‹ Souvenirs et biographies, 1870-1910Chapitre 19 sur 44 · L.-O. TAILLON · texte numérisé non relu

L.-O. TAILLON

Madame veuve Bruneau. Huit mois après, elle mourait presque subitement.

Le coup fut terrible, la blessure profonde ; la souffrance dure encore. Non seulement il n'a pas oublié, mais on dirait même parfois qu'il n'a pas pardonné à la Providence de l'avoir frappé si cruellement.

Bien entendu, le mot ''pardonné" n'est mi- ici que pour indiquer son état d'âme, il est trop chrétien pour qu'on prenne le mot à la lettre.

Quand on lui parle de se remarier, dans des moments où le temps est sombre, il s'emporte, vous prie de le laisser tranquille et dit qu'il n'est pas assez imprudent pour s'exposer encore au même danger.

En résumé, c'est une personnalité piquante, un caractère et un esprit d'une originalité et d'une vivacité intéressantes, un homme de cœur et d'esprit, une riche et vigoureuse nature.

P. S. En 1896, M. Taillon donnait sa démission comme premier-ministre de la province de Québec, et entrait, avec MM. Angers et Desjardins, dans le ministère Tupper pour l'aider à faire triompher sa politique sur la fameuse question des écoles. Il n'y a pas de doute qu'il était sincère et qu'il croyait véritablement que le hill rémédiateur était la solution la plus pratique dé cette question épineuse. Ce ne fut pas l'opinion des électeurs, aux élections générales de 1896. car ils votèrent contre le ministère Tupper, et M. Laurier arriva au pouvoir.

M. Taillon avait sacrifié inutilement sa position à Québec; il rentra dans la vie privée pour se consacrer exclusivement à l'exercice de sa profession. Le dévouement, la probité, la délicatesse de sa conscience et de ses sentiments ne l'ont pas enrichi, mais l'homme qui reste pauvre volontairement, par principe, par oon\-iction, et refuse des positions honorables afin de mériter sa propre estime et celle de ses concitoyens, cet homme a droit à la reconnaissance publique. Sa modestie et

SOU désintéressement servent d'exemple et de leçon. On peut différer d'opinion avec lui, on peut le critiquer même, mais on doit le faire, chapeau bas.

On peut dire de M. Taillon, comme de M. ^Nfarchand. qu'ils ont été des premiers-ministres modèles sous le rapport de la probité, ce ([ui ne les a pas empêchés d'être deux hommes d'esprit.

SIK L.-A. .IKllK

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