L.-A. JETTE
Ajoutons à cela que le peuple, alfaiiu' pai- uii(> crise financière qui durait depuis (piatre ans, deinaiidait la protection, à grands cris, au gouvernement et surtout à M. Jette et ses amis qui l'avaient promise.
Le gouvernement Mackenzie avait consenti à élever les droits de '2^/-2 pour cent, mais ne voulait pas aller plus loin.
Lorsque les élections de 1878 arrivèrent, la misère régnait partout et le parti conservateur, trop liabile pour ne pas profiter de la situation, prêchait la protection qu'il avait combattue quand il était au pouvoir, attribuait les maux du peuple au tarif qu'il avait fait lui-même et promettait la prospérité au pays.
IjC résultat était facile à ])révoir.
M. Jette ne pouvait se porter candidat et se faire élire dans la division Est de Montréal qu'en adoptant le programme des conservateurs. Il crut le moment favorable de quitter la ])oliti(iue dont les violences et les roueries lui répugnaient pour accepter la placé de juge et remplir des fonctions plus conformes à ses goûts, à son caractère et à ses talents.
Il est sur le banc ce qu'il a toujours été: digne, consciencieux, laborieux, catholique et libéral, ennemi de l'injustice et de l'exagération, protecteur de tous les droits, fidèle et loyal interprète de la loi.
Il travaille lentement mais sûrement, les clients et les avocats attendent un peu longtemps, mais l'excellence de ses jugements lui fait pardonner sa lenteur. Quelques-unes de ses décisions, dans des causes où se soulevaient des questions de droit civil de la plus haute importance, ont été fort remar(|uées non seulement ici, mais en France et en Angleterre. Mentionnons entre autres la cause Laramée où il a exposé avec tant de science et de précision la loi (|ui régit le mariaiie d:ius ce pays; on trouva ce jugement si important que M.
Blake en demanda la production devant la Chambre des Communes. Citons encore le jugement qu'il rendit contre les compagnies d'assurance poursuivies pour le paiement de la taxe imposée par le gouvernement local.
Il a, dans des matières touchant à la religion et à la politique, rendu de? décisions et exprimé des opinions qui n'ont pas plu aux parties intéiesstes, aux violents; il a pu se tromper, il a pu, dans certains cas, profiter de l'occasion pour donner une leçon à des gens peu disposés à la recevoir de bonne grâce, mais on n'a jamais mis en doute son intégrité et sa bonne loi.
Personne ne représente plus que lui dans ce pa\s les sentiments de ceux (|ui veulent qu'on interprète la religion de manière à la faire respecter et à lui concilier tous les cœurs et les esprits, à démontrer qu'elle n'est pas antipathique aux réformes, aux saines idées de progrès et de liberté.
La robe du magistrat n"a pas étouffé en lui les aspiration? de l'homme de lettres et du philosophe, les sentiments du patriote.
Professeur de droit à l'université Laval, président de la Société d'Economie politique, membre de plusieurs autres associations scientifiques et nationales, rien de ce qui intéresse la société et l'avenir de son pays ne lui est indifférent.
Partout il prêche par, l'exemple et la parole, sa vie modeste et laborieuse aura été plus utile que des existences beaucoup plus bruyantes.
X. B. — M. Jette a été depuis lieutenant-gouverneur de la province de Québec et il a rempli les fonctions de cette importante position avec une rare distinction. Il a dans plusieurs circonstances prononcé des discours de haute pensée et de forme délicate, élégante. Dans les collèges et les couvents qu'il visitait, il écoutait les adresses élogieuses qu'on lui présentait avec une douce résignation, et il y répondait avec- une onction qui le faisait prendre pour un évoque par les jeunes élèves.