‹ Souvenirs du Vte de CourpièreChapitre 8 sur 11 · COURPIÈRE EST ÉCBA?É PAR PF= TOIT? ÉNORMES · texte numérisé non relu

COURPIÈRE EST ÉCBA?É PAR PF= TOIT? ÉNORMES

LE SEIlTIMEriT DE LR MflTERMITE

M. de Courpière me fit l'amitié de m"annoncer la grande nouvelle dès qu'il rentra dans le salon. Il me dit en même temps qu'il irait le lendemain à Paris, où ses parents étaient de passage, afin de leur demander leur consentement. Cette formalité me parut dénuée d'importance ; mais je sus gré à mon ami de me prier au déjeuner où cela aurait lieu. Il me souvint que j'avais assisté de même à tous les épisodes marquants de sa vie, je sentis que je reprenais mon rôle de témoin : celai me retrancha plusieurs années et me causa de l'attendrissement. M. de Courpière n'était pas dans les mêmes dispositions, et il me déclara d'un ton de moquerie que je verrais sans doute, à ce déjeuner, quelque chose de pas ordinaire.

Le lendemain, je le trouvai d'humeur bien différente. Il avait une physionomie d'enfant sage, sur laquelle, je ne pus me défendre de composer la mienne quand nous arrivâmes rue de la Ville-l'Evêque. Je n'y étais pas venu depuis assez longtemps : je n'y trouvai rien de changé. La comtesse de Courpière avait toujours l'air d'être la sœur de mon ami. Le baron Duval se tenait toujours à la cheminée, et il semblait attendre que la mort ( le foudroyât sur place, mais, en attendant, il ne vieillissait pas. Le comte de Courpière ne scwgftit pas non plus à vieillir, et cela

n'est pas surprenant, car il n'avait le iemps de rien. Il arriva pour déjeuner à la dernière minute.

Ma seule impression de changement me vint du mobilier, qui était suranné dans mon enfance, et qui maintenant commençait à devenir ancien. Les choses de cette maison étaient déjà entrées dans l'histoire, tandis que les personnages demeuraient dans l'actualité.

Il y avait aussi un air de fête et de joie familiale contenue, qui sentait le retour de l'enfant prodigue : Maurice était bien toujours domicilié chez ses parents, mais on ne l'y voyait guère, et le plaisir de l'avoir à table prenait du prix par la rareté. Mes aimables hôtes en paraissaient touchés, et je ne doute pas qu'ils fussent dans le même état d'attendrissement où je me complaisais depuis la veille, avec des revenez-y du passé.

Je surpris une ou deux fois le regard de M"* de Courpière posé sur mon ami, comme jadis; avec cette expression de crainte admirative qui est plus d'une femme que d'une mère. Mais le plus pénétré d'émotion douc«, c'était encore moi. Oubliant totalement que l'union projetée par mon ami pouvait ne pas enthousiasmer sa famille, j'attendais avec impatience qu'il jugeât à propos de la déclarer, et je me peignais d'avance la scène sou?

Qb

Souvenirs du Vicomte de Courpière

des couleurs à la GreiMe, dans une atmosphère d'idylle. — Cette image me remémora une autre scène, qui datait de notre première communion. La veille du grand jour, Mauricet jLvant d'aller se mettre au lit, s'était agenouillé devant le comte et la comtesse de Courpière pour recevoir leur bénédiction. J'étais là. Cela me fit quelque chose de voir le baron Duval momentanément tenu à l'écart de ces effusions, et dans un élan de générosité enfantine, je me jetai devant lui à genoux, je lui demandai sa bénédiction aussi, ' pour lui donner une contenance.

Pendant le déjeuner, il ne fut question de rien. Mais lorsque nous retournâmes au salon, je devinai, à certaines phrases préliminaires de Maurice, qu'il allait aborder le grand sujet. Il dit, avec beaucoup de grâce, combien il avait de plaisir à se trouver parmi les siens ; il se hâta de généraliser, et il célébra les joies de la famille, sans craindre la banalité, où il était d'ailleurs incomparable. Il manifesta une lassitude de sa vie - - non pas dissipée, mais dispersée ; et il observa mélancoliquement qu'il n'est rien de tel que de vivre ensemble pour ne se voir jamais. Le comte de Courpière fit un geste qui signifiait que son expérience personnelle l'avait bien souvent mis à même de constater eetfe vérité désolante. Maurice affirma son désir d'avoir un foyer. Il prononça enfin le 3not de mariage, et parla sans ironie des exemples que ses chers parents lui avaient toujours donnés. Le peloton de laine de -VI™® de Courpière roula sur le tapis : je ne sais pourquoi j'eus le sentiment qu'il serait choquant que le baron Duval le ramassât, et je me précipitai pour l'atteindre jusque sous un meuble. Cependant Maurice brûlait les étapes. Il ne voulait, pas davantage laisser languir ses chers parents. Il leur avoua que «es préliminaires un peu lents n'avaient pour but que de les préparer à une grande nouvelle, que son cœur avait parlé, qu'il venait, en fils respectueux, leur demander de consentir à son mariage avec celle qu'il avait •hoisie.

