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LE PRISONNIER DE GISORS

Pendant bien longtemps on s'est demandé quel était le nom du jeune infortuné qui a langui vingtcinq ans dans ce cachot; on a enfin découvert qu'il s'appelait Nicolas Poulain.

Nicolas Poulain! ce nom a peu de magie et ne rappelle aucun noble souvenir. L'homme qui Fa porté dans la vie agitée du monde, avant de l'aller graver dans cette tombe anticipée, qui était-il?

Mystère! profond mystère!

Tout ce que Ton peut deviner, c'est qu'il aimait la religion et le gouvernement monarchique de son pays. Les croix et les fleurs de lis le révèlent. Ces singuliers bas-reliefs sculptés sur les murailles, là où un peu de lumière venait les frapper et les blanchir, auprès de la porte, en face de la haute lucarne^ prouvent que ce prisonnier était bon serviteur de Dieu et du roi.

Avec un clou qu'il avait trouvé dans la poussière de son cachot, il a profondément gravé des croix et des scènes entières de la Passion de notre Seigneur; des ressouvenirs de vieilles églises, de ma-

noirs féodaux, de tournois et de lances, se pressent dans le peu d'espace qui n'est pas obscur.. . Pendant que ce malheureux jeune homme, avec la pointe de son clou , creusait la pierre et en faisait tomber la poussière blanche , sa pensée retournait à son lieu natal ; ce petit castel , c'est probablement celui oîi il est né , celui où sa mère sera restée à le pleurer ; cette église , celle où il aura été baptisé, la chapelle où est la tombe de son père. . . Devant cette croix , devant cette image de la Vierge , il aura prié , il aura composé son hymne , et aura été un peu consolé... Mais un jour son clou usé se cassa!... Il ne put travailler davantage , et le poids de ces longues heures oisives le tua.

D'autres disent que par cette longue et étroite meurtrière il voulut s'échapper; on voit, pour y monter, des trous dans la muraille... Je ne puis croire qu'un homme ait jamais pu passer par cette étroite fente... Cette espèce d'escalier creusé dans le mur servait au prisonnier pour arriver jusqu'aux barreaux de fer... De là il pouvait entrevoir un peu de verdure, un peu de soleil, respirer une brise d'air, entendre un chant d'oiseau... Mes enfants, toutes ces choses, les oiseaux qui gazouillent, la brise qui agite les feuilles , le soleil qui luit sur les coteaux, vous touchent faiblement , parce que vous êtes en liberté et que vous pouvez en jouir; mais

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pour ie captif, retenu, gardé, étouffé entre d^épaisses murailles , ce sont comme des dons du Ciel , comme des caresses de Dieu.

J'ai bien l'espoir qu'aucun de ceux qui liront ces pages ne connaîtra les tristesses, les ennuis et les incjuiétudes des prisons ; mais s'il en arrivait autrement, si des jours comme ceux que nous avons vus revenaient encore , jours où il n'y a pas que le crime à gémir dans les geôles ^ je souhaite à celui qui passera sous les guichets d'amener dans sa prison une compagne que le geôlier ne pourra empêcher d'entrer : je veux dire la religion. Elle , mieux que tout autre , saura soutenir le captif pendant les jours si longs et pendant les nuits si tristes!... Voyez, jeunes amis, le prisonnier de Gisors : ses pensées religieuses sont restées profondément gravées, sculptées dans les murailles, et elles attestent encore aujourd'hui que l'homme qui a souffert, qui a gémi là pendant vingt-cinq ans, a eu du baume sur sa blessure, et une lueur d'en haut dans son obscurité.

Quelques traditions racontent, comme je viens de vous le dire, que le pauvre captif mourut de douleur et d'ennui quand il ne put plus travailler : d'autres prétendent qu'en cherchant à se sauver par l'ouverture de son cachot il tomba dans les fossés profonds qui ceignent la tour, et y mourut.

à moitié consolé en regardant le ciel, en sentant Pair passer sur son visage et jouer dans ses cheveux.

Tout attristé des pensées de prison et oppressé de l'atmosphère du cachot , je me trouvai avec honheur sous un beau rayon de soleil y qui dorait l'intérieur de la cour. Je n'étais resté avec un ami qu'une demi-heure, là où Nicolas Poulain avait passé seul vingt-cinq ans! et déjà j'avais besoin de respirer au grand air... 0 mes jeunes amis! quand on viendra chez vos parents quêter pour les prisonniers, donnez, donnez de vos petites épargnes; donnez pour que Fon puisse rendre les prisons plus aérées et plus saines. Donnez pour qu'avec l'aide de la charité le sort des détenus soit moins rude... Dans bien des villes encore les prisons sont noires comme des tombeaux, et ceux qui administrent disent souvent : Nous n'avons pas d'argent pour rendre les geôles medleures ; faisons l'aumône à ces villes-là, pour que le soleil parvienne comme un consolateur, comme un médecin, à l'homme qui a perdu sa liberté.

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