‹ Souvenirs et memoiresChapitre 10 sur 27 · SUITE ET FIN · texte numérisé non relu

SUITE ET FIN

Mural à l'Empereur

Kœnigsberg, 31 décembre

Je reçois une lettre du duc de Tarente du 30 décembre à Tilsit ; il m'annonce son arrivée sur ce point avec la division Orandjean et une division prussienne. Il est depuis six jours sans nouvelle aucune de la division commandée parle général d'York, qui avait ordre de le suivre à une marche de distance ; je viens de lui ordonner de le rallier & quelque prix que ce soit et de se rapprocher immédiatement auprès de la Prégel ; ce général m'annonce que l'ennemi a inondé tout le pays de cavalerie ; cependant les prisonniers conviennent que c'est le froid qui a vaincu l'armée et que leurs armées sont elles-mêmes dans un état pitoyable et hors d'état de faire une campagne d'hiver. Aussitôt que le maréchal Macdonald sera sur Wehlau je quitterai Kœnigsberg pour aller placer le quartier général dans une position centrale et plus tranquille, afin que les administrations puissent s'occuper, sans être sur le qui-vive, de la réorganisation de l'armée.

Les évacuations continuent à se faire avec la plus grande vivacité, nous avons beaucoup de malades. Votre Majesté à

(1) Voyez SouoerUrs et Mémoires, i VI p. 97.

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fait une bien grande perte par la mort du général Eblé. Je confie provisoirement le commandement de Tartillerie au général Sorbier. La l«f« demi-brigade de dragons du général Cavaignac est arrivée aujourd'hui. Je la placerai sur la route du Kurische Nehrung, point important & garder depuis l'occupation de Memel par l'ennemi

J'adresse 4 Votre Majesté une lettre du général Rapp, qui lui fait voir Tétat de dénûment dans lequel se trouvent les différents services de la place de Dantzig. 300.000 francs ont été mis & la disposition du commandant de l'artillerie de cette place et 60.000 pour le service des hôpitaux. M. l'intendant général doit présenter à Votre Majesté un rapport détaillé à ce sujet. Toutes les autorités prussiennes déclarent qu'elles ne sont plus tenues, aux termes du traité, de rien fournir aux armées de Votre Majesté et demandent qu'on paie comptant le foin, la paille et la viande. Je prie Votre Majesté de nous tirer de cet embarras par une prompte détermination.

Ce n'est que dans quelques jours que je pourrai faire connaître à Votre Majesté ce que les différents corps auraient pu rallier dans les différentes places de la Vistule. Le prince Pamatowski me mande, en réponse à une lettre que je lui avais écrite, pour engager la nation & faire les derniers efforts pour la défense du Grand Duché, que les Polonais sont disposés à faire les derniers sacrifices.

Tous les hommes isolés de la cavalerie s'acheminent vers les dépôts généraux. Les trainards enfin cessent de passer et la terreur panique a disparu. Tout rentre dans son assiette naturelle.

Mural à VEmpereur

Kœnigeberg. 1" janyier 1813

J'étais loin, Sire, quand j'annonçais à Votre Majesté l'arrivée de Macdonald à Tilsit de prévoir l'événement que je viens d'apprendre à l'instant. Pourquoi faut-il qu'une perfidie atroce

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détruise en un moment tout l'espoir que j'avais eu jusqu'à ce moment de couvrir les états prussiens, de conserver votre artillerie de siège déposée & Kœnigsberg et de forcer Tennemi à prendre ses quartiers d*hiver. Sire, le général d'York a trahi la cause commune et s'est éloigné de vos drapeaux, et cette conduite déloyale nous laisse à la merci des ennemis intérieurs et peut-être nous expose & la fureur des partis. Dans cette cruelle position, j'ai jugé qu'il ne me restait d'autre parti & prendre que celui de gagner la Vistule avec tout ce qui reste des divisions Grand jean, Heudelet, Loison et de votre garde, de là, j'agirai suivant les événements et les mouvements de lennemi.

Cependant on approvisonnera Dantzig et je désignerai les troupes destinées à sa défense, ce choix ne sera pas difficile, à peine même restera-t-il assez pour cela ; on évacuera tout ce qu'on pourra, on détruira le reste. Le Prince Major Général vous envoie tous les détails. J'écrirai ce soir à Votre Majesté et je lui ferai connaître les mesures qui auront été définitivement arrêtées. Sire, c'est mal commencer l'année ; puisse votre puissance et votre génie venir & notre secours.

