MARIE ET L'ÉPREUVE
Marie avait un beau talent sur le piano , et sa voix , sans avoir une grande étendue , était remarquable par sa douceur et son expression. Un jour
l'abbé Cervon et le curé l'avaient menée dans la cellule du frère Hyacintbe ; et , après avoir prié le jeune religieux de faire entendre quelque prélude et de se laisser aller à quelques-unes de ses inspirations , voyant que les fous et les folles étaient arrivés près de la fenêtre ouverte pour s'abreuver d'harmonie, ils dirent à Marie : « Prenez la place du frère et chantez quelque air de votre pays... Pensez que celle qui est la plus rapprochée de la croisée, que celle qui vous entendra le mieux à travers ce rideau, c'est votre pauvre mère. . .
— Oh ! cette pensée va faire trembler ma voix , va l'entrecouper de sanglots...
— C'est égal, répondit le curé,... il s'agit de faire pleurer notre chère malade, votre émotion appellera la sienne. »
Marie obéit ; ses doigts légers parcoururent le clavier d'ivoire, et en tirèrent des sons pleins de mélancolie... Dans ces improvisations, où la jeune fille cherchait bien moins à étonner qu'à toucher , elle sut semer des réminiscences de refrains vendéens et bretons... Quand ces rapides passages d'airs connus arrivaient à l'oreille de sa mère, on voyait la pauvre insensée porter sa main à son front comme lorsque l'on cherche à fixer un vague souvenir, à se rappeler une chose confuse. Tout à coup à ses accords Marie mêla sa voix tremblante... Alors il y
eut parmi les hommes et les femmes assis près de la croisée un vif mouvement de surprise... Ce n'était plus la belle voix du frère Hyacinthe, c'était quelque chose de plus suave, de plus doux ; une des folles s'écria : « Ce n'est plus un homme , c'est un ange qui chante ! »
Le curé voyait, sans être vu, Teffet que la voix de Marie produisait sur ceux et celles qui Pécoutaient , et espérait beaucoup de ce moyen pour ramener à la raison l'une de ces malades, celle qui était arrivée la dernière.
Le jour de la grande épreuve vint; j'ai dit, plus haut , que le prêtre médecin appelait à lui , pour guérir, la religion, la poésie et la musique; d'après ce qu'il avait entendu lui-même , d'après ce qui lui avait été redit par les sœurs surveillantes des femmes aliénées, la mère de Marie, avant que le malheur eût égaré sa raison, avait toujours dû avoir une imagination ardente et poétique. La folie , c'est souvent la révélaiion du fond de notre âme , que le bon sens ne recouvre plus.
Le jour que le curé avait choisi était le 31 mai, dernier jour du mois de Marie ; car le mois des fleurs, le catholicisme l'a consacré à la Reine des anges et des vierges , et n'est-ce pas là une charmante harmonie?
Pendant le mois le plus doux de l'année , les au-«
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tels de Marie sont ornés de cierges et de bouquets sans nombre. Là, dans les sanctuaires tendus de blanches draperies et décorés d'orangers et d'arbres verdoyants , les jeunes filles , leurs mères , les heureuses du monde et celles qui arrosent de leurs larmes le pain qu'elles gagnent , viennent prier et chanter ensemble ; chaque matin la messe est célébrée avec de riches ornements , et le soir tous les cierges de Tautel s'allument pour le salut.
A ces prières, à ces cantiques sont mêlées des instructions qui enseignent la confiance dans la sainte Vierge; pour y exciter, les prêtres racontent les miracles opérés par elle, et la chaste assistance écoute avec un grand recueillement et un vif attrait ces histoires merveilleuses dites sous les voûtes saintes; et quand, dans ces instructions, les noms de Jésus et de Marie viennent à sortir de la bouche du prédicateur, toutes les têtes voilées de blanc s'inclinent et se relèvent; on dirait un parteri'e tout planté de lis , dont les tiges et les fleurs se courbent sous le souffle du printemps, ou sous les pieds d'un ange invisible.
