‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 35 sur 56 · LE SONQE D'UN FILS · texte numérisé non relu

LE SONQE D'UN FILS

Dans mon sommeil, parfois, je vois ma mère;

Son doux regard, son souris gracieux,

Viennent calmer cette douleur amère

Que je ressens depuis qu'elle est aux cieux !

Gomme autrefois, je Tai souvent surprise

Pendant la nuit, active à me veiller...

A mon chevet je la revois assise :

Longtemps, mon Dieu, laissez-moi sommeiller!...

Elle me parle, et pour moi sa voix tendre A de ces mots pleins d'amour, de bonheur.

Que je n'ai plus l'habitude d'entendre...

D'un doux émoi je sens battre mon cœur.

Puis, un baiser de sa bouche adorée Pour un moment sait me faire oublier L'isolement de mon âme ulcérée...

Longtemps, mon Dieu, laissez-moi sommeiller I...

Trop tôt, hélas ! en rouvrant ma paupière.

L'aurore vient raviver mes douleurs; La vérité m'apparaît tout entière...

L'illusion s'efface sous mes pleurs!

•Le songe fuit : le voile trompeur tombe; D'un fol espoir il faut me dépouiller, Car devant moi je n'ai plus qu'une tombe!

Mon Dieu! mon Dieu!... pourquoi me réveiller?...

H. B. . • Pensionnaire de Bicdtre.

Tout imprégné de la lecture de ces vers simples et touchants, que m'avait remis Tinfortuné jeune homme, et qui recèlent quelque profonde douleur, je me penchai vers Saint- Germain, mon voisin de table :

— Dis donc, ami, lui dis-je ; je crois que si Armand GoufTé, noire illustre collègue du Caveau, avait été, comme nous, témoin des scènes navrantes que l'on voit ici, ce n'est pas précisément en sortant de Bicêtre qu'il eût songé à écrire :

Plus on est de fous, plus on rit!...

Je ne sache pas beaucoup d'hommes maniant la parole aussi éloquemment que le directeur général de l'Assistance publique.

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Après le dernier dîner de Bicêtre, que je viens de citer, et auquel avaient été conviés Charles Monselet, Nadaud, Sarcey et Adolphe Dupuis, le comédien si aimé du théâtre du Vaudeville, Charles Quentin, au dessert, demanda à dire quelques mots, pour remercier les grands artistes, qui avaient, comme toujours, apporté généreusement leur concours, et qu'il a bienveillamment surnommés : lea Comédiens ordinaires de S, M. la Charité,

Il nous tint tous sous le charme et Témotion de sa parole. S'exprimant simplement et sans emphase, il sut trouver des accents qui nous allèrent droit au cœur.

Plusieurs de nos amis m'ayant fait Thonneur de me demander d'être leur interprète en répondant au speech de Quentin, encore sous l'impression du discours que nous venions d'entendre, j'improvisai un peu à la diable, et tant bien que mal, les quelques rimes suivantes, que je griffonnai à table :

Je voudrais bien éloquemment Répofidre à ce toast si charmant.

Qui nous trouble et qui nous remue»

Mais devant tant d*aménité, Je me sens l'âme, en vérité.

Fort émue.

Las! ne suis Sarcey ni Dupuis, Nadaud, ni Monselet, et puis, Outre qu'à l'esprit je ne vise, Songez que pour rimer ces vers.

En hâte, à tort comme à travers.

J'improvise.

Néanmoins, et malgré ma peur.

Près de Quentin, l'homme de cœur.

Je me fais votre humhle interprète.

En l'assurant qu'à l'avenir.

Notre troupe est à revenir Toute prête.

Artistes bons et généreux, Dans la nuit de ces malheureux.

Grâce à vous un rayon va naître.

Pour soulager ces pauvres fous, Oui, certes, nous reviendrons tous A Bicôtre.

Regagnons, heureux, nos foyers ; Ceux que nous avons égayés Ont dans l'âme un peu de bien-^re , Ils dorment, ces déshérités...

Et nous, nous partons enchantés, De Bicêtre.

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Personne n*a mieux dépeint, et de façon plus touchante, ces fêtes données aux pauvres aliénés des deux sexes, que notre ami Jules Claretie, dans une de ses chroniques hebdomadaires du journal le Temps (à la date du 13 juin 1884). Que de détails intéressants, émus, poignants au possible, et qui font venir les larmes aux yeux ! J'engage mes lecteurs à se procurer \a,Vieà Paris, Touvrage de Claretie, renfermant cette chronique, qui est une vraie étude (elle après de huit cents lignes), et de laquelle, après l'avoir lue, Paul Arène me disait :

— C'est à garder en brochure.

-«Si-

Quelques jours avant la splendide représentation organisée au bénéfice de Déjazet par le journal le Gaulois, et qui eut lieu au Théâtre- Italien le 27 septembre 1874, nous songions tous deux par quelmoyen nous pourrions donner à notre illustre amie une nouvelle preuve de notre profonde et respectueuse affection.

Que pouvions-nous ajouter, pour notre mo-

deste part, à l'éclat incomparable du programme, qui réunissait, grâce à l'infatigable zèle de notre ami Emile Blavet, le nom de tous nos plus grands artistes ?

Une idée nous vint, i 'avais été reçu, ainsi que Duprez, membre du Caveau, quelques mois auparavant, je me dis que Déjazet serait touchée d'un hommage qui lui serait adressé au nom de la Chanson française. J'allai faire part de mon projet au spirituel président du Caveau, Eugène Grange qui se mit à l'œuvre et composa une chanson sur un des airs favoris de Déjazet.

Ce n'est pas tout. J'allai trouver Duprez, ce Titan du chant, et lui apportai la lettre que voici :

Paris, 18 septembre 1874.

Mon cher collègue,

La Société du Caveau a Tintention d'oflfrir une couronne à Déjazet, le jour de son bénéfice.

Nous avons pensé qu'il appartenait au u roi du chant » de couronner « la reine de la chanson ». Voulez-vous bien vous charger de cet office? — Offerte par vous, cette couronne sera doublement précieuse à notre chère artiste.

Recevez, mon cher collègue, mes meilleures amitiés.

EUGÈNE GRANGE Président du Caveau.

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Tout joyeux, j'apportai à Grange la réponse que Duprez me remit immédiatement :

Paris, 19 septembre 1874.

Mon cher président,

C'est avec le plus grand plaisir que j'accepte la mission qui m'est offerte par la Société du Caveau.

Je serai donc très heureux d'offrir à la reine de la chanson, à l'excellente Virginie Déjazet, la couronne que notre Société lui destine.

Recevez, mon cher président, l'expression de mes meilleurs sentiments.

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