RIVES DE LA SEINE. — PARIS
Nous étions en France. Deux jours après noire arrivée, la Favorite nous avait rejoints. Depuis notre appareillage de Toulon , cinq mois s'étaieat écoulés. Le pays avait applaudi en nous voyant partir ; il applaudit bien plus en nous voyant revenir^ car il savait déjà de quel succès avait été couronnée la mission.
Pendant les huit jours que nous passâmes à Cherbourg , la foule encombra le pont de la frégate. Ce n'était point cette avidité curieuse des peuples étrangers que nous avions visités , mais le religieux empressement d'un peuple qui devait à l'Empereur un demi-siècle de glorieux souvenirs ! Près de cent mille âmes vinrent successivement s^agenouiller près du cercueil impérial.
Nous attendions avec une vive impatience que les préparatifs de l'inhumation fussent terminés à Paris pour nous mettre en route. Une dépôche ministérielle fixa au 8 décembre le départ.
Le 7 au soir, un autel s'éleva de nouveau au pied de Tartimon , des tapis funèbres s'étendirent sur le pont , et sur les panneaux , comme sur une estrade , fut déposé le cercueil. Le 8 au matin, la frégate se couvrit de ses pavois ; une messe solennelle devait précéder le transbordement; à neuf heures , les troupes se rangèrent en bataille dans le port , qu'avaient envahi déjà les populations; les autorités militaires et civiles, le clergé de la ville, montèrent à bord; la Normandie présenta l'arrière à la coupée, et à dixiieures dut commencer la cérémonie religieuse ; mais une pluie battante rendit impossible la célébration des saints mystères, et je dus me contenter de faire une absoute.
Immédiatement après, eut lieu l'opération du transbordement, et tout aussitôt S. k. K. ordonna le départ pour la grande rade. Â ce moment , la voix de l'officier^général rompit le silence , les tambours voilés roulèrent^ les musiques firent entendre des harmonies
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funèbres , le canon gronda , les troupes présentèrent les armes, et devant le oonvoi funèbre les drapeaux s'inclinèrent. Escortée de deux autres bâtiments à va«* peur, la Normandie, au mât de la quelle flottait le pavillon impérial , défilait lentement chargée de son glorieux dépôt. M. de Morlemart, capitaine de corvette, la commandait.
Depuis longtemps déjà nous étions en grande rade , et des milliers de personnes se pressaient encore sur les quais , sur la plage , sur la digue , dans l'altitude méditative du respect et du regret.
Quoique surpris par notre subite arrivée, l'amiral Martineng, le préfet du département, le maire, avaient préparé une noble et digne réception : Cherbourg devait sans doute beaucoup à l'Empereur , mais Cherbourg s'en était souvenu : le conseil municipal avait voté une couronne d'or pour être déposé sur sa tombe«
Pendant quelques heures nous restâmes en rade , faisant noi? derniers préparatifs ; S. A. R. avait à pourvdr à l'installation, sur sa flottille, de quatre cents marins qui composaient l'escorte.
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Du point où nous étions mouillés , notre frégate apparaissait à nos regards , agitant sous la brise ses mille pavois comme des signaux d*adieu , et ce n'était point du reste sans émotion , sans une certaine peine que je m*en trouvais séparé ; il m'était consolant de penser que c'était par la prière , par deux grandes solennités religieuses que j'y avais marqué mon entrée et ma sortie; mon entrée, en concourant à la bénédiction de sa chapelle; ma sortie, par la cérémonie de l'absoute, cette prière catholique par laquelle l'Eglise^ qui n'oublie jamais ses enfants, s'adresse au Seigneur pour ceux d'entre eux qui ne sont plus»
A cette frégate se rattachaient cinq mois uniques dans mon existence, cinq mois qui peuplent une vie d'ineffaçables^souvenirs; avec elle, j'avais fait un voyage que l'histoire devait enregistrer comme un grand fait dans ses annales ; le caractère religieux dont j'étais revêtu, m'avait permis , à moi , humble prêtre , d'associer mon nom à <les noms illustres et vénérés , de rinscrire aux actes qui devaient en perpétuer la mémoire. C'était là, qu'en présence de l'immensité , séparé des abîmes par une planche fragile , les pensées les plus élevées de Dieu , de l'éternité , s'étaient rêvé-
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lées à rooii ame ; c'était là que quelquefois le prêtre avait beaucoup souffert, mais que souvent aussi il avait été consolé : il y a tant de ressources sous cette écorce rude el peu maniable , en apparence, de nos marins. Je le répète, ce ne fut pas sans un certain regret que je quittai la Belle-Poule, et ce que je ressentais me faisait admirablement concevoir cet attachement du marin pour son vaisseau.