Toute cette poésie catholique parle aux cœurs et élève les âmes; le prêtre médecin le savait, et il avait voulu que la main de Marie préparât l'âme de la pauvre femme au retour de la raison... C'était par ce chemin si embelli de fleurs qu'il espérait lui
ramener son enfant chéri , son enfant si longtemps pleuré !
Le 3 1 mai venait de voir se lever son soleil ; le curé l'avait devancé.
Pour la messe , qu'il devait dire à huit heures du matin, il avait tout fait préparer dans l'oratoire des aliénés. La mère de Marie devait y venir seule avec la religieuse qui prenait soin d'elle. Pour la première fois sa fdle allait s'agenouiller près d'elle , en face de l'autel du Dieu qui tient les esprits et les cœurs dans ses puissantes mains.
M. de Montmaur, ses fils, M. Gervais et l'abbé Gervon allaient être réunis dans la chapelle : oh ! comme ils allaient tous prier!
Frère Hyacinthe était déjà rendu à l'orgue ; le curé lui avait tout raconté, lui avait dit l'histoire de la nuit de Noël ^ le berceau et Penfant déposés à la yieiTe tournante de Glisson , . . . et puis le départ de la pauvre mère pour aller voir mourir le père de son enfant;... puis le voyage en Angleterre, en Italie, au mont Saint- Bernard ; puis la petite fdle adoptée, et trouvant sous un noble toit un père , une mère et des frères. « Voilà , avait dit l'habile et bon prêtre, voilà, frère Hyacinthe, le passé de la femme que nous voulons guérir... Il s'agit de faire revenir à son esprit des souvenirs troublés et effacés par le temps et le malheur; il faut, avec l'aide de Dieu, que mes pa-
rôles et vos accords chassent les nuages cjui couvrent le passé et qui obscurcissent le présent de la pauvre mère pour laquelle nous allons tous prier. Frère Hyacinthe , vous aussi vous avez souffert , et vous vous souvenez des accords qui allaient autrefois remuer le plus fortement votre âme, alors que la main du Seigneur pesait sur vous. Eh bien! faites soupirer ces accords aujourd'hui à votre orgue,... je m'en remets à votre talent et à votre charité. »
La famille de M. de Montmaur était rendue la première à l'oratoire... Marie était toute vêtue de blanc; ses cheveux blonds et bouclés , séparés sur le front à la manière des anges de Raphaël , tombaient en ondes autour de son cou ; sur sa robe blanche tranchait un ruban bleu de ciel, auquel était suspendue une petite médaille d'argent portant une figure de la Vierge , avec cet exergue :
CONSOLATRIX AFFLIGTORUM !
A un signe du curé, elle se leva quand l'aliénée , accompagnée de la religieuse qui prenait soin d'elle, entra dans la chapelle. Allant jusqu'au bénitier, elle y trempa ses doigts et présenta de l'eau bénite à sa mère... Celle-ci, frappée de la dignité de l'être qui lui apparaissait, hésita un instant à lui toucher la main,... et, se retournant du côté de la sœur : « C'est un ange, dit-elle; Dieu a donc pitié de moi!
— Oui, répondit le curé, oui, mon enfant, le Dieu qui a guéri les malades , qui a fait marcher le paralytique , c[ui a fait voir les aveugles et entendre les sourds, va aussi finir tous vos maux.
— Mes maux ne sont point en moi... Ils sont dans l'absence...
— Ou ils sont , Dieu le sait , et il va y mettre un terme. »
Ici la folle remua la tête en signe de doute. «Ma fille, dit le prêtre, est-ce que vous doutez de la bonté , de la puissance divine?
— Non, j'y crois. . . mais.. .
— Achevez...
— J'ai de la foi... je n'ai plus d'espérance.
— Ne pas espérer dans le Seigneur, c'est pécher. . .
— Oh! ne croyez pas que je ne veuille pas de l'espérance, j'en ai besoin, j'en ai soif; mais elle ne descend plus en moi... Regardez, je suis séchée et fanée comme l'herbe sur laquelle ne tombe plus la rosée. » En parlant ainsi , la pauvre femme montrait ses mains et ses bras amaigris.