Il y eut un bref silence et un manifeste pressentiment de coup de théâtre : d'abord «1 savait ce que l'on pouvait attendre de Maurice, et puis f affectation qu'il avait mise à terminer sa période sans prononcer un nom propre, accusaitbien uneiintention déménager un petit effet. Les Courpière et le baron Du- %a1. vivant tout à fait en dehors du salon Riverol, ne soupçonnaient rien de l'aventure, bien que. d'autre part, la comtesse fût avec M"" dt PasseHeu en relations de visites, et

même en relations de ce qu'on appelle dans le monde amitié. La surprise fut donc bien complète lorsque Maurice, en baissant les yeux d'un air cafard et sournois, annonça, d'une voix d'enfant de chœur, mais d'une voix d'enfant gâté, que l'épouse de son choix était M"^ la comtesse de Passelieu. Personne ne souffla mot. Maurice leur laissa deux ou trois secondes pour se reconnaître, puis il ajouta, mais cette fois d'un ton d'ironie : « Nous nous aimons depuis fort longtemps. »

— Depuis l'enfance, fit doucement la comtesse, qui avait à l'occasion la repartie assez âpre. Elle ne leva les yeux qu'un instant après. L'expression de son regard avait bien changé. Je n'y retrouvai plus de maternité amoureuse, mais une idée de vengeance permanente et ancienne, ravivée par le flair soudain d'une possible, d'une prochaine satisfaction. « Toi, pensai-je en regardant à mon tour Maurice, tu vas rembourser tous les arrérages de ta pension d'un seul coup, mais sous une forme que je ne devine pas encore. »

Le baron, toujours à la cheminée, posa son coudre par mégarde sur le ressort du garde-feu en rouleau, à la vieille mode, qui se déroula. Il se retourna pour le remonter, à l'aide d'une petite manivelle, et cela lui donna encore une contenance. A ce moment, le comte de Courpière recouvra la parole.

— Ce n'est pas sérieux? dit-il.

— Pourquoi? dit Maurice en le dévisageant. Le comte en fut un peu interloqué.

— Ce mariage, reprit-il. d'un ton de persiflage, me semble un peu disproportionné.

— Les mariages disproportionnés, répliqua mon ami sur le même ton, sont les seuls qui soient avantageux pour une des deux parties.

— Vous ne m'entendez pas, dit le comte en colère : je parle de l'âge.

— On n'a que l'âge qu'on paraît, dit Maurice avec une petite révérence assez impertinente, pour marquer que cet aphorisme .sous-^ntendait un compliment à l'adresse de son père.

Le comte devint blême.

— Monsieur, cria-t-il. \-ous oubliez le nom que vous avez l'honneiu- de porter.

— Je. ne m'en suis jamais mieux souvenu, répondit Maurice avec le plus agréable sourire.

Ah ! nous étions loin de la première communion, des génuflexions, des bénédictions... M"™* de Courpière sentit que la place n'était plus tenable. et elle se retira dans le sak>n voisin, d'où elle pouvait d'ailleurs entendrf

Monsieur de Courpièré m^rié

fort empêché de trouver aucun argument.

La vicomtesse alors s'exalta. A l'heure où toutes les femmes de France menaient la croisade en personne aux côtés de leurs époux, allait-elle s'éloigner du sien? Non! Elle prétendait le suivre partout, et jus<]ue dans les réunions publiques. « Vous me gênerez plutôt », dit Maurice, qui, en désespoir de cause, allégua la convenance, la nécessité de loger, non pas au château chez sa belle-mère, mais chez lui, dans le pavillon qu'elle lui avait donné. La viccxntesse repartit que cela ne lui semblait pas du tout nécessaire, mais que, si Maurice y tenait, elle s'installerait fort volontiers dans ce pavillon qu'elle connaissait bien, qui était très joli et très logeable. Il n'eut que le temps de répondre qu'au fait cela n'était pas nécessaire du tout, et qu'il s'installerait volontiers avec elle au château, d'où il serait fort heureux de diriger avec elle ses opérations.

Vovant qu'il se contenait à peine, je saisis ie premier prétexte pour l'entraîner dehors, où il put donner cours à sa fureur. Je n'oserais point rapporter les intempérances de langue qu'il se permit à l'égard d'une épouse si digne de tous les respects, ni. encote moins, les extravagances qu'il débita. J'ai beau ne le contredire autant que possible jamais, je ne pus lui accorder que la décision de madame la vicomtesse fût critiquable. Je tentai de lui parler raison ; mais je ne réussis qu'à le surexciter davantage. Il était prêt aux larmes quand nous arrivâmes •chez Claudie. C'est alors que j'admirai l'intelligence, le doigter de cette charmante femme, et le pouvoir qu'elle avait sur mon ami. D'un seul mot, elle l'apaisa. Elle prétendit que jamais elle n'avait pour de bon •compté de vivre maritalement avec lui dans cet ermitage : elle ne lui avait laissé l'illusion jusqu'aujourd'hui que pour ne pas lui -causer de peine ; mais la pluâ élémentaire prudence leur commandait de se loger séparément et de ne se voir qu'en cachette, ce

• qui au reste les amuserait beaucoup plus, de sorte que tout était pour le mieux. Maurice partagea sur-le-champ cette façon de voir, et ■se détermina enfin à pleurer, mais de tendresse, à compte sur la félicité qu'il se formait.

Je fus bien aise que Claudie eût des idées de prudence; mais je m'en étonnai da-

^-vantage que, pour expliquer à sa mère la longue absence qu'elle allait faire bientôt, elle prétextât un voyage de tout l'été en compagnie de son époux légitime. L'invraisem- Wance me parut un. peu forte, même Dour

une personiMj aus.^. iue Valvin.

Mais cette • t.ourderie tieiïraya point Maurice, «jui était ù l'optimisme. L'-jptimisme lui suggéra de la piété filiale, et il s'avisa qu'on avait négligt d'inviter le comte aux Joncherets. Il répara cet oubli le même s<^ir. Le comte, dès les premiers mots de son fils, pinça les lèvres avec mystère et souri^ comme pour soi seul. Puis, levant la vue brusquement, il darda sur Maurice un regard qui lui eût fait mal si on {x>uvait tuer par télépathie. Et il déclara enfin qu'il viendrait peutêtre de-ci de-là passer trois <ys quatre jours aux Joncherets, et même à BrézoIIes, où il était aussi invité, mais que sa résidence fixe serait Courpière, attendu qu'il avait tâté le terrain, que sa popularité dans les communes voisines j:)araissait considérable, et qu'il avait pris — comme son fils — la résolutiorr de poser sa candidature aux élections législatives.

