RETOUR A ROUEN. - JEANNE D'ARC
Du tout petit royaume d'Yvetot je suis revenu à la grande ville de Rollori et de Guillaume le Conquérant , et , comme si la belle procession de la fierté de Saint-Romain avait encore lieu, je trouvai toutes les hôtelleries pleines.
Quand une fois la religion a enraciné une habitude dans un pays, cette habitude dure longtemps encore après que ce qui l'avait fait naître n'existe plus. Ainsi le beau privilège qu'avait le chapitre de la cathédrale de Rouen , de délivrer , chaque année, au jour de l'Ascension, un criminel condamné à mort, a été détruit comme tant d'autres belles et saintes coutumes; mais parce qu'il y a plusieurs siècles les populations normandes s'étaient accoutumées à venir à Rouen à pareil jour, elles y viennent encore ; ce ne sont plus les mêmes flots , mais le torrent roule toujours dans la même direction. C'était cependant, pour toute la Normandie, une belle fête que celle de la fierté; pour Rouen, c'était un moment de joie et de dévotion , de plaisir et de fortune. A cette époque, les nobles proprié-
taires, les membres du parlement revenaient de leurs terres, et les industriels, les fermiers, les marchands se donnaient rendez-vous à r Ascension, ., Aujourd'hui la délivrance du condamné n'existe plus, mais l'habitude de venir en ville subsiste toujours. Au vieil hôtel de France ? dans la Grand'- Rue, je n'ai plus trouvé mon logement accoutumé , et je suis allé m'établir sur la place de la Pucelle.
Sur cet emplacement , devenu le marché aux veaux, il y a cinq cents ans qu'une grande tragédie a été jouée , tragédie qui jeta du sang et de la honte à l'Angleterre et à la France.
A l'Angleterre , qui tuait une sainte et une héroïne; à la France, qui laissait immoler Jeanne la Pucelle!
Rouen a assisté , les bras croisés , à Taffreuse tragédie, et, depuis ce jour, a mal expié la honte de n'avoir pas délivré des mains des Anglais la fille inspirée qui avait arraché la France au joug de l'étranger.
Tout ce que la mort a d'horrible, tout ce que la haine peut inventer d'humihations et d'outrages fut réuni pour le supplice de la courageuse vierge. Elle fut hîmlée à petit feu , pour s'estre vestue en habits (ï homme; chose à Dieu abominable : elle fut brûlée parce qu'elle estait superstitieuse, devineresse de
diables, blasphémer esse de Dieu. Injures absurdes dont on la poursuivit jusque sur le bûcher, et que l'on avait pris soin de tracer en gros caractères sur des bannières portées devant elle au lieu du supplice.
Sur la place, où le mauvais goût a lourdement construit cette fontaine qui ne versera jamais assez d'eau pour effacer la tache et la honte qui ont été faites là à la France, avaient été dressés trois échafauds : sur l'un étaient les juges et les assesseurs; sur l'autre, Jeanne et les prélats ; le troisième était celui du supplice.
Le peuple a parfois des moments d'engourdissement dont on aurait de la peine à se rendre compte : lui qui a tant et de si bruyantes voix , tant de bras, tant de mouvement, devient tout à coup muet, immobile , et comme paralysé dans tous ses membres. Le peuple de Rouen avait été saisi d'une de ces soudaines stupeurs , lorsqu'il ne s'opposa point à Fhorrible exécution de Jeanne la Pucelle ; lorsqu'il laissa les Anglais conduire^ à travers ses rues , la sainte et héroïque vierge à son bûcher de mort.
En ce temps-là , comme depuis , ceux qui voulaient le mal étaient d'habiles menteurs, et, pour rendre la population de Rouen indifPérente au sort de Jeanne d'Arc , ses juges , ou plutôt ses bourreaux,
avaient répandu d'horribles calomnies contre elle. Alors le peuple était pieux et dévot? eh bien! les Anglais répétèrent que leur prisonnière était impie, ils écrivirent sur le poteau de son bûcher, sur la bannière qui ouvrait son cortège funèbre, que la condamnée était devineresse de diables et blasphèmeresse de Dieu,
Je ne puis, sur cette place de la Pucelle, m'empècher de rappeler ce qu'était Jeanne d'Arc ; pour la peindre en peu de mots, je vais prendre quelques fragments d'un récit fait par Jehan d'Aidon, écuyer de la noble fille;... voici comment il raconte son arrivée à la cour de Charles VII , son héroïque courage et ses derniers moments :
« La ville de Chinon, que vous voyez aujourd'hui si belle et si brillante (le chevalier parle de l'époque oii les cours de France et de Bretagne y étaient assemblées) (1), était triste et désolée quand la fdle de Vaucouleurs y arriva. Nous étions tombés si bas , que nous ne pouvions plus espérer : toute cette fleur de chevalerie qui entoure aujourd'hui le roi de France , était avec lui ; nous étions donc beaucoup autour de ce roi, que les Anglais, par dérision, avaient appelé le 7'oi de Bourges.
