NON SANS DROLE FORT CORSÉE
fort rapprcxhée de Théophile Marchai depuis sa rupture avec Maurice; mais l'auteur dramatique français s'effaçait, comme de coutume, ce soir-là, devant l'étranger. Seulement, cela mit tout sens dessus dessous cheis, M'"* Riverol-Saligny, où c'est comme dans l'administration et la magistrature : il suffit d'une seule nomination ix)ur entraîner tout 'un mouvement. Plusieurs intérims .se produisirent, et tous les dépossédés, par une coïncidence fâcheuse, eurent recours à M™" Valvin. Maurice ne la quitta pas des yeux de ■ toute la soirée, et la vit sollicitée successivement, par Théophile Marchai lui-même, par deux ou trois autres, enlïn par le baron RaJbbe, qui était devenu pour elle un client régulier, depuis qu'il n'était plus pour M™® de Passelieu qu'un ami, La pauvre Valvin se sentait mourir sous le regard horriblement clairvoyant de Maurice, et attendait avec encore plus de terreur le moment où chacun rentrerait chez soi.
Elle ne pouvait pas opposer une fin d< non-recevoir à Rabbe, qui avait des droits, et justement le baron était logé dans un pavillon tout au bout du parc. Maurice alla s'} poster pour la surprendre, non pas précisément en flagrant délit, mais avant le délit, et sans toutefois qu'aucune dénégation fût possible. Au reste, elle ne pensa guère à nier ni à rien du tout. Dès qu'elle vit Maurice, elle tomba toute raide, à la renverse : il la reçut dans ses bras et crut l'avoir tuée sur le coup. Il m'a confié depuis qu'il en éprouva une émotion violente, sans mélange de réflexion ni d'analyse. Il perdit vraiment la tête quelques secondes, égarement unique dont il a conservé un souvenir bien cher. Heureusement, dans le parc Riverol, il y a de tous côtés des bancs, qu'on rencontre toujours à propos; mais on y couche rarement des femmes inanimées. Courpière put déposer son fardeau, à l'instant où ses sensations d'amoureux allaient devenir des sensations de déménageur. Puis il contempla Valvin toujours pâmée, bien jolie et éclairée comme au théâtre. Il ne craignait plus qu'elle lui passât entre les mains, et trouvait cet évanouissement fort long; mais, au contraire, la Valvin se ranimait fort vite. Elle vit Maurice, et reprit conscience de sa honte. Elle poussa un soupir de détresse, puis elle se mit à pleurer à flots sans rien dire, et elle se laissa glisser à genoux sur la terre détrempée aux pieds de Maurice, comme une humble Madeleine. « Pas de bêtises! » dit-il, et, la relevant, il l'emmena.
Elle pleurait toujours et se laissait tirer
par la main, comme une éoolière qui viei»t d'être mise en pénitence et qui n'ose pas rentrer à la maison, où il faudra raconter 9o« histoire. Maurice, p)Ourtant, la ramenait chez elle, mais si aveuglée par les larmes, si ahurie de désespoir, qu'elle ne prit seulement pas garde qu'il y entrait à sa suite et refermait
h-te II 1 4 REÇUT DANS SE? BRAS BT CRUT
l'avoir TtÉfc SUR LE COUP
la porte sur eux. Elle ne s'aperçut de sa présence et ne comprit ses intentions qu'ai"" moment précis où il fondit sur elle sans uk mot de préliminaires. Il avait trop l'expérience de oe genre de femmes pour ignorer qu'il ne viendrait à bout de son amoureuse que par la surprise ou par la force. Il voyait juste : elle joua jusqu'au bout son rôle de
Souvenirs du Vicomte de Courpière
fille Elisa, elle faisait des gestes tâtonnants pour trouver une arme, elle aurait tué Maurice si elle n'eût craint de faire du bruit. Du moins elle se défendit avec achamem«it, sachant bien qu'il n'y a guère dexemples qu'on prenne vraiment une femme de force. Elle tombait mal avec Maurice. Par es que j'ai révélé de sa nature et de son tempérament, l'on peut induire que, si jamais homme fut capable de violer, c'est lui. Il fut donc moins niais et moins infortuné que le militaire de la fille Elisa : il eut ce qu'il voulait, et ne le paya point de sa vie.
Il goûta de plus une sensation bien flatteuse et bien agréable, celle de trouver une ingénue, sinon une vierge, et de révéler l'amour, je dis l'amour physique, à une femme qui en vivait depuis dix ans — mais en vivre, ce n'est point le connaître ni l'éprouver. Il éveilla, il créa en elle un être nouveau, il fut dieu, et il eut la conscience nette du miracle qu'il accomplissait. Pour la seconde fois, en moins d'une heure, cette pas grand'chose de Valvin procurait à M. de Courpière une émotion supérieure et rare.
Les suites de cette liaison ne répondirent guère à des débuts si heureux. Les premiers jours ne présentèrent rien de notable. Dès qu'il y avait là du monde, M™® Valvin avait une façon passionnée de regarder Courpière et de rougir, qui équivalait à une proclamation officielle de leurs intimités. Elle éprouva néanmoins le désir d'avoir un confident moins anonyme : j'étais là. C'est par elle que j'ai connu ce qui précède. Qu'on n'aille pas croire que je l'ai appris de Maurice : il est trop galant homme pour manquer jamais au secret professionnel, même avec moi, sauf en cas de nécessité urgente, ou par vanité. Mais M""® Valvin n'avait pas de secrets pour moi, pour le meilleur ami de son amant; elle n'avait pas de secrets même en action — je vais un peu loin : même en gestes. Les siens étaient bien comiques. Elle ne savait à la lettre rien, elle apprenait quelque chose toutes les minutes, et c'étaient des oh! c'étaient des ah ! touchants, mais à pâmer de rire. D'ailleurs, ce genre de comique est, à mon avis, monotone et un peu court. Moi, je commençais à le trouver fastidieux. Maurice devait en avoir par-dessus les épaules. Il n'y a pas de <x)nversation possible sans un peu d'intervalle entre les visages, et l'on sait que les plaisirs de la conversation étaient de ceux auxquels M. de Courpière tenait le plus. Je n'en dirai pas lutant de M"" Valvin. Elle y était médiocre. Elle me faisait penser ù ces
poupées, autcraates et parlantes, mais donf le mécanisme trop simple ne produit qu'uu mouvement et qu'un mot. Quand elles on tendu les bras et dit « maman », c'est fini M™® Valvin était tout juste capable d'en faire et d'en dire autant.
M. de Courpière s'ennuyait donc ferme, et je n'en étais pas autrement fâché, car je pensais que, s'il arrivait enfin à se dégoûter" de celle-ci, peut-être regarderait-il M"" de Passelieu avec un peu plus de complaisance. Ah ! on m'appellera M'"'' Cardinal si on veut. Mais, sur ces entrefaites^ il s'avisa d'une particularité'' assez plaisante de la Valvin, et dont il sut tirer un parti merveilleux pour se divertir.
Cette femme n'avait point, bien entendu, de faculté d'observation, ni sur autrui, ni sur soi-même; mais elle avait des instincts très sûrs. Elle n'était pas capable de déduire pourqucH le désintéressement était la cause et la condition de son bonheur actuel, même physique; mais elle sentait fort bien que ce bonheur en dépendait, et elle poussait en conséquence le scrupule maladif du désintéressement jusqu'à continuellement trembler d'être redevable à Maurice de quoi que ce fût. M. de Courpière trouva drôle de la persécuter à ce sujet sans avoir l'air de rien. Par exemple, il s'en allait à cinq neures cheg Colombin, où il savait qu'elle prenait le thé, il s'asseyait à côté d'elle et il se faisait donner l'addition. Elle finit par payer d'avance^ en entrant. Il s'arrangeait pour être en compte avec elle, et se trompait ensuite grossièrement, lui rendant toujours beaucoup plus qu'il ne lui devait. Il prit un abonnement pour elle chez une fleuriste. Cette libéralité amena une scène de désespoir ; et. lorsque M™* Valvin fut à bout de larmes, elle eut un si mauvais regard que je me rappelai encore l'histoire du soldat assassiné. ,
En tout ceci, elle était bien fille ; mai» elle ne l'était pas jusqu'à ce dédoublement qui leur permet de rester fidèles à l'homme qu'elles aiment, tout en exerçant passivemenf leur métier. Depuis qu'elle appartenait à Maurice, M™* Valvin s'off"rait le luxe de repu gner à tout partage. Comme ce luxe-là dépassait de beaucoup ses moyens^ elle se trouva bientôt fort gênée. Maurice, (]ui s'en doutait, lui demanda un jour f)ourqiioi elle ne portait plus sa plus l^elle bague, une émeraude entourée de brillants, a Je ne l'aime plus », répondit-elle, et cela était vrai, car l'émeraude était un présent du baron Rabbe ; mais cela n'était que la moitié de la vérité, et sous le ret^ard insistant de Maurir^ t»lle
Souvenirs du Vicomte de Courpière
avoua gaiement : « Je l'ai mise au clou. » AI. de Courpière sourit comme il fait quand jl a des arrière-pensées. Puis il fut qilestion de tout autre chose que la bague.