Je crus m 'apercevoir que ce. discours fit peu de plaisir à Maurice, qui se moquait pourtant de toutes les élections, et même de la sienne. Il regarda le comte aussi tendrement que le comte l'avait regardé, et lui souhaita bonne chance d'une v&\\ terriblement sarcastique. Le comte le remercia d'une inclination fort cavalière pour un homme de tantôt soixante-dix ans. L'annonce de cette candidature et- le départ presque soudain du ^candidat pour Courpière firent quelque bruit dans le Landerneau de la bonne cause. Le départ de M°" la marquise de Huchedol. qui l'accompagnait, y fit scandale. Il faut avoir vraiment bien de la complais'" 3 à médire, pour interpréter de travers la cohabitation de deux personnes dont il est vrai que les âges sont assortis, mais d'ailleurs rassurants.

Maurice, qui dauba fort sur l'engagement de la marquise comme agent électoral du comte, était à cent lieues de se douter que sa belle-mère l' allait pourvoir lui-même d'un agent de même sexe. M°** Lambercier avait invité aux Joncherets la baronne d'Ws-Marines, sans prendre garde qu'elle consacrait ainsi la pseudo-liaison du vicomte avec cette dame. La vicomtesse, bien certaine de leur platonisme, n'avait soulevé aucune objection. Le seul qu'on ne pressentit pcànt^, fut Maurice, qui vif un beau soir son Egérie arriver aux Joncherets pour dîner. Il le prit bien : il était de belle humeur; moi aussi, ma foi, tout s'arrangeant au mieux selon les pronostics de Claudia. Voici notre .emploi du temps. Laissant à M"°" de Courpière,, d'WiiMarines et Latnl ' ' > s^in d'aller

Monsieur de Courpière marié

I domicile si les paysannes ne manquaient point de linge, ni leurs poupons de lait stérilisé, s'il n'y avait point Quelque vache morte à remplacer, ou même quelque vache malade à remplacer aussi par anticipation, nous réservions nos forces, Maurice et moi, pour les confévences et les beuveries. — Ces daines ne se faisaient pas faute «* de se montrer aux conférences, iinon aux beuveries, surtout M'"^ de Courpière, qui jugeait bon d'y exhiber ses enfants, e n grande toilette, pour séduire le peunle.

Quand je parle de conférences, que l'on n'aille pas s' i m a g i n e r que Maurice fût subitement devenu orateur. Je lui avais fabriqué de mon mieux un seul et unique texte, qu'il répétait imperturbablement de village en village. La voix est bonne, et cette grâce de page effronté, qui lui est restée outre la quarantaine, valait à mes élucubrations, quand elles passaient par sa bouche, un succès prodigieux. Je n'avais pas fourré là-dedans trop de théories, notamment sur la décentralisation. Je n'y en avais même pas fourré du Èout. Mais, en vertu Au jjrand princii^ édicté par Joseph de Maistre « qu'on n'a rien fait O'jntrfe les opinions tant qu'on n'a pas attaqué les personnes », je me Iwrnais à salir notre concurrent, ce cxxiuin de Goguelat, ^^ et je prie mes lecteurs de croire que je ne ^'\iii:' Miiin ». Ses mœurs me four-

-Vf"» Taupier, qui sortait la

DÏRMÊnE DE LA SALLE...

nissaient un thème inépuisable en sous entendus. Je ne me gênais pas non plus pour mettre les points sur les / .• dans ces milieux; populaires, l'ordure crue est ce qui porte 1» mieux, — comme dans les salons. Je ne rougissais de mon œuvra qae les jours où M"'" la vicomtesse de Courpière, avec ses deux petits enfants, prenait place dans l'auditoire ou sur l'estrade. Mais la vicomtesse, en vertu de cet autre grand principe qu'il faut ce qu'il faut, écoutait sans sourciller, et les deux chérubins étaient même dressés à signaler de leurs bravos inconscients l'un des plus dégoûtants passages.

Goguelat ne manqtiait pas une sur quatre de ces conférences, et je craignais que cette assiduité ne re.jùît suspecte la sincérité de sa candidature. Mais comme il savait bien ce que lui rapportaient toutes les infamiesdébitées sur son compte, il prenait chaque fois un nouveau plaisir à les entendre. Il enriait comme un bienheureux, en se frappant sur les cuisses avec une indiscrétion déplorable. Xos calomnies ne faisaient pas grand mal! à sa réjjutation, et nos subventions lui aidaient à la rétablir : car il démontrait aux femmes dela contrée, en se les pavant, qu'il avait plus de goût pour leur sexe qu'on ne prétendait.

Le plus assidu de nos auditeurs, aprè»

Goguelat. était une femme, jeune et jolie, qui n'avait pas, comme on dit, ses yeux dans sa poche, mais qui n'en avait nue pour Maurice. J'appris qu'elle s'appelait Taupier^ qu'elle était receveuse des postes, légère — avec choix, et qu'elle disixisait d'une influence — que je ne me mêle point d'expliquer. J'avertis Maurice, et je lui conseillai d'entreprendre à tout hasard la jeune {personne ; mais il me répondit qu'il n'avait pas à ménager les influences, et que. son élection étant une chose faite, je n'en devais |X)int parler comme d'une chose aléatoire. M"" Taupier. qui sortait la dernière de la salle où Maurice venait de pérorer, lui jeta un regard plein de promesses. J'engageai de nouveau mon ami à s'en aller voir, malgré l'heure indue, s'il n'avait point quelque lettre à la poste restante. Mais il ne voulut point m'écouter et rii'entraîna dans le café voisin. Les beuveries, dont j'ai précédemment parlé, étaient d'ordinaire les mêmes soirs que les conférences.