Marie était tout proche d'elle, et ne put s'empêcher de saisir une de ses mains.
a Oh! quel toucher! C'est l'ange!...
— Non , non , j e ne suis point un ange ! . . .
— Qui donc êtes - vous ? vous qui avez tant de beauté, et qui semblez si bonne?
iOO SOUVENIRS ET IMPRESSIONS
— Une fille qui cherche sa mère. . . un être qui a souffert autant que vous.
— Autant que moi , oh ! non ; » et elle agita encore la tête comme pour dire : Gela n'est pas possible !
« Marguerite, dit le curé, ce n'est pas bien de croire que d'autres n'ont pas eu, comme vous, leur part de malheur; cette pensée -là peut éloigner de votre âme la charité. Qui se plaint trop soi-même , ne plaint pas assez les autres.
— Oh! si elle a eu des souffrances comme celles que j'ai endurées^... je la plains du fond de mon cœur...
— Je ne me souviens pas d'avoir été embrassée par ma mère...
— Elle est donc morte quand vous étiez encore au berceau?
— Non , elle vit encore. . .
— Vous lui avez donc été enlevée?... Il y a des voleurs d'enfants !
— Non , on ne m'a pas volée à elle. . .
— La tendresse d'une mère pour son enfant est plus forte que tout.
— Le malheur,... d'impérieuses circonstances, dit le prêtre , commandent parfois de cruels abandons... Marguerite, croyez -vous qu'une femme,
pour sauver son mari, ne peut pas momentanément abandonner son enfant?
— Que me parlez -vous de sauver son mari?... moi, je n'ai pas sauvé le mien... Non, non , je n'ai sauvé personne ; ils ont été tous trois fusillés sur la plage...
— Marguerite, rappelez votre pensée de ce lieu ensanglanté.
— Oh! oui, bien ensanglanté!...
— Reportez vos souvenirs ailleurs...
■ — Quand les balles Pont frappé, il me regardait.
— Que votre imagination abandonne le rivage de Saint-Brieuc.
— Vous ne voulez donc pas que l'on pense aux morts? Tous les jours je prie Dieu pour ceux qui sont morts pour le roi.
— Oui, oui, gardez le souvenir de ceux qui ne sont plus ; mais tout ce qui vous est cher n'est pas mort... Après votre mari, vous aimiez encore quelqu'un?...
— Oh! oui, j'en prends à témoin le Dieu qui a fait le cœur d'une mère... j'aimais ma fille... La main qui me l'avait donnée me l'a ôtée...
— Dieu va vous la rendre. . .
— Pourquoi me dites-vous de ces paroles d'espérance?
— Parce qu'il vous faut espérer;... je vous le répète , vous offensez Dieu en n'espérant pas...
— La tombe ne rend point à la lumière ceux qui sont descendus dans son obscurité.
— Votre fille n'y est point descendue...
— Mon père, vous ne m'avez pas trompée depuis que je suis avec vous... Oh! ne me trompez pas à présent !
— Je vous parle devant l'autel du Dieu de vérité.
— Ma fille vit encore ?
— Oui , elle a été emportée , pendant la nuit de Noël , de la pierre tournante de Clisson.
— Ah! vous savez donc tout? s'écria Marguerite en cachant son visage de ses mains ; vous savez que j'ai abandonné mon enfant!
— Pour aller sauver son père!.. . Marguerite, Dieu ne vous en a pas voulu, c'était un devoir.
— Et vous êtes sur que je serai pardonnée ?
— J'en ai la certitude.
— Quoi ! mon isolement finira?
— Oui.
— Je reverrai ma petite Marie !
— Oui, vous la reverrez ,... avec ses seize ans, sa grâce et sa piété.
^— Et pour quand me promettez - vous tant de bonheur?
— Si je vous avais crue assez forte, je vous Paurais déjà douné.
