‹ Souvenirs et aventures d'un volontaire de GaribaldiChapitre 9 sur 21 · SOUVENIRS D UN VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

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avec cette courtoisie chevaleresque si naturelle au caractère français, ils éclatèrent en applaudissements enthousiastes. Cet hommage rendu à la fière allure de leurs ennemis, ils prirent leurs carabines et les saluèrent au passage d'une décharge générale.

En même temps notre artillerie leur envoyait en flanc une volée de mitraille, pendant que les Siciliens les fusillaient de front.

Au milieu de ces feux croisés, ce beau régiment, aveuglé, étourdi par les balles, hésita, perdit la tête, tourna bride après avoir déchargé ses pistolets au hasard.

Cette fois un hourra ironique les accueillit au moment où ils repassaient au galop sous le feu de la ferme. Un petit Parisien de seize ans, debout sur le mur du jardin, battait des mains et s'écriait en rappelant le titre d'une pièce jouée sur un théâtre du boulevard:

— Trop beaux pour rien faire!

Cette saillie provoqua un éclat de rire universel. Ce n'était pourtant pas fini. Un second régiment de cavalerie s'ébranla pour soutenir les carabiniers royaux, et il y eut encore deux autres charges qui n'eurent pas plus de succès que la première, et furent repoussées à peu près de la même façon avec l'aide des Hongrois.

Cependant les débris de l'armée napolitaine se ralliaient dans la plaine pour tenter un dernier efl'ort. En même temps, le bruit courait

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que Garibaldi venait d'entrer à Capoue. Le capitaine Paiigam fit alors une sortie à la tète de la garnison de la ferme. Ce mouvement, appuyé par l'artillerie et par les Siciliens, eut un plein succès, et força les Napolitains à abandonner définitivement le champ de bataille.

11 était alors environ six heures du soir et la nuit était venue.

Tout était alors fini de ce côté.

Le lendemain, la compagnie française enterra ses morts, parmi lesquels on regrettait surtout un ouvrier ébéniste parisien, nommé Laroche, excellent hopme. adoré de tous ses camarades. Un éclat d'obus lui avait fracassé la tète. Ces glorieux martyrs de la liberté furent inhumés dans le jardin de la ferme. Au moment où l'on achevait de leur rendre les honneurs militaires, an brillant personnage, suivi de quelques officiers à cheval apparut tout à coup.

C'était le général Turr.

On le reconnut tout de suite à sa haute taille, à sa grande moustache blonde, à cet œil bleu plein de feu, qui donne à sa belle physionomie une expression de loyauté et de courage.

 son aspect, le tambour bat aux champs, les rangs se forment et la compagnie présente les armes.

Le général s'arrêta un moment à examiner cette poignée d'hommes tout noirs de poudre,

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rangés autour d'un drapeau déchiré par les balles, et où l'on voyait auprès du type énergique de l'ancien zouave d'Afrique d'imberbes visages d'adolescents, à peine échappés du collège, et qu'on eût pris pour de jeunes filles.

— Où sont les autres, dit le général Turr; faites-les venir aussi.

— Les autres, répondit Paugam, mais les voilà tous.

Turr, étonné, semblait croire à une mystification.

Paugam ajouta en montrant d'un geste les croix de bois plantées sur les fosses récemment recouvertes :

— Si ce sont ceux - là que vous demandez, ils ne peuvent venir, non plus que les blessés.

— Est-il possible, s'écria Turr, que cette position ait pu être ainsi défendue avec si peu de monde ?

Il causa alors familièrement avec les volontaires qui l'entouraient, puis il adressa à toute la compagnie celte allocution: „Je viens, au nom du général Garibaldi, vous féliciter de votre belle conduite d'hier. En faisant si bien votre devoir, vous avez noblement représenté votre glorieuse patrie parmi nous, et vous vous êtes montrés dignes de ce pauvre de Flotte, l'homme intrépide qui vous a donné son nom. Toute la France saura ce que vous avez fait pour l'humanité et la liberté de l'Itahe."

Ces simples paroles furent accueillis par de vives acclamations eu l'honneur de la liberté, de la France, de l'Italie, de la Hongrie et du général Turr.

Il me reste à raconter ce qui se passa à l'extrémité de notre ligne, c'est-à-dire à San-Angelo, car on sait que la bataille se développait sur un front de trois lieues.