« Dans ces jours de découragement, je me rap-
(1) Chronique du xv^ siècle.
pelle combien nos épées et nos lances nous semblaient pesantes. Nous sentions que Dieu les avait émoussées dans nos mains, et que le salut ne dépendait plus de nos bras et devait nous venir d'en haut.
« A certains maux, il n'y a que les remèdes du Ciel ; nous en étions là.
« Jeanne alors parut.
« Quand le bruit se répandit à Chinon que la fille inspirée , que la prophétesse , que celle qui conversait avec les anges et les bienheureux était aux environs de la ville, une grande foule se porta audevant d'elle; et ce n'était pas seulement du menu peuple et des femmes ; dans la multitude on reconnaissait beaucoup de chevaliers et de gens de haut parage ; le besoin d'espérer était partout ; et les grands et les petits, voyant que tous les secours humains ne les délivraient pas, en attendaient d'ailleurs.
« Six ou sept personnes, parmi lesquelles étaient son frère et un prêtre, accompagnaient Jeanne d'Arc; depuis son départ de Vaucouleurs, elle cheminait à leur tête, sur le cheval que lui avaient donné Jacques Alain et Durand Laxart. Son vêtement était pauvre et de peu d'apparence; et ceux qui venaient après elle n'avaient ni renom , ni habileté militaires; ils n'avaient que foi dans l'envoyée
du Ciel. Aussi, en voyant cette jeune fille et cette mince escorte, plusieurs d'entre nous, et je confesse que j'étais de ce nombre, nous souriions amèrement, en disant :
« Est-ce de là que le salut doit nous venir ! Parmi les officiers de la maison du roi , il y en avait beaucoup qui pensaient comme nous ; car Jeanne ne fut pas menée tout de suite au château ou était le roi, elle fut logée chez une bonne femme auprès du castel de Ghinon.
« Cependant tous ceux qui l'avaient approchée , tous ceux qui avaient conversé avec elle, en faisaient d'admirables récits, et vantaient sa beauté, sa modestie et son courage.
« Je voulus juger par moi-même de cette merveilleuse fille, et je fendis la foule pour parvenir jusqu'à elle. Quand j'arrivai dans la petite chambre où elle devait loger, elle venait , pour se rafraîchir, d'ôter son casque ; ses cheveux châtains étaient séparés sur son front, tombaient en boucles autour de son cou , et n'étaient pas plus longs que ne les portaient alors les jeunes chevaliers, écuyers et pages : son teint, d'une grande blancheur, était animé par la chaleur de la route ; ses yeux étaient doux comme ceux d'une femme, et fiers comme ceux d'un guerrier ; elle avait en même temps de la modestie et de l'assurance, quelque chose de noble et de villageois:
en se montrant, elle commençait sa mission, car elle s'emparait des cœurs; mais il faut que j'explique ma pensée, c'était du dévouement, du respect, de l'admiration qu'elle savait inspirer.
« Quand je fus bien près d'elle, je lui dis, non sans une grande émotion :
« — Eh bien! jeune fille, vous voilà bien loin de vos moutons , au milieu de tant d'hommes d'armes !
« — Ainsi l'a voulu Messire qui m'envoie.
« — N'avez-vous pas peur avec nous? Ici vous n'aurez plus le repos et la paix des champs , vous ne rencontrerez que fatigues et dangers.
« — C'est pour cela que je suis née;... c'est pour cela que je suis née;... j'aurais mieux aimé rester à fder ma quenouille avec ma pauvre mère ; mais ce n'est pas moi qui viens, c'est lui qui me guide, c'est lui qui m'a dit : « Va-t'en trouver gentil Dauphin de France. » Me voilà!... pourquoi ne me conduit -on pas auprès de monseigneur le Dauphin?
« — Dites le roi, répliquai-je.
« — Quand il aura été sacré dans l'église de Reims, répondit Jeanne.
« — Vous avez donc grand désir de voir le roi? Vous avez fait bien du chemin pour venir jusqu'à lui.
« — Oui; quand je suis partie de chez nous, de
Vaucouleurs, je me suis dit: « Dussé-je, pour arriver, user mes jambes jusqu'aux genoux , je partirai. »
« En reprenant son casque , elle me dit avec autorité : « Chevalier, conduisez-moi au castel. »
« J'aurais eu défense de le faire, que je l'eusse fait encore, tant je fus frappé de l'air inspiré de Jeanne. Je me dis : Il faut faire ce qu'elle veut, car elle fait ce que Dieu ordonne. Onques depuis ce jour je ne lui ai désobéi, même au moment oîi elle est montée sur le bûcher pour de là monter au ciel.
