‹ Souvenirs et causeries d'un diplomateChapitre 6 sur 40 · LA COXFEREXCE DE C 0 \ ST A \T IX OP LE · texte numérisé non relu

LA COXFEREXCE DE C 0 \ ST A \T IX OP LE

ouvertement d'en cherclier un autre. Les provinces slaves qui se sentaient soutenues en Serbie, au Monténégro et ailleurs, demeuraient hostiles. Les pourparlers à distance entre les Cours étaient évidemment stériles; il fallait renoncer à ces dialogues, si Ton ne voulait être surpris par des dissentiments pernicieux.

L'Angleterre prit alors l'initiative de proposer la réunion d'une Conférence, appelée à rechercher les meilleurs moyens de préserver la paix et d'améliorer le sort des populations chrétiennes dans les vilayets danubiens. L'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la France et l'Italie attachaient beaucoup de prix, pour diverses raisons, à arrêter l'expansion mal définie des éléments slaves, et leur adhésion était certaine. La Russie ne pouvait guère se refuser à une tentative de conciliation, qui associait en quelque sorte les Puissances à sa politique séculaire. La Porte, il est vrai, se méfiait, autant par expérience que par une susceptibilité nationale assez légitime, de l'immixtion des Cours occidentales dans ses affaires : mais, si elle eût écarté la proposition anglaise, elle eût été suspecte d'arrière-pensées violentes envers les groupes opprimés, et, de plus elle eût paru douter de l'impartiale sagesse des Cabinets garants : après quelques lenteurs, et avec une visible répugnance, elle consentit à prendre part aux délibérations européennes, méditant, d'ailleurs, un projet inconnu aux Cours étrangères et qu'elle jugeait également propre ci sauvegarder ses droits indépendants et à dérouter la diplomatie. Une commission, dite des réformes, présidée par .Midhat-Pacha, travaillait secrètement dans cetordre d'idées, et préparait un coup de théâtre dont nous devons, avant d'aller plus loin, indiquer les préliminaires et mieux préciser l'objet.

Depuis quelque temps déjà, encouragé par le triste état de l'empire, un parti formé de plusieurs personnages influents à la Porte et au palais, théoriciens vagues et ambitieux, et d'adhérents plus ou moins convaincus ou intéressés, s'agitait et dogmatisait en fa-

veur d'un syslôme de gouvernement moins autoritaire. On retrouverait pout-ètro le point de départ de ces tendances dans les divers liatti-chérifs édictés sous la pression des Puissances au cours des précédents règnes et constamment éludés dans la pratique. Quoi qu'il en soit, elles avaient pris peu à peu un certain développement, et elles étaient devenues une sorte de programme, libéral dans ses aspirations, indéterminé dans la forme. Les membres actifs et déclarés de ce parti n'étaient pas nombreux, mais leur propagande flattait les opinions flottantes et indécises que le malaise général rendait accessibles à de meilleures espérances. Un bomme énergique et d'un esprit subtil, plusieurs fois ministre, et qui visait au premier rang, mêlé aux conspirations qui avaient renversé les derniers sultans, très audacieux sous les graves apparences d'un érudit et d'un sage, Midbat-Pacba, avait pris la direction des novateurs. Il dominait de baut, par sa valeur personnelle, son crédit, son passé, par l'assurance de son langage, les principaux fonctionnaires de la Porte, toujours prêts à suivre, dans les beures confuses et inquiètes, ceux qu'ils croient en mesure de maîtriser la fortune. Il était devenu ainsi populaire, et le jeune Sultan, encore mal affermi, paraissait, — quelles que fussent ses vues ultérieures, — accepter volontiers son ascendant. Les idées de Midliaf semblaient être une diversion utile, peut-être même le suprême recours de l'empire. Elles se confondaient d'ailleurs avec un sentiment, de tout temps assez fort en Turquie, mais qui était devenu général dans le monde politique de Constantinople aigri de longue date par les prétentions tulélaires de l'Europe, je veux parler du désir ardent de repousser l'ingérence étrangère. Cette volonté était la note caractéristique de la situation : au palais, à la Porte, dans les mosquées, partout où l'on s'occupait des affaires publiques, elle se manifestait avec une intense activité. Midbat et ses amis s'en étaient faits les représentants, et l'on attendait de leur initiative la satisfaction réclamée par l'orgueil national. Les cbrétiens, qui redoutaient d'être suspects, se montraient, à cet égard, non moins patriotes que les musulmans. La nouvelle d'une procbaine Conférence surexcita encore cette opinion unanime, et les tbéories constitutionnelles, déjà par elles-mêmes accueillies avec une certaine faveur, furent envisagées dans les régions du pouvoir comme un instrument de

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