A San-Angelo se trouvait Garibaldi en personne avec le corps du général Dunn. Là. comme sur les autres points, le combat s'engagea aux premières lueurs du jour. Il se maintint longtemps avec une extrême vivacité. Un grand bâtiment isolé qui servait d'ambulance fut perdu et repris cinq fois par les garibaldiens. Il contenait un grand nombre de blessés. La dernière fois qu'ils s'en rendirent maîtres, les royaux y mirent le feu, et les blessés, dont le nombre était évalué à deux cents environ, périrent dans les flammes. Deux de nos chirurgiens, qui se trouvaient alors dans l'ambulance, furent lardés de coups de baïonnette et emmenés prisonniers.

Vers deux heures, les Napolitains revinrent à la charge avec des renforts considérables de troupes fraîches, et refoulèrent nos hommes écrasés par la supériorité du nombre. Il fut alors question de se replier sur Santa-Maria; mais on apprit que la route était coupée, et que les communications étaient interrompues. A cette nouvelle, Garibaldi ordonna au général Dunn de se

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concentrer sur les hauteurs et d'y tenir à toute extrémité, pendant qu'il irait lui-même à Caserte chercher du secours.

Pour cela, il fallait passer à travers l'armée ennemie.

C'était un de ces coups d'audace qui avaient un attrait tout particulier pour un cœur intrépide. Il partit donc, escorté seulement d'un trèspetit nombre de ses officiers. Comment tirentils? Je l'ignore; le fait est qu'ils passèrent.

Turr était à Caserte avec une division.

Arrivé en vue de Caserte, Garibaldi envoie un de ses aides de camp à fond de train avertir le général Hongrois de ce qui se passait. Celui-ci sort à l'instant avec trois mille hommes. C'étaient en grande partie des Hongrois, mais tous n'étaient pas à cheval; il y avait parmi eux un régiment d'infanterie.

On connaît la passion des Hongrois pour les chevaux; ce sont les centaures modernes; un Hongrois obligé de servir comme fantassin se croit pour ainsi dire déshonoré. Malheureusement on ne pouvait les monter tous.

— Prenez des chevaux à l'ennemi, leur dit Turr, et vous passerez de droit dans la cavalerie.

Ce mot suffît.

Justement ce fut le régiment des dragons de la reine qui eut la fâcheuse idée de les charger.

Les Hongrois courent dessus avec des cris de joie, sautent à la bride des chevaux, et ne son-

genl qu'à une chose: désarçonner les cavaliers pour se mettre en selle à leur place. Les dragons, déconcertés par un genre d'attaque aussi inattendu, se défendent pourtant de leur mieux et sabrent les Hongrois. Ceux-ci, cramponnés à la bride, se font hacher en morceaux plutôt que de lâcher prise, et , tout sanglants , finissent par garder leur butin.

C'est ainsi qu'un nouvel escadron de cavalerie s'improvisa sur le champ de bataille.

La situation était en ce moment des plus critiques. Garibaldi arriva brusquement au milieu des Hongrois, qui le reçurent avec des cris d'enthousiasme.

— Mes amis, leur dit-il, nos frères sont cernés à San-Angelo, allons les délivrer! En avant!

— En avant! répétèrent les Hongrois.

Ils se précipitent comme la foudre. Le grand Italien se lance tout seul à trente pas en tête de la colonne, poussant son cri de guerre: Garibaldi! Ce nom, que les Napolitains ne pouvaient entendre sans être frappés d'une terreur superstitieuse retentit sur toute la ligne. L'homme est reconnu à sa chemise rouge, et plus encore à son audace, et l'ennemi recule en désordre. On le repousse ainsi dispersé et presque fuyant jusqu'à San-Angelo.

Il était temps. Le corps de Dunn était à bout de résistance; il avait perdu, entre autres officiers supérieurs, le major Ramori||o, et Dunn

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lui-même était blessé à la cuisse. Un Français, le capitaine Lefebvre, ancien spahi, emporté par l'ardeur du combat, se trouve seul un moment en face d'un peloton de Suisses. L'ofticier qui les commandait dit en fiançais à ses hommes, en leur montrant Lefebvre:

— Saignez-moi donc ce gros pourceau!

Lefebvre était en effet d'une assez forte corpulence.