« Quand nous arrivâmes chez le roi, c'était l'heure des flambeaux : il y en avait plus de cinquante qui brûlaient dans l'appartement et qui faisaient briller bien de somptueux habits; le roi était moins magnifiquement vêtu que bien d'autres, et l'avait fait exprès pour ne pas être reconnu ; mais devant plus de trois cents chevaliers qui étaient là rassemblés, Jeanne alla droit à Charles, notre gracieux souverain, avec autant d'aisance que si dès son bas âge elle avait été élevée à la cour; se prosternant devant lui, elle embrassa ses genoux , et lui dit avec une voix merveilleusement douce :
« — Dieu vous donne bonne vie, gentil roi.
« — Ce n'est pas moi qui suis le roi , répondit Charles VII en lui montrant un des seigneurs de sa cour, c'est celui-là. »
326 SOUVENIRS ET IiVIPRESSIONS
« Mais , sans se déconcerter^ elle répliqua : « En mon Dieu, gentil prince, c'est vous, et non autre; je viens et je suis envoyée de la part de Messire, pour prêter secours à vous et au royaume, et faire la guerre aux Anglais... Je vous dis que Dieu a pitié de vous et de votre peuple ; si vous me baillez gens , je lèverai le siège d'Orléans et je vous mènerai à Reims ; car c'est le plaisir de Dieu que vos ennemis les Anglais s'en aillent en leur pays, et que le royaume vous demeure. »
« En l'entendant parler ainsi, le roi se sentait ému, et cela se voyait sur son noble visage. Nous étions tous fortement remués par les paroles de cette fille des champs.
« Quand elle dit qu'elle voulait faire la guerre aux Anglais , nos mains impatientes se portèrent sur nos épées ; et maint chevalier qui le matin riait de la pauvre bergcreUe lui répétait : Jeanne , nous vous suivrons, et battrons avec vous les ennemis de la France.
« Cependant Charles VU avait encore des doutes ; et, pour les lever, il fit conduire la paysanne de Vaucouleurs à Poitiers, ou se tenait alors le parlement. Là , elle fut examinée par les docteurs de la science et de la foi.
« Je ne sais ni A ni B, répond-elle aux théologiens qui l'interrogent, mais je viens de la part du Roi
des deux pour faire lever le siège d'Orléans et sacrer le roi à Reims. »
« Quand on commença à croire à sa mission, elle demanda qu'on lui donnât une épée : un des grands officiers du roi lui offrit la sienne.
« — Non pas la vôtre, beau sire, non pas la vôtre, mais celle qui est en l'église de Sainte-Gatherine-de- Fierbois; et là vous prendrez aussi une bannière où brillera l'image de notre divin Sauveur sur un fond blanc semé de fleurs de lis d'or. )>
« L'épée et la bannière lui furent remises. Et, par les ordres du roi , on forma une maison à celle qui était chargée d'une mission toute divine. Les égards, les respects l'entourèrent, et c'était grande justice. Le jeune Louis de Contes fut nommé son page, et moi son chevalier; lui, avait dix-sept ans, et moi, cinquante de plus; lui, commençant la vie, et moi, j'y avais déjà fait bien des pas. Nous étions près d'elle pour l'aimer, la servir et la défendre. Dans mes longues années je n'ai rien vu d'aussi bon , d'aussi pur que Jeanne ; et lui, dans toute l'exaltation du jeune âge, n'avait rien rêvé d'aussi parfait qu'elle. » Le 29 avril 1429, Jeanne la Pucelle revêtit pour la première fois une brillante armure. Nous avions fait , entre les mains du roi , serment de ne pas la quitter, et nous l'avons tenu l'un et l'autre. C'était forte besogne que de la suivre dans la mêlée , car
l'agneau devenait lion quand la trompette avait sonné. Ah ! fallait la voir, alors, avec son épée d'une main et son étendard de l'autre; la majesté du Dieu des armées s'étendait sur elle; on eût dit l'ange exterminateur. Son regard, si doux dans la vie ordinaire , si angélique quand elle priait , devenait terrible dans les batailles; le feu des éclairs en jaillissait et répandait l'épouvante. Sa mère, la portant dans son sein, avait rêvé une nuit qu'elle était accouchée d'un foudre. Ah! Jeanne était bien un foudre en face des ennemis !
« Les Français, dont la voix de la jeune inspirée réveillait Tamour de Dieu et de la patrie, virent dans la bergère de Vaucouleurs une envoyée de Dieu; les Anglais ne voulurent reconnaître en elle qu'une sorcière, mais elle ne leur inspira pas moins une grande terreur; et lorsqu'ils aperçurent Jeanne d'Arc, à la tète de six mille guerriers, conduire à Orléans un puissant renfort qu'attendaient les assiégés, ils abandonnèrent leur camp et se retirèrent devant elle. La bannière qu'elle portait, sa renommée merveilleuse les avaient frappés d'épouvante.