Deux ou trois jours apFès, Maurice, qui jamais ne parlait avec elle de ses propres affaires d'argent, affecta des airs soucieux; elle l'interrogea, il répondit avec des réticences, elle lui tira les vers du fiez, enfin il avoua uii embarras sérieux. Cette communication mit Valvin au comble de la joie. Elle tira de son porte-monnaie la reconnaissance du Mont-de- Piété, et pressa Maurice d'aller la vendre. La somme prêtée sur l'émeraude était mille francs. M. de Courpière se récria, mais la Valvin était si décidée à ne plus jamais porter sa bague, si heureuse de sauver •un ennui à son ainant, si fière de donner, que la bonté de M. de Courpière ny résista point. Il accepta, av-ec confusion, de mauvaise grâce, mais il accepta.
Il vint chez moi aussitôt après et me raconta l'histoire. Au premier abord, j'en fus choqué. Mais je fus encore beaucoup plus surpris qu'il ajoutât : « Peux-tu me prêter cinquante louis ? *
— Comment? Pourquoi fairie? i> balbutiai-je.
Il haussa les épaules : « Tu ne comprends pas ? » Non, je ne comprenais pas.
« Enfin, reprit-il avec impatience, peuxtu ou non me prêter mille francs? »
Conrttne je ne pouvais absolument pas, je voulus m'en tîfer par l'ironie, et lui fis observer qu'il manquait au premier de ses principes, qui était de ne jamais pratiquer le tapage. Il haussa de rwuveau les épaules et me dit : <- Je manque toujours à mes principes quand cela me passe par la tête. J'y sais même si bien mahquer à l'occasion que, tiens ! je vais de ce pas taper Lambercier. »
Taper Lambercier! Je tcanbai de mon haut. Il est vrai que M. de Courpière sut s'y prendre de façon à ne pas entamer, mais
plutôt à renforcer, la précieuse confiance du bon Camille. IJ fît une visite à Jeanne Thillier. Il la tenait assez au courant de ses affaires, il lui en parlait comme à une excellente camarade, de qui il va de soi que l'on n'attend rien. Mais cette fois il lui demanda comment faire, avec un laisser-aller de détresse qu'elle put prendre pour une sollicitation déguisée. Il feignit de perdre tout à fait la tête. Il joua la comédie d'être à l'eau, faute de mille francs. « Eh bien, dit-elle, et Camille? » Alors il raconta que naguère, avant de lier amitié avec un homme si riche, il s'était donné sa parole de n'en jamais tirer un sou. « Es-tu bête! » dit-elle naïvement. Mais pour mettre en repos la conscience de notre ami, c'est elle qui demanda la somme.
Lambercier fut ému aux larmes, quand il apprit cette espèce de vœu solennel qu'avait fait M. de Courpière. Il versa les cinquante louis et demeura quand même persuadé que M. de Courpière était le seul de ses amis <jui ne lui eût jamais emprunté d'argent.
Le lendemain, Maurice avait im rendezvous avec M™" 'Valvin. Elle y arriva exaltée au plus haut point. J'ai dit que le désintéressement était la condition suffisante de sa sensualité; or, elle avait bien passé le désintéressement, puisqu'elle venait d'obliger ellemême pour la première fois de sa vie : on j:>eut calculer avec exactitude l'effet de .multiplication que cela produisait sur son tempérament. A l'instant même où elle allait en faire juger M. de Courpière, elle sentit qu'il lui glissait au doigt quelque chose.
« Ta bague, murmura-t-il. Je l'ai dégagée... »
Elle tressaillit au froid de l'or et devint inerte subitement. Ce fut un miracle comme le premier soir, mais à rebours. M. de Courpière fut dieu une seconde fois, pour anéantir l'amoursuse qu'il avait créée. Il ressuscitait la fille du même coup : elle se laissa prend avec indifférence, pour prix du bijou r
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LR FLUTE ET LE TfIMBOUR
Il fallait cependant que M. de Courpière éprouvât à la fin et inspirât des sentiments moins uniquement composés de curiosité et de fantaisie. Ici se place la grande passion dramatique de sa jeunesse. II rencontra sur son chemin une femme vraiment digne de se mesurer à lui. Leur amour naquit de l'estime, et de l'évidence d'une prédestination réciproque : ce n'est pas que dans le domaine de la sentimentalité pleurnicheuse qu'il se trouve des âmes s'.?urs.
La femme qui eut l'honneur d'être à la: taille de M. de Courpière, s'appelait M"® Arrow, et portait bien le prénom mâle de Frédérique. Dans la foule des femmes de qui on parle, elle est, depuis vingt ans, celle de qui on a le plus parlé, et celle pourtant qui a le moins laissé surprendre de sa vie réelle. Sa réputation, qui est terrible, est toute fabriquée et ne se fonde sur aucun document authentique. Tout ce qu'on dit d'elle est faux, si vous le prenez au pied de la lettre ; mais ce qui me confond, c'est que tout est vrai, si \=ous ne regardez qu'à l'impression d'ensemble. Moi qui sais à quoi m'en tenir i>our des raisons que je dirai plus tard, je certifie qu^on n'a jamais articulé sur cette femme que des mensonges, mais que les
calomnies la peignent au vif, et, en fin de compte, telle qu'elle est.
On a écrit maintes fois que la légende est plus instructive que l'histoire. J'étends cette opinion aux racontars du monde. Il ne faut pas croire que tout se sait, car tout s'ignore, ni qu'il n'y a point de fumée sans feu, car la plupart des nouvelles que l'on colporte sont forgées, et le sont de mauvaise foi ; mais elles le sont avec une si maligne et si admirable divination de ceux qu'elles visent, qu'on risque bien moins de se tromper sur ces gens-là en prenant leur réputation pour prouvée, qu'en la soumettant à la critique.
Ainsi j'affirme que l'on mentait impudemment, lorsque l'on mettait à l'actif de M"^ Arrow de mélodramatiques faits divers, tels que ruines, suicides, meurtres même, qu'elle aurait accomplis de sa main. Mais je conviens qu'en dépit de leur romanesque ou de leur absurdité, ces faits divers exprimaient à merveille et à ia rigueur le tragique réel de la personne en question.
Elle était, d'ailleurs, accusée de tout sans
jamais avoir été .convaincue de rien. Les
aventures qu!elle ne pou\"ait guère nier,
' étaient en si petit nombre et si anciennes,
que l'on a' ^ait dû, en bonne j\istice, la
So
Souvenirs du Vicomtede Courpière
taxer de femme honnête ou au moins de rep>entie : l'opinion n'en était pas moins unanime à lui attribuer des amants actuels, jque l'on désignait au hasard, parce qu'il faut bien citer des noms. L'on ignorait même l'état véritable de sa fortune, chose rare dans le monde, où la situation financière de chacun est connue, et surveillée au jour le jour, encore plus soigneusement (jue dans le commerce. Elle n'affichait aucun luxe déraisonnable, et rien n'autorisait à croire qu'elle dépensât plus que les revenus de la communauté : elle n'en avait pas moins une renommée de se vendre, beaucoup plus solidement établie que celle de la Vahàn et de la Passelieu, dont la jjTOstitution était publique.
La figure du mari semblait également mystérieuse. Arthur Arrow était d'origine anglaise et n'avait jamais pu parler le français couramment : on supposait qu'il ne l'en comprenait que mieux. Si la femme se faisait entretenir, il fallait bien admettre aussi que le mari en profitait ; mais il restait à savoir si c'était à son insu ou en connaissance de cause. La première hypothèse ne paraissait point soutenable, vu l'intelligence avisée d'Arthur Arrow, et la seconde pas davantage, vu son honorabilité sans tache. Arrow avait achevé de dérouter les observa • leurs de salon en faisant résolument preuve de cécité dans les deux ou trois circonstances où, tout de même, l' inconduite de sa femme était trop notoire, et ensuite en provoquant, sur le plus léger indice, et en tuant net un charmant jeune homme de la plus grande espérance. Cet accident n'avait jeté aucun froid entre M. et M^^ Arrow, qui affectaient d'édifier le monde par une inaltérable courtoisie à l'égard l'un de l'autre et, de temps en temps, par une exemplaire tendresse.
Quoique ces données fussent bien contradictoires, l'on regardait comme démontrées l'industrie de l'épouse et la complicité de l'époux. Depuis plus de six mois que nous fréquentions chez ^J°"' Riverol-Saligny, les Arrow n'y avaient point paru. Ils étaient en villégiature aux environs de Londres. On interprétait cette absence avec peu de charité : on disait communément que la belle Frédérique, ayant trop pressuré son public parisien, voulait le laisser reposer, et qu'elle faisait une tournée en Angleterre avec son A'^hur comme imprésario.
M. de Courpière n'avait donc jamais vu M""* Arrow, mais il en avait les oreilles rebattues d'avance^ car on ne pariait jamais
autant d'elle dans les salons que quand elle n'y était pas. Comme il professait, à l'endroit des bavardages mondains, la théorie que j'ai formulée tout à l'heure (et que je lui dois) — sans croire un mol des histoires qui couraient, il les tenait pour révélatrices, et il avait déjà son opinion faite. Il était à l'égard de M™* Arrow comme le sj^ectateur est à l'égard de Tartufe, qui ne paraît qu'au troisième acte, mais qui remplit toutes les conversations des deux premiers. Son imagination travaillait, sa sensibilité était en branle, et je pense que, consciemment ou non, il était déjà allé jusqu'au désir a^'ant la première entrevue. Ces espèces d'amours préalables n'ont rien d'exceptionnel.' et je i\e m'étonnais que de l'ardeur mal comenue q le M. de Courpière y apportait, qui me semblait à l'opposé de son tempérament : mais les tempéraments sont faits pour se démentir, comme les lois pour qu'on les viole.