— Oh ! je suis forte ;. .. voyez, j'ai supporté seize ans de malheur, de larmes et d'angoisses !. ..
— Serez-vous assez forte pour la joie et le bonheur !
— Le bonheur^ la joie, je ne sais plus ce que c'est;... au ciel c'est de voir Dieu; ici-bas ce doit être de retrouver, d'embrasser son enfant!...
— Eh bien ! embrassez votre fdle , s'est écriée Marie , qui s'est levée de son prie-Dieu et qui a jeté ses bras autour de sa mère;... embrassez l'enfant que vous avez tant pie urée et qui vous apporte tout son amour!...
— Mais ce n'est pas là ma petite Marie;... c'est toujours l'ange.
— Ma mère ! regardez-moi ; . . . regardez cette médaille que vous aviez attachée à mon cou.
— C'est vrai,... je me souviens,... j'avais voué ma fille à la sainte Vierge.
— Elle a veillé sur moi , et aujourd'hui c'est dans cette chapelle qui lui est consacrée, c'est devant l'autel de la Mère des affligés que je vous suis rendue , et que je vous amène la famille qui m'a trouvée dans mon berceau.
— Oh ! toi qui me parles d'une voix si douce , toi que je prenais pour un ange , pour un des chérubins
du ciel, tu es donc bien, tu es donc vraiment mon enfant ?
— Ma mère, est-ce que votre cœur ne vous dit rien pour moi ?
— Il me dit que si l'on me trompe, il se brisera de désespoir.
— Mais on ne vous trompe pas,... ici tout le monde vous aime , et mes embrassements , mes baisers, mes larmes de joie qui baignent vos joues et vos mains, doivent vous prouver que je suis Marie, votre fille si longtemps perdue.
— Mais qui a pu te sauver?... car à présent je m'en souviens, il faisait bien froid, la nuit, quand je t'ai portée à la pierre tournante ; j'avais mis sur toi ce que j'avais de plus chaud , j'avais bien fermé les rideaux de ton petit berceau,... mais la bise glacée a dû te faire souffrir,... pouvait te tuer;..., mais, hélas! il fallait aller voir ton père, et je ne pouvais Remporter avec moi;... oh! comment as-tu pu résister, enfant si délicate et si frêle ?
— Ma mère, vous m'aviez mise sous la garde de Dieu et de Notre-Dame des affligés, et tous deux ont fait venir à la pierre qui tourne les amis que voici , qui ont trouvé mon berceau parmi les fougères, qui m'ont emmenée sous leur toit.
— Où sont-ils ?
— Les voici.
— Eh bien ! que Dieu les récompense et verse sur eux tout le bonheur qu'il peut donner!... »
En prononçant ces paroles, M'"^ Marguerite avait étendu les bras pour bénir ceux qui avaient pris soin de sa fille. Mais après ce mouvement tout son corps se roidit, ses yeux se fermèrent , elle tomba sur le fauteuil placé près de son prie -Dieu, et elle y demeura immobile.
Le prêtre était auprès de Marguerite; après lui avoir mis la main sur le cœur, il dit à Marie et à la famille : « Les battements sont vifs , mais pas trop précipités, la crise que vous voyez était immanquable , c'est la transition du malheur à la joie. Prions autour d'elle en silence, et quand elle reprendra ses sens, que sa fille la serre dans ses bras. Pendant ce quasi-sommeil , j'ai l'espoir que sa mémoire, que sa raison vont se dégager des nuages qui les enveloppent. ))
L'orgue se mêla alors à la prière de tous. Nous avons parlé de l'expression , de l'âme que le frère Hyacinthe mettait à son jeu; mais cette àme, mais cette expression n'avaient jamais soupiré de si suaves, de si touchants accords. Chaque note était comme une prière ; chaque note venait tomber sur le cœur de la malade, comme ces gouttes de pluie bienfaisante qui s'échappent des nuages , et qui raniment la fleur qu'un soleil trop ardent flétrissait.
