‹ Souvenirs et causeriesChapitre 18 sur 19 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

-oSlO^^o-

La Restauration , en déplaçant , par un inévitable effet de toute révolution, Texislence sociale de plusieurs familles, avait éloigné de moi quelques personnes dont la société m'était aussi agréable que chère; mais de nouvelles liaisons avaient remplacé celles que j'avais perdues, et continuaient à m'offrir les distractions compatibles avec les devoirs de mon état. Ainsi j'avais eu l'honneur d'être présenté à U^^ la P«« de Wagram, veuve de l'illustre maréchal prince de ce nom , l'ami et le fidèle compagnon d'armes de l'empereur. Cette princesse , qui appartient à la famille royale de Ravière , n'a jamais cessé de

m'accueillir avec cette noble aflabilité qui la distingue , soit dans l'hôtel qu'elle habitait sur le boulevart des Capucines , et qui est aujourd'hui affecté au Ministère des affaires étrangères , soit au château de Grosbois , dépendant de la succession patrimoniale du maréchal. Souvent aussi j'ai trouvé un doux emploi de mes loisirs dans la bienveillante amitié de la JP» de Villette , cette aimable élève de Voltaire , long-temps connue sous le nom de belle et bonne, que le patriarche de Ferney lui avait décerné , et qu'elle justifiait si bien par les agréments de sa personne et les qualités de son cœur.

NC'e de Villette était fille de M. de Varicourt, gentilhomme du pays de Gex , que son voisinage de Ferney avait mis en rapport avec Voltaire. Dans les visites que celui-ci lui rendait quelquefois, il avait apprécié le mérite de M"« de Varicourt , très jeune encore. Il l'avait prise en telle affection , qu'il lui proposa de se charger de son éducation, en la plaçant à cet effet sous le patronage de M™« Denis, sa nièce; ce que M. de Varicourt , très peu fortuné d'ailleurs , accepta avec empressement.

j^iie de Varicourt alla donc habiter le château de Ferney , où elle reçut avec fruit les soins empressés de l'oncle et de la nièce.

M. de Voltaire avait pour ami et pour correspondant littéraire à Paris le M» de Villette, homme riche et fort répandu, qui faisait de fréquents voyages à Ferney. Il y vit M"*^ de Varicourt , et rechercha sa main. Cette union fut agréée pai* tous les intéressés. En intervenant dans le contrat de mariage, M. de Voltaire y dota la future d'une somme de 60,000 fr. ; de leur côté, les futurs exigèrent qu'on insérât dans ce même contrat une clause portant que M. de Voltaire viendrait les voir à Paris dans le cours des deux années suivantes. Il y vint en effet, et s'établit dans l'hôtel qu'ils habitaient à l'angle du quai auquel on a donné son nom et de la rue de Beaune. C'est là que ce célèbre écrivain , après s'être enivré pendant environ trois mois des hommages de toutes les notabilités de la capitale, et après avoii* été couronné en plein Théâtre-Français par les mains de la première actrice de ce théâtre, mourut au mois de mai- 1778.

On remarqua que la même année fut signalée par la mort de Jean-Jacques Rousseau , et par celle de l'acteur Lekain, qui avait si souvent prêté aux tragédies de Voltaire l'appui de son admira ble talent.

Après la révolution , dans laquelle le M» de Villette fut une des victimes du sanglant régimo.

de la terreur, la marquise quitta le château de Yillette , où elle s'était réfugiée , et vint habiter à Paris son hôtel de la rue deVaugirard, dont elle faisait les honneurs avec une grâce parlaite aux personnages les plus haut placés, et aux étrangers de distiction qui s'empressaient de l'y visiter.

Sans doute, c'est à de telles relations, c'est à ces salons où se rassemble habituellement une société élégante et choisie , que j'ai toujours aimé à consacrer de préférence les heures dont mes fonctions me permettaient de disposer; mais souvent aussi je suis allé chercher loin de Paris l'oubli du tumulte , des embarras et du bruit étourdissant de cette capitale.

