ardent ennemi, qu'ils avaient fait prisonnier à Puerto- Cabello. Celui-ci quitta son pays, où Ton ne se battait plus, et gagna la Nouvelle-Grenade, où on luttait encore.

Il se rangea aussitôt sous les ordres du général Narino, qui y tenait la campagne, lui rendit des

$erviees, Fintéressa au sort du Venezuela, finit par en obtenir une légère subvention et la permission de lever mille volontaires sur le territoire grenadin.

A la tète de cette bande armée, Bolivar n'hésite pas à marcher sur le Venezuela. Il traverse les Andes de Trujillo et arrive devant Merida, dont il s'empare et où il établit son quartier général.

Briceno, Tun de ses lieutenants, avait lancé une proclamation promettant le grade de capitaine dans Tarmée nationale et une somme de soixante piastres à tout combattant qui lui présenterait vingt-cinq tètes d'Espagnols. Désavoué , puis dégradé par son chef, il tomba^entre les mains de l'ennemi et fut fusillé, mais non pas seul, car d'autres patriotes, absolument innocents de ses actes, partagèrent son supplice.

Bolivar, indigné de ce dernier fait, proclama la guerre à mort, et, suivi de ses mille hommes, dont le nombre grossissait peu à peu, il acheva la conquête des provinces de Merida et de Trujillo, défit les généraux Izquierdo et Monteverde dans une sanglante bataille, bombarda les villes de Valencia, de Puerto-Cabello, de la Guayra, et entra, l'épée à la main, à Caracas, où ses partisans, heureux et fiers de ses succès, lui décer* nèrent le titre glorieux de a Libérateur de la patrie » . Les chefs espagnols, dans l'intervalle, s'étaient pré' cipitamment retirés à Aragua, où ils attendaient des secours de leur gouvernement. Ils avaient acheté les services d'un capitaine de guerriUeros , du nom de Bônes, qui, à la tête d'une troupe féroce et sanguinaire, parcourait le pays, massacrant sans pitié les malheureux Vénézuéliens. Durant ces luttes terribles et quoti-

diennes, plus de soixante mille personnes périrent misérablemeiit.

En 1816, Bônes, à la tôte d*ane véritable armée, remporta une victoire sur les patriotes, tandis que le général Morîllo, envoyé d'Espagne avec cinq mille soldats, Tenait remplacer Vasconcelos comme capitaine général.

Bolivar, vigoureusement attaqué, dut céder devant de telles forces. Contraint de fuir, il dispersa le peu d'amis qui lui restaient fidèles et reprit le chemin de la Colombie. Arrivé à Bogota, il y continua ses travaux, tendant sans cesse à la délivrance de son pays.

Une autre levée se fit par ses soins, et il franchit encore une fois la frontière. Complètement defa4.au passage du Rio Apure, Tinfortune ne peut triompher de M)n courage. En 1818, nous le retrouvons à Angostura, assistant à un congrès, où il fut décidé que le Venezuela et la Nouvelle-Grenade formeraient désormais un senl Etat, sous le nom de Colombie.

11 en fut élu le président. Rassemblant immédiatement des volontaires, il traverse les Andes, entre sur le territoire grenadin, y rencontre un corps ennemi et le met en déroute à Boyaca. Le vice- roi, alors à Santa Fé de Bogota, se hâte d'évacuer cette ville, où le libérateur fait son entrée, précédé par les acclalûations populaires, en 1819.

Une période de négociations succède à tant de troubles. Morille, constamment tenu en alerte, avait ^nclu un armistice de six mois avec les belligérants.

^e terme étant expiré, la guerre recommença avec

^^^rgie. Les deux partis sentaient le besoin d'en finir :

^ïichoc suprême était proche.

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Il eut lieu en 1821 , dans les régions montagneuses du Carabobo, à quelques lieues au sud du lac Tacarigua. Bolivar, puissamment secondé par son béroiqoe lieutenant Paez, et appuyé par un régiment anglais venu de la Trinité, porta le dernier coup à la puissance espagnole en Colombie.

Le Venezuela et la Nouvelle-Grenade étaient libres. Mais la métropole faisait encore peser son joug sur rÉquateur et le Pérou, où les créoles étaient traités avec la dernière rigueur.