« Le 30 avril, la bergère de Vaucouleurs entra triomphante dans Orléans , aux acclamations des soldats et du peuple de la ville. Dès le 4 mai, elle demanda à attaquer les Anglais, qui entouraient encore la ville.
« Une fois, je me le rappelle, nous sortions de dîner , il était onze heures du matin. Dunois vint voir la Pucelle et lui apprendre que l'Anglais Faistof allait bientôt apporter du secours aux assiégeants. Jeanne lui demanda comment il avait su cette nouvelle. Le jeune prince ne répondit pas nettement à cette question , eut l'air de vouloir lui cacher le moment où Falstof approcherait d'Orléans.
(( Alors elle sortit de sa douceur accoutumée, et s'écria : Bastard! bastard! au nom de Dieu , je te commande que taniost que lu sawas la venue de Falstof, tu me le fasses incontinent savoir; car s'il passe sans que je le sache , je te ferai oster la teste,
u — N'en doutez, dit le prince avec respect et soumission, je vous le ferai savoir. »
f( Dunois s'étant retiré, pour me reposer, je me jetai sur ma couchette... A peine commençais-je à m'endormir, que soudain j'entendis Jeanne crier :
« Debout! debout! aux Anglais! aux Anglais!... Mon conseil m'a dit de marcher contre Falstof, qui vient ravitailler. J'ai entendu les voix .. En avant! où sont ceux qui doivent m' armer? Le sang de nos soldats coule par terre... En mon Dieu, est mal fait... Pourquoi ne nia-t-on pas éveillée plus tôt?... Nos gens ont bien à besoigner;... ilij a tant de blessés!... Mes armes, et amenez-moi mon cheval!
« Alors je courus à elle et je voulus l'armer; mais, dans son impatience, elle descendit l'escalier en courant pour aller trouver son page , qui causait avec une femme sur le seuil du logis ; en le voyant ainsi , elle lui cria : Ah ! méchant garçoîi , vous 7ie me disiez pas que le sang de France fiit répandu! Et elle lui ordonna vivement de lui amener son cheval. Après cet ordre, elle remonta avec précipitation dans sa chambre; son regard était en feu, son visage animé , sa poitrine haletante ; je l'armai , et pendant que moi-même je prenais mon armure, elle était sortie de la chambre sans que je la visse. Comme elle arrivait sur le seuil du logis, elle trouva son page et son cheval. Mon étendard, dit-elle, inon étendard, allez le quérir. Et pendant que le jeune Louis de Contes montait le chercher, Jeanne s'était élancée sur son coursier; ne voulant pas perdre un moment, elle cria à son page de lui jeter son étendard par la croisée, il obéit. Je vis la bannière bénie dans ses mains, et le feu jaillir du pavé sous le pas de son cheval qu'elle avait mis au galop vers la porte de Bourgogne , comme si elle avait connu le chemin, et cependant jamais elle ne l'avait vue. Le jeune page et moi, nous courûmes après notre maîtresse ; mais quand elle volait à l'ennemi , elle était rapide comme la flèche empennée; nous ne pûmes la rejoindre qu'à la porte de Bourgogne. Là
il y avait grand nombre de Français cruellement blessés qu'on rapportait en ville.
« Jamais ! s'écria-t-elle avec un accent douloureux, jamais je n'ai vu de sang français sans que mes cheveux ne me levassent en sur.
'.( Je cite ces paroles pour faire voir que cette fille inspirée n'était point une femme altérée de sang. Son étendard déployé à la main, elle s'élançait dans les rangs ennemis , elle y répandait l'épouvante , elle s'exposait à la mort, mais ne la donnait pas. Messagère de Dieu , elle en avait toute la miséricorde. Tantôt on pouvait l'appeler un lion, tantôt une colombe , tantôt un foudre de guerre , tantôt une fleur des champs.
« Après trois jours de combat , où elle déploya un courage qui étonnait les plus vieux, les plus intrépides soldats ; après avoir été blessée à l'épaule d'un trait qu'elle arracha elle-même, et qui ne l'empêcha pas de reparaître bientôt au plus fort de la bataille, elle eut la joie de voir les Anglais se débander et s'enfuir devant sa victorieuse épée. Et, dès ce jour-là, la vierge de Domremi reçut le surnom de la Pucelle d' Orléans.
« La levée du siège d'Orléans était un immense succès; aux yeux du peuple, cette victoire brillait comme un miracle ; et pour les chefs de l'armée , pour Dunois , Lahire , Xaintrailles , Jeanne était
devenue un capitaine expérimenté. Quand on s'assemblait en conseil, il était rare que son avis ne l'emportât point, et lorsqu'on s'en écartait, il arrivait toujours qu'on ne tardait pas à s'en repentir. « Dieu l'inspire, disaient les chefs. — Dieu la conduit, suivons-la, » disaient les soldats.