En 1822 , après la perte de ma bonne et regrettable amie M"^ de Ménerville , je suis allé faire un voyage aux Pyrénées, qui m'a fourni l'occasion de visiter plusieurs des principales vil^ les du royaume, parce que je pris, en y allant, la route de Bordeaux et de Toulouse, et qu'à mon retour je suivis celle du Bas-Languedoc et de Lyon . A cette époque, Bagnères-de-Bigorre avait presque seul l'avantage , que lui dispute aujourd'hui Bagnères-de-Luchon , de réunir chaque année le plus grand nombre de ces voyageurs que le goiit des plaisirs, plus que l'intérêt de leur santé, a-

mène dans les Pyrénées. La situation pittoresque de cette ville, gracieusement assise dans le fond de la belle vallée qui porte son nom , et qu'arrose la petite rivière ou plutôt le romantique et capricieux torrent de l'Adour; ses promenades délicieuses au pied des montagnes, et son Frascaii^ où la danse, la musique, le jeu, offrent aux ama^ teurs de tout âge les amusements les plus variés, tout cela concourt à foire de Bagnères-de-Bigor^ re un séjour très agréable , où la bonne société de toutes les viJOies voisines vient charmer ses loisirs , surtout à l'époque des vacances des tribunaux.

J'y trouvai une hospitalité aussi douce qu^é^ conomique chez un ancien président du tribunal civil qui avait habité Toulouse et connu ma Damille. Ses soins obligeants me rendirent plus faciles les intéressantes excursions auxquelles je me livrai pour visiter le Canigpu , le Pie du Midi , les belles cascades de Gavarm et de Gripp^ et la vallée de Campan , si remarquable par sa physionomie toute pastorale , et par ses riches carrières de marbre, dont la vogue s'accrdt chaque jour.

Pendant une douzaine d'années, j'ai passé une grande partie de mes vacances chez mon ancien et excellent ami le 0« Roy, dans son château de

Saint-MartinMl'Âblois , Tun des plus magnifiques du département de la Marne, et remarquable surtout par l'abondance et la beauté des eaux , dont une nature prodigue enrichit sans discontinuité la verdure de son parc.

En 1840 j'ai passé la frontière, et fait, sur les bords du Rhin , une excursion de quelques semaines qui m'ont paru bien courtes par le charme qu'offre l'aspect de cette belle contrée ; par le caractère tantôt imposant, tantôt gracieux, des rives du fleuve , sur lequel je me suis embarqué et ai parcouru environ une centaine de lieues sur un de ces superbes bateaux à vapeur de construction anglaise, où le navigateur trouve tout le confortable des commodités du voyage. J'ai séjourné pendant quelque temps dans la charmante petite ville de Baden, où l'attrait du plaisir, plus que la vertu assez faible de ses eaux thermales , attire chaque année toutes les notabilités princières et autres de l'Allemagne, et les principaux touristes de la France, de l'Angleterre et de la Russie. Rien ne me semble plus piquant, à Baden , que le contraste de la nature agreste et sauvage du paysage qui l'entoure , avec la réunion, qu'on y trouve à l'intérieur, de toutes les jouissances de la civilisation la plus avancée. Là, chaque matin , le luxe des voitures, des cavalcades,

des toilettes les plus recherchées, éblouit et charme les yeux dupromeneur. Le soir on se rencontre dans les magnifiques salons de l'hôtel appelé Maison de Conversation^ où chacun entre et circule librement et sans frais ; on se repose sur des divans de velours à franges d'or, entourés de glaces resplendissantes de lumières. Là on se croirait transporté par la main des fées dans un palais enchanté , si l'àme du moraliste n'était attristée par le hideux spectacle d'un jeu effréné , que signalent de temps en temps le naufrage de quelque grande fortune , et trop souvent le suicide de quelque malheureuse victime de la roulette et du trente et quarante. Là j'ai vu avec dégoût, assises autour du tapis vert, des femmes jeunes et belles, dont les traits délicats étaient contractés et enlaidis par les crises nerveuses que leur faisaient éprouver les chances diverses de l'aveugle hasard. Là je n'ai pu voir sans indignation des pères donner à leurs enfants de 12 à 15 ans l'exemple et la leçon du jeu , sans songer aux suites funestes de la passion dont ils semaient le germe dans leurs cœurs. Mais là aussi j'ai éprouvé quelquefois une vraie satisfaction en voyant les directeurs du jeu repousser avec une sorte de paternelle sévérité le florin apporté par quelque pauvre et imprudente villageoise, et

qu'elle dérobait peut-être aux besoins de safeimille.