Bolivar jugea que sa tâche n^était pas accomplie. Réunissant ses braves soldats et suivi d*un de ses plus hardis compagnons d*armes, le général Sucre, il n'hésite pas à se porter sur Quito, à la délivrance des populations équatoriennes. Il rejoint Tennemi sur les flancs escarpés du Pichincha; Tengage aussitôt et le met en déroute.

L'afifaire fut décisive. Le capitaine général, dans Timpossibilité de résister à cette agression, signa une capitulation destinée à changer le régime de Tancienne colonie espagnole en celui d'une république indépendante, qui s'unit à la confédération colombienne. Paez, Tun des vainqueurs de Carabobo, fut élu président des trois États réunis de Venezuela, de la Nouvelle- Grenade et de rÉquateur.

Les drapeaux de TEspagne flottaient encore au Pérou. Bolivar, inCaitigable dans son œuvre de déli- ^^ vrance, marche vers la frontière péruvienne.

Le vice-roi Canterac Ty attendait avec neuf mî^ ^ hommes, bien armés et parfaitement disciplinés. Ils ^ rencontrèrent dans les Pampas de los Reyes. La fortv ,«

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morale, la puissance de renthoomasme remportèrent sur les qualités purement militaires, et Canterac fut complètement défait. L*année suivante, Bolivar Fattaqua i Janin, où il fut de nouveau battu, puis à Ayacucho, où le général Sucre le fit prisonnier avec ses principaux officiers.

Une plus longue résistance devenait impossible. Vaincus, entièrement découragés, les Espagnols quittèrent Tancienne terre des Incas, devenue la République péruvienne. Une statue fut élevée à Bolivar sur la place principale de Lima, et le titre de Père et de Sauveur du Pérou lui fut solennellement décerné.

Le libérateur, dans Tintervalle, parcourait les provinces du haut Pérou. Un congrès, réuni à Chuquisaca, proclama Tindépendance de ces provinces, et leur formation en république sous le nom de Bolivia, en rbonneur du général Bolivar. Celui-ci en fut nommé protecteur, avec mission de leur donner des lois constitutionnelles. Le 25 mai 1826, il présenta son travail au congrès, qui en adopta les conclusions. Les Péruviens suivirent Texemple de leurs voisins et oOrirent la présidence à vie à Bolivar. Il la refusa et désigna, pour le remplacer dans ces fonctions, son ami et compagnon d*armes, le général Sucre. Le grand capitaine tenait à revoir le théâtre de ses premières luttes et de ses premières victoires, et partit pour le Venezuela en novembre 1826. Il fut reçu avec le plus |fi^ enthousiasme et put jouir pendant quelque temps (pe popularité Universelle Sa haute personnalité ^;ait, toutefois, de mesquines ambitions, qui ne <avaiei}t se faire jour sous son ombre. Elles eurent

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recours à leur arme ordinaire, la calomnie, interprétèrent malicieusement ses moindres actes et Taccosërent enGn d'aspirer à la royauté. Ces propos, arrivant jusqu'à lui, raffectèrent profondément. Le cœur plein d'amertume, il écrivait au sénat, en février 1827 :

« Des soupçons d*usurpation tyrannique pèsent sar a mon nom et troublent le cœur des Colombiens.^ tt désire me démettre de toute autorité et redevémr « simple citoyen. «

En 1829, la situation n'avait pas changé, et même s'était aggravée. Une convention fut appelée à préparer une nouvelle constitution pour la Colombie, et Bolivar participa d'abord à ses travaux. — De plus en plus désillusionné, il offrit de nouveau sa démission. On l'engagea à la retirer; mais, cette fois, sa résolntion était inébranlable, et il quitta définitivement la vie publique, le cœur et le corps brisés par la douleur et la maladie.

Désirant partir pour Bogota, il passa deux mois à Baranquilla — petite ville qui se trouve à rembouchure de la Magdalena — sans pouvoir remonter le fleuve. Dans l'intervalle, sa vie s'épuisait. Transporté à Santa- Harta, petit port situé sur la mer des Antilles, il y expin le 17 décembre 1830, à l'âge de quarante-sept ans.

Il est impossible de ne pas accorder un témoignage de sympathie et d'admiration à cet homme illustre, si intrépide dans le péril, si persévérant devant la défaite, si modéré après la victoire. Il avait sacrifié son existence tout entière à une idée : celle de briser les fers de cinq colonies vassales et de leur donner, avec l'indépendance, des institutions libérales, une activité

politique réelle, féconde, mise aa service de la civilisation et du progrès.