« Je suis venue pour délivrer Orléans , s'était écriée Jeanne en arrivant à Chinon , et pour faire sacrer le roi à Reims... Une partie de sa mission était remplie; je vais vous dire comment elle remplit l'autre. Avant de se faire sacrer, Charles et ses conseillers voulaient que les Anglais fussent chassés des bords de la Loire ; et Jeanne , voyant que le roi refusait de la suivre, marcha avec le duc d'Alençon contre les Anglais , qui , après s'être vu enlever les fortes places de Jargeau, Meung et Beaugency, étaient allés planter leurs tentes et leur pavillon humilié dans la plaine de Patay.
« Un puissant renfort était venu rejoindre l'armée française, au bruit des succès de la Pucelle; le vieux connétable de Richemont avait tressailli dans sa retraite de Parthenay, s'était levé, avait repris ses armes, était venu , malgré la défense du roi, trouver Phéroïne> et lui avait dit :
(( — Jeanne , je ne sais si vous êtes ici de par Dieu ou de par le diable ; si vous êtes de par Dieu , je ne vous crains en rien, car Dieu sait mon vouloir;
si vous êtes de par le diable, je vous crains moins encore, et faites du mieux ou du pire que vous pourrez. »
(( Arrivé-e en présence des Anglais, qui avaient l'air de vouloir l'attendre de pied ferme et prendre revanche de leur défaite devant Orléans, Jeanne voit les guerriers français hésiter à les attaquer en rase campagne. Le duc d'Alençon s'approche d'elle et lui dit :
(( — Jeanne , ils sont nombreux , ils font bonne contenance; les attaquerons-nous?
(( — Avez - vous vos éperons , Messire ? répondelle.
« — Comme dà , s'écrie le duc étonné , nous en faudra-t-il pour reculer et fuir?
(( — Nenny. nenny ; en nom de Dieu , allez sur eux bien vite, incontinent, car ils s'enfuiront, n'arrêteront pas et seront déconfits, sans guère de perte de nos gens, et pour ce, faut -il vos éperons pour les suivre. En nom de Dieu, combattons sans délai les Anglais , fussent-ils pendus aux nues, »
u Prenant alors sa bannière fleurdelisée, et ayant fait le signe de la croix, elle marcha à l'ennemi. Je chevauchais près d'elle, et je la voyais s'animer à mesure que nous approchions des Anglais , l'agneau se faisait lion, et ses yeux perdaient de leur douceur pour briller comme des éclairs.
(( Les Français la suivaient avec confiance; son air , sa renommée , son courage leur avaient rendu la confiance et l'espoir. Bientôt deux mille Anglais tués, et leur vaillant chef Talbot fait prisonnier, attestent que la voix mystérieuse qui parle à Jeanne est la voix du Dieu des armées.
(( En allant à l'encontre de l'ennemi, moi, son chevalier, usant du droit que mon grand âge et mes cheveux blancs me donnaient, je lui dis de moins exposer sa précieuse vie. Elle me répondit : Je fie durerai quun cm ; guère au delà; il faut tâcher de bien employer cette année-là.
(( Après la victoire de Patay, la Pucelle revint presser de nouveau le roi de la suivre à Reims ; mais le faible prince n'écoutait pas que sa voix, il consultait la cour qui l'entourait , et les conseils qui venaient de là ne ressemblaient point à ceux de la bergère inspirée. Il faut, avant qu'elle atteigne le but de sa mission, que devant sa bannière tombent encore les murs d'Auxerre, de Châlons et de Troyes. Enfin, le 16 juillet 1429, les portes de Reims s'ouvrent à l'héritier des rois ; et dès le lendemain la fille de Vaucouleurs , placée près des marches de l'autel et tenant à la main la bannière qu'elle a brandie dans les batailles , voyait , avec de saints ravissements et des larmes de joies , couler l'huile consacrée sur le front de son roi. Les pompes de
ce sacre étaient loin d'être splendides; mais tous ceux cpi étaient rassemblés sous les voûtes de la vieille basilique , tous les guerriers dévoués à Charles YII dans sa mauvaise fortune , répandaient sur cette assemblée l'éclat de leur vaillante fidélité.
(( La protection de Dieu était visible , elle rayonnait aux yeux du peuple dans Jeanne d'Arc, debout près de l'autel, et entourée des Dunois, des d'Alençon , des Lahire , des Xaintrailles , des Boussac , des Rieux , des Ghabannes , et de bien d'autres chevaliers de grand renom, éprouvés par l'adversité. Quand Charles, septième du nom, se releva de dessus son coussin de velours fleurdelisé , c|uand la couronne lui fut mise au front par le ministre de Dieu, Jeanne la guerrière, déposant sa bannière, vint tomber aux genoux du roi de France, et lui dire en plorant à canidés larmes : Gentil roy, of^es est exécuté le plaisir de Dieu, qui vouloit que vous vinssiez à Rlieims recevoir votre digfie sacre, en montrant que vous estes vray roy, et celui auquel le royaume doit appartenir.