Âpres avoir, dans ce même voyage, visité la ville de Cologne, sa maison commune et les tours inachevées de sa cathédrale; après avoir salué avec respect, à Âix-la-Chapelle, les riches reliques de Cbarlemagne, qui, en admettant leur authenticité, nous attestent que la taille gigantesque de ce monarque était en rapport avec la vaste étendue de son génie, j'ai voulu parcourir quelques principales villes de la Belgique, spécialement Bruxelles, cette miniature de Paris, où j'ai été retenu plusieurs jours par la présence de quelques uns de mes collègues à la Chambre des pairs, qui s'y trouvaient réunis en ce moment, et par la gracieuse courtoisie de l'ambassadeur de France, le comte de Rumigny.

Parmi les objets d'art dont la Belgique abonde, et même après avoir admiré dans la cathédrale d'Anvers et dans son musée les plus beaux chefsd'œuvre de Rubens et de plusieurs autres grands maîtres de l'école flamande , j'avoue que rien ne m'a plus profondément impressionné que le magnifique groupe sculpté, en bois, qui soutient et décore la chaire de l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles. Le sujet en est Adam et Eve chassés du Paradis. Il est impossible de rien imaginer de

plus touchant, de plus expressif que la honte et le remords qui se peignent sur la flgure de notre premier père , la douleur et Teffroi d'Eve , et le courroux à la fois noble et inexorable de l'ange exécuteur de la justice divine. C'est en Belgique que j'ai goûté pour la première fois le plaisir, encore inconnu jusqu'alors en France, de voyager sur des chemins de fer sans sortir de ma voiture , entraînée par la locomotive sur un des wagons du convoi. Dans ce pays tous les chemins de fer appartiennent au gouvernement , qui les a construits et qui y entrelient une police si vigilante et si bien entendue, qu'on y éprouve bien rarement ces accidents si graves et si nombreux sur ce genre de voies dans les autres pays. Au reste, dans cette administration des chemins de fer belges, tout semble en harmonie avec le caractère simple et réservé des habitants: point de ces élégants embarcadères d'une construction monumentale , et dont le luxe absorbe à l'avance une partie notable des bénéfices éventuels de l'entreprise ; point de ces effi*ayants tunnels où les ténèbres, le bruit et la fumée , rappellent à l'idée une des portes du Tartare. Il est vrai que la nature du terrain peu accidenté de cette contrée se prête merveilleusement à un nivellement que les ingénieurs ne peuvent obtenir en France qu'à grands

frais, et par des eonstructions sujettes à de graves ineonvénients.

Enfin, en 1842, considérant que j'avais déjà franchi plus de moitié de mon dix-huitième lustre , et que ma vue était déjà sensiblement affaiblie par une cataracte qui menaçait de m'ôter entièrement l'usage de ce précieux organe , prévision qui ne s'est que trop réalisée depuis, j'éprouvai un vif désir de revoir encore une fois mon pays natal , et d'aller dire un dernier adieu au petit nombre de parents ou d'amis que dans ma longue absence je pouvais y avoir conservés. Je voulus choisir pour l'exécution de ce projet la saison du printemps, plus favorable que celle des vacances , qui éloigne toujours de Toulouse une grande partie de ses habitants. Je ne sais si la pensée que soixante-un ans de distance , qui séparaient mon retour dans cette ville du jour où je l'avais quittée pour la première fois, donnait à ce retour quelque chose de piquant, ou si la presque-certitude que ce voyage était le dernier auquel je pusse aspirer en augmentait l'intérêt; mais il est certain que je le fis avec plus de plaisir et avec moins de fatigue qu'aucun des précédents. Il me sembla que les vingt années qui s'étaient écoulées depuis celui de 1822 avaient produit une grande amélioration dans l'en-

