LA CREATION DE L'HOM^IE
Avant Tép^jque où tout commence Le bon Dieu dormit bien longtemps S'éveillant, vit l'espace immense Au feu de ses regards puissants.
Chaque rayon de sa prunelle Créait un astre dans la mm Et, d'étincelle en étincelle, Le beau firmament fut construit.
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benj'Imin sulte 203
Dieu s'étonna, nous dit i'iistoire.
Il voulut partout voyaper Sentant que sa force et sa gloire Xe sauraient trop se propager.
Un jour qu'il planait solitaire La sueur sur son. front perla, Une goutte atteignit la terre :
Le genre luiniain sortit de là.
Ainsi, riioninie vient de Dieu même Mais il est né de la sueur.
La loi du travail est suprême :
L'aimer c'est encor du bonheur.
yio:s ï:RAr.LE
C'était un arbre de six pieds.
Très vigoureux, rempli de sève.
Qui se donnait des airs altiers.
Mais, H tout prendre, un bon élève.
Devenu large avec le temps,
Il me recouvre de son ombre.
C'est un gaillard de vingt printemps.
Je dépasse trois fois ce nombre.
Soyez certain qu'il grandira.
Puis, quand je serai dans la tombe, Un coup de hache l'abattra, Car en ce monde tout succombe.
De nous deu.v que restera-t-il ?
De la poussière, un peu de cendre.
Dieu nous protège ! Ainsi 3oit-il. Si peu qu'on monte, .i faut descendre.
LA FIN Dl MOXDK
La pauvre terre, à l'origine, N'était qu'un potiron fumant.
La voilà froide ! et j'imagine Qu'on m'invite à l'enterrement !
La neige, qui commence aux pôles, Tourne en glace et marche sur nous.
Déjà transi par les épaules.
Le globe tremble des genoux.
Le Sud et le Nord se ressemblent :
Ils 5'avancent vers l'équateur.
Voici que les loups se rassemblent Pour chercher un climat meilleur.
Ils viendront prendre notre place.
Nous partirons pour le Midi.
Mais, plus tard, nous suivra la glace.
Si nous croyons ce que l'on dit.
Alor?, au centre du tropique.
Tout le compte se réglera :
Vu l'absence de calorique.
Le dernier homme gèlera.
A.-D. De celles
ALFBED-D. DE CELLES 265
ALFRED-D. DeCELLES
Il est dans la bi!>li()thù(|uc du l'arlenient, n Ottawa, un petit bureau étroit et tortueux où les livres, les brochures et les publications de toutes sortes foisonnent. On en voit partout, sur les murs, sur le parquet, sur les fauteuils et jusqu'au plafond. C'est l'enfer, c'est-à-dire l'endroit où l'on tient les livres dont une mère ne peut permettre la lecture à sa fille, ni un père à son fils. En face, à la porte de l'enfer, le visiteur aperçoit, à travers des masses de ))apiers, de gazettes et de livres, un homme qui ressemlDle peu aux portraits de l'antique et redoutable Cerbère, car il a l'air le plus doux, le i)lus inofîensif. le moins gênant du monde, avec une physionomie mobile, pleine de vie et d'intelligence. Tl est vif, nerveux, impressionable. remuant, toujours agité comme s'il était constamment traversé d'un icturant électrique. Tl marche comme il s'habille, un ])cu à la diable, sans la moindre prétention, le moindre souci de son apparence, sans cesser cependant d'être correct et gentilhomme. Le visiteur étranger, surtout s'il est littérateur et français, ne manque jamais de se faire présenter à lui et il ne le regrette pas. car il s'en retourne convaincu qu'il n'a pas rencontré, dans le cours de son voyage, d'homme plus aimal)le, plus afFablc plus instruit et plus intelligent.
Il s'agit, ai-je besoin de le dire, de M. Alfred-D. De Celles, bibliothécaire en chef du Parlement.
Comme Suite, il n'est plus jeune, mais comme lui il a gardé sa verdeur d'esprit, sa jeunesse de caractère, sa puissance de travail et une originalité de bon aloi.
2(iG SOUVEXIRS ET BIOGRAPHIES
Original, il l'est physiqueineiit et moralement, des jjieds à la tête, par l'esprit et le caractère, par le geste, l'attitude et, la .parole. Mais, sous ces dehors un peu irréguliers, -il cache un esprit droit, méthodique, mo.-uré, positif, un jugement sain et logique, une nature d'élite, délicate et bienveillante, où j'égoïsme et les sentiments mesquins n'ont pas de place.
Lorsqu'il rédigeait la Minerve, à Montréal, il avait l'avantage d'être plus riche que la plupart de ses amis, tous étudiants en droit ou en médecine ou jeunes a^ocaits, plus pauvres les uns que les autres. Mais- ceL^e supériorité avait des inconvénients. La chambre à De Celles était la chambre de tout le monde ; ses habits, ses livres et son argent appartenaient à ses aniis autant qu'à lui-même. Je raconte ailleurs le tour que Faucher lui joua un jour; et bien d'autres lui en firent autant: ''Ce bon DeCelles ! disait-on: servons-nous, il n'y a pas de gêne avec lui." Alors comme aujourd'hui il aimait à rendre service, à donner, à faire jouir les autres de son argent comme de son esprit, des fruits de son travail. Ils sont nombreux les ministres et les députés qui lui doivent partie do leurs succès oratoires, leurs renseignements les plu? ]iréeieux.
Il est bon pour les bêtes comme pour les gens, pour son chien, par exemple. Qui ne connaît le chien de DeCelles, ou DeCelles et son chien! Il faut voir avec qijel soin, quelle tendresse il traite ce vieux quadrupède laid, usé, fourbu, marchant péniblement sur trois pattes, souvent même sur deux. A'a-t-il m'en vouloir de parler ainsi? Car il l'aime, ce vieux chien boiteux et maussade : il le trouve beau et bon. intelligent, il panse ses blessures, il frotte ses vieilles pattes, il se lève de bonne heure pour lui faire prendre Tair avant son déjeuner, il l'endort presque dans ses bras. L'été dernier, je rencontre DeCelles à Montréal : il descendait à la Malbaie pour y passer la belle saison. Pendant que je lui parlais, il avait l'air inquiet, distrait. — Qu'y a-t-il donc, lui dis-je.