ouvwui
sur des cubes en pierre de taille; sa loogoettr pouvait être à peu près de six pieds sur trois fkàs daos sa plus grande largeur ; il était en acajou , ne présentant au premier coup d'œil aucun indice d^altération ; quelques uns des clous d'argent qui en fixaient les parois, avaient conservé leur brillant, et des lambeaux de velours garnissaient encore à l'extérieur sa couche inférieure. Après la récitation des premières prières » le docteur Guillard descendit dans la fosse pour examiner quelles précautions sanitaires il serait convenable de prendre; puis, à l'aide de forts cordages, le cercueil soulevé quitta le lit qù il reposait depuis bientôt vingt années. Douze soldats du 91* s'avancèrent tète nue, malgré la pluie qui tombait alors avec force, et» précédés de la croix et du prêtre, suivis du cortège français et anglais^ portèrent sur leurs épaules le cercueil impérial jusque dans la tente qui avait été préparée pour le recevoir; arrivé là, je terminai les prières de la levée du corps.
L'ouverture des cercueils ayant été décidée par 11* le commissaire du roi, et consentie par les commissaires anglais, après quelques précautions sagement prises par le docteur GuiUardi la première enveloppe fut enlevée,
DE SAIlfTE<-HiLèNS. 407
et eh laissa i décoaTert une seconde : bile étftit en plomb y parfaitement conservée dans toutes ses parties^ on la plaça immédiatement dans le sarcophage d'ébène; li , les plombiers détachèrent la lame supé» rieureet la roulant, une troisième caisse en bois des lies apparut : le silence le plus profond régnait dans cette enceinte, où les personnes désignées étaient seuleb présentes, et à mesure que les travaux s'avançaient, ils prenaient un caractère plus grave et plus religieux. La planche supérieure fut détachée , et le dernier cercueil se présenta à nos regards : il était en fer-blanc , en bon état , quoique légèrement oiidé. Un galop de cheval se fit en ce tnoment entendre ; les sentinelles livrèrent passage à de nouveaux personnages. C'étaient deux officiers anglais en grand uniforme, le gouverneur , son fils, son aide-de-camp, et un lieutenant de vaisseau, H. Toucfaard , officier d'ordonnance , que S. A. R», impatiente, envoyait pour s'informer des progrès de l'opération.
Après les dernières préparations sanitaires , le ferblanc , entr'ouvert avec le ciseau , céda , rendant un son sec et métallique. Tous instinctivement se rapprochèrent ; le 9i* et la milioe » en cordon serré,
408 «0UVBNIR5
ceignirent h tente dont la portière à demi soulevée retomba : la plaque fut enlevée, et nos regards , avidement empressés, vinrent se heurter contre
une masse blanchâtre qui recouvrait le corps dans toute son étendue. M. Guillard , la touchant , reconnut un coussin de satin blanc qui garnissait, à l'intérieur , h paroi supérieure du cercueil : il s'était détaché, et enveloppait la dépouille comme un linceul.
Quels sentiments se pressaient alors dans nos âmes ! je n'essaierai pas de décrire la solennité de ce moment; quelque efTet qu'on pût rendre^ on n'y atteindrait pas. Je sais seulement que je tremblaiS| que toutes les physionomies étaient émues , l'attitude recueillie , qu'un seul bruit pouvait s'entendre , le battement du cœur. C'est qu'on ne trouble pas la mort dans son œuvre, même pour un acte pie , sans qu'elle ne pèse sur l'ame du poids de toutes ses terreurs : puis, qu'allions-nous trouver ? Qu'avait fait la mort pendant vingt années ?..^. •
Pendant vingt années , la mort avait respecté Napoléon!
Le satin était enlevé , et Napoléon reposait douce-
ment» habillé de son aniforme de chasseur de la garde, avec son raban, sa grande plaque de la légion d^honneur, sa culotte de Casimir blanc, ses bottes éperonnées; et comme il dormait , sur ses genoux il avait posé son chapeau.