Murât à V Empereur

Elbiog, 4 Janyier 1818.

Ainsi que je l'ai mandé & Votre Majesté, j'ai dû quitter Kœnigsberg et le Major Général a dû lui faire connaître l'ensemble des mesures que j'avais prescrites avant de m'éloigner de cette ville ; néanmoins, j'en adresse copie à Votre Majesté.

J'ai reçu hier à Braunsberg d'autres rapports du maréchal Macdonald avec une lettre du général prussien Massenbach ; le Major Général a dû vous adresser copie de toutes ses pièces. Selon lui, l'empereur Alexandre se trouverait à Wilna avec l'armée de Kutusoflf, et celle de l'amiral serait en marche

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sur Varsovie et Wittgenstein serait devant lui, avec le projet de marcher sur la basse Vistule.

Le maréchal Macdonald a dû avoir une entrevue avec le prince Repin; il me tarde bien d'en connattre le résultat; il avait déjà renvoyé les trois parlementaires qui s'étaient présentés. Selon toute apparence, les Russes n'étaient pas en force & Tilsit, puisqu*au lieu de Tattaquer après la trahison des Prussiens, ils se bornèrent à le sommer d'évacuer la place, en le menaçant en cas de refus de l'en chasser & force ouverte. Il parait que jusqu'à Labiau son arrière-garde n'avait pas été inquiétée.

Il ne restait plus une seule pièce d'artillerie de siège à Kœnigsberg; elle est toute sur la route de Dantzig, mais j'ai trouvé deux pièces abandonnées, les essieux étant cassés ; j'ai ordonné qu'on en envoyât de rechange et j'espère que pour peu que le duc de Tarente ne soit pas forcé d'abandonner trop précipitamment Kœnigsberg, on parviendra à tout évacuer. Il ne sera jamais possible d'évacuer les magasins de vivres, mais votre ministre secrétaire d'état a cru devoir faire un arrangement par lequel la régence prussienne reconnait notre propriété et s'engage à reproduire les mêmes quantités de denrées sur un autre point quelconque de la Prusse. Le môme arrangement a été ce me semble pris ici, mais comme l'approvisionnement de Dantzig est loin d'être au complet, j'ai ordonné qu'on tirât des magasins de réserve d'ici, pour être évacué sur cette place tout ce qu'il serait possible ; le comte Daru rendant à Votre Majesté des comptes directs, je me dispense d'entrer dans de plus grands détails sur les différentes parties de son administration.

Le général Bourcier me rend un compte satisfaisant sur l'achat et la fourniture des chevaux. Le Major Général, qui reçoit tous ces rapports, donne aussi à Votre Majesté tous les renseignements qu'elle peut désirer sur les remontes de cavalerie. Je ne pourrai pas lui rendre compte non plus des différentes mesures qu'elle a prescrites touchant sa garde

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qui doit rentrer en France. Le Major Général recevant directement ses ordres pour tous ces détails. Votre Majesté écrit au Major Général qu'elle est fâchée qu'on ne soit pas resté huit à neuf jours à Wilna. Sire, la fusion de l'armée qui avait commencé à Viasma par le 1«' et 4« corps, qui s'était accrue à Krasnoï et était devenue complète après le passage de la Bérésina, ainsi que cela ne put échapper à Votre Majesté, n'a jamais permis de pouvoir rallier 1000 hommes et le froid des 5, 6 et 7 avait détruit la division Loison.

Enfin votre garde et la mienne firent Tarrière-garde depuis Kovno jusqu'à Kœnigsberg et sa force disponible n'était pas de 1300 hommes. J'aurais cru que Votre Majesté nous aurait rendu assez justice pour croire que si l'on ne s'est pas arrêté c'est que toute espèce de ralliement de l'armée a été impossible, et Votre Majesté apprendra dans sept ou huit jours tout ce qu'on a pu réunir dans les différentes places de la Vistule.

