‹ Souvenirs et aventures d'un volontaire de GaribaldiChapitre 12 sur 21 · COMMENT ON PART DE L'ANCIEN MONDE POTJE LE NOUVEAU · texte numérisé non relu

COMMENT ON PART DE L'ANCIEN MONDE POTJE LE NOUVEAU

Jules Lesbeau venait d'entrer dans la rue Vivienne et se dirigeait vers les boulevards, lorsqu'il y rencontra l'un de ses anciens camarades du collège Rollin, Achille Mignet.

Jules Lesbeau et Achille Mignet s'étaient entièrement perdus de vue depuis leur sortie du collège.

Les deux anciens camarades se reconnurent et allèrent au-devant l'un de l'autre.

— Jules!

— Achille!

Et ils se donnèrent une vigoureuse poignée de main.

— Quel heureux hasard de te rencontrer, dit Lesbeau, toi, mon meilleur ami de Rollin. Tu ne saurais croire le plaisir que j'éprouve à te revoir. Cela me rajeunit de huit ans; car il y a huit ans que nous étions tous deux en rhétorique.

— Je ne suis pas moins heureux que toi, mon cher Jules, de ce fortuné hasard qui me fait te serrer la main après une si longue sépa-

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ration et quand je n'ai plus que quelques heures à rester en France.

— Comment, lu t'expatries?

— Eh! oui, mon ami. Je pars dans deux heures pour le Havre, d'où je m'embarquerai après -demain, à midi, sur le steamer YArago, qui me conduira à New- York.

— Est-il possible?

— C'est décidé.

— Je ne sais pas, mon ami, les raisons puissantes qui peuvent te déterminer à t'embarquer pour l'Amérique; mais, quelles qu'elles soient, je te plains de tout mon cœur de quitter notre beau pays de France pour la patrie des Yankees.

— Le voyage que je vais faire est un voyage d'intérêt, qui, je l'espère, ne durera que six mois. Je vivais paisiblement dans la propriété que mon pauvre père m'avait laissée en mourant, lorsque, par suite de circonstances malbeureuses, et qu'il serait trop long de te faire connaître, j'ai été forcé de vendre mes biens. J'ai payé tout ce que je devais, Dieu merci; mais il ne me restait plus que trente mille francs.

— Heureusement que lu as reçu une instruction solide qui t'aura, sans doute, permis de te tirer d'embarras.

-- L'instruction n'est pas toujours une ressource suffisante. J'ai pensé à utiliser mes trente mille francs, et je me suis mis dans les affaires.

— Quel commerce as-tu donc entrepris?

— Je fais le commerce des vins; mais, jusqu'à présent, je suis loin d'avoir lieu de me féliciter de la résolution que j'ai prise.

— Tu as perdu de l'argent?

— J'ai perdu tout ce que j'avais en dix-huit moi. Mon oncle. ..

— Ah ! tu as un oncle ?

— Oui. Pourquoi me dis -tu ça?

— Oh ! rien ; c'est que j'en ai un aussi, mois. Est-il stupide, ton oncle?

— Non, et le tien?

— Oh! le mien est un animal d'une rare espèce... Je te conterai ça tout à l'heure... Qu'est-ce que lu me disais donc?

— Je le disais qu'ayant perdu trente mille francs, tout ce que je possédais, mon oncle est généreusement venu à mon secours. Sans être riche, il jouit d'un certain crédit, et il a pu, en répondant pour moi, me faciliter l'achat de cent mille francs de vins et d'eaux de-vie que je vais vendre à New-York. Tout me porte à croire que ma spéculation sera heureuse et que je pourrai faire honneur à mes contrats d'achat et rembourser en outre à mon oncle vingt mille francs qu'il m'a forcé d'emporter avec moi pour faire face aux éventualités. Je n'aurai certainement pas besoin de toute cette somme. Ma cargaison est partie depuis un mois sur un navire à voiles, et je l'aurai bientôt convertie en beaux et bons dollars, je l'espère.

