‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 3 sur 56 · FRANÇOIS COPPÉE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS COPPÉE

Grâce à Téducation que notre cher père nous avait fait donner, et grâce aux nombreuses lectures que nous avions faites, nous eûmes de bonne heure l'amour des grandes choses, des sentiments élevés; aussi ne cherchâmesnous toujours à mettre notre modeste talent d'interprètes qu'au service d'œuvres saines et de bon goût : ce dont le public et les critiques daignèrent sans cesse nous tenir compte. Dès 1858, notre réputation était déjà bien et dûment établie, autant dansle peuple que dansles salons les plus élégants de Paris, car, après avoir chanté plus de cinq cents fois, soit au théâtre et chez Herz ou Pleyel, nous eûmes l'honneur d'être demandés chez la marquise de Las Marismas, mère des comtes Aguado, chez la princesse Mathilde, le marquis de Talhouët, le duc de Mouchy, le marquis de Casteja, le duc de Bellune, et enfin aux soirées splendides données au Louvre, chaque vendredi, par le comte de Nieuwerkerke, soirées oii se trouvaient réunies toutes les sommités des sciences, de la magistrature, des arts et de l'armée.

C'est là que nous fûmes présentés par le

comte de Nieuwerkerke à Alfred de Musset, devant qui je chantai, un soir, son Rhin allemand et son non moins fameux Rappelle-toi!

sur la musique remarquable de ce grand artiste nommé Charles Delioux, qui est loin d'avoir la réputation que son talent mériterait. Je vois toujours la tête fine et élégante du poète. Il avait Tair d'un prince. Il nous accueillit de la façon la plus charmante. Il avait, disait-il, beaucoup entendu parler de nous et voulut bien nous faire force compliments sur notre façon de chanter. Mais quelle ne fut pas notre stupéfaction en nous apercevant, à mesure qu'il nous parlait, de son léger, état d'ébriété ; mais une ébriété de gentilhomme, et, malgré une certaine lourdeur qui voilait son beau regard, malgré sa parole un peu hésitante, il n'en conservait pas moins un air de distinction suprême. Il nous engagea àaller le voir et nous offrit son portrait,au bas duquel il écrivit ces mots :

A MM. LIONNET

Toutesmes félicitations sur votre belle interprétation de mon Rhin allemand.

ALFRED DE MUSSET

Grâce à réducalion que notre cher père nous avait fait donner, et grâce aux nombreuses lectures que nous avions faites, nous eûmes de bonne heure Tamour des grandes choses, des sentiments élevés; aussi ne cherchâmesnous toujours à mettre notre modeste talent d'interprètes qu'au service d'oeuvres saines et de bon goût : ce dont le public et les critiques daignèrent sans cesse nous tenir compte. Dès 1855, notre réputation était déjà bien et dûment établie, autant dansle peuple que dansles salons les plus élégants de Paris, car, après avoir chanté plus de cinq cents fois, soit au théâtre et chez Herz ou Pleyel, nous eûmes l'honneur d'être demandés chez la marquise de Las Marismas, mère des comtes Aguado, chez la princesse Mathilde, le marquis de Talhouët, le duc de Mouchy, le marquis de Casteja, le duc de Bellune, et enfin aux soirées splendides données au Louvre, chaque vendredi, par le comte de Nieuwerkerke, soirées où se trouvaient réunies toutes les sommités des sciences, de la magistrature, des arts et de l'armée.

C'est là que nous fûmes présentés par le

comte de Nieuwerkerke à Alfred de Musset, devant qui je chantai, un soir, son Rhin allemand et son non moins fameux Rappelle-toi!

sur la musique remarquable de ce grand artiste nommé Charles Delioux, qui est loin d'avoir la réputation que son talent mériterait. Je vois toujours la tête fine et élégante du poète. Il avait Tair d'un prince. Il nous accueillit de la façon la plus charmante. Il avait, disait-il, beaucoup entendu parler de nous et voulut bien nous faire force compliments sur notre façon de chanter. Mais quelle ne fut pas notre stupéfaction en nous apercevant, à mesure qu'il nous parlait, de son léger, état d'ébriété ; mais une ébriété de gentilhomme, et, malgré une certaine lourdeur qui voilait son beau regard, malgré sa parole un peu hésitante, il n'en conservait pas moins un air de distinction suprême. Il nous engagea àaller le voir et nous offrit son portrait,au bas duquel il écrivit ces mots :

A MM, LIONNET

Toutes mes félicitations sur votre belle interprétation de mon Rhin allemand,

ALFRED DE MUSSET

Ce portrait est placé dans notre salon, à côté d'un autre qui porte ces lignes :

Je joins de loin mes applaudissements à tous ceux que vous recueillez.

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