‹ Souvenirs et indiscrétionsChapitre 8 sur 42 · N"'' des 2 et 9 janvier · texte numérisé non relu

N"'' des 2 et 9 janvier

2. Voir Conversations de Gœthe, recueillies par Eekermann, traduites par M. Emile Délerot, t. I. p. 262.

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assez au vif clans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Mais il n'est pas exact de dire que je sois venu lui offrir de mettre le Globe à sa disposition. Dès ma jeunesse, j'ai toujours compris la critique autrement :

modeste mais digne. Je ne me suis jamais offert, j'ai attendu qu'on vînt à moi. A dater de ce jour, commença mon initiation à l'école romantique des poètes. J'y étais assez antipathique jusque-là à cause du royalisme et de la mysticité que je ne partageais pas. J'avais même fait dans 7e Globe ^

1. N" du 8 juillet 182G. M. Sainte-Beuve a recueilli tout récemment oet article en appendice

un article sévère sur le Cinq-Mars de M. de Vigny dont le côté historique si faux m'avait choqué. C'est en cette même année 1827 que je laissai l'étude de la médecine. J'avais été élève externe à l'hôpital Saint-Louis ; J'y avais une chambre et y faisais exactement mon service '. Trouvant plus de facilité à percer du côté des Lettres, je m'y portai. Je donnai au Globe, dans le courant de 1827, les articles

dans le deuxième volume, donné de son vivant, de la nouvelle et dernière édition des Portraits contemporains.

1. M. Sainte-Beuve racontait au jeune docteur Grenier, devenu son client au Sénat, qu'il avait eu l'honneur d'être roupion sous Dupuytren, et même qu'il avait porté le tablier un matin à niôtel-Dieu pour remplacer un interne absent.

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sur la Poésie française au xvi^ siècle qui furent publiés en volume l'année suivante (18-28); et j'y ajoutai un second volume composé d'un choix de Ronsard. En 1829, je donnai Josepli Delorme. C'est vers ce temps que M. Véron fonda la Revue de Paris. Je fis dans le premier numéro le premier article intitulé Boileaii ', et je continuai cette série de biographies critiques et httéraires dans les numéros suivants . Je faisais en même temps les Poésies et Élégies intérieures qui parurent en mars 1830

1. Avril 18^29. Cet article ouvre aujourd'hui la série des Port rai l^ litlérairest

SOUS le titre de Consolations. Il est mutile d'ajouter pour ceux qui lisent que j'étais dans l'intervalle devenu l'ami de la plupart des poètes appartenant au groupe romantique. J'avais connu Lamartine d'abord par lettres, puis personnellement et tout de suite fort intimement dans un voyage qu'il fit à Paris. Quelques biographes veulent bien ajouter que c'est alors que je fus présenté à Alfred de Musset.

Ces messieurs n'ont aucune idée des dates, Musset avait alors à peine dixhuit ans. Je le rencontrai un soir chez Hugo , car les familles se connaissaient ; mais on ignorait chez Hugo

que ISIusset fit des vers. C'est le lendemain matin, après cette soirée, que Musset vint frapper à ma porte. Il me dit en entrant '.

— Vous avez hier récité des vers; eh bien, j'en fais et je viens vous les lire.

Il m'en récita de charmants^ un peu dans le goût d'André Chénier. Je m'empressai de faire part à Hugo de cette heureuse recrue poétique. On lui demanda désormais des vers à luimême, et c'est alors que nous lui vîmes faire ses charmantes pièces de ÏAndalouse et du Départ pour la cJiasse'.

1. C'est la pièce qui suit l' Andalouse dans les premières Poésies, et qui a pour litre le Lever.

Hugo demeurait alors rue Notre- Dame des Champs, ii" 11, et moi, j'étais son proche voisin encore : je demeurais même rue, au n'^ 19, On se voyait deux fois le jour.

La révolution de juillet 1830 arriva.

J'étais absent pendant les trois journées, et en Normandie, à Honfieur, chez mon ami Ulric Guttinguer. Je raccourus en toute hâte. Je trouvai déjà le désaccord entre nos amis du Globe. Les uns étaient devenus gouvernementaux et conservateurs subitement effrayés. Les autres ne demandaient qu'à marcher. J'étais de ces derniers. Je restai donc au journal

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avec Pierre Leroux, Lerminier, Desloges, etc. Leroux n'était alors rien moins qu'un écrivain. 11 avait besoin d'un truchement pour la plupart de ses idées, et je lui en servais. J'y servais aussi mes amis littéraires. L'article du Globe sur Huoo, cité dans le livre de Hugo raconté par un témoin de sa Vie, et qui est des premiers jours d'août 1830, est de moi. Je revendiquais le poète au nom du régime qui s'inaugurait, au nom de la France nouvelle. Je le déroyalisais '.

I. M. Sainte-Beuve a recueilli depuis, à son tour, cet article clans le tome XI" des Causeries du Lundi. 11 en est le couronnement et la lin. — Je rappellerai ici un aulre article de lui (n» du

Les bureaux du Glohe étaient rue Moiisiguy, dans la même maison

^20 septembre 1830), de ce nouveau Glohe, que je ne puis m'empêcher de citer. Ah ! l'on était vraiment patriote eu ce temps-là, plus qu'aujourd'hui, et l'on sentait autrement les outrages politiques! Il me fut impossible un jour d'achever la lecture de ces lignes, et M. Sainte-Beuve, qui m'écoutait, étouffa lui-même ses larmes :

» C'est mardi que doit avoir lieu, en place de Grève, la cérémonie funèbre en l'honneur de Bories et de ses compagnons d'échafaud. Le gouvernement, à ce qu'on assure, est fort effrayé de ces démonstrations publiques, et les journaux du parti rétrograde et stationnaire ne négligent rien pour augmenter ces frayeurs, pour réprimer ces élans de piété patriotique. Que le gouvernement soit un peu fâché de voir se faire sans lui une solennité qu'il aurait dû être le premier à consacrer, c'est une conduite toute simple de sa part, conséquente à celle qu'il a tenue jusqu'ici, et qui n'a pas lieu de nous étonner. Mais que des journaux, qui se piquent d'accepter et de vouloir le régime nouveau, combattent ouvertement, par des raisonnements empruntés à l'ordre léf/al, cette expression publique de pieux souvenirs ; qu'ils viennent nous montrer dans Bories et ses.com-

qu'habitait le groupe saint-simonien.

De là des relations fréquentes. Lors-

pagnons des hommes pleins de courage sans doute, mais contraires aux lois ; qu'ils nous rappellent avec patelinage que ce fut un jury, et non un tribunal révolutionnaire, non une cour prévôtale, qui fit tomber ces têtes; — comme si ce jury n'avait pas été désigné par le préfet, contrôlé par le président du tribunal et présidé par un agent du pouvoir! — que, par une induction odieuse, jésuitique et impie, ils ne voient dans Bories et ses compagnons que des ennemis do cettle Restauration dont MM. de Polignac, de Peyronnet et autres étaient aussi les ennemis à leur manière, et qu'ils assimilent sans pudeur les victimes de 1822 aux traîtres de 1830, il y a là une révélation profonde sur la manière dont un certain parti juge ce qui s'est passé en juillet, et un précieux éclaircissement sur les arrière pensées qu'il nourrit.

» Comme, selon ce parti, l'ordi^e actuel n'est que la continuation de la Restauration sous un autre roi, ceux qui furent à leurs risques et périls contre la Restauration et qui, la jugeant de bonne heure incorrigible et funeste, conspirèrent pour en délivrer la France, ceux-là peuvent bien être tolérés aujourd'hui, et on consent apparemment

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