CHARLES LABERGE
seul Len Débats, un ])etit jourual (|ue les députés lil)éliiux fonderont en arrivant à (Québec afin d'avoir un oriranc ])('iidant la session.
Ses di^iours et ?es écrits, son esprit et son (•araet'~'re lui tirent une grande popularité. Ses adversaires l'estimaient et le respectaient, ils l'appelaient '' le rossignol de la démocratie."
L'auteur de la fameuse Pléiade Koage commençait son portrait en disant: "Saluons avec respect l'étoile de première grandeur qui s'offre à nos regards."
Aucun ban(|uet, aucune réunion n'avait lieu sans (pie T^d)erge fût invité à y prendre la parole. Quelquefois le géant Papin le prenait et, le tenant au bout de ses deux bras, disait : " Parle, p'tit Charles."
Lors(|ue le ministère conservateur tomba, en 1857, sur la question du siège du Gouvernement, il entra (omme solliciteur-général dans le gouvernement Brown- Dorion, (pii ne dura que vingt-quatre heures.
J.a faiblesse de sa santé, la violence des luttes politi(|ues de l'époque et les exigences de l'éducation de sa famille le décidèrent, en 1860, à quitter la carrière politique pour se consacrer exclusivement à sa profession.
p]n 18G3. le gouvernement libéral le nommait juge à Sorel, à la place du Juge Bruneau qui avait obtenu un congé. Sa droiture d'esprit et d'intentions lui gagna en peu de temps la sympathie et la confiance du barreau et du |)ublie dans le district de Richelieu.
Malheureusement, un an après, les ministres conservat^'urs, (|ui étaient revenus au pouvoir, le destituaient en donnant pour raison que Laberge ayant été nommé juge suppléant, et, la vacance n'existant plus, on n'avait plus besoin de ses services.
Laberge fut obligé de s'en retourner à Saint-Jean et de se remettre à son bureau. Pendant deux ou trois ans, il ne jirit nas une nart considérable à la politi(|ue: il se contenta d'écrire de temps en temps quelques articles dans le Franco-Canadien qu'il avait fondé en 1860 avec son digne ami. M. Marchand, député de Saint-Jean.
Mais en 18()5, lorsciu'il fut question de la ("oni'édéralion, il reprit la plume et la parole. Ce projet politi(]m\ qu'on inij)osait au peu])le t^ans le consulter, effraya son patriotisme. Un jour, les jeunes gens de Montréal l'invitèrent à venir de Saint-Jean prononcer un discours à une assemblée publique convoquée dans le but de protester contre la Confédération. L'effet qu'il produisit fut considérable. Eépondant à ceux qui disaient (lue les adversaires de la Confédération n'indiquaient aucun autre remède à la situation, il dit :
" Je n'admets pas qu'un changement de constitution '■ soit devenu nécessaire, mais, supposons qu'il le soit, *• sommes-nous justifiables d'accepter un régime poli- '■ tique qui va nous donner trois ou quatre ennemis au • lieu d'un ? Si déjà nous avons tant de peine à lutter '■ contre le Haut-Canada, comment ferons-nous lorsque '" nous aurons à combattre contre trois ou quatre autres '• provinces ?
*' S'il faut changer de constitution, séparons-nous, '• puisque nous ne pouvons pas nous accorder, et fai- '• sons régler les questions de douane et de tarif inté- '■ ressaut toutes les provinces par un petit congrès qui '• n'aura pas le droit de s'occuper d'autre chose."
C'est dans cette importante assemblée que M. Cherrier prit la parole et parla avec tant de force contre le nouveau projet politi(|ue. M. Cherrier parlait bien, mais il hésitait quelquefois et ne trouvait pas toujours du premier coup le mot qu'il cherchait.
" Quel est, disait-il, le pouvoir le plus, le plus propre propre à
C'est un " pouvoir d'eau," dit Laberge,
C'est à peu près dans le mC'nie temps qu'il publia dans l'Ordre des articles remarquables qu'il signa : Libéral mais Catholique.
