L'ANNEXION DE LA THESSALIE
la Porte avait précédemment énoncées, et une note grecque réclamant des territoires plus étendus. Elle accorda, il est vrai, par courtoisie, aux suggestions de M. Sahourow un examen approfondi, mais, dés le 25 juin, l'ambassadeur russe ayant renoncé lui-même à son plan et le comte Széchenyi s'étant rallié au programme français, elle vota notre tracé à l'unanimité. Une nouvelle démarche de l'ambassadeur ottoman qui persistait à exclure Larisse et Janina fut repoussée par un dédaigneux ordre du jour. La Commission technique avait, de son côté, déterminé en détail la délimitation adoptée dans sa forme générale, et la Conférence, en approuvant ses conclusions, déclarait cette frontière excellente au double point de vue diplomatique et stratégique, et a conforme à l'esprit et aux termes du Congrès de lîcrlin » .
L'Acte final fut donc rédigé en ce sens. Préparé par M. de Saint- Vallier et par moi, adopté ensuite sans changement par la Conférence, il rappelait d'abord que, les négociations directes entre les deux Etats intéressés ayant échoué, les Puissances interposaient légitimement la médiation prévue par le traité de Berlin. La ligne frontière était ensuite décrite minutieusement suivant le travail topographique des délégués spéciaux. Après diverses recommandations relatives à la liberté des cultes et aux propriétés particulières en Epire et en Thessalie, à la dette ottomane, à la navigation du canal de Corfou et à la répression du brigandage, ce document se terminait par l'invitation, adressée u en conséquence « au Sultan et au Roi des Hellènes, d'accepter le tracé « unanimement réglé .^ par les Cours médiatrices. On procéda immédiatement à la signature, puis, dans une brève allocution, le prince Hohenlohe prononça la clôture de nos séances, et déclara que l'Acte final 't était la manifestation solennelle de la volonté de l'Europe n .
- Tout semblait terminé. Qui donc eût osé croire qu'on était au début d'une nouvelle campagne? On regardait que les Puissances avaient, cette fois, dit le dernier mot et comprimé toute résistance
de la Porte; le ministre de Grèce à Berlin recevait les félicitations générales; la délivrance de TÉpire et de la Thessalie paraissait un fait accompli et désormais intangible. La situation, en effet, n'était plus la même qu'à l'issue du Congrès : si l'on avait pu alors, à la rigueur, discuter la valeur d'un protocole mentionné laconiquement et presque sous forme incidente dans un traité consacré à d'autres objets, maintenant les Puissances, spécialement assemblées, avaient affirmé leur « volonté •> en qualité de médiatrices, et de la manière la plus « solennelle «, selon les expressions mêmes du président de la Conférence. On avait devant soi, non plus une simple pbrase, mais bien un instrument diplomatique parfaitement significatif et régulier. Comment supposer que la Tiir(]uie entrerait en lutte contre un acte aussi péremptoire, et, ce qui eût paru plus étrange encore, que les grandes Cours laisseraient remettre en cause la question qu'elles pensaient avoir souverainement résolue? En dépit de ces raisonnements fort justes, telle était cependant la surprise ([ui nous était réservée. Serrons ici les cboses de plus près : l'épisode (|ui va suivre est en effet extrêmement bizarre.
L'Acte final était, sans doute, l'œuvre du tribunal le plus élevé (jui pût être appelé à statuer sur une question internationale; il exprimait en termes incontestablement clairs la pensée unanime des Puissances; le tracé était conforme à tous les principes de la géographie stratégique : toutes les déclarations du document européen étaient décisives. Mais il lui manquait cet élément majeur qui seul peut donner de la force aux combinaisons plus ou moins légitimes de la diplomatie, à savoir une clause exécutoire. Les plénipotentiaires de la Conférence, bien instruits à cet égard des hésitations de leurs Cours, avaient laissé subsister dans leur travail la grave lacune du texte élaboré par le Congrès. Or, aux yeux de la Porte, — en ceci très logi(|ue, — du moment que l'Acte final était dépourvu de tout(> formule impérieuse, que nulle lisposition matérielle n'en assurait la réalisation, il ne valait pas mieux que le protocole et l'article du traité de Berlin. Elle refusa donc hardiment les cessions territoriales édictées par la Conférence et prétendit évoquer de nouveau l'affaire à Constantinople. C'était son droit strict, puisqu'elle n'était pas signataire et ne pouvait pas être contrainte à se soumettre. D'autre part, la Grèce