‹ Souvenirs et biographies, 1870-1910Chapitre 20 sur 44 · L.-A. JETTE · texte numérisé non relu

L.-A. JETTE

Il y a une vingtaine d'années, on remarquait au collège de l'Assomption un petit garçon à la figure pâle, à l'air maladif, aux membres délicats, toujours mis avec élégance, poli, afïable. mais réservé, sage, studieux et modeste, soumis sans atïectation et consei^vant toujours, dans l'accomplissement de ses devoirs et dans ses relations avec ses maîtres et ses condisciples, sa dignité et son indépendance. 11 n'était pas le premier de sa classe, mais il aurait pu l'être, s'il n'avait pas emplové la plus grande partie de son temps à lire tout ce qui lui tombait sous la main. La bibliothèque du collège ne lui suffisait pas, il trouvait moyen de se faire apporter des livres du dehors et des journaux, des journaux libéraux surtout, car, dès ce temps-là, ce petit garçon si humble et si modeste avait ses idées à lui, sa manière de voir les choses en politique.

Mais comme il ne faisait pas parade de ses connaissances et de ses sentiments et laissait alors comme a\\jourd'hui les autres penser comme ils voulaient, tout le monde l'aimait et respectait ses opinions. 11 était si sentil. si doux, si délicat, il faisait si bien tout ce qu'il faisait ! Comment ne pas l'aimer?

Ce petit garçon qui faisait si peu de bruit au collège est aujourd'hui l'un des avocats les plus distingués de Montréal, et l'un des re])résentants. dans la Chambre des Communes, de la grande métropole.

M. Jette est un exemple frapjiant de ce qu'on peut faire avec du travail, de la modération, des principes sains et une bonne conduite. Il a fait son chemin

tranf|uillenieiit, saus impatience et sans bruit inutile, sans déranger le cours naturel des choses. Il a mûri lentement comme les bons fruits et ne s'est pas laissé cueillir avant le temps.

Le public a fini par remarquer ce jeune homme modeste qui remplissait si bien ses devoirs de chrétien et de citoyen, sans afîectation et sans hypocrisie, et se distinofuait dans sa profession ])ar des habitudes de travail et de régularité qu'on trouve rarement chez les jeunes avocats .

M. Jette n'a pas la chaleur, l'enthousiasme et la facilité de parole de certains orateurs, mais sa parole élevée, franche, pleine de sens et de logique, produit un excellent effet sur un auditoire instruit. Son éloquence froide et calme comme sa raison ne remue pas les âmes, mais elle porte la conviction dans les esprits et inspire la confiance et le respect.

M. Jette a le mérite de dire en bon français, dans un langage correct, clair, sobre, élégant et châtié, des choses sensées et pratiques, mérite assez rare chez nos avocats et nos orateurs politiques. Il ressemble sous ce rapport à Laurier et excelle dans l'exposition d'un principe, dans la démonstration d'une vérité. Son esprit lucide et logique jette de la lumière sur les questions les plus compliquées et sait mettre en relief les points les nlus importants.

Le talent de M. Jette a été apprécié avec beaucoup de justesse dans un rapport étendu de la cause Guibord fait par la Gazette judiciaire de Belgique, journal important rédigé par des hommes d'une grande valeur.

Après avoir résumé la plaidoirie de M. Jette et en avoir signalé les principaux points, la Gazette ajoute :

" Ces paroles, comme toute la plaidoirie de M. Jette, " ont un remarquable accent de sincérité et de loyauté. '•' M. Jette nous paraît d'ailleurs un avocat d'une haute "valeur qui serait au premier rang dans tous les bar- " reaux où se plaident do grandes causes."

La Gazette judiciaire fait ensuite les observations qui

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