Un soir, chez M™" Riverol-Saligny, à la campagne, il prit subitement la défense de .M™* Arrow, qu'on déchirait. Elle était de retour depuis la veille et, par conséquent, d'actualité. On ressassait pour mémoire quelques-unes de ses aventures apocryphes, les plus dignes de figurer dans un romanfeuilleton. M. de Courpière plaida pour elle avec une soi te de rage, procédant par démentis furieux. Je fus surpris de son acceut. Je ne reconnaissais pas la froideur de sa coutumière insolence. Ce n'était pas non plus le ton d'un homme chevaleresque, indigné qu'on s'en prenne à une femme.
Ce n'était pas même le ton du monde, c'était plutôt celui de Vautre faubourg et je retrouvai un instant le Courpière de nos excursions dans les quartiers pau\Tes.
Tous les hommes se turent, avec leur courage ordinaire ; et les femmes, avec non moins de courage, jxjur suivirent parce qu'elles étaient sûres de T impunité. Elles sentirent même le besoin d^aller cre.srendo et elles improvisèrent sur le compte de l'absente quelques ordures nouvelles, que des femmes peuvent bien dire tout haut dans un salon, mais qu'un homme qui se res})ecte ne peut pas consigner par écrit.
Par exemple, ce qui les fit taire sur-lechamp, ce fut l'arrivée imprévue de Frédérique en personne. T^ien que ce coup de théâtre soit fréquent et banal dans le monde, il produisit cette fois son plein effet. Personne ne trouva un mot pour sauver la situation, et Frédérique acheva de les ahurir tou« en disant avec un calme superbe : 0 'Vous parliez de moi ?
Souvenirs du Vicomte de Courpiere
— Oui, fit doucement Marchai, qui ne lui était pas inférieur en sang-froid.
— Ne vous gênez pas, dit-elle, continuez. » Et elle se mit à traverser le salon, distribuant avec nonchalance des poignées de main à toutes ces tricoteuses, soudain apprivoisées, se laissant baiser les mains par les hommes-
— Ma chère! Nous ne vous. attendicais plus ! dit M""* Riverol.
— J'avais peur, en effet, dit M°* Arrow, que vous ne fussiez déjà dans vos lits.
— Ma foi, on allait s'y mettre. Nous sommes tous des couche-tôt.
— Oui, vous ne pensez qu'à ça...
Tandis que s'échangeaient ces aménités,
je regardais M™® Arrow de tous mes yeux. Je m'aperçois que je n'ai pas encore donné de portrait d'elle; mais il me semble que je l'ai fait mieux connaître par son attitude, par sa démarche et par son accent, que je ne saurais faire par une description de ses traits. Au reste, si belle qu'elle fût, ce n'était pas à la figure de sa beauté qu'on prenait garde tout d'abord, mais à l'au-delà de cette beauté : et on n'attend pas de moi que je sois capable de définir en quoi consistait cet au-delà. Je désespère également d'interpréter son sourire, et d'isoler ce qui s'y combinait de douleur, de volupté, d'ironie, d'ingénuité ou de perversion. Ses yeux déteints exprimaient peu de pensées, et révélaient beaucoup d'arrière-pensées. Il était impossible de lui assigner un âge : on la savait mûre, mais elle n'en présentait point de trace, et elle n'avait pas non plus l'air jeune. Enfin elle était vêtue avec simplicité, et presque avec une pauvreté orgueilleuse, avertie sans doute que, dans l'économie de sa beauté, l'enveloppe corporelle n'était pas tout, et l'enveloppe couturière n'était rien.
^jme Riverol-Saligny s'excusa de n'avoir point réservé à M"* Arrow son logement ordinaire, et de la devoir mettre pour cette nuit dans une chambre voisine du salon. Puis, s'avisant que M. de Courpiere n'était pas présenté à la nouvelle venue, elle fit la présentation ; et je jugeai, au regard par lequel M™* Arrow prit possession de mon ami, qu'elle aussi le connaissait par ouïdire. Mais Théophile Marchai voulut faire dure un peu l'embarras qui allait se dissiper trop vite au gré de sa malice, et il engagea M™* Arrow à remercier M. le vicomte de Courpiere, qui venait de prendre sa défense tout à l'heure, sans la connaître.
— C'est pour ça... dit-elle. Et elle poursw'vit sur ce ton de badinage, disant que,
pour la défendre contre tout un saloa ameuté, M. de Courpiere devait être d'une bravoure peu axnmune, qu'enfin elle le t3nait d'ores et déjà pour un homme.
— Fichtre! dit Théophile Marchai, voilà un compliment.
— Mon cher, répliqua-t-elle, par le temps qui court, c'est encore ce que je trouve de plus exceptionnel à dire à un monsieur.
On ne tarda pas à se souhaiter le bonsoir. Les femmes se retirèrent, les hommes s'attardèrent un peu à jouer. Moi, je remontai dans ma chambre et je me mis à lire, attendant le retour de Maurice pour bavarder encore avec lui avant de me coucher. Je l'avais laissé à une table d'écarté avec Marchai. "^
Il paraît que leur écarté ne dura guère plus d'une demi-heure et que, pendant qu'ils jouaient, un à un tous les autres s'en allèrent. Aussitôt la partie achevée. Marchai, qui ce soir-là était logé dans le pavillcm du parc, sonna. Un domestique lui apporta son pardessus et son chapeau, il s'emmitoufla, puis sortit par la terrasse. M. de Courpiere fit quelques pas dehors avec lui, et rentra seul dans le salon où l'on avait éteint toutes les lampes, sauf une qu'on y laissait allumée toute la nuit. Alors, machinalement, il alla vers la chambre de' M°^ Arrow, sans aucune intention, comme bien on pense, et pourtant d'une démarche aussi assurée que s'il avait eu l'intention d'y entrer tout droit. Comme à point nommé, la porte de cette chambre s'ouvrit, et M""® Arrow reparut, en déshabillé. A
Ils ne marquèrent ni l'un ni l'autre aucune surprise, mais ils ne se hâtèrent point de rompre le silence, et le prolongèrent même, comme de parti pris, pour accuser davantage, au lieu de la sauver, la bizarrerie de leur situation. Enfin M™® Arrow dit de sa voix la plus naturelle : « Tiens, vous êtes là?... » Il murmura : « Oui... »
— J'avais cru entendît qu'on fermait les fenêtres. Je venais les rouxTir. J^ai l'habitude de dormir avec ma porte entre-bâillée et les fenêtres de la pièce voisine grandes ouvertes.
— Ah!... fit distraitement M. de Courpiere, à qui ces intimités semblaient dénuées d'intérêt.
Elle déclara qu'elle était une créature de plein air. Elle ajouta : « Quelle merveilleuse nuit ! » et elle s'avança sur la terrasse pour contempler les étoiles. M. de Courpiere la suivit. Ils parlèrent, sans y insister trop, de l'infini et de quelques autres généralilé*^
Souvenirs du Vicomte de Courpière
Une fois ce prélude exécuté, M""* Arrow lentra dans le salon, où elle s'établit comme avec l'intention de causer ; mais elle fit ausî-itôt mine de se lever et de partir, s'accusa nt d'être indiscrète. M. de Courpière protesta.
— Vrai? dit-elle. Vous n'êtes pas impatiemment attendu? Je ne prive personne?
— Personne !
— Alors, causons. Vous n'êtes pas indiscret non plus, je vous pria de le croire.
— J'en suis persuadé, dit M. de Courpière.
— Merci...
Cette transition, bien que rapide, leur suffit pour aborder le sujet de l'amour et, sans plus de préliminaires, Maurice commença d' « expliquer son caractère, » comme on dit, à M""' Arrow ; c'est-à-dire qu'il lui expliqua sa façon habituelle de se comporter avec les femmes, soit pour les obtenir ou pour les prendre.
Il affirma qu'en dépit de son renom et des apparences, il était timide à l'extrême; mais il ajouta qu'il ne tombait dans cet excès de timidité que par crainte de l'excès contraire ; qu'en effet, il était ingénu, mais ingénu au sens où Voltaire l'entend : qu'il lui fallait faire effort pour se rapi>eler à temps qu'il y a des choses permises et des choses 'défendues; qu'il ne pouvait point s'empêeher, lorsqu'il se trouvait en tête à tête avec ïine femme désirable, de la désirer tout lx)n- «eaaent, de le lui dire en propres termes, et
M** Arrow se mit a rire.
'et le lui prouver, comine parle le code, par vn commencement d'exécution. M"»" Arrow »c mit à rire et observa qu'il était fort dangereux à rencontrer au bord d'un lit : à quoi Kl de Courpière répliqua qu'il n'y a point que des lits. M"' Arrow, s^ns aller jusqu'.^
détourner la conversation, jugea nécessaire d'en modérer un peu le train.
— Avec un tempérament aussi primesautier, dit-elle, vous devez être essentiellement transitoire? J'imagine que votre devise est : « Point de lendemain ? »
Maurice répondit avec feu qu'à l'occasion il considérait l'amour sub specie œterni, mais qu'en thèse générale, la jolie devise de nos pères : « Point de lendemain » lui semblait une formule plus rigoureuse de la normale des relations entre deux êtres de sexe différent.
— J'espère, dit M""" Arrow, et ce serait une compensation, que la jalousie vous est étrangère, au même titre que la fidélité ?
