‹ Souvenirs et impressions de voyageChapitre 10 sur 44 · HOSPITALITÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

HOSPITALITÉ CHRÉTIENNE

A peine nos voyageurs avaient-ils franchi le seuil de la maison de Dieu , que les soins les plus empressés, les mieux entendus, les entourèrent : quelques coups de cloche avaient appelé les religieux. L'un d'eux apportait aux arrivants du bouillon mêlé de vin ; un autre, du linge bien blanc et bien chaud; puis un troisième ranimait le feu du poêle, pendant que quatre de leurs confrères à genoux tiraient les bottes et les bas des hôtes qui leur arrivaient, et leur frictionnaient avec des serviettes chaudes les jambes et les pieds, qu'ils enveloppaient ensuite de bandes de flanelle.

Une mère qui voit arriver son enfant n'a pas de soins plus tendres et plus recherchés : un souper proprement servi, des chambres bien chauffées et des lits bassinés complétèrent cet accueil, digne des plus beaux temps de l'hospitalité antique.

Et ce n'est ni au sein de Paris, ni au sein de Londres, ni à Madrid, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Vienne , ni à Rome , ni à Berlin , ni à Naples ; ce n'est point au milieu du monde, ni dans les délices

de ces grandes capitales que se trouve cet hospice modèle; c'est là où les arbres ne viennent plus; là où r herbe a peine à pousser ; là où la vie s'use en peu d'années, que la charité chrétienne est montée planter ses tentes, tout à côté de l'aire des aigles et du contact des nuages.

Vous devinez combien , après tant de fatigues et d'émotions diverses, le sommeil fut doux et bon aux voyageurs ! . . . Ce n-e fut point au bruit de la tourmente, si redoutable sur ces hauteurs, qu'ils s'éveillèrent, mais aux majestueux sons de l'orgue de la chapelle. On eût dit la voix du Seigneur sur les hauts lieux. Les hôtes des religieux descendirent à la chapelle , assez vaste pour mériter le nom d'église; on y célébrait la messe dans un recueillement que l'on chercherait vainement ailleurs. Là les rumeurs du monde ne pouvaient parvenir ; là des hommes qui se sont voués à la solitude et à la charité priaient prosternés comme des saints, et pendant qu'ils adoraient Celui qui a creusé les mers et élevé les montagnes, l'orgue versait, du haut de la tribune, de majestueux accords. Le rehgieux qui touchait l'orgue n'avait que vingt- deux ans ; après Dieu , ce qu'il aime le plus c'est la musique ; il est poëte aussi , et , au milieu de la nature sombre et sauvage qu'il a sans cesse sous les yeux, il sait allier de la grâce à ses chants. On voit que , dans ses pre-

mières années , il a vécu dans des contrées riantes et fertiles. Sur les hauteurs arides où il passe ses jours, il n'a apporté aucun regret du monde, mais il a gardé le souvenir des fleurs qu'il a cultivées sous de plus doux climats. Dans ses poésies religieuses il nomme souvent le lis de la vallée, Téglantine des haies, la rose des jardins et la blanche marguerite des prairies.

Dans la chapelle où réside vraiment la majesté du Dieu qu'on y adore, Napoléon a consacré un monument à la mémoire du général Desaix; c'est là un beau lieu de sépulture , la dissipation n'y bruit pas autour du tombeau.

Les solitaires du mont Saint - Bernard ont une bonne bibliothèque et un cabinet d'histoire naturelle, où, à côté d'une collection de minéralogie exclusivement composée d'objets recueillis dans cette partie des Alpes , on a placé plusieurs centaines de médailles et quelques figurines d'un très-beau travail, ramassées dans les ruines et autour d'un temple de Jupiter.

Ainsi, sur ces majestueux sommets, il y a tant de grandeur pour saisir l'âme et faire penser au Créateur, que les hommes qui ne connaissaient pas notre Dieu avaient senti le besoin d'élever sur ces lieux un autel à Celui qui a fait toutes choses.

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