L*Ârabe s'attache à sa cavale , et pourquoi ? parce qu'elle est belle , sa cavale , parce que sa crinière est luisante^ sa tôte bien portée, ses jambes fines, son galop rapide ; parce qu'elle entend sa voix , l'emporte sur ses rivales, quand il faut à la course disputer un noble prix; qu'elle hennit en présence du danger, que son œil s'allume, ses nazeaux s'entlamment, ses oreilles se dressent au siffleodent de la flèche ou au bruit du canon.
Ainsi pour le marin est sa frégate : il la connait,'^son nom est glorieux , il fut consacré par un baptême de sang; sa nef est élancée, sa mâture élégante, ses courbes souples et gracieuses : il sait ses allures; comment sur une belle mer elle glissera sans mouvement el sans
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bruit } comment ^ un jour de tempête^ ardente « elle luttera contre les lames , le vent qui* feront gémir sa membrure et craquer ses mâts j c'est sur son pont qu'il a assisté à ces grandes scènes qu'il est donné au marin de voir seul , la lutte des éléments déchaînés. Avec elle il a promené partout son pavillon ; par elle , il l'a fait glorifier ou respecter^ et s'il a fallu le venger , il Ta vue au feu , sa frégate , rugissante , se débattant dans un effroyable duel , vomissant la mort , présentant à l'ennemi ses flancs sans s'occuper du boulet qui percera sa coque, de l'abtme dans lequel elle tournoiera j du feu, de Tincendie qui va dévorer ses agrès et^s voiles : dites maintenant en la voyant agir , si le marin doit aimer sa frégate»
Mais l'heure s'avançait , tout était prêt , le prince ordonna le départ A ce moment, la ftiraée tourbillonna en noires volutes , la mer écuma sous le fouet des roues, des points lumineux étincelèrent de toutes parts, des tonnerres retentissants se heurtèrent en se renvoyant leurs échos; la ville, le port^ la rade> la digve, les forts croisaient leurs feux : cent coups de canon annonçaient que l'Empereur partait pour sa capitale* Rappelé de son exil par le roi , il allait s'y reposer ,
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à jamais enseveli dans sa gloire et défendit par ses malheurs.
Bientôt les hautes montagnes du Roule ne nous apparurent plus que comme des nuages aux formes indécises; la nuit d'ailleurs avait déjà, autour de nous, projeté ses ombres. Nous faisions route pour le Havre, suivi du Courrier et du Véloce , commandés , Tun par H. Goubin, Tautre par M. Martineng, le fils de Tamiral; la mer était bonne , la nuit belle , quoiqu'on partant rhûriïott fât menaçant. Nous avancions rapidement : vers minuit nous étions en vue des feux du Havre , et à six heures du matin la Normandie filait lentement le long des jetées. Le soleil rougissait de ses premiers feux un ciel magnifique, et malgré l'heure matinale , autorités , légions de la garde nationale, régiments de ligne , clergé en habit de chœur ^ peuple en habit de fête, artillerie manœuvrant ses pièces, couvraient la plage, et ce dut être, pour cette foule avide, un spectacle bien imposant que ce passage au lever de Taurore du bateau funéraire. Gomme la nuit ne faisait encore que replier ses voiles , ils ne nous avaient point vu venir : du sein de l'Océan nous paraissions surgir.