« Jeanne avait accompli la mission que ses voix lui avaient donnée ; Orléans avait été délivré, et le gentil Dauphin de France venait d'être sacré. Alors elle demanda au souverain qu'elle était venue servir, de retourner à Vaucouleurs chez son père et sa
mère, de déposer l'épée et de reprendre sa quenouille ; mais Charles ne voulut pas consentir à son départ. Elle resta donc; mais elle sentait au dedans d'elle, en marchant aux batailles, que ce n'était plus a Dieu qu'elle obéissait ; son courage ne l'avait pas abandonnée, mais la confiance s'était retirée d'elle, et elle me répétait : Ma fortune s en va, et le malheur approche.
(( Cependant les villes de Picardie se soumirent dès qu'elle parut , la Normandie s'émut à son approche, Saint-Denis lui ouvrit ses portes, et le 29 août Charles VII se présenta devant les murs de Paris. Jeanne voulut qu'on livrât l'assaut sur-lechamp , mais elle fut mal secondée; blessée grièvement aux deux cuisses, elle se montra moins sensible à la souffrance qu'à la perte de sa bonne épée de Fierbois , qui se brisa dans ses mains. La Trémoille profita de cet échec pour ramener le roi de l'autre côté de la Loire ; et le duc de Bourgogne vint rejoindre le duc de Bedford dans Paris.
(( Jeanne ne voulait pas s'éloigner de Paris , car elle prétendait revenir à l'assaut; et quand elle vit partir l'armée , elle s'apprêta à retourner à son village ; mais le sire d'Albret obtint qu'elle vînt à l'attaque de Saint-Pierre-le-Moutiers , et il ne dut son succès qu'au courage de la Pucelle ; puis , après avoir vaincu en combattant corps à corps avec un
chevalier bourguignon nommé Franquet d'Arras, elle se jeta dans Compiègne , qu'assiégeait le duc de Bourgogne. Là elle fit encore des prodiges de valeur ; mais dans une sortie , ayant été repoussée , ayant été séparée de moi et de son page par les Anglais, qui se ruaient contre elle comme des tigres, qu'elle avait souvent fait fuir devant son regard, elle arriva la dernière au fossé du boulevard, et trouva la barrière fermée.
« Bien des voix se sont élevées pour accuser le gouverneur de Compiègne , Guillaume de Flavy, de n'avoir rien fait pour la secourir... Un autre nom acquit une triste gloire , celui de Lionnel , bâtard de Vendôme; ce fut ce guerrier qui fit Jeanne prisonnière... J'aurais voulu que l'homme qui a mis la main sur elle n'eût eu que du sang anglais dans les veines.
« Quand cette nouvelle parvint à Paris, le duc de Bedford y fit chanter un Te Deum (que le Dieu de la France n'aura point voulu entendre); et un mois après, voici une autre honte : le duc de Bourgogne permit à Jean de Luxembourg de vendre sa captive , pour dix mille francs , à la vengeance de l'Angleterre. Les Anglais, qui aiment l'argent, ne payèrent jamais aucune somme avec de semblables transports ; pour ces dix mille francs , comme leur orgueil humdié allait se venger! comme leur
haine allait jouir ! quel bon marché pour leur rancune !
« Je cherchais en vain des paroles pour peindre le désespoir de l'armée française , quand , le soir du jour de la funeste capture, en se comptant dans Compiègne , on s'aperçut que la Pucelle d'Orléans manquait. Je demandai qu'on me rouvrît les barrières pour aller chercher celle que j'avais juré de ne pas quitter. Des soldats que je rencontrai , et qui avaient été protégés par elle, me dirent tous les prodiges de valeur qu'elle avait faits; mais qu'enfin, vaincue par le nombre , elle avait été arrachée de son cheval et faite prisonnière par le maudit bâtard de Vendôme.
« Quand j'entendis ces mots, je ne crus pas seulement que c'en était fait de moi , mais je crus voir encore la France retombée aux mains des Anglais. Le désespoir s'empara de mon âme, mon cœur semblait s'être arrêté dans mon sein, une sueur froide découlait de tous mes membres, je crus que j'allais mourir, et je me dis : Je n'aurai donc pas tenu mon serment! J'avais juré d'être toujours à côté d'elle ; la malheureuse ! elle va être seule dans son adversité; elle cherchera son vieux chevalier, et ne le trouvera plus! Non, il n'en sera pas ainsi, mieux vaut honneur que liberté ; chaînes ne sont si lourdes que souvenir de lâche action. J'irai partager sa captivité.