Je Tavoue^ qui aurait pu oublier ce qui s'était passé, ce que nous faisions; qui n'aurait vu ni bière , ni sépulcre, et eût aperçu dans un certain jour à travers une gaze, et sur un lit, le corps de Napoléon, aurait certes pu croire qu'il reposait paisiblement. Telle fut notre première impression qui se traduisit par un mouvement indéfinissable. Nos regards interrogeaient tour à tour les nobles témoins de sa mort, et leurs yeux noyés de larmes nous disaient assez qu'ils avaient re-^ trouvé leur maître. Nous imposâmes silence à nos émotions pour voir et bien voir.
Tout le corps paraissait couvert comme d'une mousse légère; on eût dit que nous l'apercevions à travers un nuage diaphane. C'était bien sa tèt« : un oreiller Texhaussait un peu ; son large front, ses yeux dont les orbites se dessinaient sous les paupières, garnies encore de quelques cils; ses joues étaient bouffies, son nez seul
4 10 MuvniiBS
avait souffert uniquement dans la fMrtie inftrieure» sa bouche entr'ouverte laissait apereevcsr trois dents d'une grande blancheur; sur son menton se distinguait parfiiltementrempreinte delà barbe; ses deux mains surtout paraissaient appartenir à quelqu'un de respirant encorSt tant elles étaient vives de ton et de coloris; Pune d'elles, la main gauche, était un peu plus élevée que la droite. Ten sus depuis la raison ; le grand maréchal, au mo* ment où le cercueil se fermait^ l'avait baisée et n'avait pu la replacer dans sa position première. Ses ongles avaient poussé après la mort; ils étaient longs et blancs» Une de ses bottes était décousue, et laissait passer qua^* tre doigts de ses pieds d'un blanc mat; son habit i nous l'avons dit, était celui des chasseurs de la garde^ avec sa forme échancrée sur le devant, ses parements rouges, car les couleurs se reconnaissaient. Ses grosses épauleltes d'or étaient noircies , ainsi que la grande plaque et quelques autres décorations qu'on distinguait sur sa poitrine. Le grand cordon de la Légion d'Honneur tranchait de sa couleur rouge son gilet blanc; sur sa culotte de casimir se trouvait son pçtit chapeau; entre ses jambes, les deux vases contenant son coeur et ses entrailles : un aigle en argent les surmontait* Nous pouvions distinguer aisément tous Ces objets» et
DE SAIlfra-liELENE. 14 1
!!• 6uinard| extminaiit« en médecin, c'est à dire en palpant a^ee one attention extrême ces restes, appelant de son nom chaque chose qu'il rencontrait ou touchait, les signalait ainsi plus particulièrement à notre
II était une heure et un quart alors, et quelques mi* nutes après, la constatation ayant été faite de manière à w laisser planer pas même Tombre d'un doute tou* chant ridentité} sur les instances réitérées du docteur qui craignait les influences atmosphériques, à la priva* tiQjk desquelles le «orps avait dû jusque là sa conser* iration, le coussin de satin, enduit de quelques prépa«* i«tion8chimiques,fttt replacé avec soin, et tout aussitôt U plaque de ferbbno retomba. Il était temps pour toiia» surtout pour ecQx qui l'avaient connu, et quesoo %«i|Ué9 as eonfiwee^ avaient particulièremeiit honorés.
De quels sentimmts devaient être agités, en eflet^ le grand maréchal, ce fidèle dépositaire des secrets de son matire, dans sa double fortune; le général Gourgaud qui à trente ans avait tout quitté pour le suivre, patrie, fa- Bf^le^ préférant près de lui un exil volontaire ; M. de Lm €nseS| dont il avait enseigné la jeunesse; Arthur
Bertrand <|ii'il avait bercé sur oses genoux; Marchand» dont le nom aujourd'hui est devenu proverbial , quand il s'agit de fidélité et de dévoûment.