Les hommes que leur naissance ne prédestinait pas à boire de mauvais alcool en compagnie de petites gens connaissent à présent tous cette nécessité, par le service militaire. D'ordinaire, ils ne la subissent qu'avec beaucoup de «tépugnance. Je suis

Monsieur de Courpièie marié

eonfus d'avoir à mentionner Ici que M. de Courpière s'y soumettait, non par corvée, mais avec entrain et avec plaisir. Le goût qu'il eut toujours pour les sociétés un peu crapuleuses explique cela, qui servait fort sa popularité. Je lui tenais lieu de lepoussoir, n'ayant jamais pu, (juant à moi, ingurgiter sans d'aflFreuses grimaces Jes liquides de qualité inférieure. Il poussait la patience jusqu'à ne point faire mauvais visage quand nous étions réduits à coucher dans quelque auberge. On nous y offrait pour nous deux la meilleure chambre, ou plutôt la seule, qu'on appelait la chambre des mariés. Les autres voyageurs étaient des rouliers qui couchaient pèle - mêle dans des salles accommodées en dortoirs. A l'heure de leur lever, en pleine nuit, ils envahissaient notre chambre, ils nous réveillaient de leurs acclamations, et ils nous obligeaient à descendis boire avec eux l'absinthe de trois heures du matin ! M. de Courpière préférait cependant les soirs ou il pouvait feindre une dtces couchées à l'au berge pour ne pas ren trer aux Joncherets. et rejoindre sa maîtresse au pavillon. Nous y passions alors la nuit dans des conditions bien différentes : car ses libations le laissaient dispos, et la maison sonore ne me permettait point d'en ignorer ; mais je souffrais tant de l'estomac qu'il ne me restait plus de sensibilité pour le supplice de Tantale, et j'étais réduit à des pro cédés renouvelée des Romains.

Une campagne si vigoureusement menée ne pouvait que tourner bien, et, s'il est des degrés dans la certitude, je puis dire que ^comte de Courpière,

IVtait [)lu.-> (in')ie Nous eûmes alors nouveaux arrivants guère : premièrement M™* viée par M™" Lambercier

après trois semaine$

coup sur coup deux

que nous n'attendions

Val vin, con-

à notre insu.

Quelques instants fLus tard, ils

VIRENT dans le JARDIN ClAUDIE...

l'élection de M. le sijre dès le début,

au même titre que M"* d'Ws- Marines.

Je jugeai cette invitation peu opportune, et Maurice lui-même en parut, une heure, décontenancé. Mais Claudie n'en fit que rire •et se trouva avoir raison, car "Valvin s'occupa de notre politique avec les autres dames, et, pour le reste, nous laissa bien tranquilles. L'autre arrivant fut le comte de Courpière, qui n'était point fâché de nous faire voir que sa propre candidature lui laissait des Icdsirs, et qu'il pouvait:

s'offrir un petit congé.

1 1 était surtout curieux des affaires de son fils.

Il s'en fit rendre compte minutieusement, nous emboîta le.

pas durant plusieun; •ours, et ne trouvant, ^ son vif regret, rien à blâmer, sauf la réserve du vicomte avec la receveuse, il prit les Joncherets en dégoût ; il les quitta pour s'installer trois jours à Brézolles.

Mahulot y était alors seul avec M"* Gaupigny. Il faut croire que le souvenir de ce qui s'était passé entre Emilienne et le comte ne gênait ni cette demoiselle, ni son amant, ni le comte luimême. Jamais d'ailleurs, Mahulot n'avait imputé le rapt qu'à Maurice. Mahulot, Emilienne et le comte ne se quittèrent pas de ces -trois jours, faisant dans l'un ou l'autre parc, de longues prom e n»a des à pied.

Comme les criminels qu'une mystérieuse attraction ramène su le théâtre de leur forfait, malgré eux M. d« Courpière et M"* Gaupigny revenaient toa-

MonsiCLii de Coiirmére marié

jBurs rôder autour du pavillon où celle-ci eraît été séquestrée par celui-là. A l'aspect «ul de ces lieux complices, ils étaivi^nt démanjés d'avouer. Ils ne purent enfin se tenir, ils îirent à Mahulpt le fin mot de la ténébreu.se affaire, et eurent fantaisie de lui faire vi- «ter la maison, 'qu'ils croyaient inoccupée. On juge de leur stupeur quand ils s'aperçurent du contraire, et tout juste à temps pour ne se point faire pincer en flagrant délit ^'effraction. Quelques instants plus tard, ils ^rirent dans le jardin Claudie, qui ne se cachait pas. Le comte avait eu naguère deux ou trois occasions de la rencontrer ; il la rewnnut, et n'eut point de peine à deviner ce qu'elle faisait ici.

Cette découverte ranima toutes les vieilles rancunes de Mahulot contre Maurice, parce qu'il entrevit tout de suite une possibilité de trahison : il a l'instinct, la manie êe trahir. Il ne songea qu'à trahir Maurice politiquement : la preuve est qu'il ne souffla ttot, ni à la vicomtesse outragée, ni à M™* Lambercier, sa vieille amie. C'est dans fe public qu'il fallait répandre le mauvais t>ruit, sans donner l'éveil à personne de la famille. Je suis presque certain que Mahulot employa pour cet office la toute-puissante et intrigante M"® Taupier; mais nous ne surprîmes pour lors rien de sa stratégie : nous n'en pûmes voir que les effets, qui fuient presque soudains, et terribles.

Dès le lendemain, M. de Courpière le père, qui ne cherche pas les responsabilités, disparut. Le même 'soir, nous avions une conférence, où, par bonheur, la vicomtesse, incommodée, n'assista point. L'air du public me parut d'abord équivoque. Le vicomte prit la parole, qui lui fut coupée presque aussitôt par des rumeurs, qui dégénérèrent en huées. J'admirai mon ami, qui tint tête à l'orage. Il ne perdit pas la mémoire, malgré une colère que je puis nommer fort justement une colère de dindon, car sa voix imitait à miracle les gloussements de cet animal. Mais nous n'étions pas au bout de nos étonnements. Dèi; que le vicomte se rassit, notre concurrent stipendié se leva. Pensant n'avoir plus rion à tirer de nous, ce n'était plus par complaisance ni pour rire qu'il posait .sa candidature. Comme nous lui avions donné l'exemple des attacjues personnelles, il y répliqua, et avec une facilité d'èlotutior ahurissante, par des attaques également personnelles : nous prêtions le flanc. U fit le dévelof)pement qui .s'indiquait sur !a licejice des riches, et stigmatisa les époux sans scrupule qui installent leur faux mé-

j'ci^c Mciiis la même sou:-)-pa.icciure que îe vrai. « Pas d'insinuations! hurla Maurice. Précisez ! » Heureusement, une nouvelle huée, formidable, dont M"" Taupier dorma le signal, empêcha que l'on entendît cette téméraire injonction, et nous dûmes battre er retraite précipitamment.