— C'est ce qui vous trompe, répondit M. de Courpière, et il expliqua que la jalousie était à l'origine de toutes ses affections, que peut-être même elle en était la substance Unique. Il avoua que tout à l'heure, quand il avait pris la défense de Frédérique, c'était avec une arrière^pensée de jalousie; que, tout en n'ayant pas l'air de croire à ces histoires, il se disait à part soi : « Si c'était vrai pourtant? » et qu'il se promettait bien, une fois seuls, en tête-à-tête — car ce tête-à-tête invraisemblable, il l'avait pressenti — :- il se promettait bien de lui dire — et pas poliment : « Je vous ai défendue pour la galerie, maintenant vous allez me répondre, à moi, qu'y a-t-il de vrai dans tout ça? »
Elle se récria, comme si M. de Courpière se fût réellement permis de lui poser la question. D'ailleurs, il ne se défendit qu'à peine de l'avoir fait, et il prétendit qu'il avait le droit de le faire. A quel titre? A titre d'homme. « Il y a une solidarité entre nous tous, et vous ne pouvez pas tromper ou berner un de nous sans que n'importe quel autre se sente un peu atteint, un peu froissé. » Elle répondit en se moquant : « Nous ne pouvons pas non plus faire le bonheur d'un seul sans léser en quelque sorte tous les autres. Alors celui-là même, dont nous faisons le bonheur, se sent lésé dans sa solidarité masculine, en même temps que privilégié comme Individu? »
Mais M. de Courpière n'admet pas que l'on fasse de l'esprit pas.sé une heure du matin, et jugeant à la température du dialogue qu'il pouvait dès à présent risquer le coup, il se mit à chercher sans désemparer la transition finale. Il en revint au thème de sa jalousie, dit qu'elle était si vivace qu'elle survivait en lui d'ordinaire aux autres sentiments où elle avait donné lieu; que, par exemple, il n'aimait les gens que par jalousie, mais
Souvenirs du Vicomte de Courpière
qu'il ne cessait pas d'être jaloux (feux parce qu'il ne les aimait plus; et qu'il continuerait à l'être de NP"* Arrow quand elle serait partie demain, quoi qu'il se fût passé d'ici à demain entre elle et lui.
Elle releva la phrase. Elle la répéta lentement, d'un ton interrogatif. « Vous me comprenez », dit-il. Elle nia. Il répéta qu'elle le comprenait, et savait fort bien — comme lui-même — où tendait depuis une heure cet entretien bizarre et scabreux. Elle protesta, mais il la convainquit d'avoir, avec une hypocrisie complice de la sienne, aidé à diriger l'entretien vers ce but, tout en ayant lair de ne causer qu'à bâtons rompus. N'ayant plus de raisons, elle se retrancha dans son bon plaisir et dans son orgueil : il l'en délogea vite. Elle ne refusa plus rien en principe, mais elle manifesta une grande répugnance à se donner le premier soir : M. de Courpière lui fit sentir que cette superstition bourgeoise était indigne d'elle et de lui-même. Puis il fit miroiter à ses yeux l'occasion. Elle avoua tristement que c'était une occasion rare, et qui sans doute ne se représenterait pas de sitôt. M. de Courpière entendit qu'elle faisait allusion à l'absence exceptionnelle du mari ce soir-là.
Il ne s'agissait plus cjue de brusquer le dénouement, et Maurice regrettait qu'à cette heure indue, on ne pût compter sur les bouteen-train. Juste à ce moment, il perçut un bruit léger. Une porte s'ouvrit, se ferma. Des pas approchaient. M"" Arrow eut un geste de peur nerveuse qui s'acheva dans les bras de Maurice. Il l'entraîna, il l'emporta dans la chambre.
Par grand hasard, le bruit qui effraya Frédérique si à propos, n'avait point de cause inavouable. La personne qui circulait à cette heure était l'innocente M"° Lambercier. Elle dormait d'habitude assez mal et, ne pouvant cette nuit fermer l'œil, elle venait chercher au salon un livre qu'elle y avait laissé. Elle entra bien à temps pour voir Maurice emporter M™ Arrow. Elle comprit apparemment qu'une jeune fille ne peut s'exposer à être deux fois témoin d'un tel spectacle ; ou bien il lui fut particulièrement désagréable que M. de Courpière fût l'un des personnages du tableau vivant qu'elle avait surpris : toujours est-il que, du jour au lendemain, elle cessa de fréquenter chez M"^ Riverol-Saligny. Elle se cloîtra plus que jamais, et nous n'entendîmes plus parler d'elle jusqu'à des événements oue je relaterai beaucoup plus tard.
C'est à roccasio»^de ces événement^ qu'on
dut me mettre au courant de tout ce qui précède. Mais, le soir même, je sus en gros à quoi m'en tenir. J'ai dit que j'attendais le retour de Maurice en faisant la lecture. Etonné de l'heure (]x\"\] t'tMit. j'allai jusqu'à
Elle venait chercher au salon un livrk qu'elle y avait laissé.
sa chambre, et la trouvai vide. Je descendis au salon (ce dut être une heure au moins après M"® Lambercier) : il n'y avait personne. J'en dus conclure que Maurice était chez quelqu'un ; et, connaissant les habitudes de tous les invités de ce soir-là, je pus déterminer, sans doute possible et par une simple élimination, chez qui.
Je fus ensuite fort sevré de nouvelles. M™** Arrow n'était point femme, comme la "Valvin, à régaler de ses confessions le meilleur ami de son amant. Elle ne fit seulement pas attention à moi. Je ne savais à la lettre rien, sauf que cela durait : car M. de Courpière, outre qu'il ne me disait rien non pïus, m'abandonnait. J'employai ma solitude à faire de la psychologie. Je constatai premièrement la témérité des jugements xaondains, et je m'étonnai que M"° Arrow n'*fû«
Souvenirs du Vicomte de Courpière
chat point ses relations avec M. de G)urpière, rien que pour le plaisir de confondre tous les gens qui la prétendaient entretenue. Mais elle dissimulait, au contraire, avec un sein bien excessif, de la part d'une femme que sa réputation rend libre de ne rien ménager. Seul, peut-être, je pouvais lire dans ses yeux qu'elle aimait, et si j'y voyais clair, c'est que j'étais averti. La physionomie de M. de Courpière éteit plus parlante, il n'était point fermé, ni maître de lui comme à l'ordinaire : ce phénomène me parut intéressant. Mais je regrettai d'autant plus qu'il me retranchât de ses confidences au mcsnent juste •ù sa sensibilité s'essayait à des manifestations nouvelles, et qu'il me réduisît à des conjectures peut-être purement gratuites.
^ Maurice, casanier de nature et régulier d'habitudes, était maintenant toujours dehors et n'avait plus d'heures. Cela n'indiquait point, à mon sens, que M™® Arrow le favorisât de très nombreux rendez-vous, mais plutôt qu'il y avait des précauticms à prendre, des difficultés à vaincre, et que neuf fois sur dix, sans mauvaise volonté de part et d'autre, leurs rendez-vous manquaient. Comme la solitude aigrissait un peu mon caractère, je ne pus me défendre de n'être pas fâché de ces contretemps hypothétiques. Puis je me reprochai de tels sentiments, et je voulus prendre sur moi. Je résolus d'organiser ma vie sur un nouveau plan et d'inventer un «■ftploi à toutes les heures- que précédemmjent je réservais au vicomte. L'idée me vint *i*ii jour que je négligeais beaucoup cette bonne Jeanne Thillier. J'allai sur-le-champ Kii faire visite — et je fus stupéfait d'y trouver M. de Courpière.
Assurément, il n'y était pas de passage, mais depuis longtemps, et avec l'intention d'y séjourner longtemps encore; il y avait dû venir hier et y devait revenir demain : car il avait cet air d'être là chez soi. qui saute tout d'abord aux yeux d'un tiers survenant • — le cas seul excepté où ce tiers survenant est un mari ou bien un amant titulaire.
Mon premier sentiment, en le trouvant installé là, fut une extrême mauvaise humeur. En vérité, si la cause de tout le dérangement de Maurice n'était que Jeanne Thil- Ker, ce n'était pas la peine de faire à ce sujet tant de mystère avec moi et de me teJsseî au rancart. Cette mauvaise humeur pttérile lit place à une autre mauvaise humeur, plus noble, et de source intellectuelle : je n'étnis guère flatté de m'être trompé Si grossièrement, et de n'avoir échafaudé toute la psychoyogie des amours de M. de C<f^
pière avec M"** Arrow que pour être, a» bout de mcMi travail, ainsi dçmenti par les fait».
Mais il m'arriva ce qui arrive à tous le» systématiques : je repris bien vite l'avantage sur les faits ; je me persuadai, par les meilleurs arguments du monde, qu'ils ne signifiaient rien du tout, que mon système seul avait de la valeur, et que, malgré les apparences, M. de Courpière était l'amant de M™® Arrow, comme j'avais décidé qu'il devait l'être.
Tout en professant de la sorte le mépris de l'expérience, je ne fut point fâché qu'un autre fait, un vulgaire fait d'observation, vînt, à quelque ten^s de là, confirmer mes raisonnements. Un jour, Maurice ayant regardé l'heure à sa montre et s'étant levé pour partir aussitôt. Jeanne lui dit adieu de la façon la plus douce et la plus naturelle; mais, dès qu'il fut dehors, elle pleura, et me dit avec un accent de jalousie déchirante : « Il va retrouver cette femme ! » Je fis le geste sot des gens qui n'ont rien à répondre. Ma vanité se trouvait si chatouillée par cette preuve inattendue de mes déductions, que je n'avais plus de place en moi pour un sentiment de pitié.