Quant à moi , j'aurais voulu pouvoir exprimer mes pensées : ce lieu , cette scène , ce cadavre , tout eût prêté un poids bien puissant à la parole du prêtre : c'était donc là qu'aboutissait toute destinée humaine» qu'elle se fût drapée de la pourpre ou du haillon, qu'elle eût rampé dans la poussière ou se fût couronnée du soleil. Construisez donc de magnifiques édifices pour passer vivants , bientôt vous y séjournerez morts; c'est le nom seulement à changer : palais aujourd'hui, et demain tombes. C'était en vérité bien la peine de traîner après soi toute l'Europe , d'avoir et princes et rois pour courtisans 9 de commander à des millions d'hommes, à la victoire, d'être supérieur même au malheur, pour subir le sort commun et dormir du même som« meil : agitez-vous donc, prenez delà peine, remuezvous dans dé mesquines ou de nobles amltitions, haussez-vous sur les pieds pour dépasser les autres de la tête, appelez-vous de tel nom ou de tel autre, faites le bien , faites le mal , marchez à pas lents ou à pas de course, vous arriverez toujours, vous heurterez une
DE SAINtE-HELENE. 113
même pierre, la pierre du sépulcre qui se refermera sur vous et vos œuvres ; et vous savez ce qu'on trouve au fond d'un sépulcre, Dieu et son exacte justice. . .
Mais déjà la première enveloppe de plomb avait été Inondée sur le cercueil en bois des iles^ refermé luimême; une nouvelle soudure fixa le second cercueil en plomb, et enfin deux autres enveloppes, l'une en ébène, Tautre en chêne, recouvrirent ces quatre cercueils, qui devaient assurer la conservation de cette grande dépouille. Toutes ces opérations furent faites sous les yeux et la direction du docteur Guillard, qui, à cet instant, put prendre un peu de repos, repos bien nécessaire^ après cinq heures d'un travail difficile et continu.
 trois heures tout était terminé : alors M. Alexander, devant les officiers anglais et français^ donna à M. de Chabot la clef du cercueil , en lui faisant une première remise. Les préparatifs du départ furent bientôt achevés. Sur le char funèbre , attelé de quatre chevaux caparaçonnés de deuil ^ le cercueil fut déposé par des soldats d'artillerie qui Tentourèrent pendant tout le trajet. Le poêle funèbre avec ses aigles couronnées, ses abeil-
114 SOUVEIfIRS
les en or sur velours violet, sa large croix d'argent et sa bordure d'hermine, fut déployé et retomba sur le char qu'il couvrit entièrement de ses riches draperies^; huit ou dix valets de pied en grand deuil se tinrent à la tète des chevaux.
MM. Bertrand , en uniforme de lieutenant-général , ayant le grand cordon de la Légion d'Honneur; Gourgaud, portant l'habit de lieutenant-général d'artillerie ; de Las Cases, celui de député; Marchand, celui de lieutenant de la garde nationale de Paris, prirent les glands des cornières , et un coup de canon retentissant au loin donna le signal du départ; l'eau tombait alors presque par torrents.
Le convoi se mit en marche dans l'ordre suivant :
Un détachement de la milice; deux enfants de chœur, l'un portant la croix , l'autre le bénitier; je venais ensuite en costume de chœur^ rochet , camail, étole.
Le char funèbre, au milieu d'une haie a iionneur ; à sa tète , le lieutenant-colonel Trelawney, commandant en personne l'escorte.
Derrière, les serviteurs de rEmperèur, son excellence le gouverneur, M. le commissaire du roi , le major-général Churchill, quarlier-maitre général des forces anglaises dans Tlnde , acompagné de deux aides-decamp ; il était arrivé du Cap peu de jours avant ; enfin tous les officiers français et anglais en grand deuil : le capitaine Alexander était à cheval afin de se porter sur tous les points pour donner des ordres.
Le chemin par lequel on sort de la vallée forme une rampe escarpée, aussi cette partie de la route futëlle difficile à gravir ; plusieurs fois les artilleurs mirent euxmêmes la main aux roues ^ enfin on arriva sans accN dent sur le plateau , là toute la milice de l'Ile nous attendait en armes, ainsi que le bataillon du 91%
Au premier coup de canon, la frégate 9vait réppndui en de minute en minute elle alterojBt avec les fof^s.
La milice, suivie du 91% prit la tête du cortège; une musique ^ composée de fifres , de flûtes et de tambou^* rins, venait ensuite; puis, le reste du convoi dans l'ordre indiqué.