Il nous parut clair que ces gens savaient tout, et que la cause de leur indignatÎMi était l'affection même qu'ils portaient à la vicomtesse. Mais l'inconséquence des foules est plaisante. Le surlendemain, dans un autre village, où cette fois la vicomtesse et toutes nos dames nous avaient accompagnées, les mêmes scènes se répétèrent. Seulement, on ne se borna pas à injurier le vicomte pour lui faire sentir que l'on prenait le parti de la vicomtesse, on injuria la vicomtesse pardessus le marché. Elle perdit instantanément le goût de la politique et déclara qu'elle ne mettrait plus le nez hors du château. La bouillante M™* d'Ws-Marines et ]yjme Valvin entreprirent de la remonter, et la baronne se fit fort de trouver de quoi il retournait. Monsieur le Curé lui parut plus à même que personne de nous renseigner sur les causes de ce brusque et incroyable revirement des esprits. Elle l'interrogea carrément. Il parut empêché à lui répondre. Il le fit avec des réticences et sans la regarder en face. Il se garda de lui citer lin nom ; mais enfin il avoua que monsieur le vicomte manquait de respect au pajrs, en y entretenant une maîtresse presque sous les yeux de sa femme.

La baronne ne douta point qu'il ne s'agît d'elle-même. Elle se hâta donc de répc»idre que l'éloignement de cette personne était un sacrifice trop grand, qu'il ne fallait pas demander : « Je m'excuse, dit-elle, de parler si ouvertement à un homme de votre caractère. » Monsieur le Curé, dont le caractère était une aimable indulgence, repartit qu'on ne demandait rien de pareil, et qu'au surplus il ne s'ingérait jamais des affaires dautrui à moins d'y être invité expresséntient. M"" d"Ws-Marines l'y invita très expressément, et il dit enfin qu'il engageait monsieur le vicomte à se mettre bien avn- M"* Taupier. Il ne dit pas comment s'y prendre, ce qui eût passé pour le coup son caractère de prêtre ; mais M""* d'Ws-Marines n était point femme à s'y tromper, et, aussitôt le curé parti, elle appela Maurice, à qui elle dit, avec cette crudité de langage, qu'autori.se la liberté des camps, même politiques : « On nous soupçonne d'adultère. Le Curé dit qu'il n'y a qu'un moyen de sauver la situatioy : il faut

Monsieur de Courpière marié

lOl

que vous couchiez avec cette Taupic; . A.. ! zut! répondit Maurice sur le même ton. Je veux bien boire, mais je ne couche pas. »

''Cela était facile à dire : en attendant. M. de Courpière ne pouvait |)iiis affronter ses électeurs sans être insulté. Goguelat gagnait chaque jour du terrain. La Taupier travaillait pour lui comme la baronne et M""" Valvin po'ir nous. Il n'eût évidemment tenu quà Maurice de la gagner à notre cause, mais il renâclait : ce dont M™'' d'Ws-Marines lui faisait honte, comme dune lâcheté, ^mc Valvin ne pouvait pas comprendre que l'on fît tant de façons pour cette chose-là. La vicomtesse elle-même ne dissimulait point qu'elle pardonnerait un péché utile. M"* Lambercier fulminait contre le siècle et déplorait que de telles abominations fussent indisiiensables, mais elle les reconnaissait intjisjjensables. 11 n'était pas jusqu'aux deux enfants qui ne s'en mêlassent, bien innocemment. Le petit garçon ne se mettait plus à table sans dire : « Eh bien. papa, et M"* Taupier? — Est-ce pour aujourd'hui ou pour demain?», disait la petite fille. Moi. je pâmais de rire, et je n'appelais plus Maurice que Boule-de-Suif. en souvenir de la "louvelle de Maupassant. où la situation est pareille, sauf les sexes. Il haussait les épauîes et s'en allait pleurer dans les bras de sa Claudie. Il lui protestait qu'il ne la tromperait ])oint avec ce torchon. Ma's Clnidie. qui est femme de .sens, le gourmandait. et menaçait de lé mettre à jeun, pour lui apprendre.

Elle finit par avoir raison de lui, mais trop tard. C'est huit jours à peine avant le scrutin que Maurice décida de marcher. Mais il fallait encore le consentement de M"*" Taupier. et. comme elle n'était pas du monde, le délai lui parut trop bref. Elle repoussa donc les avances du vicomte, malgré 1 envie qu'elle avait probablement d'y céder. Je. puis dire que dès lors le sort en était jeté, et je n'insisterai pas sur les mornes journées qui suivi-

rent, ni sur la fatale .soirée du scrutin.- A mesure que les résultats partiels nouF étaient transmis, notre réunion *dans le grand salon du château prenait de plus en plus l'aspect funèbre. Je me rappelais l'enterrement de notre regrettée comtesse, et la présence, alors comme aujourd'hui in'empestive mais bien agréable, de M""" Valvin, sa jeunes.se toujours allante, son rayonnement machinal.

