‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 6 sur 56 · HERBAULT · texte numérisé non relu

HERBAULT

C'est par cet aimable monsieur, qui était associé dans la maison Pleyel et Wolfl', les célèbres facteurs de pianos, que nous eûmes en effet Thonneur d'être présentés à Timmoriel auteur de Guillaume Tell et du Barbier, ■ C'est au numéro 2 de la Chaussée-d'Anlin, dans la maison du restaurant Bignon,que nous passâmes tant de soirées avec le maestro.

Ah! l'adorable et spirituel vieillard qu'était Rossini!... Que de bienveillance et de simplicité en lui! Ainsi que Gounod, dans sa jeunesse, il avait chanté d'une façon merveilleuse. Aussi, n'aimait-il pas les hurleurs.

Il appréciait, certes, une belle voix, mais il

voulait,avant iQ\xiyquel'onchantât,idiV[iQ\% nous

ne vîmes aménité plus grande que la sienne.

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Il aimait beaucoup les chansons de Nadaud.

Que d'heures charmantes n'avons-nous point passées avec le maestro, qui daignait nous demander de lui faire entendre les œuvres si fines et si délicates de notre ami. Il raffolait des chansons légères deVaiuteuT de Carcassonne. Parfois, après les soirées officielles, dans lesquelles TAlboni, la Patti, Ronconi, Tamberlick, Delle-Sedie , accompagnés par Diémer, . avaient interprété les chefs-d'œuvre du maestro, il nous disait :

— Ah! maintenant, nous voilà dans l'intimité... Anatole, vous allez nous dire le Coucher, M'aimez-vous? Ursule.., Cela nous reposera de ce qu'on veut bien appeler la grande musique, et, surtout, de la mienne, qui, selon moi, occupe une trop grande place dans les programmes qu'organise, avec tant de sollicicitude pour moi. M"'' Rossini, mou épouse, ajoutait-il avec un fin sourire.

En effet, M"*' Rossini, dans son culte admiratif et bien légitime pour le génie de son mari, faisait pour ses soirées, des programmes presque exclusivement composés de morceaux

tirés de ses opéras, ce qui faisait dire au maestro : « Trop de Rossini ! trop de Rossini ! >> Jusqu'au jour où, par la circonstance que je viens de raconter, nous fûmes appelés à l'honneur de figurer dans les soirées de la Chaussée-d'Antin, on n'y avait jamais fait que de la musique. J'écrivis, un jour, à Rossini :

Qier et illustre maître,

Je viens vous soumettre une idée que j'ai eue, au sujet de votre prochaine soirée. Vous sourirait-il que je vous donnasse la primeur d'une poésie d'Alfred de Musset qui, jusqu'à présent, n'a encore été dite par personne?

Je vous propose de dire la Bonne fortune. C'est une chose exquise de l'auteur de Rolla, et qui, si vous en acceptez ma modeste interprétation, pourra peut-être faire une agréable diversion pour votre élégant auditoire de dilettantes lettrés.

M"® Rossini nous répondit :

Ghers MM. Lionnet,

Bien que nous nous soyons imposé de ne faire interpréter chez nous que de la musique, Rdssini et moi, nous acceptons avec reconnaissance l'offre aimable que vous nous faites de nous dire la Bonne fortune, qui en sera une pour tous nos amis. Des vers d'Alfred de Musset seront encore, de l'avis de Rossini et du mien, une musique délicieuse.

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Un souverain étranger, passionné de musique, et qui se livrait à Tart de la composition, avait prié Rossini de lui donner des leçons d'harmonie; le maestro avait bien voulu faire une exception en faveur du monarque. Le royal élève envoyait ses essais au maestro, en le priant surtout de vouloir bien être avec lui d'une franchise absolue. Rossini, en voyant les fautes naïves, dont souvent les compositions du souverain étaient émaillées, et usant delà franchise que son élève sollicitait de lui, avait pour habitude, nous disait-il en souriant, de lui répondre invariablement : Sire, c'est royalement fait!

Un de nos amis, négociant en vins du Bordelais, possédait un talent remarquable de prestidigitateur. Digne émule du fameux Herrmann, il était, quoique simple amateur, d'une habileté, d'une adresse stupéfiantes. Grand admirateur de Rossini, il nous avait demandé de le présenter au maestro Ce jeune homme se nommait Paul Chenu. Il vint avec nous

aux soirées de la Chaussée-d'Antin, où, plusieurs fois, il charma la maestro et ses invités.

Son vif désir était d'avoir un autographe de Rossini. N'osant faire lui-même sa demande^ il m'avait prié d'être son interprète auprès du Diou de la musique.

Rossini me dit :

— Vous ne pouvez vous figurer la quantité innombrable de gens qui me demandent des autographes. La plupart du temps, je les fais faire par ma femme ; mais, dans le cas présent, je voudrais cependant être agréable à votre ami, qui s'est montré si aimable pour moi. Seulement... je ne sais que lui écrire... Que diable pourrais-je bien trouver?... J'ai beau chercher...

— Oh! mattre, dis-je à Rossini, vous n'êtes pas embarrassé pour si peu... Notre ami s'estimera si heureux de posséder une simple ligne de vous...

— Votre ami est négociant en vins? m'avezvous dit.

— Oui, maître.

— Ah! j*y suis... j'ai trouvé; vous lui remettrez ceci.

Et le maestro, se mettant à sa table, écrivit ces lignes :

A Monsieur Paul Chenu,

Cher Monsieur,

Veuillez, je vous prie, m'envoyer cinquante bouteilles de Champagne : mais... du chenu!

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