Déjà nous avions commencé à prendre le pas
de procession , lorsque Timpossibilité de nous rendre avec ce pas , avant la nuit , nous fit hâter la marche : il était plus de trois heures, quand nous avions quitté la vallée, et une grande lieue et demie nous restait encore à faire. Toute la population de nie se pressait des deux côtés de la route; à mesure que nous descendions, la pluie diminuait sensiblement, et grâce aux accidents du terrain , il était facile de voir que plus loin rien n'avait altéré la sérénité du temps.
Nous marchions déjà depuis plus d'une heure. Nous avions traversé des bois de sapins et de mélèses qui masquaient la vue, lorsque tout à coup la route tourna, et la mer étala son immensité sous nos yeux.
Dans la rade , quinze bâtiments de guerre ou de commerce , leurs vergues apiquées , leurs pavillons à mi-mât, en signe de deuil, et au milieu d'eux, la Belle- Poule^ des flancs de laquelle s'échappait par instants réclair et le fracas de la foudre : en face de nous une immense montagne couronnée par des batteries nous saluant de leurs volées. Si ce spectacle était pour nous plein de magnificence, un autre plus beau, peut-être, se déroulait aux regards des équipages des bâtiments.
groupés sur les ponts , les dunettes : leurs yeux pou* vaient suivre la marche du cortège, tantôt se pressant confus dans un ravin , tantôt serpentant sur le revers d'une colline ^ s'évanouissant à demi effacé dans des brumes légères, tantôt resplendissant sous un rayon de soleil qui commençait à percer les nuages.
Bientôt nous eûmes atteint et dépassé Briars ; à un quart de lieue de la ville, on s'arrêta pour se reformer et reprendre le pas solennel des marches funèbres. La musique de la milice fit alors entendre un air plaintif et d'une mélancolie qui remuait Tame. Si mes souvenirs me servent bien, l'air de XAdeUe du jour de Noël, chanté très lentement, pourrait en donner l'idée.
Arrivés à Jame's Town, la milice s'était arrêtée, formée en haie, depuis les premières maisons jusqu'à Tembarcadère du quai , les hommes tenant leurs fusils renversés , le canon touchant la terre , et la tète appuyée sur la crosse ; toutes les maisons étaient closes, les rues désertes , les fenêtres seules et les terrasses garnies de spectateurs silencieux , pour la plupart en deuil.
Tout prit alors un caractère extraordinaire et indi-
cible : ces soldats basanés , vêtus de noir , immobiles comme autant de statues du silence, ce char funèbre dont les roues crient sur leur axe, cette musique si douce et si triste^ ces roulements du canon des forts et de la frégate , dominés par le canon de la ville qui envoie ses feux par salves, les honneurs royaux qui se rendent sur cette terre, à celui à qui tant de fois l'on prodigual'insulte et l'outrage , ces lourdes portes qui s'ouvrent i ces pont-levis qui s'abaissent, le ciel devenu d'azur , le soleil qui avait pris ses rayons d'Austerlitz, ce riche vêtement d'hermine et d'or semé d'abeilles , manteau impérial sous lequel^ à Sainte-Hélène, le gé* néral^ disparu pour faire plaee à YEmpereur-Roli ces quatre grands aigles qui, sur leurs ailes étendues, semblent l'arracher à l'exil pour le reporter au sein de sa patrie ; tout cela produisait un tableau magique , tant étaient nombreux les souvenirs et grands les contrastes.
Les portes franchies, une partie du quai que baigne la mer parcourue, nous aperçûmes nos brillants états-majors, chapeau bas, en costume sévère et riche tout à la fois, bleu et or, ayant à leur tète S. A. R. Ms^^ le prince de Joinville, commandant-supérieur de l'ex-
pédition ^ en uniforme de capitaine de vaisseau , avec le grand cordon de la Légion-d'Honneur, accompagné de son aide-de-camp / M. Hernoux. Â quelques pas d'eux le cortège s'arrêta^ la musique du prince exécuta des harmonies funèbres ; je pris aussitôt les devants et présentant à Mgr. le prince de Joînville l'eau bénite , il en jeta sur le cercueil; puis son Excellence le gouverneur s'approcha et lui fit , au nom du gouvernement anglais , la remise des restes mortels de l'Empereur Napoléon.