— Connais-tu bien cp pays?

— Je ne suis jamais allé en Amérique, mais je parle passablement l'anglais, et j'ai eu sur New-York des informations très- précises.

— Prends garde, mon bon vieux, dit amicalement Jules à son ancien camarade; prends garde à ne pas te laisser mettre dedans par ces Américains du nord, qui, d'après ce que j'ai ouï dire, sont les plus adroits coquins des quatre parties du globe. Je ne sais pas si je me trompe, mais tu me fais l'efTet d'être peu né pour les affaires. Tu n'as pas, mon cher, dans la physionomie, ce je ne sais quoi de rusé et de rapace qui fait le bon spéculateur... As-tu déjeuné?

— Non, pas encore.

— Tant mieux , nous déjeunerons ensemble. Après quoi j'irai t'accompagner jusqu'à la gare du chemin de fer. J'ai précisément une course très-importante à faire aujourd'hui même avant quatre heures, place du Havre. Je vais chez un juif, marchand de diamants, qui de temps à autre a la bonté de me prêter de l'argent à quarante pour cent d'intérêt.

— Je serais très -heureux de déjeuner avec toi; mais, tu le sais, le chemin de fer n'attend pas. Nous n'aurons que le temps bien juste de mordre dans une côtelette, d'avaler une demitasse de café, d'aller chercher mes bagages à l'hôtel, car j'habite habituellement Bordeaux, et

de nous rendre ensuite au chemin de fer pour le train express.

— Ce n'est pas moi qui te mettrai en retard. Je t'aiderai même, s'il le faut... Où est ton hôtel ?

— Rue Taitbout.

— C'est très-bien, nous irons déjeuner chez Yerdier, à la Maison d'Or. C'est tout près de chez toi.

Les deux amis se donnèrent le bras, et quelques minutes plus tard, ils prenaient place à une table du restaurant.

Pendant le déjeuner, Jules Lesbeau raconta à son ami ses infortunes relativement à son oncle et lui fil part de la perspective douloureuse, selon lui, où il se voyait réduit; à savoir: se marier avec une femme de son choix ou perdre l'héritage respectable de trois millions.

Lesbeau exposait sa prétendue triste position avec un air de conviction qui fit plusieurs fois sourire son ami.

— Tu as donc une bien grande antipathie pour le mariage, lui dit ce dernier.

— C'est plus que de l'antipathie, mon cher, c'est de l'aversion mêlée d'une crainte indéfinissable.

— La raison de celte aversion et de cette crainte est tout simplement que tu n'as pas encore aimé. J'ai la conviction que le premier joli minois qui l'inspirerait un peu d'amour chas-

serait de ton cœur tous ces fantômes avec une merveilleuse facilité. El ce serait doublement heureux dans la circonstance. Comme ton oncle, je suis convaincu que le, vrai bonheur est dans la famille et qu'il ne peut être que là.

— Jamais je ne croirai ça.

— Dans tous les cas, mon bon ami, à ta place je n'hésiterais pas à épouser. Puisque tu es bien convaincu que (on oncle ne t'accordera plus aucun délai et qu'il te déshéritera si tu n'es pas marié d'ici à trois mois, il faut te marier d'ici à trois mois; il le Jaut absolument. Une femme que tu as le droit, que disrje, que tu as le devoir de prendre jeune et jolie vaut bien trois millions, quand le diable y serait.

— Le diable y serait, mon cher, tu peux en être sûr... je n'ai pas la vocation et il ne faut jamais forcer la nature. Il est plus sage à moi de renoncer à la fortune et de vivotter avec mes six mille livres de rente... C'est triste, j'en conviens , mais de deux maux il faut choisir le moindre.

— Tu es fou, mon cher Jules, et il faut que je te fasse entendre raison.

Pour cela, mon cher, il faudrait avoir du temps, beaucoup de temps, et je vois à ma montre que nous n'avons plus que quarante -cinq minutes.

— Diable, diable, dit Achille, comme le temps psitâe... Où est le garçon?