Bientôt la pauvre aliénée, dont les mains étaient restées jointes comme celles des morts que l'on voit couchés sur leurs tombeaux, en porta une à son front,... puis bientôt sur son cœur;... on eût dit que la malade étouffait sous un poids immense ; elle se débattait comme pour le rejeter de dessus sa poitrine haletante. Enfin des larmes jaillirent de ses yeux , et tout à coup elle se souleva un peu , et étendant les bras elle s'écria d'une voix forte :
« Oïl est-elle? où est-elle, la fille que Dieu m'a rendue ?
— Dans vos bras , ma mère ! » avait répondu Marie en se jetant sur son sein, en 1 etreignant de ses bras.
Oh ! alors on put voir que Marguerite venait de recouvrer son cœur de mère. Dans son esprit plus de doutes, dans ses caresses plus de réserve : c'était la mère tout entière, retrouvant, embrassant son enfant.
Il ne faut point chercher à peindre le bonheur qui suivit cette guérison. Pour avoir l'assurance qu'elle était bien rétabhe, M. de Montmaur et sa famille demeurèrent un mois dans le pays. La mère et la fille ne se quittaient plus ; le temps perdu pour se voir, pour s'aimer, pour se le dire, pour échanger des caresses et des soins , elles voulaient le rattraper.
Six mois après cette merveilleuse cure , le prêtre médecin et l'abbé Cervon partaient ensemble pour la Bretagne; M. de Montmaur venait d'écrire au curé :
« A Marguerite vous avez rendu, assuré la raison; venez assurer le bonheur de sa fdle et de mon fils Georges en bénissant leur union.
« Que Tabbé Cervon, qui nous a conduits chez vous, qui a été témoin de nos inquiétudes, de nos larmes et de nos prières, vienne être témoin de notre joie et de notre bonheur. »
Peu de temps après cette lettre , l'union de Georges de Montmaur et de Marie Caradeuil fut bénie à la chapelle de toutes joies, près de Clisson; et moi, si j'ai si bien su tous les détails de cette histoire, c'est que j'ai été chargé par Georges de commander à Paris une superbe lampe d'argent massif pour être envoyée à l'hospice du mont Saint- Bernard ; car Georges n'avait point oublié le vœu qu'il avait fait d'en appendre une devant la statue de la Madone des Alpes.
Le vœu est aujourd'hui accompli ; et la lampe donnée par un heureux du monde brûle à présent devant la Consolatrice des affligés.
C'est en vérité une étrange chose que notre imagination , et sainte Thérèse a bien eu raison de l'appeler la folle du logis. Voyez comme elle est légère,
errante et vagabonde : en passant devant les ruines de la tour de Nantie, je viens à penser à ces fameux souterrains où la tradition raconte que des monceaux d'or, d'immenses trésors sont amassés derrière de merveilleuses grilles de fer, trésors dont on pourrait s'emparer, si pendant la nuit de Noël on parvenait à y entrer et à en sortir pendant le peu de temps que le prêtre met à lire la généalogie de notre Seigneur à la messe de minuit : et voilà tout à coup c[ue cette rapide pensée de la nuit de Noël, comme un ange qui l'aurait pris sur ses ailes, ou comme une fée qui l'aurait touché de sa magique baguette, transporte mon esprit en Bretagne en face de la jnerre tournante de Clisson... Ainsi, mes jeunes lecteurs , ce sont quelques vieux pans de murailles du château ruiné de la Reine -Blanche qui m'ont fait vous redire l'histoire vraie de la folle guérie par un curé. Je ne me repens pas de vous Tavoir racontée; car vous aurez pu y voir combien la religion est habile et ingénieuse quand il s'agit de consoler et de guérir ; combien elle est sublime quand elle va , non pour quelques jours , mais pour de longues années, s'établir dans ces déserts des Alpes, qu'Annibal , César et Napoléon n'ont fait que traverser. Les neiges, les avalanches, les glaciers n'ont entrevu que quelques instants les enseignes guerrières; mais la croix , ils la voient plantée parmi eux depuis
neuf cents ans. La charité a été plus tenace que la gloire.