Nous entrions en Seine, notre flottille allait parcou«
rir les rives que l'Empereur avait choisies pour le lieu de. sa dernière demeure. Dès ce moment commença une marche vraiment triomphale : le temps était froid; décembre avec son givre glacial , son vent du nord qui dessèche et flétrit , faisait ressentir son action sur nos campagnes. Nous devions les trouver tristes et désolées, et jamais rives d'un fleuve ne furent plus brillantes de parures et d'animation. C'était une nature vivante , car des rives partaient des voix , des cris , qu'elles se renvoyaient atternativement ; dans les villes » tout était noble, réglé avec soin; il y avait eu convocation oQicielle, municipalité^ armée, milice citoyenne, prêtres chantant les cantiques des morts; les volées des cloches et du canon , tout était bien. Rien ne manquait sans doute à cette grande solennité.
Mais combien mieux était ce désordre sublime des campagnes , cette spontanéité du cœur qui révèle la sincérité de l'hommage vrai , naïf, grand alors , admirable dans son expression I le paysan , de son bahut , avait tiré l'habit des fêtes chômées, il avait décroché de la crémaillère , où elle était suspendue au dessus de l'âtre , sa vieille carabine. Depuis le temps où elle avait envoyé la mort au soldat de Wellington ou de
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Blûcher, elle était demeurée oisive et sans voix ; mais ce jour, sur notre passage , elle éclatait et promettait encore au pays , entre les mains de ce soldat en sabots» qu'elle éclaterait plus fort aux jours de Tattaque et de la défense. Puis c'était un pèle-méle de femmes, d'enfants , de vieillards ; les femmes se signaient en faisant tourner sur leurs mains rougies par le froid les grains luisants de leurs chapelets ; les vieillards tombaient à deux genoux sur la terre glacée et priaient en se souvenant : ils avaient combattu sous lui. Les enfants s'arrêtaient un instant ébahis, ouvrant leurs grands yeux , où l'ame à cet âge se peint encore , puis prenant leur course, ils remontaient avec nous la Seine : ils espéraient voir l'ombre du héros avec les merveilles duquel on avait bercé leur enfance ; puis c'était des cris , des acclamations , hommages derniers à la mémoire de l'Empereur , et ce n'était point là le cri isolé et anarchique de Strasbourg ou de Boulogne ; car les noms du Roi , ilu Prince, mille fois répétés , s'y trouvaient confondus , tribut -populaire de reconnaissance à la pensée royale , applaudissement au Prince , qui avait si grandement rempli sa mission.
Mais nous étions arrivés au VaUde-Lahaye. La Nor-
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mandie ne pouvant remonter plus haut la Seine, un nouveau transbordement devenait nécessaire. Dix bateaux à vapeur nous attendaient. Pendant la nuit eut lieu le transbordement sous la direction de S. A. R. La Dorade n^ 3 , après [ qu'on l'eut au préalable dépouillée de ses draperies et de ses guirlandes, oripeaux de mauvais goût dont on l'avait affublée , devint le bateau catafalque. Mais quelle sera sa décoration , avait demandé l'administrateur chargé de ces détails ? <c Le bateau sera peint en noir , à tète de mât flottera le pavillon impérial; sur le pont, à Tavant, reposera le cercueil couvert du poêle funèbre rapporté de Ste-Hélène, MM. de la mission aux cornières; l'encens fumera, à la tête s'élèvera la croix , le prêtre se tiendra devant Tautel, mon état-major et moi derrière; les matelots seront en armes , et le canon tiré à l'arrière annoncera le bateau portant les dépouilles mortelles de l'Empereur. Telle sera sa décoration, avait répondu le prince. »
Un événement fâcheux signala notre arrivée au Val-de-Lahaye. En servant une pièce, un garde national fut assez grièvement blessé. Prié par le maire et le curé de présenter au prince une demande de secours,
j'obtins de S. A. R. plus que Ton n'avait sollicité d'elle. Le lendemain , dès cinq heures di) matin^ les rives étaient garnies de spectateurs pressés attendant l'heure du départ : bientôt un nua^e de noire fumée nous enveloppa comme d'un crêpe. Le paysage sembla s6 mouvoir et courir; nous étions en marche pour Rouen, et peu d'heures après, au milieu de son immense population^ nous faisions notre entrée dans l'ordre suivant :
En tète y la Parisienne, ayant à son bord les inspecteurs de la navigation ;
Le Zampa, avec la musique du prince ;
La Dorade n9 3, portant le cercueil;
Les trois bateaux appelés Etoiles , montés par les marins de la Belle -PoiUe et de la Favorite;
Les Dorades n** i et 2 ;
Enfin le Montereau.