— Pourquoi faire ?

— Pour lui demander l'addition.

— La carte est payée. ' -^i-'?'

— Ah !.. . Eh bien, partons.

Jules et Achille se rendirent immédiatement à l'hôtel, firent charger les bagages, et montèrent dans un fiacre après avoir dit au cocher de les mener à la gare de la rue Saint-Lazare.

Pendant que la voiture roulait:

— Q,ue fais-tu aujourd'hui? demanda Achille.

— Je vais d'abord chez le juif qui doit me compter quelque argent, six mille francs. Puis j'irai faire un tour au bois. Ensuite je reviendrai au café Anglais pour dîner; après quoi j'irai à l'Opéra, au Théâtre Français ou ailleurs.

— Veux -tu me donner une preuve de ton amitié pour moi?

— Qu'est-ce qu'il faut faire?

— Sacrifie -moi pour aujourd'hui ton juif, ta promenade au bois et les plaisirs de ta soirée et viens me conduire au Havre?

— Sapristi, mon cher, la course est un peu longue... Et puis, s'il faut tout dire, j'ai peur pour mon juif. Il a su par je ne sais qui les dispositions ultra sévères de mon oncle. Mon discrédit auprès un fils d'Israël s'est manifesté à ce dernier emprunt par une augmentation de vingt pour cent dans le taux de l'escompte. J'avais payé jusqu'à présent quarante pour cent; aujourd'hui, c'est soixante pour cent; et encore

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il paraissait hésiter. Je craios. si je néglige d'aller toucher, à l'heure convenue, mes six mille francs, qu'il me les refuse après-demain.

— En ce cas, mon cher Jules, tu partiras avec moi!... Tiens, ajoula-t-il en tirant de son portefeuille six billets de mille francs, voilà la somme. Tu me remettras cet argent à mon retour d'Amérique, dans six moix... plus tard, si tu n'es pas en fonds à c moment... tu sais, parce que je t'ai dit tout à l'heure, que cela ne me prive en aucune façon. Et si je fais naufrage, ajouta-t-il en riant, ce sera toujours autant de sauvé de la catastrophe. Tout ne sera pas perdu pour mon excellent oncle.

Jules Lesbeau, très-touché de cette marque d'amitié, voulait refuser. Mais Achille sut insister avec tant de bonne grâce que Jules finit par accepter.

Durant le trajet de Paris au Havre, Achille ne cessa d'exhorter son ami à accomplir les volontés de son oncle, à se marier dans le délai exigé.

— Trouve-moi, lui disait Achille, une opération qui rapporte Uois millions de bénéfice.

— Trouve-moi, répondait Jules, un bonheur égal à celui d'être toujours libre.

Bref. Jules se montra si complètement décidé à rester garçon. qu'Achille perdit tout espoir de lui faire entendre raison.

On arriva au Havre.

Dans l'hôtel où descendirent les deux amis, Jules se trouva placé à table d'hôte vis-à-vis d'une jeune personne d'environ dix-huit ans d'une remarquable beauté. Cette jeune personne, qui paraissait étrangère, se trouvait en compagnie d'un monsieur et d'une dame, trop jeunes pour être son père et sa mère.

On pouvait donc supposer qu'elle était là en ce moment avec des parents plus ou moins éloignés, ou encore, avec des amis de sa famille.

Jules, qui avait peur du mariage, ne s'était pourtant jamais senti effrayé à la vue d'une jolie femme. 11 fut frappé des grâces charmantes de la belle inconnue , et à la fin du diner il en était très-amoureux. Peut-être, se dit-il en ce moment, qu'il serait moins redoutable de céder aux volontés de son oncle avec un objet aussi séduisant. Toujours est -il qu'il ne put dormir de toute la nuit et que le jour le surprit pensant encore à son oncle, au mariage, à la délicieuse jeune fille.

Jules venait de terminer sa toilette, quand Achille entra dans sa chambre.

— Comment as - tu passé la nuit ? demanda ce dernier.