« Et, comme je l'avais résolu, j'allai au camp des Anglais, je demandai à parler à leur chef. Je lui dis mon nom, mon serment et mon désir; il m'écouta tranquillement , et me répondit : « Tes vœux seront exaucés, du moins en partie : soldats, mettez -lui des fers, et qu il ne voie jamais la sorcière maudite, si ce n'est au moment où nous la rendrons au diable qui l'a envoyée. »
« A de tels blasphèmes, j'entrai dans une grande fureur, je tirai Tépée qui ne m'avait pas encore été prise, je voulus punir le lâche qui insultait à la sainte de la France ; mais je fus bientôt désarmé et jeté dans un noir cachot. Ce cachot était si profond, que je ne trouvai le moyen d'en sortir ; le soldat qui me gardait était un de ces Français que l'or anglais avait achetés.. . Mais une partie de son cœur ne s'était pas vendue , et là il y avait de Fadmiration pour la Pucelle d'Orléans. . . A la manière dont il me questionnait sur elle , je devinai qu'il était plus près de la vénérer comme une sainte, que de vouloir la voir brûler comme une sorcière. Alors je lui proposai de déserter les rangs qui allaient avoir sur eux la honte du meurtre d'une héroïne ; . . . en parlant de ma noble maîtresse , je devins éloquent ; car alors que la ronde de minmt fut passée, mon gardien me dit : « Partons ; nous la sauverons peutêtre; » et disant ces mots, il s'était penché sur la
paille de mon cachot, et m'avait limé mes fers.
« Jeanne la Pucelle avait été conduite à Rouen ; quand mon libérateur et moi, déguisés en pèlerins de Nolre-Dame-des-Andelys, parvînmes dans la ville, il n'était bruit que des merveilleuses réponses de la fdle inspirée.
« La veille, l'infâme évêque de Beauvais, dont les largesses anglaises avaient souillé l'âme et acheté la conscience, lui avait demandé du haut de son tribunal déjuge :
0 — Disiez-vous point aux gens d'armes du roi, qu'en suivant votre étendard , ils auraient bonheur ?
« — Je leur disais, répondit-elle : Entrez avec lui parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même.
« — Qu'aimiez-vous mieux de votre étendard ou de votre épée ?
« — Beaucoup plus mon étendard ; je portais moi-même mon étendard, quand je marchais aux ennemis, pour éviter de tuer quelqu'un ; onques n'ai aimé à répandre le sang.
« — L'espoir de la victoire était-il fondé sur vous ou sur votre étendard?
« — Sur notre Seigneur Dieu.
« — Pourquoi votre étendard fut-il porté au sacre en r église de Reims plutôt que ceux des autres capitaines?
« — Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à honneur.
« — Dieu hait-il les Anglais?
« — Religieusement parlant, je ne sais rien... mais je sais bien qu'ils seront tous boutés hors de France , hors ceux qui y mourront.
« — Dieu ne vous a-t-il point failli pour le bien de votre âme?
« — Gomment m'aurait-il failli, puisque j'espère en lui, puisqu'il me conforte tous les jours dans ma prison ?
« — Les voix que vous prétendiez entendre dans votre village, les entendez -vous depuis que vous êtes prisonnière ?
« — Oui.
« — Que vous disent-elles maintenant?
« — Que j'ai bien rempli ma mission. »
« Et certes , ses voix ne la trompaient pas ; et certes, elle l'avait bien remplie, sa mission: voyez ses œuvres d'une année. Les Anglais repoussés de toutes parts, le roi Charles VII sacré à Reims, les Bourguignons en grande partie soumis à son sceptre, le courage et le nombre rendus aux armées, l'argent aux coffres vides, la victoire et l'honneur au drapeau des fleurs de lis... Voilà ce que Jeanne la paysanne de Vaucouleurs avait parachevé dans l'espace d'un an !
312 SOUVENIRS ET BlPPxESSIONS
« Les Anglais, qui savaient par expérience ce que valait son bras, gardaient si bien leur prisonnière, que je ne pus jamais, moi son vieux et dévoué chevalier, parvenir jusqu'à elle... Le cœur déchiré de chagrin, je ne faisais que rôder autour de sa prison ;... et je n'ai été reconnu d'elle que le jour de sa mort. '
(( Malgré tous les mensonges répandus dans le peuple contre l'envoyée du Ciel, malgré tous les propos outrageants répétés par les Anglais contre la noble fille de France, il y avait encore dans la multitude de vrais Français, qui se disaient : Il faudrait lui élever des autels... la masse devenue lâche lui laissa élever un bûcher !
« Hélas! elle y fut amenée, la pure et sainte victime , avec toute l'ignominie que ses ennemis voulaient lui faire, mais rayonnante d'une de ces gloires que les hommes ne peuvent empêcher de descendre du ciel sur les élus de Dieu.