Les Suisses font feu sur lui, et une balle emporta son fez, car pendant un assez long séjour en Turquie il avait pris l'iiabitude de cette coiffure. Lefebvre, outré, court sur l'ofticier suisse, le saisit au collet, et lui passe son sabre au travers du corps , sous les yeux de ses soldats, qui ne font pas un mouvement pour le secourir.

En ce moment arrivait la colonne conduite par Garibaldi. Pris entre deux feux, les Napolitains achèvent de se débander et cèdent partout le terrain.

Telle fut cette sanglante journée du 1®' octobre.

Les garibaldiens n'avaient plus devant eux l'armée de Sicile et des Calabres, qui s'était fondue comme neige et était rentrée dans ses foyers. Ils luttaient contre de vieilles troupes solides, aguerries, l'élite de l'armée royale, dévouées jusqu'au fanatisme, et très-supérieures en nombre, tandis que parmi eux beaucoup voyaient le feu pour la première fois. C'est ce qui explique comment les royaux eurent presque partout l'avan-

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tage au commencement de l'action. Mais, le premier choc essuyé, les choses changèrent de face; les mercenaires royaux se battaient pour la discipline; ils tenaient à vaincre comme un commerçant de bonne foi tient à payer le billet qu'il a souscrit. Chez les garibaldiens il y avait l'enthousiasme d'une grande cause, la foi ardente qui fait accomplir des prodiges. La force brutale fut vaincue par l'idée.

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Retour a Naples. — Les grandes dames. — Les sinapolitains. — Nonvelle expédition. — Passage du Voltume. — Les trois moulins. — Le général Bixio. — Victor-Emmanuel au camp. — Bombardement et capitulation de Capoue. — Retraite de Garibaldi.

Après cette rude affaire, j'obtins un congé qui me permit d'aller passer quelques jours à Naples.

On ne peut se faire une idée de l'animation qui régnait dans celte grande capitale. Les habitants manifestaient une joie d'autant plus grande de notre victoire que , s'il fallait en croire les prisonniers, François II avait promis à^es troupes

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une semaine de pillage dans le cas où elles parviendraient à rentrer à Naples. Je suis loin de garantir le fait-, tout ce que je puis dire, c'est que personne ne le révoquait en doute , et, sans remonter bien haut dans l'histoire, il y avait des précédents qui le rendaient trop vraisemblable et dont la population gardait encore un cruel souvenir.

La gare du chemin de fer était encombrée de voitures bourgeoises. On me dit que c'était la société la plus aristocratique de Naples qui envoyait ainsi ses équipages pour transporter les blessés. Chaque convoi qui arrivait était salué par des ovations enthousiastes. Les plus grandes dames se montraient dans les rues avec le mot se' brodé à leur corsage, et les hommes portaient ce même mot à leur chapeau avec la cocarde tricolore. On rencontrait à chaque pas des marchands ambulants qui vendaient des si en ruban ou en étoffe. Personne n'ignore que le si italien est l'équivalent du oui français; c'était une manifestation annexionniste avant le vote.

Un malin, en me réveillant, je trouvai Naples plus échauffée encore que d'habitude; les habitants poussaient des cris de joie et s'embrassaient dans les rues. On venait d'apprendre la défaite du général Lamoricière, et l'on annonçait que Cialdini était en marche pour opérer sa jonction avec l'armée garibaldienne. Des acclamations en

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l'honneur de Garibaldi et de Victor - Emmanuel éclataient de toutes parts.

Déjà l'uniforme piémontais commençait à se montrer dans les rues quand je partis pour retourner à Maddaloni.

Les débris de l'armée napolitaine s'étaient réunis et concentrés à Capoue.

De notre côté, l'on ne perdait pas de temps pour se réorganiser. Des recrues arrivaient tous les joui's et comblaient les vides faits dans nos rangs par la dernière bataille. Le bataillon des zouaves garibaldiens avaient particulièrement souffert; sur 230 hommes environ dont il se composait, 180 morts ou blessés manquaient à l'appel le lendemain du combat. On nous faisait faire chaque malin plusieurs heures d'exercice, ce qui à vrai dire n'était pas inutile, car si nous lie manquions ni de feu ni d'audace, nous n'a- Tions pas encore cette solidité, cette précision de manœuvres qui font la supériorité des troupes régulières.

