SOUVENIRS U'UN VOLONTAIRE
charge à la baïonnette, on les laissa arriver à une dislance de dix pas; reçus par un feu roulant qui leur fit éprouver de grandes pertes, ils reculèrent en désordre; mais derrière eux venaient des troupes fraîches qui chargèrent impétueusement au cri de Vive le roi ! Nous allions être coupés et enveloppés, il fallut regagner le camp.
J'ai déjà dit que ce camp était si(ué sur une hauteur assez escarpée ; nous avions beaucoup de difficulté à grimper, et plusieurs des nôtres furent blessés aux pieds ou aux jambes par les balles ennemies.
A mi-côte, un détachement de la brigade Eberrah nous rejoignit, ce qui perniit de faire volte-face. Les Napolitains essayaient de monter pour emporter la position. Nous redescendîmes sur eux avec fureur en criant : Garibaldi ! Ils s'arrêtèrent; quelques-uns avaient mis le genou en terre et nous ajustaient tout à leur aise. Deux de nos officiers tombèrent roides morts. Exaspérés à cette vue , les noires s'élancèrent sans faire feu, ou plutôt roulèrent si impétueusement sur les Napolitains, qu'ils eurent à peine le temps de recharger leurs armes.
Ce fut une horrible tuerie, on tira à bout portant, puis le combat s'engagea à coups de baïonnettes et de crosses de fusils. Celle charge furieuse les fit reculer en désordre jusqu'au premier avant-poste où ils avaient le matin commencé l'action.
D'après le dire des prisonniers, ils comptaient trouver là du renfort, mais les troupes qu'ils y avaient laissées s'étaient portées sur Saint-Michel pour secourir la colonne d'attaque envoyée contre les Sardes et qui commençait à faiblir. De ce côté, les Napolitains n'avaient pas été plus heureux; ils battaient en retraite, poursuivis par les chasseurs sardes, si bien qu'ils se trouvèrent un moment entre deux feux.
Les deux troupes se rejoignirent, se rallièrent et firent tête; mais l'impulsion était donnée; après quelques instants d'une fusillade enragée les Napolitains repassèrent l'aqueduc en bon ordre, c'està-dire qu'ils reprirent leur position du matin, et le feu cessa peu à peu.
Avant d'aller plus loin, il est bon de faire observer que ce mot de Napolitains, dont je me sers, est tout à fait impropre; car l'armée que nous avions devant nous était presque entièrement composée de mercenaires suisses, bavarois ou autrichiens.
Il pouvait être alors huit heures du matin; l'action avait duré trois heures, et l'on pensait généralement que c'était fini. Les blessés furent enlevés et transportés à l'ambulance, qui se composait de trois ou quatre maisons isolées, situées au centre de la ligne. On distribua des vivres aux hommes, et nous gardâmes nos précédentes positions.
Je dormais depuis deux heures d'un profond
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sommeil, lorsqu'un tapage effroyable me réveilla en sursaut.
— Qu'est-ce qu'il y a donc! m'écriai-je.
— Rien du tout, répondit un volontaire, c'est le quadrille des lanciers qui recommence. La main aux dames!
Je sautai sur mon fusil.
C'étaient, en effet, les Napolitains qui revenaient à la charge. Mais, cette fois, au lieu d'engager l'attaque sur toute la ligne comme le matin, ils se portaient en masse sur nous par la route,, tandis que leur artillerie tonnait avec fureur du côté de Saint-Michel.
Ils tenaient évidemment à s'emparer de Maddaloni.
Ce l'ut pendant quelque temps la répétition de l'engagement précédent. Écrasés par la supériorité du nombre, nous reculâmes en bon ordre et en faisant un feu bien nourri, dans la direction de l'ambulance, placée, comme je l'ai dit, au centre de notre position. Là se trouvaient trois de nos canons qui ouvrirent leur tir pour appuyer une charge à la baïonnette qui fit r*trograder les Napolitains.