« En elle il ne restait plus rien de la fdle des batailles, si ce n'est le courage; elle n'avait plus la fierté de l'aigle, elle était redevenue colombe, comme une de celles que l'on offrait jadis au Dieu de Rachel, de Noëmi et à'Esther (1). »
Le père Massien, qui ne quitta pas Jeanne jus-
(1) Manuscrit de la bibliothèque du roi.
qu'à sa mort , atteste que pendant la prédication du frère Midij elle eust grant constance et paisiblement oyst.
Aussitôt que le prêtre eut dit à Jeanne : (( Vade in pace, l'Église ne peut plus vous défendre et vous remet dans les mains séculières , »révèque de Beauvais lui lut tout haut sa sentence de condamnation.
La jeune fdle entendit son arrêt sans changer de visage, tant seulement elle leva les yeux au ciel, dit: Jhesus, Marie f et fit le signe de la croix.
Les Anglais , impatients de sa mort , trouvèrent sa prière trop longue , et voyant que le prêtre lui parlait encore de Dieu, ils lui crièrent : Comment! prêtre, nous ferez-vous dîner ici ?
Enfin ils se saisirent d'elle; elle salua tous les assistants et descendit majestueusement de l'estrade des juges pour se rendre au bûcher. Elle était redevenue comme un agneau : les bouchers ! c'étaient les Anglais qui la conduisaient et qui dirent au bourreau : Fay ton office.
Jeanne fut placée sur un échafaud de plâtre trèshaut, au-dessus du feu. De sorte que l'exécuteur ne pouvait bonnement et facilement expédier ni atteindre à elle; de quoy il étoit fort marry et avait grant compassion de la forme et cruelle manière par laquelle on la faisoit mourir.
Les Anglais, ordonnateurs du supplice, avaient été moins compatissants que le bourreau !
Martin l'Advenu, son confesseur, était monté sur l'échafaud, et là les aides de l'exécuteur liaient les mains si souvent victorieuses de la Pucelle , et comprimaient par des cordes son chaste et gracieux corps contre le poteau incombustible.
Quand la flamme commença à pétiller au bas du bûcher, cette fille héroïque dit au prêtre : Mon Père, descendez, vous ne devez pas mourir, vous; allez , niellez -vous en face de moi et montrez-moi de loin le crucifix de mon Sauveur, pour que je ne défaille pas.
Et puis, il vint un grand silence... On n'entendait plus que le bruit du feu et le rire de quelques Anglais. Un d'entre eux s'avança vers le bûcher, il avait fait serment d'apporter un fagot pour brûler la sorcière. Au moment où il le jetait sur le bûcher ardent, Jeanne cria d'une voix forte : Jhesus !
Ce fut son dernier cri : sa tète s'inclina sur son épaule, et son âme, sous la forme d'une blanche colombe, s'envola vers le ciel : l'Anglais qui vit ou qui crut voir ce miracle, se repentit de son action et confessa que Jeanne était une sainte, et lui un grand pécheur (1).
(1) Manuscrit de la bibliothèque du roi.
Incontinent après f exécution, le bourreau frappé et esmeu d'une merveilleuse repentance et sensible contrition, comme tout désespéré, craignant de non savoir jamais impétrer pardon et indulgence envers Dieu, de ce qu'il avoit fait à cette femme, disoit et affirmoit que nonobstant F huile , le soufre et le charbon, qu'il avoit appliqués contre les entrailles et le cueur de ladite Jehanne, toutefoys it n avoit pu bonnement consumer ^ ni rendre en cendre les brevilles ni le cueur; de quoy estoit autant estonné comme d'un miracle tout évident.
Ainsi ce pur et noble cœur, que les Anglais n'avaient pu effrayer dans les batailles , leur bourreau ne pouvait le réduire en cendre, il leur résistait encore !
Le jour même de l'exécution , le cardinal d'Angleterre, craignant sans doute que telles cendres françaises ne fissent germer et pousser en France la baine contre les Anglais , ordonna de rassembler ce que le feu n'avait pu consumer de la glorieuse Pucelle , et de jeter ces restes dans la Seine : ce qui fut fait parle bourreau.
Ainsi périt Jeanne d'Arc, la fdle de Vaucouleurs. D'abord on mit une croix sur le lieu de son supplice, quand les Anglais ne pesèrent plus sur notre sol ; plus tard , on y éleva une fontaine triangulaire d'un travail gothique charmant. On y voyait Jeanne ar-
mée aux pieds de Charles VII. On sait par quelle fontaine ce monument a été remplacé... Ah! que les eaux qui s'échappent de la fontaine actuelle ne s'arrêtent pas ! qu'elles coulent jusqu'à la fin des temps, elles ne pourront jamais laver la tache qui a été faite là à notre terre de France !