Le temps passait ainsi, mais bientôt de sourdes rumeurs commencèrent à circuler dans l'armée. Ou disait que nous allions bientôt partir, et les mots de Volturne et de Capoue étaient prononcés tout bas.

Les bruits qui couraient ne tardèrent pas à ee conGrmer. Un soir on passa l'inspection des jtrmes, et il y eut une distribution extraordinaire et générale de cartouches. C'était un bon signe.

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Le lendemain, au point du jour, nous partîmes pour Santa-Maria.

Dans la matinée suivante, nous vîmes défiler devant nous la division Dunn, qui venait de Caserte pour aller reprendre son ancienne position à San-Angelo.

Peu de jours auparavant, cette division avait eu un engagement assez vif avec les Napolitains. Je reconnus, parmi les zouaves garibaldiens qui en faisaient partie, un Parisien de mes amis. J. Barré. Il me dit qu'ils allaient passer le Volturne les premiers. Je n'en demandai pas davantage, et prolitant de l'exlrême liberté de changer de corps dont usaient ou plutôt abusaient les volontaires, je partis avec les zouaves.

Le jour même (23 octobre) nous arrivions à San-Angelo.

San-Angelo est un petit village au flanc de la montagne derrière laquelle coule le Volturne. En cet endroit la chaîne des Apennins s'interrompt brusquement pour laisser passage au fleuve. Au pied de la montagne, une plaine immense entourée de bois d'oliviers et de peupliers s'étend aussi loin que la vue peut porter.

Nous campâmes au pied de la montagne, à l'entrée même du village de San-Angelo. Devant nous s'étendait la route de Capoue, coupée par une barricade crénelée et armée de trois pièces de canon. A notre droite serpentait le chemin, qui, tantôt s'enfonçait dans la montagne, Untôt

reparaissait sur les plateaux . pour disparaître de nouveau , puis , par un tour brusque à gauche, descendait au niveau du fleuve.

La journée se passa en préparatifs de campement; on construisit des gourbis. Vers les dix heures du soir on demanda dix hommes pour aller en reconnaissance au Voilurne observer la position de l'ennemi. Ce petit peloton, composé de cinq Anglais et cinq Français, se mit aussitôt en marche.

La nuit était pure et sereine; la lune éclairait la campagne si vivement que l'on jugea prudent d'ajourner l'expédition. A quatre heures du matin seulement, la lune étant couchée, une obscurité profonde régnant partout, nous partîmes, mais non plus au nombre de dix : toute ma compagnie en était, c'est-à-dire une quarantaine d'hommes.

Il ne fallut pas longtemps pour arriver au bord du fleuve. En un instant chacun eut choisi son poste, et nous restâmes là deux heures, les uns couchés à plat ventre, les autres blottis dans des broussailles, tous immobiles, silencieux, l'oreille tendue, l'œil au guet, le doigt sur la détente de la carabine. Mais les Napolitains ne donnaient pas signe d'existence ; on ne voyait ni avant-postes, ni sentinelles; on ne surprenait aucun de ces bruits qui révèlent la vie militaire; nous n'entendions que le clapotement monotone de l'eau sur la rive.

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Au petit jour, nous retournâmes au camp rendre compte de noire mission.

Le passage du Vollurne fut immédiatement décidé. A dix heures on se mit en marche. Le colonel français Bordonne était déjà au bord de la rivière, occupé avec les zouaves de la 5® compagnie, tous anciens marins, à construire un [)ont. On se mit en quête de barques et l'on réussit à en trouver une cachée le long du rivage, mais sans gaffes ni avirons. Une corde fut tendue d'un bord de la rivière à l'autre; quelques hommes se jettent dans la barque, tirent sur la corde, et avancent ainsi vers l'autre bord.

Mais cette opération était trop lente pour l'impatience des volontaires. Le Volturne est large d'environ quarante mètres, et, quoique assez rapide, il a peu de profondeur. Sans attendre le retour de la barque, ils prennent leur giberne aux dents, d'une main tiennent leur fusil élevé au-dessus de leur tête, et de l'autre saisissant la corde, ils se jettent à l'eau et passent à gué.