— Comme ça, pas trop bien. Je ne sais si c'est l'air humide et toujours malsain de la mer qui a déjà opéré sur moi, ou si c'est une autre cause, le fait est que toute la nuit j'ai été trèsagité.

— Je serai la nuit prochaine, dit Achille en riant, bien plus agité encore dans mon étroite cabine de navire que tu n'as pu l'être la nuit dernière dans ton lit.

— Pauvre ami , fit Jules en jetant sur son ancien camarade de collège un regard compatissant; si je plains un homme au monde, c'est bien toi, d'aller ainsi passer de dix à douze jours en proie à toutes les horreurs d'un voyage en mer. Et quand on pense qu'il y a des gens qui traversent l'Océan pour le soi-disant plaisir de le traverser, et se condamnent de gaieté de cœur à être malades, ou tout au moins secoués nuit et jour, sans une minute de trêve! Peste soit de la partie de plaisir! Pour moi, j'aimerais mieux encore. Dieu me pardonne, épouser que voyager en mer,

— Que veux-tu, mon cher Jules, on suit sa destinée dans ce monde; si tu dois te n)arier tu te marieras, et si tu dois naviguer tu navigueras.

— Je ne suis pas aussi fataliste que toi , et je suis persuadé que chacun est un peu maître de sa destinée. Si jamais je navigue, mon cher, c'est que j'y serai contraint par la force des baïonnettes , comme disait Mirabeau. Rien ne me charme dans un voyage en mer, tout m'inspire du dégoût, au contraire, et Christophe Colomb reste pour moi le plus grand des phénomènes.

— Celte antipathie pour la mer et les navires ne

t'empêchera pas, j'espère, de venir me conduire jusqu'au steamer?

— J'en serai malade, c'est probable, mais je ferai ce sacrifice par amitié pour loi.

A dix heures nos deux amis quittèrent l'hôtel pour se rendre à bord de VArago.

VArago est un très -beau steamer, ce qui n'empêcha pas Jules d'en critiquer amèrement les magniflques aménagements.

Quand Jules eut pénétré à la suite d'Achille dans la cabine de ce dernier:

— Tu vas étouffer ici, mon pauvre ami, lui dit-il. C'est juste si tu auras assez d'espace pour t'habiller et te laver les mains et la figure, quand le Dieu des tempêtes t'en accordera le loisir. Comment, c'est donc dans un de ces tiroirs de commode que tu vas essayer de prendre quelque repos la nuit? Mais, ce ne sont pas des lits, ça, ce sont des cercueils! Quelle horreur! Ah! il faut que tu aies bien du courage pour t'embarquer. A la place je ne ferais ni une ni deux, j'écrirais à New- York de vendre à n'importe quel prix mes vins et mes eaux-de-vie, et je resterais à terre,

Achille sourit.

— Et dis-moi, reprit Jules, sais-tu quel compagnon de cabine le sort te réserve? Je vois ici deux tiroirs.

— Suivant toute probabilité j'occuperai seul cette cabine, qui du reste est la moins bonne de

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tout le steamer. Lorsque je retins ma place tout était déjà pris à bord. J'aurai du moins l'avantage d'être ici chez moi. Je pourrai varier mes plaisirs et me coucher tantôt dans le tiroir de dessus et tantôt dans celui de dessous.

— Triste, triste, dit Jules en soupirant... Tiens, Achille, si tu veux, nous remonterons sur le pont. L'odeur de l'huile qui brûle dans les machines se répand jusque dans cette horrible cabine, et j'ai besoin de prendre le grand air.

— Soit, dit Achille, montons sur le pont. Comme Jules grimpait lestement l'escalier en

colimaçon conduisant des chambres intérieures au pont, il se trouva face à face avec la jeune étrangère dont la beauté l'avait si vivement frappé la veille à table d'hôte.

A cette vue inattendue, Jules sentit battre son cœur. Il redescendit machinalement l'escalier et vit la jeune personne, suivie du monsieur et de la dame avec qui elle se trouvait à l'hôtel, s'installer dans la cabine à côté de celle d'Achille Idignet.