Il va de soi que ma machine à conjecturesse remit, dès lors, à fonctionner avec entrain. Je me proposai de découvrir pourquoi M. de Courpière était justement devenu assidu chez Jeanne Thillier, au moment ovi il avait une maîtresse de l'importance de M°" Arrow, qui certainement lui tenait au cœur et autre part, et était même la seule qui lui eût jamais tenu là. On peut retourner la question autant qu'cHi voudra : on n'arrivera jamais à expliquer cette conduite, comme je fis, que par l'intérêt. — Je commençai de croire .que M*"* Arrow méritait peut-être bien sa réputation : enfin, cela ne prouvait rien p)our elle, d'avoir pris un amant sans le sou ; et qui n'a rien, peut toujours recevoir de la main gauche ce qu'il donnera de la main droite.
Je n'acceptai pas toutes ces idées-là sans un peu de résistance de la part de mes préjugés. J'étais alors assez monté contre M. de Courpière. et comme la vivacité même de mon affection pour lui me rend capable des colères les plus outrées, je le traitai» dans mon for intérieur comme si je l'eusse haï et méprisé. Je me ressaisis vite, et il me souvint à propos que l'école à laquelle j'appartiens, se soucie uniquement de noter, de classer les faits et d'en tirer des concIusicMis scientifiques, sans les envisager du point de vue de la moralité. Je ne m'inquiétai donc plus que de savoir comment procédait M. de
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vJourpière pour recevoir d'une main et pour donner de l'autre main. J'appelais cela le système de la Flûte et du Tambour : l'expression est pittoïiesque, mais peut-être un peu libre.
Jeanne Thillier ne pouvait jouer qu'un rôle d'intermédiaire, et les fonds venaient toujours, en dernière analyse, de Lambercier. Mais je soupçonnai qu'on ne les lui demandait pas positivement comme on avait fait naguère pour les cinquante louis de la bague : Lambercier avait une physionomie plus confiante que jamais, et cette confiance-là se serait bien vite rembrunie, si on eût trop souvent renouvelé le coup des mille francs. Mais comment un banquier aussi avisé laissait-il passer sous son nez, sans y voir que du feu, des sommes probablement très fortes? Je ne tardai pas d'en être éclairci.
Un matin, Camille Lambercier arriva cht'z Maurice presque fou, et cria dès la porte que Jeanne avait un amant : ce n'est pas de ce terme-là qu'il se servit, mais d'un autre, indiquant qu'il avait du même coup découvert le déficit et supposé l'exploitation. Il paraît que Jeanne employait tout bonnement le procédé des domestiques infidèles, qui re- ■çoivent de l'argent pour payer les notes ei qui ne les payent point. Cela se sait toujours à la longue, et il avait suffi d'un huissier tout à l'heure pour ouvrir les yeux à Camille, Où passait l'argent? La seule réponse possible est que Jeanne avait un amant — ou enfin ce que j'exprime par cet euphémisme, et Lambercier ne se lassait point de le répéter à M. de Courpière, avec un fâcheux manque de tact.
— Qui ? demanda Maurice en le dévisageant.
Il fit un geste d'ignorance furieuse. « Si vous croyez qu'on peut lui tirer un mot !... » Il ajouta : « Je lui ai tordu les mains! » Cette phrase romantique me parut d'abord faire fausse note ; puis j'eus la vision de l'héroïque amoureuse martyrisée, subissant îa question sans faiblir, sans trahir Maurice ! Je regardai mon ami, mais ce n'est pas à Jeanne qu'il pensait.
— Que comptez-vous faire? demandat-il fébrilement.
* — ■ Je l'ai jetée dehors! cria Lambercier, et il retomba épuisé dans un fauteuil.
M. de Courpière avait affreusement pâli. Ses yeux virèrent. Je compris que c'était la fin, la ruine, M"" Arrow perdue...
Cependant ses relations avec elle durèrent encore plus d'un mois. J'ai appris par la suite comment la rupture put être différée aussi longtemps. Si fréquentes, si considérables que fussent les libéralités de M. de Courpière, elles n'avaient jamais donné lieu, "de la part de Frédérique, à aucune sollicitation préalable, ni à aucun remerciement. L'un donnait, l'autre recevait, ils faisaient cela sans rien dire, c'était le peccaium muium, le péché muet, si je puis emprunter aux casuistes cette expression, par laquelle ils désignent un tout autre péché (que M. de Courpière n'a jamais commis, du moins à ma connaissance).
Dans ces conditions-là, la suppression des subsides, n'étant également ni annoncée, ni expliquée, pouvait n'amener, durant plusieurs semaines, que de l'incertitude, une inquiétude poignante, mais rien d'irré{)arable. Cette prolongation, toute naturelle, fit COTicevoir des illusions à M. de Courpière, qui n'est pourtant pas un chimérique. Il se flatta de garder M"® Arrow pour rien, et il l'en aima d'autant plus, avec une reconnaissance attendrie.
Un jour, elle lui dit brusquement, sans le regarder : « On m'a laissé huit jours pour en finir. » Et elle avçua tout son secret : l'ignoble cupidité de l'homme dont elle portait le ncwm, aveugle pour qui paye, autrement, implacable — il l'avait prouvé en lui tuant son seul amant pauvre avec une sûreté de bretteur. Maurice fit un geste superbe. « Oh ! je sais bien que tu n'as pas peur, dit-elle ; mais c'est moi qui ne veux pas te risquer. Si tu ne cèdes pas, je partiraL »
Ils se turent, pensant à l'horreur de vivre. Puis ils se reprirent avec emportement.
— Huit jours... murmura Maurice.
— y avais huit jours. C'est le dernier aujourd'hui-
Elle lui dit adieu et partit sans tourner la tête.
M"« LA COMTB8SL ^O- {*ASSELIEt' MRW CK PIll'.MIER TBTIf.-A-TKTR BMPB CUIBR BT Uiv'P ASSiU LUKft.
« PasSELIEU mort subitement ATTl-
« QUE. Tache préparer sa femme et ramène-li
« IMMÉDIATEMENT. AmITIÉS. J) ^
LE Bon MOTIF
La force du caractère peut se mesurer exactement : elle est en raison inverse du temps qu'on perd en remords ou en regrets. Je ne fais nul cas de l'horame qui s'attarde à pleurer sur ses péchés : qu'il les répare! Je n'ai pas non plus de pitié pour celui qui geint. Les faibles seuls regrettent, les forts haïssent, d'une .haine active et pratique : ils ne s'en prennent pas au passé, sur lequel ils n'ont pas de prise, et c'est à la réalité de demain qu'ils s'efforcent de faire payer avec usure tout ce qu'ils ont souffert de la réalité d'aujourd'hui. — Après ses tragiques adieux à M™® Arrow, M. de Courpière ne y 'arrêta pas de vivre une minute, encore qu'il souffrît affreusement ; mais il bondit sous la blessure •: la comparaison est littérale, car il s'élança, en effet, à travers les rues sans savoir où aller, et c'est tout à fait par hasard que ses pas le conduisirent devant l'hôtel de Passelieu. Là, il se ressai.sit, et il eut la présence d'esprit de poser une carte pour la comtesse.
Je veux répondre ici à une critique où je m'attends : pourquoi M. de Courpière n'avait-il pas opéré tout bonnement la réconciliation de Camille Lambercier a.vec sa maîtresse? Cela ne lui eût pas été si malaisé, car il faisait de Jeanne Thillier ce qu'il voulait. Camille se trouvait aussi bien désem-
paré, et n'eût pas demandé mieux que d2 pardonner, du moment qu'un homme compétent comme M. de Courpière lui aurait affirmé qu'il le pouvait faixe sans ridicule.
Il suîri'c d'y regarder d'un peu plus près pour s'assurer que cette réconciliation n'eût été à Maurice d'aucun profit. Lambercier pouvait être magnanime, mais non plus aveugle, et n'était dorénavant utilisable pour M. de Courpière qu'à la condition justement que Jeanne Thillier ne s'en mêlât point. Elle-même ne redevenait une valeur qu'à la. condition qu'on lui dénichât un autre Lambercier. Ce n'était pas l'affaire de Maurice : il n'aime pas à se répéter ; et puis on; trouve un Camille Lambercier,. on n'en trouve pas deux. M. de Courpière passa l'éponge et s'occupa de la comtesse.
Il fit bien. Je lui avais dit, quelques mois auparavant, que M"® de Passelieu était, pour un homme comme lui, la maîtresse rêvée : elle n'avait apparemment pas cessé de l'être, et je ne vais pas m'en dédire. Mais il faut convenir que mon ami jouait la difficulté : comment reprendre l'offensive avec une femme qu'on a refusée quand elle s'offrait, et à qui on a infligé la plus sanglante injure qui se puisse infliger à une femme, qui est de lui exprimer en paroles et de lui prouver en action qu'on la respecte?.
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Cette difliculté, insurmontable pour o*iinporte qui, n'était qu'un atout de plus pour M. de Courpière : il excelle dans ce qu'on appelle au théâtre les situations insolubles, rien ne lui est plus seyant que l'efronterie, il est effronté comme un page, ou, x>ur mieux dire, il redevient page et chérubin dès qu'il se mêle d'être effronté. Comme il sait prendre ses avantages, au lieu de s'arabarrasser dans des explications et des excuses impossibles, il se contenta de signifier à jN!™* de Passelieu, par un sourire Cf nique et engageant, qu'après n'avoir point voulu d'elle, il en voulait bien, et voilà tout.
