FRAGMENT INÉDIT
D*UN ADMIRABLE SERMON DU R. P. LACORDAIRE, PRÊCHANT AU PROFIT DE l'œCVRE DES ÉCOLES CHRÉTIENNES.
... Mais j'oublie, Messieurs, le sujet qui nous réunit. J'ai à vous parler des Ecoles chré- ^ tiennes protégées par notre archevêque. .
Je viens vous demander dô^faire des hommes avec ces enfants. Eh! mon Dieu! ce n'est pas bien difficile de faire un homme. On prend un peu de boue, n'importe où, et Ton fait des hommes comme vous en voyez tant. Mais je vous demande d'en faire des hommes justes, libres, ayant l'estime d'eux-mêmes et pouvant revendiquer hautement T estime du monde.
Ainsi soit-il.
Nous retrouvons dans nos autographes ce sonnet inédit de Baudelaire, qui n'a jamais paru :
Lorsque de volupté s'alanguissent tes yeux, Tes yeux noirs flamboyants de panthère amoureuse. Dans ta chair potelée, et chaude, et savoureuse, J'enfonce à belles dents les baisers furieux.
Je suis saisi du rut sombre et mystérieux Qui jadis transportait la Grèce langoureuse, Quand elle contemplait, terre trois fois heureuse, L'accouplement sacré des Hommes et des Dieux.
Puis, sur mon sein brûlant, je crois tenir serrée
Quelque idole terrible et de sang altérée,
A qui les longs sanglots des moribonds sont doux;
Et j'éprouve, au milieu des spasmes frénétiques, L'atroce enivrement des vieux Fakirs Indous, Les extases sans fin des Brahmes fanatiques.
Il y âr, à Saint- Jean-de-Luz, ce riant petit coin basque, toujours ensoleillé, et d'où Ton aperçoit les belles montagnes bleues de l'Espagne, un brave marin, estimé de tout le pays, qui a fait en sa vie maints actes de bravoure, et auquel nous avons été assez heureux pour faire obtenir une médaille de sauvetage, eç exposant ses mérites au ministre de la ma^ rine.
Cet ancien matelot, nommé Luis Garcia, est aussi adroit chasseur que pêcheur éméri te. Homme d'une ingéniosité et d'une finesse de
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L'œil du vieux marin brillait de finesse et de malice.
— Tenez, j'ai une idéel... poursuivit-il; peut-être bien qu'elle va me réussir. . .
Puis, aussitôt, je le vis étendre, sur un roc à découvert, la pieuvre, palpitante encore, qu'il avait prise tout à l'heure.
— Vite, maintenant! me dit-il, venez et cachons-nous derrière ces rochers...
Je suivis mon pêcheur, ne sachant ce qu'il espérait. Le milan volait toujours au-dessus de nous, à deux cents mètres de hauteur environ, se balançant dans l'espace et ayant l'air de nous narguer.
— Oui, oui, mon bonhomme, va toujours, murmurait Garcia entre ses dents, en clignant des yeux dans l'azur et en guignant l'oiseau. Va, fais des grâces en ayant l'air de te f... de nous.
Au bout d'un quart d'heure :
— Qu'attendez- vous? lui dis-je.
— Chut! fit-il à voix basse et en me serrant le bras; je crois que c'est moi que je m'en vas le c onner!
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Nous nous tenions immobiles, dissimulés derrière une anfractuosité de rocher surplombant la grève. Mes yeux, pas plus que les siens, ne perdaient de vue l'oiseau de proie, lorsque, en effet, à un moment donné, nous le vîmes planer pendant quelques minutes^ puis fondre tout à coup sur la pieuvre, qu'il convoitait et voulait emporter dans ses serres, la croyant morte. Mais qui se trouva attrapé?... ce fut le milan, qui, au moment où il l'accrochait de ses griffes, fut saisi lui-même par les longs tentacules de la pieuvre, qui se refermèrent sur les plumes de ses ailes, en les engluant, et l'emprisonnèrent, malgré ses vains efforts pour se dégager.
— Quand je vous le disais, Monsieur, s'écria joyeusement Garcia, en se précipitant vers le rocher, que je ferais peut-être coup double sans fusil!...
Et mon habile marin, d'un nœud coula|^t, étrangla le milan, qui, empaillé par lui,^ést depuis lors au-dessus de Tâtre de sa modeste cabane.
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En 1868, nous allions faire un voyage aux bords du Rhin, en compagnie d'un de nos amis, nommé Rabion, habitant Libourne.
Ce jeune homme, très amateur de musique, possédait une jolie voix de ténor léger, qu'il maniait avec goût. Je lui avais appris sa partie dans un ravissant trio de Darcier, intitulé : les Exilés, et qu'il chantait fréquemment avec mon frère et moi.
Nous arrivons un soir à la gare de Cologne.
II était onze heures environ, et nous nous trouvions seuls tous trois dans cette gare spacieuse, attendant le départ du train. Nous avions une demi-heure à nous, et nous nous promenions, tout en fredonnant machinalement.
— Si nous chantions le trio de Darcier! dit tout à coup mon frère.
— Tiens! c'est une idée! répliquai-je; nous ne gênerons personne ici, puisqu'il n'y a pas un o&at. Cette salle doit être sonore ; chantons donc, mais à bouche fermée; ce sera plus joli.
Lors, ayant donné le ton à mes deux compa-
gnons de route, nous commençons à murmurer, — c'est le mot, — ce trio, qui est d'un effet des plus harmonieux.
Nous avions, pour tout auditeur, un jeune homme, qu'à sa casquette galonnée nous reconnûmes pour un modeste employé de la gare, et qui, du bout de la salle, d'où il nous regardait, avait l'air de jubiler en nous écoutant et, de loin, faisait le simulacre d'applaudir, en frappant silencieusement ses mains Tune contre l'autre .
— Voilà un jeune homme qui aime la musique, pensions-nous en nous regardant avec un sourire ; et nous redoublions de soin et de virtuosité devant l'aimable suffrage de notre bienveillant et unique auditeur.
Nous n'étions pas à la fin de ce morceau, qui, je le répète, semblait ravir notre jeune amateur, lorsque, tout à coup, survint un autre employé, dont la casquette, plus galonnée encore, indiquait un grade supérieur à celui du premier, et qui, d'un air brusque et maussade, vint à nous, en disant, d'une façon impérieuse et peu polie :