Ils reprirent bientôt l'offensive, soutenus par leur artillerie qui, lasse de canonner St.- Michel en pure perte, tourna son feu dans notre direction. Si l'on se rappelle noire position, telle que je l'ai décrite au commencement de ce chapitre, nonâ étions sur une hauteur, de sorte que les
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bailes et les boulet? napolitains venant d'en bas atteignaient nos hommes aux jambes et les fauchaient cruellement. Nous perdions ainsi beaucoup de monde.
Je crus un moment être au terme de mes aventures. Un officier d'ordonnance qui passait à cheval fut frappé d'un coup de mitraille qui le tua roide. Le cheval, atteint aussi, se cabra, fit un bond en arrière et vint rouler sur moi, entraînant son cavalier mort qui avait le pied pris dans l'étrier. Mes camarades me crurent tué, car sans être blessé j'étais couvert de sang. Le fait est que j'étouffais; heureusement, dans une dernière convulsion du cheval, mes jambes se trouvèrent libres, ce qui me permit de me dégager. Je ramassai mon fusil, et rejoignis en courant ma compagnie; il était temps, les Napolitains n'étaient plus qu'à une trentaine de pas.
Cependant l'ennemi avançait toujours. On évacua les blessés sur Saint-Michel pendant qu'une partie des nôtres faisait une résistance désespérée en avant des ambulances. Le feu de notre artillerie était éteint; la cav.ilerie napolitaine avait sabré nos malheureux artilleurs sur leurs pièces. La lutte devenait impossible sur ce point, et les divers corps se concentrèrent à Saint- Michel.
Mais c'était assez battre en retraite; encore un peu et Maddaloni allait être pris.
Le général Bixio rallia et rassembla toutes ses
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forces, se mit à leur tête, et l'on revint à la charge avec un élan irrésistible.
Ce ne fut pas long.
On eût dit d'un torrent furieux qui se précipitait sur les Napolitains. Nos Hongrois sabrèrent leur cavalerie qui se débanda; on n'avait pas le temps de charger les armes, c'était à coups de crosses et de baïonnettes qu'on faisait des trouées dans les rangs ennemis. Nous avions repris nos pièces, qui n'étaient pas encore enclouées, et dont le service fut confié à des volontaires qui prétendaient connaître le maniement du canon. Bientôt les Napolitains, culbutés sur tous les points, abandonnèrent les positions conquises avec tant de peine, et se retranchèrent sur la route où ils cessèrent leur feu.
Mais il était évident que l'affaire ne pouvait en rester là, les deux armées étaient trop rapprochées l'une de l'autre. Il y eut un moment de répit après lequel l'action recommença.
C'était le troisième engagement de la journée.
Ce fut nous cette fois qui primes l'offensive. Les Napolitains, atta(|ués sur la route, reculèrent au delà de l'acqueduc, et tinrent quelque temps auprès d'un moulin abandonné qui leur offrait une assez bonne position. Délogés de là, ils n'essayèrent plus de résister, et abandonnèrent décidément le champ de bataille, laissant sur le terrain leurs morts et leurs blessés.
Ce dernier combat avait duré une heure.
Il pouvait être alors trois heures de l'aprèsmidi. Nous avions perdu beaucoup de monde. Mais si la lutte avait cessé à Maddaloni, elle durait encore sur les autres points de la ligne, et l'on entendait une vive canonnade vers San-Angelo et Santa -Maria, où se trouvaient Cosenz, Medici et Garibaldi en personne. De ce côté, l'action était des plus chaudes, et le canon ne cessa de gronder jusqu'au soir. Nous étions, comme on le pense bien, impatients d'avoir des nouvelles de cette seconde bataille ; mais il fut impossible d'en rien savoir de positif avant le lendemain.