Le cortège s'arrêta entre les deux ponts. Jamais scène n'offrit, je crois, un spectacle plus imposant. Ces quais chargés de trophées militaires, étincelants d'ar-
mes; ces escadrons dont les chevaux se cabrent, les casques resplendissent sous un rayon de soleil ; ces panaches , ces plumes , ces drapeaux qui se mêlent et s'agitent ; ces estrades garnies de femmes aux brillantes parures; ce pont couvert de soldats aux uniformes de l'empire^ glorieux débris de ces phalanges que T Europe avait appelées la grande-armée; ce vaste bassin sur lequel s*est disposée en ordre de bataille la flottille, et ces fanfares des musiques^ et ces volées des bourdons , du canon qui incessamment reientit du haut de la colline; et ces cent prêtres mêlant leurs blanches tuniques aux uniformes chamarrés d'or , aux robes de pourpre des magistrats; enfin ce prince de TËglise, qui s'avance au bord du fleuve pour répandre la prière et donner la bénédiction des ponlifes], pendant que cent voix font monter vers Dieu l'hymne funèbre , le De profundisj ce chant sublime des dernières douleurs ; . tout inspirait à l'ame une de ces émotions qui la saisit encore aujourd'hui par le souvenir.
L'absoute terminée, nous repartîmes aussitôt; en passant sous le pont , le bateau impérial fut jonché d'immortelles , de lauriers et de fleurs tressées. Les soldats de l'Empire envoyaient à leur Empereur une nouvelle et une dernière couronne.
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Depuis longtemps déjà nous avions quitté la vieille cité que le canon tonnait encore, et que la cavalerie de la garde nationale, ses chevaux au galop , formaient notre escorte.
A Elbeuf, même empressement, même enthousiasme. Là, de nombreux ouvriers^ richesse de nos manufactures^ les uns faisant de leurs voix retentir le rivage , les autres, chargés d'un ou de deux enfants, montrant du doigt le cercueil du héros , dont ils racontaient sans doute la vie à cette jeune génération^ étonnée d*un semblable spectacle. Ce fut au milieu de pareils transports que nous traversâmes les Andelys , Yernon , Mantes, et le i% au soir, la flottille s'arrêtait peu après avoir doublé le pont de Poissy ; là elle devait passer la nuit. « *
Sur les deux rives, se forment immédiatement des bivouacs , des tentes s'élèvent , des feux s'allument ; la garde nationale a demandé à faire , de concert avec les troupes de ligne, la veillée des armes. A la lueur des torches , les uniformes se dessinent , les sentinelles se relèvent et croisent leurs cris , le tambour bat la diane : il est nuit encore, et si l'Empereur s'éveille , il pourra croire qu'il a dormi dfins son camp.
Le 43 était an dimanche, le dernier que j'allais passer auprès des restes mortels, près desquels je veillais et priais depuis deux mois.