L'automobile faisait la navette entre \t château et le pavillon, portant les déptche.sà Claudie. (^)uand la dernière nous arriva, fort avant dans la nuit. Maurice voulut la portée lui-même. Nous partîmes ensemble : ;e voulais Is suivre jusqu'au bout. J'aurais mieui fait de rester. Le lendemain, à la ])remière heure, on apporta une autre dépêche aux Joncherets, pour Maurice. Tout le monde dormait, sauf Valvin, qui se lève avec Taurore. Elle crut la dépêche urgente et k donna elle-même au valet de chambre de Maurice, avec ordre de la remettre sur-lechamp. On lui répondit que monsieur le vir comte n'avait point couché au château, et qu'il était sans doute au pavillon. Elle n'y entendit pas malice et fut au pavillon, à pied. ^

Elle vit toutes les persiennes closes, car nous dormions ferme après tant d'émotions. Elle heurta rudement à la porte et fit un charivari qui enfin nous réveilla : nous mîmes, tous trois simultanément, la tête à nos fenêtres, ce qui dut. entre parenthèse, être fort comique. Mais Valvin ne le prit pas ainsi- Quand elle vit M. de Courpière et sa fille côte à côte, dans un appareil qu'il est superflu que je qualifie plus précisément, elle se mit à redoubler de cris et à faire tous les gestes de l'attaque de nerfs. Je me couvris comme je pus et je descendis lui taper dan» les mains, d'où je tirai d'abord la dépêche^ que j'ouvris : elle était de M. de Courpière le père, de qui elle annonçait l'élection ai premier tour, avec une écrasante majorité.

.^saum*::!

Je me mis m: moins sir mon séant et je les nECAnoAi.

'*^'*; ir2l^?^-'-'.!Rffl&«àii<fcJSt!S3S^ ■

Mon fou rire exaspéra le ticomt*, kt tandis qie je pavais toumuks et oui Claudie dansait...

POUR AVOIR une dot

Certains hommes, notammeat aux heures critiques, estiment avec une incroyable fausseté la valeur relative des événements. Il sautait aux yeux, je pense, que le plus grave était le dernier, et que M"** Valvin, aussitôt finie son attaque de nerfs, allait courir aux Joncherets pour y conter à qui de droit ce qu'elle avait- vu : or, le vicomte ne semblait affecté que par l'élection du comte au premier tour de scrutin et à une écrasante majorité. Tandis que j'offrais à la patiente un verre d'eau sucrée, parfumée de fleur d'orange, — qu'elle repoussait avec indignation. M. de Courpière contemplait la fatale dépêche fixement. Le champ de sa conscience était si rétréci qu'il ne prit même pas garde à un brusque sursaut et à la fuite de Valvin. L'expression de la colère était arrêtée sur son visage comme s'il avait posé pour un photographe, et je crois que, si on lui eût ouvert le cœur, on y aurait pu lire le libellé de ce télégramme, comme Marie Tudor disait qu'on aurait pu lire dans le sien le nom de Calais.

La discordance des deux amants en cette CDnjoncture était frappante. Tandis que M. le vicomte de Courpière demeurait morne et pétrifié, Claudie se livrait aux manifestations d'une joie que je ne m'expliquai pas très bien, mais que je ne pus à tout hasard qualifier que d'indécente. Elle sau*t^i ïiir place, elle battait des mains, et

elle disait en son langage de penoxonnaiie que ça devait arriver un jour ou l'autre et que ça n'était pas trop tôt depuis le temps qu'on attendait. Rappelé par ces paroles à la triste réalité, M. de Courpière répliqua durement à Claudie qu'elle était idiote, que rien ne pouvait tomber plus mal, et qu'il recornaissait bien là le tact de sa mère, qui faisait toujours les choses à contre-temps. A l'idée que mon ami éprouvait déjà pour ^jme .Valvin les sentiments que les personnages de vaudevilles éprouvent pour leur belle-mère, je fus pris d'hilarité. Mon fou rire exaspéra le vicomte, et tandis que je pâmais toujours, et que Claudie dansait, il st mit à nous invectiver tous les deux, en des termes qu'on ne lui eût passés qu'à l'adresse de Goguelat, et encore antérieurement au scrutin. Nous n'en riions que de plus belle. Je frémis quand je pense que le professeur Parquin aurait pu nous voir tous les trois dans ce paroxysme, et qu'il signe avec tant de facilité les certificats d'internement.

Néanmoins, les personnes un peu chatouilleuses, comme je suis, ont un sentiment de l'honneur qui persiste même quand la raison leur échappe. Je me rebellai contre une grossièreté un peu forte de Maurice, et j'y ripostai en l'appelant d'un nom que l'on ne donne à ses pareils que dans le plus bas peuple. Claudie sentit l'orage, elle se hâta

Monsieur de Courpière marié

de reprendre tant bien que mal son sérieux et de mettre le holà, pour éviter des excès irréparables. Nous remontâmes chacun chez nous faire notre toilette. Comme toutes les chambres communiquaient, nous y procédâmes portes ouvertes, afin de pouvoir causer. J'observai que la voix du vicomte, quand il la forçait pour se faire entendre de moi, avait des intonations canailles, qui c^ans une certaine mesure justifiaient mon épithète malsonnante de tout à l'heure. Ingénument, avec une douceur mielleuse, mais d'un miel, si je puis dire, frelaté, il expliquait à sa chère petite Claudia pourquoi il n'avait pas été sur le premier moment aussi content qu'elle-même du grabuge qui allait assurer sans doute, et sa propre libération, et leur bonheur commun. C'est qu'il pensait à tout, lui ; et cet accident prévu, souhaité — pour plus tard, lui semblait être arrivé pratiquement beaucoup trop tôt. Ses prélèvements sur la caisse conjugalH- ne montaient encore, en effet, qu'à douze cent mille :Çrancs environ, et si déterminé qu'il fût à mener avec sa chère petite Claudia l'existence la plus modeste, il ne \oulait point faire la bêtise de se mettre en ménage avant que d'avoir de\'ant*soi le million et demi au minimum.