Une nuit très -fraîche avait succédé à une journée d'une chaleur étouffante. Tout était retombé dans le silence, et l'on n'entendait plus au loin dans la campagne, éclairée par une lune magnillque, que des coups de fusil isolés qui éclataient de temps en temps. Des groupes de paysans et de soldats parcouraient le champ de bataille à la recherche des blessés. On m'avait mis en faction sur les hauteurs de Saint-Michel. Harassé de fatigue, trempé de rosée, car je n'avais que ma chemise rouge, ne sachant ce qu'était devenue ma capote perdue pendant l'action, je me promenais sur un espace de quelques pas pour combattre le sommeil. A mes pieds, j'aperçus un chasseur sarde tué par un boulet qui lui avait emporté les deux jambes : il était étendu sur le dos, et les rayons de la lune frappaient
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en ploin sur son visage. Je passais et rej>assais sans cesse auprès de lui, regardant toujours niaigré moi cette face pâle tournée vers le ciel. Mes compagnons dormaient, couchés sur l'herbe à quelque distance. De temps en temps j'entendais le sifflet et le roulement lointain du chemin de fer qui emportait à Naples des convois de blessés.
Au jour, nous apprîmes comment les Napolitains avaient été repousses sur les autres points de notre ligne, après plusieurs engagements des plus vifs. N'étant pas de service , je partis avec quelques camarades pour aller aux renseignements.
Notre première visite fut pour la ferme de la Paille, située un peu en avant de Santa-Maria, et occupée par la compagnie française. En approchant, on voyait partout les traces de la lutte meurtrière de la veille. Les morts avaient été enlevés , mais on rencontrait à chaque pas des chevaux étendus par terre, des sacs, des casques, des armes brisées, des mares de sang, des arbres coupés par les boulets ; le sol était jonché de ces funèbres débris.
La ferme de la Paille, ainsi nommée a cause des nombreuses meules de paille qui l'entouraient, était un point stratégique des plus importants, entre Santa-Maria et Capoue. Pour celte raison, la défense en avait été confiée à la compagnie fran-: çaise, autrement dite compagnie de Flotte, qui faisait partie de la brigade de Milbitz , comprise
elle-même dans la division du général Cosenz. Cette ferme se composait d'un vaste corps de bâtiment avec une grande cour carrée à l'entrée. Derrière la cour se trouvait le jardin, immense rectangle entouré de mur?;. La compagnie française installée en ce lieu était commandée par Paugam , et parmi ses officiers on remarquait particulièrement un autre Français, M. Martigny, et le capitaine hongrois Scheider.
Dès leur arrivée à la ferme, nos hommes qui craignaient avec raison que ces meules de paille ne servissent un beau jour à les enfumer dans leur retraite, prirent le parti le plus sage, qui consistait à faire eux-mêmes la part du feu, c'est-à-dire à transporter cette paille aussi loin que possible de l'habitation et à la brûler. Celait autant de peine épargnée aux Napolitains.
Cela fait, on s'occupa de fortifier la ferme.
Tout ce qu'il y avait à l'intérieur de charrues, de pelles, de fourches, de tables, de chaises, de lits, de gros meubles, servit à barricader les portes.
On perça ensuite les murs avec des pieux pour établir des meurtrières.
Il restait à fortifier les abords de la ferme. Des fossés de dix pieds de large furent creusés tout autour, et en arrière de ces fossés s'élevaient des murs en terre pour protéger les tirailleurs. Tout cela ne demanda que quelques heures. On a dit un peu légèrement peut-être
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que chacun de nos soldats avait un bâton de maréchal dans son sac : ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y porte un brevet d'ingénieur.
Ces préparatifs terminés, on attendit.
On n'eut pas l'ennui d'attendre longtemps.
Le 1er octobre de bon matin, à l'heure même où nous étions attaqués à Maddaloni, des coups de feu tirés par les sentinelles avancées avertirent la ferme de l'approche de l'ennemi. C'était un régiment de grenadiers de la garde royale qui s'en allait tranquillement prendre Santa ~ Maria. Une vive fusillade partie de la ferme les avertit qu'il y avait là quelque chose à faire avant d'aller plus loin.
Seulement, ce quelque chose à faire occupa les Napolitains toute la journée, et si bien qu'ils ne purent pas en venir à bout.
Il faut dire d'abord que ce poste de la ferme, qui ne demandait pas moins de deux cents hommes pour être défendu rationellement selon les règles de l'art militaire, n'était guère occupé que par une cinqu.intaine d'hommes, dont une quinzaine d'Italiens, d'Anglais et de Hongrois. Le reste se composait de Français.