tretien des routes et dans la tenue des hôtels offerts aux voyageurs ; et il paraît qu'en efiet cette remarque n'était pas sans fondement. Parmi les objets nouveaux que m'offrit la route de Bordeaux, je ne peux pas oublier le magnifique pont de fer de Cubsac, suspendu, surlaDordogne,à une hauteur qui étonne l'imagination , et qui inspire au voyageur une sorte d'eflfroi, lorsqu'aux approches de ce pont, et voyantse dessiner dans le ciel cette légère et hardie construction qui semble avoir été lancée dans les airs , il songe qu'il va être transporté sur cette route aérienne à l'égal des oiseaux qui voltigent à l'entour ; mais il se rassure en se voyant précédé, sur ce magique chemin, par quelque lourde et volumineuse voiture de roulage, dont l'insouciant conducteur traverse nonchalamment le fleuve en fumant sa pipe , sans s'occuper le moins du monde des merveilleux progrès de l'industrie, qui lui a ouvert un si commode et si utile passage.

Ma dernière apparition à Toulouse a été accompagnée de quelques douces jouissances dont le souvenir est encore tout vivant dans mon cœur . Un de mes bons amis, M. de Bastoulh, conseiller à la Cour royale, qui possède dans un des plus agréables quartiers de la ville un grand et bel hôtel, m'avait offert avec une si cordiale franchi-

se, pour ma femme et pour moi, un appartemenV qui s'y trouvait disponible, que nous n'avions pas cru pouvoir nous dispenser de l'accepter. Le lendemain de notre arrivée , je ne sais pourquoi les quatre ou cinq journaux de toutes couleurs qui se publient à Toulouse crurent devoir en informer leurs lecteurs ; et cette annonce nous procura un grand concours de visites qui toutes , sans doute, n'étaient pas dues à l'impulsion d'une sympathie bien prononcée , mais dans lesquelles je fus heureux , je l'avoue , de remarquer que toutes les nuances d'opinion politique , si tranchées, comme l'on sait, à Toulouse, se trouvaient représentées. Plus d'une fois le salon de ma femme fut honoré par la présence de dames le plus haut placées dans la société aristocratique de la ville ; et le mien le fut par celle des principaux fonctionnaires, et surtout des membres de la magistrature , dont les témoignages de considération étaient pour moi d'un si haut prix. J'y retrouvai avec bonheur le digne et respectable premier président, M. Hocquart, dont j'avais depuis longtemps apprécié le caractère par d'anciens rapports avec lui , car je l'avais connu dès avant la révolution de 1789, alors qu'il était avocat général à la Cour des aides de Paris. Lorsqu'avec cette amabilité qui lui était propre, il voulut venir

passer avec nous la dernière soirée qui précéda notre départ, j'étais loin de prévoir que sous quelques mois j'aurais à déplorer la perte de ce magistrat , enlevé en 1843 à sa famille et à ses nombreux amis.

La Cour royale, de son côté, saisit, avec un empressement dont je fus bien touché, une occasion que le hasard lui offrit de donner à la Cour de cassation , dans la personne d'un de ses présidents, une marque d'honneur, qu'à mon retour je fus heureux de lui reporter. Pour rendre compte de cet épisode de mon voyage, trop important pour être oublié , trop flatteur pour que j'en sois moi-même l'historien , j'en emprunterai te récit au journal de Toulouse du 3i mai 1842 où il est rapporté. En voici les termes :

« M. le président B*** , dont nous avons annoncé l'arrivée à Toulouse, sa ville natale, a reçu hier un juste témoignage de la vénération que l'éclat de sa longue et honorable carrière inspire à ses compatriotes. M. B***, visitant , en compagnie de M. de Bastoulh, le palais de notre Cour royale , est entré dans la salle de la première chambre , réunie sous la présidence de M. Martin. Â la vue du magistrat éminent de la

Cour de cassation, M. Martin, organe délicat des sentiments de ses collègues , a invité M. B*** à prendre place dans Tenceinte réservée aux membres de la Cour. Après avoir essayé modestement, mais en vain, de se refuser à un hommage si honorable à la fois , et pour ceux qui Texprimaient, et pour celui qui en était l'objet, M. B*** s'est rendu aux désirs de MM. les conseillers.