La grâce de ce bon plaisir est d'un effet certain sur toutes les femmes, et en particulier sur celles de quarante-cinq ans. M°*^ de Passelieu, qui trouvait déjà Maurice très « petit jeune homme » voilà plusieurs mois, le trouva, dès qu'il eut exécuté cette manœuvre, encore beaucoup plus « petit jeune hœnme » : elle n'eut pas le courage de lui tenir rigueur pour un affront qui n'était, somme toute, qu'un enfantillage, et dont il paraissait lui-même avoir perdu tout souvenir.Elle ne sut que lui témoigner la joie folle, attendrie, qu'elle éprouvait à recevoir ses hommages. Elle gonflait comme une tourterelle son col bien rond, sa gorge grasse, et elle répondait aux galanteries un peu miè- \Tes de M. de Courpière, plutôt par une façon de roucoulement que par des paroles articulées. Bref, le soir même oii ils se trouvèrent en contact dans le salon de l'Appareilleuse, la chose — si je puis employer un substantif aussi vague pour désigner ce qu'il y a au monde de plus précis — la chose fut admise en principe.
Il n'y a pas loin de la coupe aux lèvres chez M™* Riverol-Saligny, et l'on avait lieu de croire en conséquence que les deux partenaires, étant d'accord, allaient passer sans désemparer du principe à l'application. Ce n'est pourtant point ce qui arriva. M. de Courpière, au lieu de pousser en avant, resta sur place et se borna, pour un temps indéfini, à reprendre le thème de sa déclaration, en le variant et en le retournant de toutes les manières, avec beaucoup d'art, je dois le dire, mais, à ce qu'il me sembla, avec plus d'art -ue d'entrain. M"* de Passelieu, qui avait toujours les yeux fixés sur ses yeux, qui était Mispendue à ses ]è^^:es, prête à l'obéissance, ne ]>ouvait lire dans son regard discret, saisir dans son langage équivoque, que l'expression toujours ingénieusement diversifiée — mais toujours à peu près également con tenue, d'un désir timide, malicieux, tyran-
nique — et très peu exigeant. Ce joli travail faisait l'admiration des spectateurs qui, chez M"* Riverol-Saligny, s"v entendent en raffinements : il les étonnait aussi quelque peu, vu qu'il ne servait manifestement à rien, et que les dispositions complaisantes de M"" de Passelieu rendaient tant de fioritures superflues. Mais les gens qui se piquaient d'esthétique, déclaraient pédantesquement que les exercices de M. de Courpière devaient à leur inutilité même leur principal caractère de beauté.
A vrai dire, ces préludes n'étaient point du tout inutiles. Les femmes d'un certain âge ont un fort appétit ; mais c'est une raison de plus pour qu'elles préfèrent en amour le service à la russe, où les hor«d'œuvre sont à eux seuls tout un véritable repas. Seulement, comme les femmes d'un certain âge invitent d'ordinaire à leur table des hommes qui sont à l'âge de la gloutonnerie, elles se résignent — en soupirant — à se passer des hors-d'œuvre en question. Ce fut une délicieuse surprise pour la comtesse de Passelieu, de trouver un jeune homme de moins de vingt-six ans qui ne courait pas tout de suite à la grosse pièce. L'extrême jeunesse d'allures de M. de Courpière rendait cette virtuosité inattendue encore plus invraisemblable, presque effrayante : il se révélait à M™* de Passelieu non seulement comme un maître en son art, mais comme un petit prodige, — ce qui n'est pas toujours aussi insupportable qu'on veut bien le dire. Néanmoins, les transports où ces pratiques savantes la jetaient, ressemblaient parfois beaucoup plus à de l'exaspération qu'à du plaisir. Pendant les exécutions de M. de Courpière, elle avait un sourire fixe — un sourire de ravissement, d'extase, mais qui parfois s'amincissait et s'élargissait jusqu'au rictus. Les dents se serraient. Enfin la comtesse était à la limite de l'énervement. e,.' il semblait qu'on n'eût qu'à donner un bon coup de cravache sur la table pour la faire tomber dans une attaque de grande hystérie.
J'admirais sans réserve mon ami d'avoir su mettre cette femme dans un tel état et de jouer le jeu jusqu'au bout, de la laisser languir après s'être fait préalablement tout promettre, de s'assurer ainsi une passion durable, au lieu du caprice qu'il "isquait de tuer en le satisfaisant. J'éprouvais le besoin de lui témoigner cette admiration. J'éprou vais surtout le besoin de recommencer à eau ser un peu avec lui de ses affaires, sur lesquelles je le trouvais bien réservé depuis
Souvenirs du Vicomte de Courpière
quelque temps. Comme son flirt osé avec la comtesse de Passelieu était la fable universelle, il n'y avait pas d'inconvénient à lui en toucher un mot. Il eût même été singulier que, dans les termes où nous sommes, je ne le fisse point.
Je hasardai donc un jour de lui présenter mes compliments, avec un peu d'embarras et d'obséquiosité. Il me répondit par monosyllabes, de mauvaise humeur. J'ajoutai, non sans malice, qu'il me paraissait sur le point de fort négliger les avertissements d'en haut, qui naguère lui prescrivaient de respecter M™* de Passelieu. A moins que, peut-être, il n'eût reçu depuis un autre avertissement du même endroit, lui prescrivant juste le contraire?
Il me répliqua très sérieusement qu'il n'en avait pas reçu ; et qu'il était même fort troublé à l'idée de passer outre au premier avertissement que je venais de lui remémorer; qu'il n'avait jamais agi de la sorte, et que. sans aucun doute, cela tournerait mal ; qu'enfin, cette superstition était la cause unique de ses lenteurs, que j'avais bien tort de prendre pour des habiletés. Je le vis si ému que je n'osai point le plaisanter. Il se rembrunit encore plus, et me déclara, en détournant les yeux, qu'il y avait une autre raison pour qu'il ne se décidât point à en finir : c'est qu'il ne se sentait aucun goût pour la comtesse de Passelieu. Alors il me fit un développement un peu long pour m'expliquer que les sentiments ne se commandent pas, et qu'il est peu réjouissant de « marcher » avec une femme « quand on en a une autre dans le sang ». Le vocabulaire amoureux de Maurice était fort panaché. Il n'employait jamais de formules simples : il alternait, sans transitions, entre une terminologie surannée et celle des boulevards extérieurs. Mais ces idiomes disparates changeaient de caractère en passant par ces lèvres aristocratiques. M. de Courpière n'était rococo qu'avec je ne sais quoi de traditionnel qui en imposait, et rien d'autre part ne lui donnait plus grand air que de s'encanaiTler en paroles. Depuis qu'il avait eu une passion, il était resté beau ténébreux, et cela n'était point 1840, mais incroyablement actuel. Il avait aussi, à l'occasion, des intonations et des regards que je serais embarrassé de définir, mais qu'on imaginera quand j'aurai dit que je le sufnommais « la Terreur du faubourg Saint-Germain ». — Jft n'ai jamais osé lui confier cette innocente plaisanterie de vive voix, et c'est dans cet écrit qu'il en trouvera l'aveu.
Je reviens à la comtesse. En dépit dte toutes les superstitions et du peu de goût que M™* de Passelieu lui inspirait, M. de Courpière se rendit bien compte "qu'il ne pouvait plus différer le dénouement. Le printemps vint là-dessus, M""® Riverol-Saligny partit pour la campagne, et il n'y avait plus moyen de se dérober à la comtesse, à moins de refuser les invitations de l'Appareilleuse. M. de Courpière, qui fait de bonne grâce tout ce qu'il ne peut pas se dispenser de faire, accepta la première invitation. En l'acceptant, il regarda M"" de Passelieu avec tendresse. Elle baissa les yeux et fit la gorge de pigeon. Cela équivalait à une promesse ferme et à un traité bilatéral.
M™® Riverol m'ayant, là-dessus, invité moi aussi, je dus m 'excuser, n'étant pas libre ce jour-là. Maurice parut contrarié au pius haut point, et me lit, dès que nous fûm^is seuls, une espèce de scène, dont je me sentis bien touché, mais un peu surpris. Il me reprocha de le lâcher, et dit mélancoliquement que tout commençait à marcher de travers, ainsi qu'il l'avait bien prévu. Je me moquai de nouveau, et il ne se fâcha même point : il était fort déprimé.
Il partit pour cette villégiature amoureuse, en proie aux plus sinistres pressentiments. Il tint cependant avec honneur son rôle de prétendant sur le point d'être satisfait. Il y fut aidé par la continuelle préseix» d'autres personnes, car on ne le laissa en tête à tête avec M™* de Passelieu qu'au retour de la promenade, une heure avant la cloche du dîner. Le lieu de ce tête-à-tête était le même salon où, plusieurs mois auparavant, il avait si brillamment enlevé d'assaut Frédérique : mais M. de Courpière n'est pas homme à se gêner pour les murs, pour les divans et pour les chaises ; il ne comprend pas qu'on leur prête la sensibilité ni le sou venir, et que des objets inanimés puissent être des témoins.