J'écartai le rasoir de ma peau, et je dis que quinze cent mille francs sont un chiffre auquel on peut à la rigueur s'en tenir. « Oh ! toi, repartit Maurice avec un souverain mépris, tu n'as aucun' besoin. — Quelle erreur I dis- je, froissé. — Enfin, tu n'as pac une petite Claudie. » Cette remarque donna occasion à de bruyants et interminables béçotages. qui. cette fois, m'impatientèrent. Je demandai avec aigreur s'il ne serait point préférable que je fermasse ma porte : à quoi Maurice répondit par cet aphorisme extraordinaire qu'un ami n'est pas un homm^ Puis, reprenant son exposé, il dit que ces trois cent mille francs qui lui faisaient encore défaut, il les eût aisément grappillés à condition d"y mettre le temps ; mais se les procurer d'un coup, ainsi que présentement cela devenait nécessaire, voilà qui n'était pas commode : vu qu'il lui fj-n Irait obtenir jle consentement et la signature de sa femme, ,et que la circonstance ne paraissait pas aujourd'hui très favorable pour les lui demander. « En effet, dis- je. — Oh ! <• est selon », répliqua-t-il. j.ar besoin de contredire ; mais je vis qu'il avait l'audai'e — assez admirable, au fait — d'y songrr.

a En attendant, lui dis-je, il y a deux r]in<irc • v^-vt t-Mi^.\]t-<, T,p iininière est que

Claudie fasse ses malles et ait filé d'ici avant une heure. — Oui, dit-il, tu as raison, il faut escamoter au plus tôt le corps du délit. » Claudie se mit à rire, trouvant coquet" d'être appelée corps du délit. Je poursuivis : « Il faudrait aussi t'habiller un peu vite ; car il est urgent que nous rentrions aux Joncherets le plus tôt possible afin de prévenir les accidehts. — Quels accidents?' — Je n'en sais rien, mais il importerait justement de savoir ce qui s'y passe. — Tu as encore raison », dit M. de Courpière, et il sonna la femme de chambre. Il lui commanda d'emballer n'importe comment, pourvu que ce fût dare-dare, les frusques de Madame et, d'abord, de lui envoyer son chauffeur.

C'était un garçon d'une vingtaine d'années, fort recommandable, nommé Charles, fils d'un garde des Lambercier. Les hommes qui font ce métier de chauffeur ont adopté un genre, un ton qui n'est qu'à demi de domestique. Ils portent la moustache et oublient fréquemment de parler à la troisième personne. Le continuel côte-à-côte avec leurs maîtres, l'amusement et le danger communs ont créé, entre ces maîtres et eux, une familiarité qui est presque une égalité. On connaît le vicomte pour accoutumé dès l'enfance à être plus de pair à compagnon avec ses valets qu'avec ses amis : il n'avait donc point failli de se conformer à cette nouvelle mode, et même de l'outrer. Il tutoyait Charles, le faisait mettre à table avec nous dansles- auberges sans conséquence, et lui donnait trois fois plus de pourboires qije de gages. Charles, en retour, avait un culte pour monsieur le vicomte, et un dévouement auquel le mien seul pouvait être comparé, mais encore plus capable de tout et. si je puis dire, moins bégueule. Je ne laissais pas d'être sensible à cette rivalité. — Le vicomte décida que nous serions partis dans un quart d'heure, et arrivés dans unf demi-heure. Après quoi nous ne parlâmes plus, pour nous dépêcher. Mais quand nous fûmes prêts, les adieux à Claudie prirent une autre demi-heure, et ce n'est qu'au bout de quarante-cinq minutes que nous partîmes, tout de suite à grande vitesse.

Il fallait que je fusse fort nerveux ; car je n'ai d'ordinaire aucun sentiment du train et pour la première fois i'eus un vertige, et même, à la suite d'un cahot un peu fort, une peur d'être jeté hors de la voiture. (Maurice avait, cet été. remplacé la limousine pa ^ une carrosserie découverte.) Je me cramponnai instinctivement au rebord du siège»

Monsieur de Courpic.w ii.arié

et aussitôt j'eus honte de re réfkxe, qui me parut unspartsmanlikc, comtne tiisent les Anglais. Je tournai les yeux timidement vers Maurice, craignant qu'il n'eût surpris mon geste. La vue de mon ami me tranquillisa : il me rappela de nouveau, mais cette fois sans ironie, « l'ange aux yeux bleus » qui, « le glaive à la main », veille sur la loccHiiotive, qui « compte les coups du levier », qui a « lœil sur les eaux et la main sur la braise ». Aucune de ces expressions rie pouvait s'appliquer littéralement à M. le \ Icomte de Courpière ; il n'avait point l'oeil sur les eaux, ni. encore moins, la main sur la braise ; mais il était là, à son poste, et je ne doutais point qu'aussi longtemps qu'il y serait, le caillou d'un enfant ne suffirait pas « pour jeter en éclats la magique fournaise ».

Nous arrivions à un carrefour, oh. la route de la gare coupe celle des Joncherets. Nous v croisâmes l'umnibus du château, où était M"" Valvin, avec son bagage. Ce nous fut une première indication de l'état des choses, car elle n'avait pu partir si à 1 "improviste sans donner une raison de son départ, et sans doute la vraie raison. Nous eûmes encore plus de hâte d'arriver, et Charles, sans que Maurice lui en dîtTien, le comprit : il semble que, dans cet emix:>rrement de la course, les êtres contigus aient une autre façon que la parole de communiquer entre eux. L'augmentation du train fut notable, mais au lieu de mefFraver comme tout à l'heure et de me " redonner le vertige, elle confirma déraisonnablement mon sentiment de sécurité.

J'éprcHivai un extrême bien-être, comparable à celui que l'on goûre dans le sommeil, quand on rêve qu'on est affranchi des lois de la pesanteur, et qu on plane.