T.aberge n'avait jamais partagé les idées avancées de quelques-uns de ses amis : en vieillissant il s'en éloigna davantage et ne garda du libéialisme que ce qui est compatible avec les principes catlioliques et l'état social
CHARLES LABERQE
do notre pays. 11 sut en cela concilier ses convictions de catholique avec l'intérêt du parti auquel il api)ar- U'uait.
C'est la raison (|ui le lit choisir connue rédacteur du Xational, lorsqu'un grand nombre de citoyens de Monttréal résolurent, après la chute du Pays, de fonder un journal dont les principes fussent acceptables par tous les amis de la bonne administration des affaires publiques.
Malheureusement la terrible maladie qui le minait et le conduisait lentement au tondjeau, l'empêcha de donner quelquefois à sa rédaction l'énergie et la vivacité nécessaires. Il est même étonnant qu'il ait pu jusqu'au dernier moment déployer autant de talent et sup- ]iorter le travail assidu qu'exige la rédaction d'un journal quotidien.
Laberge était petit de taille, délicat, mais bien fait. Une tête finement taillée, pourvue d'une chevelure ab )ndante, noire et bouclée, un front découvert à lignes régulières, un regard doux et modeste, une physionomie franche, ouverte, pleine de finesse et de bienveillance, un air pensif, un peu rêveur. . . tout son extérieur inspirait la sympathie et révélait une nature d'élite, une intelligence de premier ordre.
n y avait dans ses manières comme dans ses actes une délicatesse qui tenait plus de la femme que de l'homme, une distinction et une douceur qu'on ne pouvait se lasser d'admirer. On aurait dit qu'il était sans cesse préoccupé du désir de se rendre utile et agréable à ses semblables, d'éviter tout ce qui pouvait froisser et incommoder ceux avec qui il vivait. Comment définir sa charité! Sous ce rapport comme sous plusieurs autres, il ressemblait à ]S[orl)ert Morin ; il donnait au delà de ses moyens; jamais un malheureux ne lui tendait vainement la main ; plusieurs fois il s'est privé et mis même dans l'embarras pour satisfaire ce noble penchant.
Il faisait le bien naturellement, sans effort et sans
arrière-penséo, secrètement et discrètenîent. C'est de lui qu'on peut dire qu'il était "Franc et sans dol", qu'il aimait son prochain, sa patrie et son Dieu, que jamais volontairement il n'a l'ait de mal à personne. Jl n'v avait i)as de place en lui pour l'égoïsme, pour la haine et pour l'orgueil; même au plus l'(ut de la lutte, dans les diseussions les plus ardentes, il conservait son sangfroid et sa bienveillance, et s'oubliait ^oi-iiiéiiic pour ne voir que l'intérêt public.
Ajoutons enfin qu'à toutes ces qualités du c(eur. Laberge joignait les dons les plus ])récieux de l'intelligence. Ses discours et ses écrits, alors que ses facultés étaient dans tout leur éclat, étaient pleins de verve, pétillants d'esprit, remar(|uables par le fond et ])ar la forme.
Doué d'une imagination brillante, d'une sensibilité exquise, d'un jugement sain et d'un grand discernement, il unissait des facultés qui s'excluent d'habitude.
Ses discours à la Chambre sur le divorce et les écoles sépar:^es, ses conférences à l'Institut Canadien sur le duel et le progrès, et les nombreux écrits qu'il a ])Ul)liés dans V Avenir, le Fays, le Franco-Canadien et YOrdre mériteraient d'être réunis et formeraient un volume nrér-ieux.
Il est malheureux que la maladie soit venue l'abattre dans le temps où son talent miiri ]jar l'étude et la réflexion aurait pu produire des fruits si ahondants.
Mais héla^ ! on dirait (pu' notre société est condamnée à subir ces tré])as ))rématHrés. ces pertes funestes.