L AXNEXIOM DE LA THESSALIE
manifestait rintention do suppléer à l'absence de la clause exécutoire en accomplissant l'annexion par les armes, et prenait dinquiétantes mesures. De sorte que la perspective d'un conflit militaire se dressait devant les médiateurs, et qu'au moment mémo où ils s'imaginaient avoir tout pacifié, ils se trouvaient en face d'auimosités réciproques plus belliqueuses que jamais.
Dans ces conjonctures, leur premier mouvement fut tout à fait sage et correct. Ils confirmèrent hautement l'œuvre de leurs plénipotentiaires. Une note collective du 25 août 1880, rédigée par le Cabinet anglais, répondit aux objections de la Porte : il y était dit que, la Conférence ayant agi a après mûre délibération et à la suite d'un examen attentif", les Puissances n'admettaient pas « que la discus.sion fût rouverte « et « s'en tenaient ->■> à la ligne fixée. Les ambassadeurs à Conslanlinople étaient invités, en conséquence, à n'accepter aucun débat sur le fond, et à entendre seulement les communications ottomanes « sur l'évacuation des territoires et leur remise au gouvernement grec « . La Turquie se trouvait ainsi mise en demeure : c'était la droite voie, mais il fallait n'en pas sortir. Or ce fut précisément au lendemain de cette manifestation (|ue se produisit dans les conseils de l'Europe le revirement le plus imprévu. Les Puissances, abandonnant brusquement l'attitude indiquée dans leur note, imitèrent, si je puis dire, les eaux de l'Euripe, qui remontent tout à coup le détroit qu'elles viennent de descendre, et s'appliquèrent non seulement à ne pas suivre la ligne de conduite qu'elles venaient de déterminer, mais encore, — ce qu'on n'eût jamais supposé, — à dénaturer le sens des textes élaborés par la Conférence.
On a attribué, surtout en Grèce, ce changement de direction au nouveau ministre des Affaires étrangères de France, M. Barthélémy Saint-Hilaire, appelé, en septembre 1880, à remplacer AL de Freycinet. Cette opinion n'est pas exacte. Il est vrai que plus tard, .\I. Barthélémy Saint-Hilaire a pris, comme je le dirai tout à l'heure, une très grande i)art à cette campagne singulière et l'a poursuivie avec ardeur; mais, au moment où il arriva au pouvoir, il n'avait certainement pas une influence assez grande en Europe pour la provoquer. Bien plus, en sa qualité d'helléniste, il était sympathique à la Grèce, et il en était de même de AI. Jules Ferry, président du Conseil, qui avait autrefois représenté la
France auprès du roi Georges. J'ajouterai, en invoquant ici un fait personnel, que Tun des premiers actes du nouveau Cabinet fut ma nomination au poste de ministre à Atlu"'nes, et qu'en élevant à ces hautes fonctions le rédacteur des protocoles du Congrès et de r.Acte final de la Conférence, le gouvernement prétendait, au contraire, montrer son bon vouloir à la Grèce et son adhésion aux documents de Berlin. Mes instructions, datées du 13 novembre, étaient conçues dans cet esprit. Sans doute, M. Barthélémy Saint- Hilaire me recommandait de prévenir et toute politique agressive n , d'inviter les Hellènes à la patience, et de leur faire comprendre que toute violence de leur part nous conduirait à « leur refuser notre concours i ; mais en même temps il affirmait 'i que nos sentiments n'avaient pas varié ^ ; il se ralliait à la constante politique de M. Waddington et de M. de Freycinet; il estimait comme eux (|ue les provinces épiro-thessaliennes « étaient une cause de faiblesse pour la Turquie « , et reconnaissait que les Puissances '■• avaient donné à la Grèce un titre dont la valeur ne pouvait être contestée 5> . Je n'avais donc à débattre aucune question de principe. Aussi bien, le discours écrit que j'adressai au Roi en lui remettant mes lettres de créance, et qui fut depuis entièrement approuvé à Paris, demeurait strictement fidèle à la pensée manifeste des précédents négociateurs. Tout en insistant, comme je le devais, sur « l'efficacité des voies pacifiques » , sur >. la nécessité d'une politique prudente « , j'exprimais la conviction '• que les légitimes aspirations de la Grèce se réaliseraient dans un avenir peu éloigné, et conformément aux décisions qui avaient servi de base à la médiation européenne « .
M. Barthélémy Sainl-Hilaire n'avait donc pas alors l'intention de discuter le protocole et l'Acte final, et je crois pouvoir dire qu'il fût demeuré sur le terrain où ses prédécesseurs s'étaient placés, s'il eût trouvé les autres Cours résolues à ne point s'en écarter. Mais, dans les quelques semaines qui suivirent son accession au pouvoir, le sentiment de l'Europe se trouva profondément modifié sous l'action de diverses causes. Les Cabinets ressentaient des inquiétudes de plus en plus vives sur l'issue de leur entreprise : la Porte repoussait les conclusions de la note collective du 25 août et affirmait avec un redoublement d'énergie ses droits souverains; elle opposait à nos efforts une argumentation dilatoire, une force