‹ Souvenirs et anecdotesChapitre 7 sur 56 · ROSSINI · texte numérisé non relu

ROSSINI

•«Si- Ce fut Rossini qui nous présenta à Meyerbeer. Les portraits de ces deux hommes de génie sont à la place d'honneur de notre salon, avec deux dédicaces bien flatteuses, et que nous regardons souvent avec une émotion attendrie.

Quand Pierre Dupont, dans sa jeunesse, quitta Lyon pour venir à Paris, il arrivait dans la grande ville, inconnu encore, mais riche de son bagage poétique.'

Le chantre des paysans, le peintre de la nature, dont la muse devait plus tard devenir si populaire, caressait surtout un rêve : celui de connaître Victor Hugo, pour qui il avait une admiration profonde, et auquel il était

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ration vient de lui dicter. Le maître lit ces vers touchants :

Si tu voyais une hirondelle.

Un jour d'hiver, te supplier, A la vitre battre de Taile, Demander place à ton foyer;

Si tu voyais une anémone, Languissante et près de mourir, Te demander, comme une aumône, Une goutte d'eau pour fleurir,

L'hirondelle aurait sa retraite.

L'anémone, sa goutte d'eau.

Que ne suis-je, pauvre poète.

Ou l'humble fleur ou l'humble oiseau !

Immédiatement Pierre Dupont fut reçu par Victor Hugo, qui lui fit l'accueil le plus Qatteur et lui adressa ses chaleureuses félicitations.

Deux ou trois ans plus tard, et comme les chansons de Pierre Dupont, devenues populaires, avaient pris leur vol à travers la France entière, le poète, dans un sentiment de reconnaissance, adressait à Victor Hugo ces vers, non moins émus que les précédents :

Sous ton regard, douce rosée.

Depuis l'anémone a fleuri ;

L'hirondelle a vu ta croisée Offrir à son aile un abri.

Ton foyer est plein d'étincelles, Ta vitre, pleine de lueurs; L'hirondelle y chauffe ses ailes, L'anémone y donne ses fleurs.

En échani^e de cette aumône.

Reçois, à chaque renouveau, Tous les parfums de l'anémone. Toutes les chansons de l'oiseau !

Ce fut vers 1884 que nous fîmes la connaissance de Pierre Dupont. Nous étions fort enthousiastes de ses œuvres dont, pendant vingt ans, nous avons, ainsi que notre maître Darcier, interprété les principales. Lui, Darcier, de sa voix mâle et vibrante, chantait celles dans lesquelles le poète plaignait les pauvres gens et les laborieux. Je cite dans cet ordre d'idées : le Pain, et surtout le Chant des ouvriers, qui commence par cette belle strophe :

Nous, dont la lampe, le matin, Au clairon du coq se rallume.

Nous tous, qu'un salaire incertain Ramène avant l'aube à l'enclume ;

Nous, qui, des bras, des pieds, des mains, De tout le corps laitons sans cesse.

Sans abriter nos lendemains Contre le froid de la vieillesse,

Aimons-nous, et quand nous pouvons Nous unir pour boire à la ronde, Que le canon se taise ou gronde,

Buvons A l'indépendance du monde!

Par nature et par goût, bien qu'admirant dans les inspirations de Dupont la virilité vraie et la philosophie moderne, avec cette vertu des vertus q^ii s'appelle la pitié, ainsi que Ta dit si justement Claretie, mon tempérament me portait plutôt à interpréter les pastorales exquises et si colorées du poète, telles que, par exemple : le Repos du soir, Sous les tilletils, les Taureaux, les Fraises des bois. Peuton lire quelque chose de plus frais et de plus adorable que des vers comme ceux-ci :

Rouge au dehors, blanche au dedans, Comme les lèvres sur les dents, La fraise épand sa douce haleine Qui tient de l'ambre et du rosier; Quand elle monte du fraisier, On sait que la fraise est prochaine.

Il en est une que j'ai mise en musique; c'est la Chanson des prés. Je la dédiai à Delsarte, qui en raffolait. Je parle des vers,bien entendu.

Je ne puis résister au désir d'en citer le premier couplet :

Savez-vous la chanson des prés, Qui porte à la mélancolie?

Allez l'entendre, et vous verrez Qu'elle est jolie!

C'est la chanson que Ton entend Dans la saison de la verdure.

Quand dans la grande herbe on s'étend Et qu'on n'a pas l'oreille dure. •

Le vent dans les chalumeaux verts, L'insecte dans les tleurs mi-closes.

Chantent et modulent des airs, Dont pâmeraient les virtuoses.

N'est-ce pas, ami lecteur, qu'en effet la chanson est bien jolie? Elle fait songer aux pipeaux des bergers de Virgile. Du reste, que de choses remarquables n'y aurait-il pas à citer dans l'œuvre du poète lyonnais!

Quand je mis cette dernière chanson en musique, Dupont daigna s'en montrer enchanté et m'octroya, par écrit, l'autorisation d'en

faire autant pour toutes celles de lui qui pourraient m'inspirer une mélodie ; bonne et flatteuse aubaine, dont j'ai profité plusieurs fois depuis. Nous sommes aussi heureux que fiers et reconnaissants dç lire au bas d'un portrait, qu'il nous envoya, ces vers du poète et de l'ami que nous aimions tant ;

Il convient à la Poésie, En notre siècle qui grandit.

De consacrer le vrai Sosie, Les Lionnet. Dieu leur a dit :

Abeilles, cueillez Tambroisie!

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