Les premiers volontaires arrivés sur l'autre bord s'élancent au pas de course dans la montagne qui s'élève de ce côté du fleuve et derrière laquelle est bâti Cajaccio. Ils l'explorent dans toutes les directions, en fouillant les rochers et les binssons, mais sans trouver aucune trace des Napolitains.

Capoue , que l'on apercevait dans la plaine, présentait l'aspect paisible d'une ville que rien

ne trouble dans ses occupations quotidiennes. Le paysage très-pittoresque était désert et silencieux. Cependant le passage des troupes continuait, quoique la construction du pont ne fût pas achevée, faute de matériaux suffisants et d'ouvriers habitués à ce genre de travaux. Elle avançait doue, mais lentement.

Vers deux heures, la division étant presque entièrement passée, nous reçûmes l'ordre de marcher en avant, sur la route. Peu après nous fîmes halte à l'entrée d'un pauvre village encaissé au pied de la montagne, et qui ne se composait guère que de huit ou dix maisons et trois moulins. Mais ces moulins étaient dans un tel état de délabrement, que si Dan Quichotte les eût attaqués, il en aurait eu raison très- facilement. Telle fut du moins l'idée qui vint à tout le monde.

Nous bivouaquâmes la nuit en cet endroit, dormant peu , et entendant rouler sur le pont les voitures d'ambulance et les canons qui traversaient le fleuve. Au point du jour, toute l'armée était de ce côté du Volturne, et nous vîmes passer les divisions Cosenz et Bixio, ayant à leur tête Garibaldi, qui allait opérer sa jonction avec Cialdini.

Une heure après, un groupe de soldats repassa devant nous, portant le général Bixio qui avait fait une chute de cheval et s'était cassé la cuisse.

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Nous restâmes deux jours à monter la garde auprès des trois moulins ruinés, puis cédant cette agréable position à de nouveaux venus, nous marchâmes en avant jusqu'à un point de la route où nous devions élever un retranchement. Tout près de là justement se trouvait une ancienne batterie napolitaine abandonnée par eux lors de leur retraite. Nous n'eûmes que la peine de déménager les gabions, les fascines et tout le matériel de la batterie. En peu d'heures nous eûmes construit une barricade formidable qui reçut deux pièces de canon pour complément.

Ainsi installés, nous pouvions attendre tranquillem.ent.

C'est alors que les Napolitains, dont on n'avait plus de nouvelles depuis l'engagement du 20 octobre, jugèrent à propos de donner signe de vie. Un beau spir, au moment où on s'y attendait le moins, c'est-à-dire vers onze heures ou minuit, ils nous envoyèrent de Capoue un coup de canon, suivi d'un second , après un intervalle de cinq minutes. Puis, plus rien. C'est quelque artilleur somnambule , disions-nous, qui se sera levé de son lit pour mettre le feu à sa pièce ; mais on l'aura recouché. Au point du jour la canonnade recommença, et celte fois plus sérieusement; elle dura même jusqu'au 30 octobre. Pendant ce temps nos avant-postes tiraillaient avec les Napolitains, mais notre artillerie

se taisait, uniquement occupée des préparatifs du bouibardement.

Deux grandes nouvelles nous arrivèrent coup sur coup.

Victor- Emmanuel venait d'entrer à Naples au milieu des acclamations populaires.

Garibaldi, ayant fait sa jonction avec Cialdini, était de retour, et Cajaccio s'était rendu à la première sommation. Ces deux nouvelles furent accueillies par des cris de joie; tant d'événements qui s'accomplissaient avec une rapidité et un bonheur prodigieux étaient d'un bon augure et laissaient entrevoir dans un avenir prochain le dénoûment de noire entreprise. Cette perspective n'était pas de trop pour nous faire supporter patiemment l'ennui et la lenteur des opérations d'un siège.

Le lendemain, nous vimes défiler l'armée de Cialdini, qui tournait Capoue pour aller s'étabhr entre celte place et Gaëte.

Dans la matinée du 28, grand émoi au camp; ou annonce l'arrivée de Victor-Emmanuel; nous nous rangeons en bataille, le tambour bat aux champs, et le nouveau roi d'Italie nous passe en revue à la tète de son étal-major. Sa tournure martiale, son air bon enfant, si je peux ainsi parier, plurent fort aux troupes, qui lui firent un accueil dont il dut être satisfait Le roi nous salua de la façon la plus afi'able, et s'en alla

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