Le prince, dans quelques mots simples et dignes, le remercia, ajoutant qu'il serait heureux et fier de remettre au gouvernement du Roi, son père^ la précieuse dépouille dont il devenait le dépositaire.
Pendant ce temps, la chaloupe, décorée d'aigles et d'ornements noirs, avait accosté le quai pour recevoir le cercueil; peu après il était descendu dans la chambre , recouvert du poêle impérial. S. A. R. était à la barxe avec son aide-de-camp et M. de Chabot; à leurs places MM. Bertrand, Gourgaud^ de Las Cases, Marchand, le prêtre; à l'avant, M. Guyet, commandant de la Favorite y et vingt-huit hommes le crêpe au bras'
i 20 SOUV£NIRS
tète nue, aux rames; six noires embarcations, contenant tous les officiers , se rangèrent autouf de nous.
A six heures et quart, au moment où le prince donna le commandement de pousser au large, les trois couleurs brillèrent à tête de mât , un immense éclair illumina Thorizon , une ligne de feu sillonna les flancs de la Belle-Poule y delà Favorite, de VOreste; un nuage épais les entoura, et de ce nuage sortirent des tonnerres dont les montagnes de Leader-Hill et de Meuden se renvoyèrent en mugissant les échos : cent coups de canon annonçaient que la dépouille de l'Empereur Napoléon reposait sous le pavillon de France.
La population de Tile se pressait sur les quais et les remparts. Cette marche lente des canots avait quelque chose de si solennel ! par intervalles seulement les rames touchaient la mer et imprimaient un mouvement lent et plein de majesté; trois fois pendant le trajet, des bordées décent coups de canon ajoutèrent à la grondeur, à l'imposant de ce spectacle unique.
Vous représentez-vous ce cercueil drapé d'un manteau de roi, entouré de ce qu'une nation peut avoir de
plus illustre, d'un prince royal , de députés, de généraux, de braves marins dans leur tenue de fête, d'un prêtre en habits sacerdotaux, escorté de six embarcations remplies d'officiers chamarrés de broderies et d'or, voguant en silence sur une mer tranquille , rougie des derniers feux du soleil : puis , ce silence rompu , l'air déchiré, éclatant sous les voix de trois cents bouches à feu, et perçant ces nuages épais de blanche fumée, des mâts chargés de pavois aux mille couleurs, et des vergues, pyramides vivantes, couvertes de matelots. Non , quoi qu'il puisse advenir, rien ne peut faire oublier uàe pareille scène : c'est au cœur qu'elle a creusé son souvenir.
Nous étions arrivés. Le commandant avait disposé l'arrière de la frégate en chapelle ardente. Tous les officiers se rangèrent en deux haies, le sabre à la main, depuis la coupée jusqu'au cabestan ; un fort détachement présenta les armes, le tambour battit aux champs, et, porté par nos matelots, le cercueil traversant ces lignes, fut déposé sur les deux panneaux comme sur une estrade ; puis , chacun ayant pris la place qui lui avait été assignée , je prononçai , à la clarté des torches , les prières de l'absoute : il était sept heures alors.
Ainsi se termina cette grande journées! remplie d'émotions. Les vœux de la France étaient exaucés , la pensée si pleine d'élévation du Roi réalisée. De la part des Anglais une éclatante réparation avait été faite; de la nôtre, un grand acte de justice consommé : placé sous le pavillon national y l'Empereur dormait déjà sur la terre de France.
Aussitôt la cérémonie religieuse achevée , l'arrière de la frégate fut interdit à tous : quatre sentinelles d'honneur , relevées d'heure en heure , les officiers de quart en grand uniforme, demeurent seuls. Le corps restant exposé toute la nuit en chapelle ardente sur le pont de la frégate, le devoir dut me faire oublier que j'en étais à ma troisième nuit de veille, et je me joignis à etix.
Adossé au mât d'artimon , entouré de panneaux de velours aux ornements d'argent, soutenu par des aigles, se dressait un autel; on y montait par quatre marches recouvertes de noirs tapis. Un trophée militaire de pierriers et de drapeaux, de fusils et de piques, dé cyprès et de lauriers, de palmes et de haches d'abordage, masquaient les manœuvres; aux deux côtés,
tl~'
PM
hl
Pd
Pd
CJ