Sans rien anticiper des joies qu'elle voulait réserver pour sa nuit. M™^ la comtesse de Passelieu mena ce premier tête-à-tête, entre chien et loup, assez loin. M. de Courpière, attentif, et même animé, ne pensait déjà plus guère à ses pressentiments, lorsqu'il s'enten dit appeler du dehors. On appelait beaucoup chez M™ Riverol-Saligny, pour prévenir qu'on allait entrer. Un valet de charhbre vint, en effet, et remit à Maurice une dépêche. Elle était de moi, et ainsi conçue : Passelieu mort subitement attaque. Tâche préparer sa femme et ramène-la immédiatement. Amitiés, «t 'Veuve ! > fut la première pensée de
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Maurice, et il la dévisagea pour voir si elîe n'avait pas quelque chose de ciiangé dans la physioncwnie. Ce regard scrutateur effraya M"* de Passelieu. Sans nulle arrière-pensée d'indiscrétion, . elle saisit la dépêche entre les doigts de Maurice et en prit connaissance : voilà comme elle fut préparée. Ce n'est pas ma faute.
— Oh ! fit-elle simplement. Et nous allions...
— Oui, murmura M. de Courpière, qui se mit à trembler nerveusement comme s'il venait d'échapper à un grand dUngeret qu'il eût peur après coup.
£lle caressa mon ami d'un regard de gournmndise leurrée, et dit : « Il faut partir... »
— Naturellement, répondit M. de Courpière. Il ajouta, après un temps : « Je vous accompagnerai.
— Oh! oui, dit-elle, ne m'abandonnez pas ! » Il lui serra, le bras affectueusement pour lui faire entendre qu'il n'aurait garde.
Alors ils arrangèrent comment ils annonceraieit la fatale nouvelle aux personnes présentes chez M™" Riverol-Saligny. M"* de Passelieu, se doutant bien qu'elle n'aurait pas si vite et sans un peu d'étude l'air d'une veuve, préféra que Maurice feignît de lui avoir caché le décès. M. de Courpière le dit à l'oreille des gens, qui firent aussi leur possible pour ne pas prendre une mine trop éplorée. afin de ne pas donner l'éveil à cette pauvre M™"" de Passelieu, et que M. de Courpière eût tout le loisir de la préparer durant ie voyage.
Ce voyage n'était pas long; mais comme on partait trop tôt pour dîner avant et qu'on arrivait trop tard poui. dîner après, qu'il n'y avait ni buffet ni \Tagon-restaurant, on leur donna un panier fort bien garni. M""" Riveroi y veilla elle-même, avec toute la tendre sollicitude que lui inspirait le malheur de cette pauvre M™^ de Passelieu ; et elle eut la délicatesse de ne pas oublier que ladite pauvre M°* de Passelieu avait un faible pour le Clicquot sec. On obtint pour les deux vovageurs un coupé, où ils furent seuls. Ils y trouvèrent une table pliante. Le dîner fut confortable et exquis ; il aurait même pu être fort gai, si cela n'avait dépendu que de la comtesse; mais M. de Courpière, qui a le sentiment des convenances, lui opposa tant de froideur et un visage si douloureusement affecté qu'elle dut se contenter de bien man- •ger et de bien boire.
A l'arrivée, elle avait encore moins l'air id'une veuve qu'elle ne pouvait elle-même
supposer. Je me trouvais là, ayant mission de l'avertir que tout était «onsommé, avant qu'elle rentrât chez elle et pût s'en assurer de ses yeux. Je fus un peu étonné de l'incomplète préparation que lui avait fait subir Maurice : il ne semblait avoir préparé que lui-même, car il avait vraiment l'air d'un enterrement. Je fus encore plus étonné quand elle m'arrêta, dès les premiers mots, pour me dire avec désinvolture qu'elle savait tout. Après quoi elle monta dans son coupé, que je lui avais amené : elle comptait que Maurice y monterait avec elle. Mais il lui fit sentir, d'un mot, que cela serait peu décent. Comme il comprenait toutefois qu'en d'aussi pénibles circonstances, elle ne pouvait rester seule (elle n'avait aucun parent), il me poussa moi-même dans la voiture : nous roulions déjà que je n'avais pas encore eu le temps de me reconnaître.
Je dois dire qu'elle n'abusa pas de ma complaisance involontaire. Elle se souciait peu de rendre trop de derniers devoirs au défunt, et, en conséquence, cela l'eût plutôt gênée si je m'étais montré moi-même trop empressé auprès de ses restes. Elle ne s'imposa donc, et ne m'imp)Osa, aucune funèbre veillée. Elle se retira dans sa chambre, qui était l'endroit de l'hôtel où elle risquait le moins de trouver des souvenirs de s<mi mari, et elle m'engagea à m'installer comme je pourrais sur les divans du fumoir. Je fis de mon mieux : je n'en passai pas moins une abominable nuit et. dès la première heure, je m'en fus. bien en colère, chez Maurice. Ma colère s'exaspéra quand je vis son teint reposé. Il avait parfaitement dormi. C'est une faculté qu'il a. Je la trouvai insolente ce matin. Je lui en fis reproche d'un ton rogue. Il me plaisanta fort agréablement sur mes traits tirés, me fit rire et, pour achever de m 'apaiser, m'offrit d'un excellent chocolat. L'on avait omis de me donner à déjeuner chez la comtesse : cela est excusable.
M. de Courpière reprit ensuite son sérieux et me demanda ce qu'à présent je pensais des avertissements d'en haut, o Hein I dit-il, j'allais faire de la belle besogne, en négligeant de m'y conformer ! Heureusement j'y ai été contraint. ]X)ur ainsi parler, malgré moi. et j'espère que tu ne nieras pas qu'il y ait quelque chose de providentiel dans ce fait que ton télégramme est arrivé juste à temps ». Je compris bien ce qite mon télégramme avait dû empêcher, mais je ne saisis pas tout de suite en quoi il pouvait être providentiel que cela eût été empêché. Je n'admettais guère non plus que la Providence
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divine s'occupât de telles fatilités, ui que Dieu fût particulièrement le dieu de M. de 6ourpière. Mais M. de Courpière nSl transigeait pas sur ces dogmes. Ce n'est point qu'il se fît de sa propre p>ersonne une idée trop ambitieuse, seulement il ne croyait pas que le salut de la France et la conservation de la société pussent être assurés, sinon pat cette théologie-là. Au fait, de grands souverains proclament quotidiennement que Dieu est le dieu de l'Allemagne, ou de l'Angleterre, ou de la Russie, et on ne s'en moque point : pourquoi se moquerait-on de M. de Courpière, dont la revendication n'est pas beaucoup plus individuelle?
Maurice prit la peine de me rappeler que le Ciel s'était manifesté pour la première fois dans cette affaire-là en lui inspirant, à l'endroit de M"® de Passelieu, un sentiment d'insurmontable respect. Il interprétait ce sentiment par un pressentiment que M™" de Passelieu deviendrait un jour veuve, à seule fin que M. de Courpière pût la posséder légitimement. Or ce dénouement si moral, et souhaitable à tous égards, eût à coup sûr été fort compromis, si M. de Courpière avait préalablement fait la gaffe de procurer à M"" de Passelieu des plaisirs illégitimes.
Je ne pus me faire sur-le-champ à l'idée «ue Maurice épousât cette femme, des plus désirables certes, mais de près de vingt ans plus âgée que lui. Je me dispensai de lui présenter cette objection, et pour justifier mon étonnement, que je ne fus pas maître de dissimuler, je rappelai à mon ami son préjugé ancien contre le m.'iviage. Il me répondit que ce préjugé était en effet ancien, et qu'on change; que, du reste, il n'avait jamais répugné qu'au mariage précoce et qui interromprait sa carrière, non pas au mariage opportun, qui la couronnerait. Puis il sourit avec condescendance, et me dit que « madame Cardinal » devait être contente de le voir se ranger à ses avis : car il supposait que M"* de Passelieu, si elle était la maîtresse rêvée, devait aussi être la femme idéale. Je lui repartis, sans trop préciser, que ce n'était pas absolument la même chose. Mais il répliqua, sans préciser non plus, qu'il jugeait moins embarrassant d'épouser la ccmitesse de Passelieu que de s'afficher comme son amant. Ensuite, usant dç sa franchise ordinaire, il aborda la question de l'âge, que j'avais laissée de côté : il me dit qu'il n'en tenait aucun compte, attendu que cette différence était plutôt un danger pour la femme v que po«r le mari. Il mit fin à la délibération en me déclarant du ton le plus péremptoire
que son parti était pris : je n'avais plus qu'à lui présenter mes compliments, car je ne ma, permettais pas de révoquer en doute son succès. 11 recommença pourtant de manoeuvrer avec une prudence et une habileté extraordinaires, cçmme si rien n'eût été plus aléatoire.
D'abord, il se tint sur la réserve. On ne le vit pas chez la comtesse entre le décès et l'enterrement, et, le jour même de la cérémonie, il arriva si tard qu'il eut à peine le temps de saluer la veuve : on partait déjà pour l'église. « Je vous reverrai? lui dit-elle, un • peu interloquée. — Oui, » murmura-t-il. Ce monosyllabe ne l'engageait pas à grand'chose et, en effet, plus de quinze jours s'écou. lèrent sans qu'il revînt à l'hôtel de Passelieu, où il se contenta de faire prendre deux fois des nouvellÈs de la comtesse. Comme elle ne pouvait aller nulle part, vu son grand deuil, elle ne savait rien de Maurice. Elle le trouvait un peu trop à cheval vraiment sur l'étiquette. Il faut dire que quinze jours étaient un délai anormal pour la comtesse, qui n'avait jamais demeuré si longtemps sans tromper le comte du vivant de celui-cî. Le seizième jour, elle se résolut à écrire. Comme eUe avait la tête près du bonnet, elle dut commencer par écrire des invectives, mais elle s'avisa que Maurice ne lui avait pas, somme toute, manqué, et que mieux valait ne pas avoir l'air de tenir sa conduite pour étrange. Elle lui fit savoir simplement qu'elle ne défendait point sa porte et le recevrait avec plaisir.