— J'espère, dit la jeune personne en s'adressant aux personnes de sa société , que nous ferons un bon et court voyage; je m'y connais, le vent est favorable et le baromètre au beau tixe.

— 0 ciel, pensa Jules, elle part sur ce navire !

Et il resta sans mouvement comme absorbé dans ses pensées.

— Eh bien! lui dit Achille, tu ne montes pas?

— Non, répondit Jules en balbutiant, non... j'étais en train de jeter un dernier coup d'oeil sur raménagement du navire, qui est très-beau, ma foi !

— Tu le trouvais laid, tout à l'heure!

— C'est que sans doute je ne l'avais pas bien vu... Tu ne seras pas mal ici... et puisqu'il faut que tu parles absolument, je te félicite d'avoir choisi XArago... Et puis dix jours sont bientôt passés... En vérité, tu n'as pas à te plaindre, et si ce n'était .. . Après tout pourtant... mais à quoi cela servirait-il?... A moins cependant. ..

— Quoi donc? demanda Achille.

— Quelle heure est-il? dit Jules.

— Il est onze heures dix minutes; j'ai l'heure exacte.

— Onze heures et dix minutes... C'est à midi que le steamer prend le large et je n'ai rien de prêt... Je suis parti de Paris à l'improviste avec les seuls effets que j'avais sur moi ... Je n'ai pas le temps d'aller en acheter... Comment faire, comment faire?. . .

— Ah ça, que diable marmot(es-tu entre tes dents depuis un moment; parles-tu hébreux, chinois ou chicasaw?

— Achille, dit Jules d'un ton résolu et en prenant le bras de son ami : nous sommes de la

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même taille, tu me prêteras des habillements pour la route, je t'accompagne à New-York.

— Qu'est ce que c'est que cette plaisanterie, dit Achille; me prends- tu pour un nigaud de mordre à une force semblable, après surtout ce que je t'ai entendu dire des plaisirs de la navigation ?

— C'est Irès-sérieux , mon cher, tout ce qu'il y a de plus sérieux ; ce n'est pas moi qui plaisanterais jamais avec la mer. Il y a un lit d'inoccupé dans ta cabine, tu me l'as dit; je cours le retenir... Mon Dieu pourvu qu'il soit encore temps!

Et, plus alerte qu'un tauréador, Jules franchit en quatre bonds l'escalier en spirale, alla trouver le capitaine et retint sa place.

Quelques minutes après le pont du steamer se trouvait débarrassé de tous les curieux qui l'encombraient depuis le matin : il ne restait plus à bord que l'équipage et les passagers.

— Largue les amarres, cria le capitaine. Aussitôt la manœuvre fut exécutée, et les roues

du steamer se mirent en mouvement.

Bientôt après un coup de canon tiré à bord saluait le fort en signe d'adieu à l'ancien monde.

En redescendant dans la cabine où Achille était resté plongé dans le plus grand étonnement, ne sachant que penser de la conduite extravagante de son ami, Jules se précipita dans ses bras et lui dit d'une voix émue:

— Il était temps!... Quelques minutes encore et je ne pouvais plu.s partir... Que je suis donc heureux de t'avoir rencontré avant- hier rue

Vivienne Sans toi, mon excellent Achille, je

serais encore dans cet affreux Paris, que dévore la boue du macadam, au lieu d'être ici, sur ce magnifique vaisseau, que vont bientôt' mollement bercer les flots limpides du grand Océan. Car enfin, c'est un magnifique spectacle que la pleine mer!... Et puis, on n'a rien vu lorsiju'on n'a vu que son pays, et la jeune Amérique a toutes mes sympathies.

Achille jeta sur son ami un regard de compassion ; le steamer était en marche. Il ne pouvait donc plus douter de la résolution de Jules; il le crut fou.

Achille ne se trompait pas tout à fait, puisque Jules était amoureux.

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