‹ Souvenirs du voyage á Sainte-Hélène --Chapitre 6 sur 13 · RETOUR · texte numérisé non relu

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Quelque temps , les trois bâtiments naviguèrent de conserve, mais bientôt VOreste, destiné pour la Plata, en prit la route, ses haubans se garnirent de matelots , son pavillon descendit et remonta , et les cris de vive le Roi , mêlés aux éclats du canon , saluèrent le Prince Royal qui , de la main , leur faisait ses adieux , cher-* chant à leur faire parvenir l'expression de ses vœux et de ses souhaits.

Nous nous éloignions de la terre, vent arrière, poussés par des brises molles^ aussi l'Ile nous resta*t»elle longtemps en vue , et nous fut-il donné de coqsidérer un spectacle digne d'étonnement. Formé par les arêtes de

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Bara*s-Point^ an profil colossal se dessinait à nos regards et nous présentait la figure bien connue de Napoléon.

Singuliers jeux de la nature ! qui les expliquera? tous les jours on rencontre dans un site, dans une montagne, diverses configurations, une forteresse^ uncheval , un géant couché; mais trouver la figure d'un homme historique, aux lieux mêmes qu'il a rendus célèbres j c'est quelque chose de bien étrange ; je comprends maintenant que son nom ne fut pas écrit sur sa tombe à la manière des mausolées antiques , elle était surmontée de sa tête.

Cette vue, qui nous frappa tous également, ramena nos pensées et nos conversations sur l'Empire, chacun apprécia diversement ses faits, et le caractère de celui qui le fonda ; mais tous se réunirent dans cette pensée , qu'avec lui tomba le régime que seul il pouvait sou* tenir; et en effet. Napoléon fut l'homme d'une époque exceptionnelle et non organique ; tout s'était résumé en lui , avec lui tout dut disparaître. La providence donna au père un enfant , mais non point un prince impérial à l'Empereur • Yoyez^ quand sa couronne chan<

cela I il ne put en ceindre la jeune tête de son fils , et quand le père mourut, Dieu tout aussitôt rappela l'enfant.

Ce fut un instrument dont Dieu se servit et qu'il brisa quand il eut mis à fin son œuvre ; cette œuvre était toute de transition : quand une immense montagne, ébranlée par des convulsions volcaniques , se décbire, laissant entre ses deux parties un gouffre , un ouvrier puissant jette d'une main hardie un pont qui, en les rattachant, permet de réparer le désastre; un jour le pont s'écroule, qu'importe, Fablme a été comblé , la distance franchie.

Quand Napoléon aura touché la terre de France, que les jours de son apothéose auront brilles , quand il reposera aux Invalides , dans le tombeau élevé par la patrie reconnaissante, il ne lui manquera plus qu'un monument , celui que pour les âges futurs élève l'histoire. Pour tracer cette grande époque , il fallait une plume de littérateur, une pensée de politique, l'historien est trouvé.

Notre navigation se continua sans incident jusque

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sous réquateiir} chaque jour fe descendais i la chapelle réciter les priàres des morts, et la sainte messe, à laquelle assistait tout l'équipage , le prince entête, y fut célébrée toutes les fois que Tétai de la mer le permit» U est inutile, je pense, de dire que les sentiments de la plus haute convenance régnèrent toujours abord; chacun retiré dans sa chambre mettait en ordre ses notes ou fixait au crayon ses sou?enirs; les trois grandes scènes de la réception officielle du corps, du retour à la (régate et de la cérémonie religieuse, furent reproduites avec un rare bonheur et une grande exactitude par MM^ Chedeirille, commissaire de la frégate , et Basin , enseigne de vaisseau.

flous la ligne, un incident assez grave rompit la monotonie de notre traversée; c'était le 3 novembre, la fête des morts , je venais de terminer Toffioe divin par les prières de l'absoute, selon l'usage de ce jour; 8. Â. R. remontait sur le pont suivi, de tous ces messieurs, lorsqu'au loin, on aperçut la Favorite, chassant pour reconnaître un bâtiment à rhorixon ; bientôt elle l'eut joint et peu après, une embarcation mise k la mer rallia la frégate ; le commandant de la FavorUe et un officier. 11. Lapierre, étaient dans la chambra s montés

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à bord^ ils communiquèrent au prince un journal holv landais à la date du ? octobre ; les nouTelles qu'il donnait étaient graves : déjà à Sainte-Hélène quelques bruits de guerre avaient vaguement couru^ mais ce journal la déclarait imminente entre la France et l'Angleterre; la question d^Orient avaient désuni ces deux puissances : les Anglais , en commençant les hostilités sur les côtes^ de Syrie, avaient amené, disait-il, une conflagration générale ; il donnait de plus quelques détails sur la seconde tentative insensée du prince Louis.

Ces aouvdles ne pouvaient attrister , on le pense bien, de jeunes officiers pleins d'ardeur, cependant elles les émurent vivement : pour le prince surtout, la mission prenait un nouveau caractère; il ne devait plus seulement alors rapporter paisiblement en France les restes précieux qu'il était allé chercher ; mais si la guerre avait éclaté, il devait les défendre : il le comprit aussitôt, et quoique rien ne fût encore certain, avec la prudence d'une expérience consommée , il arrêta ses dis< positions et donna des ordres. La Pavoriie dut se séparer de nous : peut-être pouvait-^lle retarder notre marche ; une raie blanche de batterie donna un nouvel aspect à la frégate. MM. de la mission, ainsi que moi, dûmes

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