Vaillant soldat , il avait triomphé, avec ses bandes ^disciplinées, par son héroïque ténacité, des vétérans delà vieille armée espagnole; homme d'Etat, il s'était vu délaissé par ses amis, ses compagnons d'armes, les pj^pulations qui Pavaient si longtemps acclamé. C'est qu'il avait conçu pour ses compatriotes un idéal social qu'ils ne pouvaient appliquer ni comprendre, au sortir d une longue période d'oppression. Le principe d'autorité était trop fortement implanté dans les mœurs pour faire place, sans transition, au libre exercice des libertés publiques. Aussi s'écoula-t-il douze ans avant qu'on se souvint, à Caracas, de l'illustre patriote, dont les cendres reposaient au loin, sur les bords de la nier, dans Thumble cimetière de Santa-Marta. Une commission nommée par le gouvernement fut chargée alors de ramener au Venezuela la dépouille mortelle de Bolivar. Des bâtiments de guerre furent envoyés par les nations amies pour lui faire escorte. Une frégate nationale, la Constitucion, fut transformée en chapelle ardente pour recevoir le cercueil.

Les habitants de Santa-Marta conservèrent, toutefois,. Ift coeur du héros, en souvenir de l'hospitalité qu'ils Ifli avaient accordée.

La flotte se mit en marche, au bruit du canon, et arriva, trois jours après, en vue de la côte vénézuélienne. On débarqua le corps à la Guayra, et d'anciens officiers ^« général le prirent sur leurs épaules, pour le transporter par delà la Cordillère, escortés de quarante ^aneros à cheval. On le déposa dans la cathédrale de

Caracas , où il resta plusieurs années. Ce ne fut que sous la présidence du général Guzman Blanco qu'il fat transféré au panthéon national, et qu'une statue lui fut érigée dans sa ville natale.

Bolivar avait été Tami de Lafayette, avec lequel il correspondait. Il eut de même des relations d*amitié avec Humboldt, qui sut apprécier sa haute et noble intelligence.

Après la mort du libérateur, des querelles intestines et Tambition des chefs amoindrirent son œuvre, et la puissante confédération de Colombie se divisa en trois Etats indépendants, les républiques de TÉquateur, de Colombie et du Venezuela.

Paez, président du Venezuela après Bolivar, mourut en exil en IS^S. Parmi tous ceux qui lui succédèrent, Vârgas, Falcon et José Gregorio Monàgas méritent surtout d'être cités. Ce dernier affranchit les esclaves, et, par une étrange anomalie du destin, mourut luimême en prison.

Sous le général Falcon s'est opéré un mouvement politique de grande portée, l'accession aux affaires du parti libéral, longtemps en lutte contre les conservateurs ou oligarques. Deux hommes, appelés à exercer plus tard une influence considérable sur les destinées de la République, Antonio Leocadio Guzman, ancien secrétaire de Bolivar, et son fils Antonio Guzman Blanco, eurent une part importante dans ce triomphe, le premier par ses écrits, le second par ses succès militaires. Tandis que Tun se servait habilement de la presse pour combaltre ses adversaires, Tautre se distinguait à la bataille de Sabana de la Cruz, puis à celle

Lb cèxiniti. GvziiAN Br.AKCo

Pr^aideiil de 11 République du Venciuc

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de Santa Inès, où il reçut le grade de colonel. En 1862, il disperse Tennemi à Quebrada-Leca. De 1865 à 1867» devena général et jouissant d'une grande popularité, il dirige virtuellement les affaires publiques, avec le titre de vice-président du Venezuela, sons Tadministration de Falcon, retiré à la campagne. Après un voyage en Europe et diverses péripéties dont le récit nous entraînerait trop loin, il devient, en 1871, président provisionnel. Le pays avait été violemment agité par les guerres civiles, et il s*appliqua à en faire disparaître les traces. Renonçant volontairement à la magistrature suprême en 1876, il partit de nouveau pour TEurope, laissant comme successeur le général Linarès de Alcàntara. Celui-ci était chef du pouvoir exécutif au moment où nous débarquions à la Guayra, en 1878. Nos récits se rapportent donc aux derniers mois de sa présidence et aux trois années qui la suivirent.

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