J'aperçus, presque au même instant devant nous, quelque chose qui remuait, qui vivait sur la route, et qui me fit indifféremment j^enser à un chien ou à une vieille femme. J'observai que l'hésitation entre les deux était absurde, et même plaisante. Je dus sourire d'un air absent ; puis je me .sentis aller de droite et de gauche, comme un homme effroyablement ivre, vertigineusement saoul, et je pensai que « ça y était •». sans plus de , précision. Je me rappelai que, « dans ces circonstanceslà », il est d'usage qu'on revoie toute sa vie passée d'un coup d'oeil. Cela me parut bienséant, et même obligatoire, et je dus faire un petit effort, qui évoqua soudain devant mes yeux une prodigieuse multiplicité d'événements anciens ; mais tous avaient trait à ^Laurice : c'est la vie de Maurice que

je revoyais, non la mienne ! Cette preuve de mon effacement m'humilia. Je tournai encore vers mon ami des yeux, je ne sais pourquoi terrifiés. Il me parut plus grand que de couh tume, et je vis en même temps un des arbres de la route, qui était vis-à-vis de nous au lieu d'être à gauche ou à droite, qui devenait subitement énorme et se jetait sur nous. Il y eut un choc, mais léger au prix de ce que j'avais pu craindre, et aussitôt je vis un autre arbre, de biais. Au moment où je me résignais à me briser contre lui, j'eus le sentiment qu'une main providentielle m'enlevait de mon siège, me faisait décrire une parabole assez étendue pour me retirer de la zone dangereuse, et me cléix)sait. à la vérité de la plus rude façon, dans les terres labourées.

J'y demeurai immobile, avec l'idée que je n'échapi^erais point la mort si je me faisais remarquer par le plus petit mouvement J'étais étourdi, mais je savais qu'une fois cet étourdissement dissipé, quand je redevien drais capable de sensations nettes et fortes, j'éprouverais une joie merveilleuse de vivre. Pour hâter cet heureux moment, je restais encore plus tranquille, plus sage. Je me reposais. Mais j'entendis plusieurs voix qui s'approchaient. Je ne jugeai point conforme à ma dignité que l'on me trouvât là par terre et qu'on me ramassât comme un blessé, quand je n'avais rien du tout et que j'étais parfaitement capable de me relever tout seul. Je n'en avais pourtant pas le courage ; j'étais las. ou paresseux ; et quand les gens arrivèrent, je ne m'étais pas encore mis debout. Je me mis du moins sur mon séant, et je les regardai ; mais je sentis que je les regardais d'un air hébété, ce qui n'avait pas de raison d'être, puisque je me sentais, d'autre part, lucide. Je me dressai comme pour narguer ces inconnus, et je me mis à marcher, avec une sensation d'atroce courbature, qui me fit faire réflexion que « j'en serais quitte pour une courbature ». Au quatrième pas, je butai contre l'automobile, que je croyais à plus de cent mètres, et quand je vis cette ruine, je pensai à la faillite de la science. Puis j'aperçus du même coup Maurice, debout, livide, intact, et, sous les débris du moteur brisé, quelque chose d'informe, qui était le pauvre Charles; et je tombai à la renverse, évanoui.

Ces interruptions de notre sensibilité sont l.>ien utiles : nous ne sommes plus tout à fait sûrs d'avoir senti ce qui les a précédées immédiatement, et c'est ainsi que des souvenirs atroces deviennent supiwrtables en devenant sujets à caution. Lorsqu'au bout de

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Monsieur de Courpière marié

quelques secondes je repris mes sens, je fus tout de suite beaucoup mieux. Je me vis étendu sur un lit, dans une maison au bord de la route. Maurice, debout auprès de moi, attendait impatiemment et montre en main que je ressuscitasse. « Allons, dit-il dès que j'ouvris les yeux, ce n'est pas encore ça qui jVa nous mettre en avance. » Il me parut qu'à ce mot je retrouvais la mesure du temps, que

quelque chose malheur est bon », ajouta-t-il, après réflexion. Et il dit encore : « Ce qui m'embête, c'est la voiture. » Est-ce parce que cette voiture ne m'appartenait pas en propre? J'avoue que, pour ma part, rien ne m'était plus indifférent.

Sans doute je n'aurais pas pu bouger si je n'avais rien eu à faire; mais le sentiment d'une mission à remplir me rendit soudain

Je tombai a la renverse, é v a son.

j'avais perdue ; 3t je ne sais ~^ ©ù j'allai prendre qu'il y j

avait environ un quart f d'heure de notre culbute. ' M. de Courpière affirma que le principal était que nous n'eussions rien de cassé, (je pensai à Charles.) o J'ai, dit-il, envoyé un exprès à Claudie. Maintenant, il s'agit d'opérer notre rentrée au château. Je compte bien que tu vas m'y précéder ; car moi, il faut que je m'occupe de faire transporter ce pauvre gosse ». Je protestai qu'il était plus naturel que ce fût moi, n'ayant point de femme ni d'enfant qui m'attendissent. « Mais non, mais non, dit le .. iromt<^>. "Va devant. Tu supporteras le premier choc. Tu prépareras le terrain... A

'•*i*f^yi*. T

toutes mes forces, sinon mon agilité. Je me dis qu'on n'a point de raison pour ne se point servir de ses membres quand on n'en a aucun de fracturé, et je me levai ; je me levai tout dune pièce, comme Lazare dans les tableaux, quand le Sauveur lui dit : «"^Levez-vous et marchez. » J'étais aussi gêné dans mes mouvements que si j'avais eu, comme ce rêve-

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nant, tout le corps ficelé de bcondelettes, mais j'eusse été capable d'un miracle ix)ur faire bonne contenance devant Maurice, dont le sourire m'horripilait. Ah! j'en avais assez! Durant le trajet, que je fis dans une carriole abominablement suspendue, dont les cahots m'achevèrent, mon sentiment unique fut que j'en avais assez ! Et de même lorsque j'entrai dans le salon, où je trouvai réunis M™* Lam-

Cette nouvelle ne fit aucunement sensation, et j'en fus piqué au vif. Si j'avais pris des gants pour l'annoncer, on n'aurait pas manqué de croire que je cachais quelque chose et, sans doute, de s'inquiéter ; mais comme j'avais l'air de reprocher aux personnes présentes l'accident qui venait de nous arriver, on me regardait avec surprise, et on se demandait seulement si j'étais dans mon

Je me vis, étendu sur un lit, dans une maison au bord m

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