Je pris les ordres de leurs A. R. , car le jeune duc d'Aumale était venu joindre le cortège , et à dix heures je montai à Tautel et commençai les saints mystères ; les deux Princes étaient à la tète des états-majors ; autour de la Dorade s'étaient placés en ordre les autres bateaux , dont les équipages garnissaient les ponts ; les troupes en bataille , le clergé de la ville , croix et bannières levées, s'échelonnaient sur les deux rives, et malgré un vent violent du nord , la population de Poissy et des communes voisines , groupée sur les bords , se tenait recueillie et tète nue. Si le silence n'avait été rompu par le bruit'ducanon^ les harmonies d'une musique funèbre, on eût pu entendre au milieu de ces milliers d'hommes pressés la voix grave de la prière.
Du rivage, je l'ai su depuis^ cette cérémonie apparaissait pleine de majesté et remplissait l'ame de religieuses émotions ; ailleurs , nous devions trouver plus de pompe , mais perdre en sentiments profonds , c'est à dire en sentiments chrétiens.
Après la messe y suivie de l'absoute , on fit route pour Maisons , d*où le lendemain , dès le matin ^ nous partions pour notre dernière étape. Il était temps, le froid devenait plus vif , la Seine allait charrier. Un voyage de huit jours au mois de décembre , sur une rivière , dans des bateaux sans nulle installation contre la rigueur de la saison, presque sans feu, et où, enveloppé de son manteau^ couché sur un matelas, il fallait se délasser des fatigues du jour ; un semblable voyage était rude , et cependant nous ne pouvions nous plaindre, notre jeune commandant n'était pas mieux traité : le froid , la fumée , le matelas , le manteau, tout nous était commun, puis enfin combien auraient désiré notre place !
A dix heures, nous longions la magnifique terrasse de St.-Germain^ et le château, berceau du grand Roi ; préfet, maires, généraux, se tenaient à la tète de nombreux régiments et de ces braves légions des banlieues ; quand nous passions , les tambours battaient au champ, et sur toute la ligne, les troupes présentaient les armes.
Bientôt nous étions à Saint-^Denis : pour lui cette
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tombe des Rois ne devait pM ft'ootrir; le grmi esipitaine ne pootait dormir qse sow des drapent eoiM|tnf#
A SaiolpDenis» le chaiHtre rojal nous attendait : et qaaod le cortège défila lentement devant la lente pavoifée, où, revêtu de ses habits de chœar , Monaeignenr Rey, ancien évêquede Dijon et membre dn chapitre, chantait Toffice des morts, et prononçait les prières de Tabsonte, Saint-Denis présenta le plus admirable coup d'œih
Plus nous approchions, du reste, plus Taffluence était grande : les rives de la Seine disparaissaient sous les pas d'une multitude empressée; tout Paris semblait s'être élancé au devant de celui <|ui l'avait fait si grand; le roi devait être heureux, car il avait fait heureux son peuple : aussi son peuple le remerciait-il par ses incessantes acclamations.
Avant d'arriver a Neuilly , du côté opposé , au milieu d'une plaine , un groupe fixa notre attention : quelques dames s'y rencontraient seules, elles agitaient leurs mouchoirs , elles l'agitaient encore : elles vou-
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latent être reconnues, nos regards les interrogeaient , mais en vain, la distance était grande; le prince arrive, regarde : Ma mère ! s'écrie- t-il ; c'était la reine.*.» Lft mère avait d'abord voulu voir son enfant ; la reine ne devait embrasser que le lendemain soir le prince*
Un triple cri retentit aussitôt ^ et ce cri dut faire tressaillir le cœur de la souveraine , de l'épouse et de la mère, car son nom , celui du roi et de son enfant s'y trouvaient confondus.
Le bateau n*avait point ralenti sa marche; aussi bientôt il entra dans les lies qu'en ces parages forme le fleuve, et le parc de Neuilly s'étendit à notre gauche comme un rideau. Peu après, le pont de Gourbevoie nous montra les courbes de ses arches : un grand aigle , les ailes étendues plana au dessus de nos tètes | nous étions arrivés de notre lointain voyage : le soleil se couchait dans un nuage de pourpre, et ses derniers rayons faisaient briller la statue de Notre-Dame-de-la* Carde, la patronne des marins, au pied de laquelle nous étions mouillés.
