THÉODORE DE BANVILLE
Hélas ! je ne devais dire mes vers que sur
la tombe de Darcier. Voici les quelques mots dont je les fis précéder :
Messieurs,
Si, pour la première fois de ma vie, je prends la parole sur une tombe, c'est que je considère pour moi comme un devoir d'apporter ici, à la mémoire de Darcier, mon humble tribut d'atfection et de reconnaissance.
Nous eûmes, mon frère et moi, l'honneur d'être ses élèves, et aussi ses amis les plus intimes. Nul, plus que nous, n'admira le talent, le tempérament merveilleux du grand chanteur populaire que nous pleurons aujourd'hui, et dont le souvenir restera vivace et impérissable dans la mémoire de tous ceux dont le cœur a tant de fois battu aux accents émouvants de cette grande âme d'artiste!
Et si ma voix s'élève aujourd'hui, c'est pour vous dire une étude que j'ai faite du maître. Cette étude est, sinon éloquente, du moins sincère et vraie. Pour l'écrire, je n'ai eu qu'à faire passer mon cœur dans mon cerveau. Ce sera mon dernier adieu à notre ami, la modeste fleur que je jetterai sur sa tombe.