» M. Eugène Decamp plaidait en ce moment une question de droit ancien , et c'est vraiment avec un rare bonheur de pensée et de parole que cet avocat renommé a terminé sa plaidoirie par l'allusion suivante , au milieu des signes d'une approbation unanime :

«c Ces principes de notre ancienne jurispru- » dence , a dit M. Eugène Decamp , je me félici- » te , Messieurs, de pouvoir les placer sous l'au- » torité d'un jurisconsulte dont les souvenirs » pourraient être pour ma cause un vivant té- » moignage; heureux que la Cour, par un nou- » vel échange de respect et de sympathie , ait » pu rappeler qu'autrefois aussi les magisU*ats n du Parlement de Paris firent asseoir auprès » d'eux notre grand Furgole, moins pour l'asso- » cier à leur gloire que pour s'associer à la » sienne. »

» Nous nous empressons d'applaudir à cette simple et noble ovation. Le bonheur qu'a dû ressentir M. le président B*** est loin aussi de nous trouver insensibles. Cet illustre magistrat a eu la satisfaction de voir que les traditions d'honneur sont intactes parmi nous , et que nous n'avons pas oublié que, fils de l'un de nos capitouls, il remporta, l'an 1772, ses premiers succès juridiques dans cette même grand'chàmbre , où il reparaissait hier après une si utile absence. »

Sans doute je n'ai point accepté les éloges dont l'allocution de M. Eugène Decamp était remplie en ma faveur , et j'accepte encore moins le parallèle qu'il a voulu faire ressortir de l'anecdote relative au jurisconsulte Furgole; mais, l'honneur qui m'a été déféré par la Cour royale de Toulouse n'ayant été reçu par moi qu'au nom et pour le compte de la Cour de cassation, je n'ai pas cru pouvoir me dispenser d'en faire ici mention.

Une chose qui m'a paru digne de remarque dans ma visite au Palai&de-Justice , c'est la belle tenue des archives de l'ancien Parlemienl de Toulouse. Cette précieuse collection, qui remon te à 1440 , époque de la création de ce Parle

ment, et qui finit sans interruption à sa suppression , en 1790 , offre une série complète de tous les arrêts rendus par cette compagnie dans cette longue période de trois siècles et demi. Ces arrêts sont méthodiquement placés dans des cartons soigneusement étiquetés , où chacun peut trouver à l'instant même celui qu'il désire connaître.

Je me suis fait représenter l'arrêt par lequel , en 1761 , l'infortuné Calas fut condamné au supplice de la roue, et où je retrouvai, non sans quelque émotion , les signatures, qui ne m'étaient pas inconnues, du président de la Chambre Tournelle et du conseiller rapporteur.

Du reste, je n'ai pu m'empêcher d'être agréablement frappé des améliorations que m'offrait à plusieurs égards la ville de Toulouse. L'accroissement sensible de sa population , de son commerce et de son industrie ; les embellissements de ses divers quartiers, et notamment du quartier Lafayette ; les nombreuses fontaines qui y répandent une fraîcheur salutaire ; l'aspect de ses maisons de briques , devenu moins sérieux par la peinture en blanc dont on les couvre ; sa belle fqnderie de canons, son polygone, son riche musée, ses promenades spacieuses et bien dessinées, tout se réunit aujourd'hui pour rendre à

cette ville Timportance que depuis 1789 la suppression de ses plus grands établissements lui avait fait perdre.

Il ne me reste plus à former pour cette ville qu'un seul vœu , celui de voir cette société toulousaine , autrefois si aimable , si gaie , si spirituelle , abjurer désormais cette aigreur, ces animosités, ces pitoyables prétentions d'aristocratie, si déplacées d'ailleurs chez la plupart de ceux qui les affichent, et que de misérables passions politiques lui ont imprimées. Puisse bientôt cette antique et docte cité des Tectosages , cette patrie de la gaie science , renoncer à cette intolérance d'opinions qui , introduite dans les relations sociales , en a détruit tout le charme , pour n'y laisser à sa place que le ridicule , la tristesse et l'ennui !

Le temps que j'avais cru pouvoir consacrer à mon voyage étant expiré , je dus songer à reprendre le chemin de la capitale ; et je quittai Toulouse à la fin de 1842 , jetant , non sans un serrement de cœur, un dernier regard sur les lieux où s'étaient écoulés les jours heureux de ma jeunesse.

Page 1