‹ Souvenirs et biographies, 1870-1910Chapitre 21 sur 44 · L.-A. JETTE · texte numérisé non relu

L.-A. JETTE

suivent sur les plaidoiries des avocats qui ont figuré dans la cause Guibord : "On comprendra, dit-elle, que '" nous ne puissions reproduire ici des plaidoiries dont ■■ la moins longue prend toute une audience. Elles ont '■ cela de remarquable que la langue en est excellente •" de clarté, de précision, d'appropriation parfaite des '■ termes aux matières qu'on traite. Elles se distin- •• guent par une sobriété d'ornements qui convient aux " discussions de droit sans recherche aucune de l'an- ' Tithèse, des cliquetis du mot, de la phrase. Voltaire " écoutant la plaidoirie de M. Jette à Montréal se trou- '■ verait moins dépaysé et plus à l'aise qu'à la Cour - d'Appel de Paris ou à l'Assemblée législative de "• Versai lies.'"

M. Jette est tout entier dans ses discours, et on est convaincu plus que Jamais, en l'entendant parler, que le style c'est l'homme. On y reconnaît non seulement l'avocat au jugement droit, à l'esprit subtil, mais encore l'homme de lettres au goût délicat, à l'intelligence cultivée. Doué de dispositions littéraires qui en auraient fait un excellent journaliste, il a su en profiter.

M. Jette a l'esprit comme le cœur français, aime la fine plaisanterie, les choses bien dites et a un sentiment très vif du beau dans les arts et les lettres.

Un homme qui travaille de douze à quinze heures par jour, dont tous les instants sont comptés, dont la vie est réglée comme un cadran, a le temps de faire bien des choses.

Achevons de faire connaître en deux mots le caractère de M. Jette en disant qu'il est la loyauté, la délicatesse et la bienveillance personnifiées. Cette délicatesse et cette bienveillance, il en est tout imprégné en quelque sorte, il les porte dans sa figure, dans ses gestes, dans toute sa personne; pas un mot, pas un inouvement chez lui qui ne soit marqué au coin de la distinction, de la bienséance et de la courtoisie la plus parfaite.

M. Jette est né honnête et vertueux, et il Test main-

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tenant sans effort, car il a su cultiver ces heureuses dispositions.

Son tempérament froid qui lui nuit, quand il parle, lui est très utile sur le banc en laissant à sa raison Tempire qu'elle doit exercer sur la volonté de l'homme. Ajoutons qu'il possède des principes de religion et de morale solides, des convictions nationales les plus sincères et l'on s'expliquera l'influence dont il jouit, l'on comprendra que tant de personnes désirent qu'il ait bientôt sa place dans le gouvernement de la nation.

M. Jette est né à l'Assomption, le 15 janvier 1836. Son père était autrefois marchand dans ce village. Sa mère, Madame Caroline G-autfreau, est la petite fille d'un planteur de Saint-Domingue (jui fut ruiné par la révolution de 1793.

On sait l'eft'et que produisit dans les colonies françaises la proclamation des droits de Ihomme. T^es nègres de Saint-Domingue, comme ceux de Haïti, voulurent affirmer leur droit à l'égalité et à la liberté en massacrant leurs maîtres, en mettant tout à feu et à sang.

La famille de M. Gaufîreau fut sauvée, grâce au dévouement d'un esclave qui l'avertit à temps du danger qui la menaçait et réussit à l'embarquer à bord d'un navire qui partait pour New-York.

M. Gauffreau resta dans l'île pour tâcher de préserver ses propriétés de la dévastation, mais ses efforts furent inutiles, il perdit tout ce qu'il possédait et il en mourut bientôt de chagrin.

Madame Jette épousa en premières noces, à Xe" - '^'()^k. un avocat canadien, fils de l'hon. M. Faribeault. Etant devenue veuve, elle alla demeurer chez son l)eaiipère. à l'Assomption, ofi elle épousa M. Jette.

Le représentant de la division Est de Montréal ayant fini ses études à dix-sept ans, vint à Montréal étudier le droit sous MM. Pelletier et Bélanger. Il fut reçu avocat en 18.")7 et forma une société avec MM. Hector Eabre et Siméon Tx'sage, société de gens d'esprit et de gentilshommes s'il en fut jamais^

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