Arrêtés court dans leur marche, les Napolitains s'étaient donc retournés sur la ferme pour l'emporter en passant.
Il va sans dire que la petite garnison était prête au combat; les volontaires s'étaient établis
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derrière les meurtrières du jardin, sur les toits, partout où l'on pouvait faire face à l'ennemi.
— Laissez les arriver! dit Paugam.
Ils arrivèrent en effet à une distance de trente pas. Alors éclata un feu roulant qui les décima; ils reculèrent, foudroyés en même temps par une batterie établie auprès d'un ancien arc de triomphe sur la gauche de la position.
Bientôt les Napolitains ralliés reviennent au combat, soutenus par un second régiment de la garde, composé de vieux soldats, d'hommes d'élite. Cette force imposante s'avançait silencieusement, formant un large et majestueux champ de bataille. Le premier rang marchait la baïonnette croisée; le second rang se tenait prêt à tirer, le fusil à l'épaule. Derrière étincelait au soleil un front de baïonnettes drues et serrées comme les épis dans un champ. Terrible spectacle que ces soldats de haute taille, à l'air martial, développés en un long ruban brun, coupé par les raies blanches des buffleteries, et marchant au pas de charge dans un sombre silence précurseur de l'orage.
Les tirailleurs siciliens, postés à la droite de la terme, auprès d'un amphithéâtre en ruines, s'étaient élancés en avant. C'étaient des enfants pour la plupart, beaucoup n'avaient pas plus de quinze à seize ans ; le courage ne leur manquait certes pas, mais ils ne savait^nt pas bien encore leur métier de tirailleurs. Ils allèrent se briser contre cette muraille de fer, et reculèrent; puis
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revenant à la charge et devinant par instinct la tactique commandée par la circonstance, ils luttèrent intrépidement, se glissant dans les fossés, s'abritant derrière les arbres, mais pourtant perdant du terrain et toujours repoussés sur l'amphithéâtre.
Cette fois encore les royaux ne purent dépasser la redoute française, ils furent arrêtés court.
Les Napolitains exaspérés concentrent de nouveau leurs efforls sur ce poste inébranlable qui leur barrait si obstinément le passage.
Les volontaires altendaient ; ils n'avaient qu'un cri de guerre: de Flotte et Garibaldi! La mémoire de leur chef liéroïque tué à Solano était présente à la pensée de tous, et sa grande àme semblait inspirer et diriger le combat. En un instant la ferme est entourée et assaillie avec fureur par les royaux. Une douzaine d'excellents tireurs, parmi lesquels il faut citer deux braves ouvriers parisiens, Biaise et Casel , s'embusquent aux meurtrières du jardin , passent rapidement de l'une à l'autre pour faire croire qu'elles sont toutes occupées, et ne perdent pas un coup de carabine. Derrière eux, quelques enfants italiens et la cantinière de la compagnie leur passent les armes toutes chargées. Ces tireurs intrépides se multiplient, font feu par toutes les meurtrières, et tout ce qui approche tombe foudroyé.
Pendant ce temps, une fusillade générale part de la terrasse, des fenêtres , de tous les points
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forliflés, tandis que le capitaine Paugam , établi sur le toil à demi effondré de la ferme, comme un capitaine de vaisseau sur son banc de quart, suit le combat d'un œil attentif et envoie ses ordres de tous côtés.
Cette lutte acharnée dura près de deux heures. La ferme, complètement débordée, s'émiettait sous un ouragan de fer. Les royaux se consumaient en efforts désespérés sur ces murs de terre qui vomissaient des flammes. Un ofûcier napolitain, qui se faisait remarquer par son intrépidité, saisit un de ses soldats au collet, le pousse en avant, et de l'autre main agitant son sabre s'élance, entraînant à sa suite toute une compagnie, électrisée par son exemple. Arrivés dans le courant des balles, ils sont décimés, rompus, rejetes violemment en arrière. L'officier les rallie, les enlève de nouveau, et cette fois l'attaque est si rapide qu'une trentaine d'hommes parviennent à escalader le mur. Ils n'ont pas touché terre qu'une douzaine de volontaires tombent sur eux à la baïonnette au cri de : — de Flotte, en avant ! et les culbutent dans le fossé. L'ofticier, désespère, brise son sabre et se jette sur les baïonnettes pour se faire tuer : — ' Non, lui dit un volontaire en abaissant son arme,, vous êtes trop crâne, vous ! allez rejoindre vo» hommes et au revoir!