Monseigneur le prince de Joinville demeura à son
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bord» LL. AA. RA. les princes ducs d*Orléaiis, de Nemours et d'Aumale , vinrent faire une religieuse sta* tien au pied du cercueil Impérial. Deux grandes illus* trations dé l'empire, le maréchal SouU, Famirai Du^ perréi tinrent aussi s'Incliner et prier) M. Duchfttel^ le ministre de l'intérieur, s'était joint à eux.
Le lendemain, mardi 15 décembre , le convoi funè« bre devait faire son entrée solennelle à Paris.
Nous n'entrerons point dans les détails de cette grande cérémonie. Beaucoup l'ont vue, et les cent voix de la presse l'ont racontée à tous ; puis, que ferait ici la nomenclature d'un programme. A dix heures , le cortège se mit en marche. Renfermé dans la voiture qui m'avait été réservée, je pus à mon aise me livrer aux pensées que me suggérait l'ensemble des dispositions prises. La curiosité pouvait se satisfaire , mais l'ailtnent manquait à des sentiments plus élevés et dont le besoin se foisait plus profondément sentir. Là se défiloyait dans toute sa pompe l'élément humain; là manquait tout à fait l'élément chrétien. Pour la population de Paris qui ne pouvait être admise aux Invalides , ce fut un spectacle , une fête payenne , un apothéose
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ntondilih^ et pour tin homme que Vùh coudait à sa dér^* nièrè demeure) f&t^il [iâtre bd ëûpérèii^, Heti tië f^eut reiâplàcèr dëyant Dieu la pirlèrè, et dékiit les hâËatUës leë ittipressiôns salutaires des iolenfiltés l^èligiQuses. be n'est pas assez de dit*e : il fàiit moraliser; le^ itaots he font rieh Aiïx choses i tous he moraliserez j[foiiit avec des paroles, mais avec des faits : d'est le seul langage iilteUigiblë à tous; et quel ehseignëndent nleiiléUr poûtait-on donner atix esprits qui s^agitent daiis àe prétendues téfbrmes que renseignement fnëmè de la tnbrt ? Il fallait que tOilé pus^éht coiitebipier dans sa hudité le cercueil de l'Ën^peréUr : chez tous, soiis înillë couleurs, resplendissait lesouvéhirdesagtôire; tous eh auraient touché au doigt la vanité , beaucoup le danger. J'en appelle à ceux qui ont vu le cortège fu-> nèbre descendre la Seine. Le cercueil drapé d'an iqanteau de roi , sur le pont du bateau , isolé, solitaire , sans ornements autres que la Croix, unautei où priait le prêtre du Seigneur ; cette simplicité ne parlait-elle pas à Tame un langage plus éloquent J On Ta trop souvent oublié ; dans les grandes choses, la simplicité est la sœur du sublime.
A deux heures, le cortège était arrivé aux Inva-*
lides* A l'entrée de la chapelle royale se tenait Mgr. Tarchevèque de Paris, suivi d*un nombreux cortège; l'illustre prélat fit les prières d'usage. Porté sur les épaules des marins qui l'avaient escorté pendant tout le trajet, sous les ordres de S. Â. R. le prince de Joinviile , le cercueil arriva sous le dôme , où le Roi, entouré de toutes les illustrations de l'État , s'était avancé pour le recevoir. S. M. pressa la main de son fils. — Sire , dit le jeune prince, je yous remets le corps de l'Empereur Napoléon. — Je le reçois au nom de la France , répondit le roi. Et se tournant vers le général Bertrand : < Général, sur le cercueil de l'Empereur, placez son épée. »
Aussitôt la cérémonie religieuse commença.
Prosterné à deux genoux, je remerciai Dieu du suc- <iès de notre lointain voyage. Là, ma mission était terminée : j'avais remis entre les mains de Mgr. l'archevéque de Paris les restes mortels de l'Empereur Napoléon , que j'avais été chargé d'exhumer et d'accompagner de l'Ile Sainte*Hélène en France , au nom de la religion.