M. de Courpière y alla dans les vingt, quatre heures, comme on paye une dette d» jeu. Dès qu'elle le vit, elle perdit le sangfroid et lui demanda s'il se moquait d'elle, de rester quinze jours sans la voir après oe qui s'était passé entre eux. M. de Courpière, fort calme, la supplia de n'oublier point que, grâce à Dieu, il ne s'était rien passé du tout. Il lui resservit la Providence, comme à moi, et il amena, sans se hâter, la proposition de mariage, tout à la fin d'un développement fort bien fait, dont les prémisses discrète* n'avaient point défloré les conclusions, ^jme çjg Passelieu fut une seconde fois sur le point de demander à M. de Courpière s'il se moquait; mais elle sentit qu'il est bien difficile de reprocher à un homme la pureté da ses intentions dans les mêmes termes où on lui reprocherait le contraire, et elle ne put que demander un peu de temçs pour réfléchir, prenant prétexte de sa surprise, qu'ellî n'avait su, non plus que moi, dissimuler entièrement.
A la seconde entrevue, cir»q jourS plus
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tard, «lie avait préparé son discours : il fut habile. Elle laissa déborder sa reconnaissance, elle témoigna qu'elle appréciait l'avantage inespéré de se refaire un avenir, au moment où elle devait plutôt croire que son existence fût close. Aimant avec cela Maurice comme elle l'aimait, pouvait-il douter qu'elle eût ccHisidéré sans une joie éperdue le bonheur qu'il lui proposait, et sans une tentation vertigineuse de l'accepter ? Non pourtant, non, elle ne céderait point, elle aurait le courage de ne pas céder, de préférer à la sécurité du mariage une liaison précaire et sans garantie. Elle avait cette fantaisie de vouloir perdre, et non pas gagner, quelque chose, en se dcmnant à Maurice : elle l'aimait à ce point-là. Elle le suppliait de ne pas lui envier cette joie de se sacrifier à lui. Ce qu'elle n'admettait surtout pas, c'était de le sacrifier à elle : et quel sacrifice insensé, 'd'épouser... une vieille femme!
M. de Courpière lui repartit, sans se laisser aucunement dénxHiter, que cette différence d'âge — puisque elle-même en voulait parler — était à son avis ce qui rendait le mariage encore plus obligatoire. Les tout jeunes gens ont volontiers des caprices pour les fenmies qui sont un peu leurs aînées : quand c'est par hasard de l'amour véritable qu'elles leur inspirent, il importe de bien marquer la différence. Mon ami répéta, pour îa centième fois peut-être, à la comtesse, qu'il lui avait voué un culte tout particulièrement respectueux, et à son tour il la supplia de ne pas avilir son idéal en couronnant sa flamme d'une autre façon que celle qu'il souhaitait. Cette péroraison était du style un peu suraimé que j'ai signalé plus haut. Les deux 'discours furent prononcés l'un après T autre, et du premier au dernier mot sans interruption, cwmne dans les tragédies de Racine. Mais ensuite le dialogue s'anima, devint plus heurté, chacun des deux interlocuteurs laissa transparaître un peu de ses arrière-pensées — sans toutefois les exprimer à la lettre, car elles ne se pouvaient traduire que dans l'argot le plus populaire. « Tu veux ma galette, disait à part soi M""® la comtesse de Passelieu : bois de l'eau. — Rosse, répliquait in feito M. le vicomte de Courpière, tu crois que tu n'y viendras pas? Tu y viendras, )e t'en réponds, ou alors je ne marche pas. ■ M"* de Passelieu était la moins forte, parce que ses arrière-pensées les plus méprisantes xe prévalaient point contre sa sensualité, et Cjue tout en luttant pied à pied contre M. de Courpière, elle subissait un affreux supplice Bc Tantale.
Mais que faire? Elle ne pouvait pourtant pas .se jeter sur lui! Il fallut répondre, comme la première fois, en demandant un délai. Pour varier un peu. M""* de Passelieu crut devoir aussi donner à M. de Courpière quelques espérances d'une bonne répcaise : il les accueillit avec des transports de joie, sans outrepasser ce qui est ]:)ermis entre un prétendant et la personne qui ne l'a pas encore agréé.
L'avantage restait à Maurice, puisque M"* de Passelieu avait commencé l'entretien par un refus et le terminait par une pr<Mnesse vague. Mais M. de Courpière ne regardait pas du tout la partie comme gagnée. Ce délai sine die lui semblait fort dangereux. II savait bien qu'on se lasse à la longue de désirer pour rien ; il redoutait de voir M"" de Passelieu se détendre tout d'un coup ; enfin ii se demandait avec perplexité comment la maintenir en forme, tout en évitant de la surentraîner.
Il lui fit deux ou trois visites de camarade, mais alors il se vit en butte aux sollicitations les moins déguisées. La comtesse avait des trucs de professionnelle, ^'t d'autant plus impressionnants qu'elle les pratiquait avec une sorte d'ingénuité. C'est ainsi qu'un jour, sous prétexte d'une indisposition, elle fit entrer M. de Courpière dans sa cham-. bre : il la trouva au lit, et dans quelle tenue! et combien rayonnante de santé ! M. de Courpière s'assit, pour causer, sur le pied du lit, et se laissa retenir plus de deux heures.
En sortant de chez elle, il vint chez mot. Je fus frappé de l'altération de ses traits et lui en demandai la cause. Je n'entreprendrais pas de noter ce qu'il me répondit, si je ne pouvais compfer que l'on m'entende à demimot, après ce que j'àî déjà rapporté de son tempérament.
J'ai signalé la belle égalité d'humeur de ses sens et leur soumission presque anormale à la volonté. Or M. de Courpière venait de constater, au cours de sa précédente \isite chez M™® de Passelieu, que, maintenant, ses sens prenaient la liberté de parler haut quand son intérêt leur prescrivait de se taire, et qu'ils échappaient au contrôle de sa volonté souveraine. En un mot. il avait failli perdre la tête, cela lui paraissait gra^-e, et il venait me consulter, autant par besoin d'un conseil que par curiosité purement théorique. Je lui citai un exemple analogue, bien que de l'autre sexe : il est connu que les femmes qui se soucient le moins de trouver du plaisir dans l'amour y en trouvent quelquefois tout d'un coup et quand elles s'y attendaient le
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/noins. Je lui fis encore observer qu'il n'était plus dans l'adoIesceiKe et que, peut-être, il touchait à l'âge de la sensualité. Ceci parut le démoraliser complètement.
Je lui conseillai de ne plus mettre les pieds chez M"'^ de Passelieu. qu'il pouvait aussi bien voir chez M"" Riverol-Saligny. Mais dans ce sanctuaire de l'amour libre, les prétentions matrimoniales de Courpière firent scandale, et tous les fidèles de î'Appareilleuse ourdirent une sorte de complot pour ramener malgré eux à la règle les deux schismatiques. On leur ménageait à tout propos les tête-à-tête les plus périlleux. Un soir, ils se trouvèrent seuls dans la charmille oti, l'an dernier, Maurice avait refusé M"* de Passelieu si carrément. Elle voulut prendre sa revanche sur place. Il s'esquiva, mais elle le rejoignit près du banc où il avait déposé naguère la "Valvin évanouie. Ce souvenir le grisa. Il porta M"^ de Passelieu sur le même banc et crut bien que, cette fois-ci, il allait y passer.
M""® de Passelieu commit alors la maladresse de balbutier une inutile prière, au lieu de saisir l'occasion sans plus de formalités verbales. L'obligation de lui répondre rendit à M. de Courpière la faculté de parler qu'il avait perdue depuis deux minï^tf. Il fit même tm effort pour badiner : « Promets le
mariage », murmura-t-il. M"" de Passelieu commit une seconde maladresse, pire : elL eut de l'esprit. « Soit, dit-elle. On promet^ on ne tient pas. » Mais M. de Courpière eut encore plus d'esprit. « Tu sais, fit-il, en cas de breach of promise, je ne te réclamerai pas la moitié de ta fortune. »
— Tu aimes mieux tout, répliqua M"* de Passelieu insolemment.
M. de Courpière rit d'autant plus volontiers de ce mot, qu'il sentit que l'hilarité dissipait son émotion. « D'ailleurs, reprit-il, tout à fait maître de lui maintenant, pour "qu'il y ait breach of promise, il faut qu'il y ait eu effectivement... prise de corps. Les femmes se laissent pincer quelquefois, les hommes jamais. »
Elle comprit qu'il lui échappait encore, et ne se rendit pas au juste compte comment cela était arrivé; mais elle ne put le supporter, elle cria en colère :
€ Eh bien, je consens, va, je consens!...»
— Quelle joie ! dit M. de Courpière avec un calme parfait. Elle se raocrocha désespérément à lui, pour toucher sans plus attendre le prix de son consentement. Il la baisi au front, t Je vous respecte plus qile jamais »,. dit-il, et lui offrit le bras pour la K'eco'iduire au château.
Cii MAJtlAGIi Ml: .SLMtlLI. L N 111 1..' I I, > I wj, i li i.\NK.
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