Un des vaillants qui assistaient à cette scène, me disait: — Pour rien au monde, nous ne lui
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aurions fait de mal ; par son courage il nous avait rappelé de Flotte.
Ce fut le dernier effort de cette lutte terrible; un épais nuage de fumée enveloppait la ferme et l'on ne voyait pas à vingt pas devant soi. Les tirailleurs siciliens revenaient à la charge sur la droite, et bientôt cette belle ligne de gardes royaux n'offrit plus que des tronçons brisés et dispersés dans le plus grand désordre.
On eut alors un moment de trêve dont on profita pour enlever les blessés des deux partis, non seulement à la ferme, mais sur tout l'espace du champ de bataille, et particulièrement dans la direction de l'amphithéâtre, oîi ils étaient le plus nombreux. Un baril de cartouches fut apporté et défoncé dans la cour de la ferme, chacun remplit sa giberne, et l'on mangea un morceau de pain arrosé de larges rasades d'un petit vin blanc italien qui ne poussait pas à la mélancolie. Il y avait aussi un tonneau de rhum venu d'on ne sait d'où,, mais qui fut certainement le bien venu. Cette légère collation n'était pas encore terminée que les Napolitains revenaient à la charge.
La garde royale était cette fois escortée de plusieurs pièces de canon, qui ne venaient pas toutes pour faire honneur à la ferme. Leur feu était dirigé impartialement sur les diverses positions de notre armée; il faut dire cependant que la ferme en eut sa bonne part.
La compagnie française n'avait pas jugé néanmoins à propos d'interrompre son déjeuner. Le premier boulet qui porta pulvérisa un pan de mur et fit voler un nuage de plâtre qui poudra à blanc trois ou quatre volontaires. Ce furent des éclats de rire et des plaisanteries à n'en plus finir. On riait encore quand un obus arrive avec un bruit formidable, crève le toit, éclate dans une chambre du premier étage, et jette partout une grêle de débris.
Les volontaires applaudissent vigoureusement un coup si bien réussi, mais une voix s'écrie au milieu du tumulte: — Ah! mon Dieu! pourvu que cet animal d'obus ne nous ait pas défoncé notre tonneau de rhum.
On court aussitôt, on se précipite ; le tonneau avait été préservé miraculeusement, car un énorme volet était tombé à deux pas de lui. Jamais plus belle occasion de rendre grâces au Dieu des armées.
Seulement ces actions de grâces ne furent pas longues, car les Napolitains s'avançaient, et chacun courut à son poste. Trois nouveaux régiments de la garde appuyaient l'artillerie, dont le tir était gêne et masqué par les arbres, qui couvraient la campagne en grand nombre. Sur la droite et sur la gauche de la ferme, nos tirailleurs se mulliplaient, tantôt gagnant et tantôt perdant du terrain; les positions étaient alternati- Tement abandonnées et reprises; trois fois la
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ferme fut enveloppée et attaquée avec furie, et trois fois l'armée napolitaine, coupée en deux, recula sans pouvoir passer outre.
Il y eut une^ nouvelle trêve, pendant laquelle la ferme reçut un renfort d'une trentaine d'hommes. Quelques volontaires, épuisés de fatigue, profilèrent de ce moment de calme pour s'étendre sur la paille. Ils dormaient depuis une demiheure, quand ils furent réveillés par un bruitformidable.
C'était le régiment de carabiniers de la garde qui exécutait une charge à fond de train sur les positions des Siciliens, retranchés à l'amphithéâtre.