Voici l'époque où je devrais recevoir la réponse de Votre Majesté à la déclaration que je lui ai faite qu'il m'était impossible de rester plus longtemps â l'armée. Sire, il ne me convient d'y rester que quand vous la commandez. Le roi de Naples ne saurait prendre sur lui de la commander qu'avec toute la plénitude de la liberté et de pouvoir si indispensable & tout général d'armée. Sire, je le confesse à Votre Majesté; mes ennemis et des lâches dénonciateurs m'ont rendu trop timide et je serais coupable envers Votre Majesté, si je ne lui réitérais pas formellement la demande de la ferme résolution où je suis, de rentrer & Paris ou à Naples.

Murât à l'Empereur

Blbarg, 4 janvier.

J'adresse à Votre Majesté copie des lettres que j'ai écrites au roi de Prusse et copie de sa réponse à ma première. Je vous adresse aussi copie d'une lettre que je reçois du mare-

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châl Macdonald. Quoique je sois bien loin de partager son opinion sur la place de Dantzig» j'ai pensé qu'il était nécessaire qu'elle en eut connaissance. Sire, il est bien essentiel que Votre Majesté se prononce définitivement sur la ligne que je dois prendre, car si d'un côté Wittgestein marche avec tout son corps d'armée, comme l'annonce le maréchal Macdonald, sur la basse Yistule, et si les armées de Kutusof et de l'Amiral sont également en mouvement contre le Grand Duché, il m'est démontré que je ne suis point en état de tenir la ligne de la Yistule.

Puisqu'aprôs avoir formé la garnison de Dantzig, j'aurai toute la peine du monde à composer un corps de 6000 hommes disponibles, et que deviendrai-je avec cette petite force si les Prussiens venaient & se révolter, comme nous en sommes menacés d'un moment à l'autre? C'est cette idée de ma position qui m'a fait embrasser celle de vous donner copie de la lettre du maréchal Macdonald.

Le Major-Général envoie à Votre Majesté les états de situation des différents corps d'armée; le prince d'Eckmûhl demande que l'approvisionnement de Thom soit fait; il demande qu'on détermine la force de la garnison et la durée de sa défense. On me fait de toutes les places les mêmes demandes; n'ayant le plan d'aucune d'elles, ni aucun rapport des généraux d'artillerie et du génie, je ne puis donner aucune décision à cet égard, et je dois m'en référer au Major- Général, qui doit déjà connaître vos intentions puisqu'un travail général sur toutes les places doit avoir été fait ; ensuite, jusqu'à ce moment, le ne me vois en état que de défendre Dantzig ; je suis fort embarrassé sur la situation du grand quartier général, vu les circonstances de la Prusse et le peu de troupes qui me reste pour le protéger.

Les 17« et 19® régiments de lanciers lithuaniens ayant 1200 chevaux disponibles, j'ai écrit à M. Tintendant-général, pour leur faire donner les fonds dont ces deux corps avaient besoin pour faire compléter leur armement et leur harnache-

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ment. Ces troupes, sur la fidélité desquelles on doit compter, seront avant quatorze jours en état de nous rendre d'utiles services. J'ai fait écrire confidentiellement & tous les commandants de Votre Majesté, dans les places prussiennes, pour leur faire connaître la perfidie du général Yorck et les engager & se tenir sur leurs gardes. Je présume qu'il sera impossible au maréchal Macdonald de se maintenir & Kœnigsberg. Ne serait-il pas compromis, comme il l'observe fort bien, par le moindre mouvement que ferait l'ennemi de Friedland sur Eylau et Elbing; aussi attends-je avec impatience ses premiers rapports.

Votre Majesté croira-t-elle que le général Sokolichki n'a pas encore reçu un seul rapport des nombreux émissaires qu'il dit avoir laissés sur nos derrières depuis Vilna jusqu'à Kœnigsberg?On ne peut rien savoir de positif des Prussiens, et toutes les nouvelles qu'ils débitent sont toujours exagérées, en raison du désir qu'ils ont de nous voir abandonner leur territoire.

Sire, il est bien cruel pour moi de ne pouvoir rien faire dans cette circonstance, pour répondre & la haute confiance de Votre Majesté ; mais ii faudrait pour cela des forces dont je manque absolument, et tout mon dévouement échouera contre de semblables obstacles.

P. S. J'attends avec bien de l'impatience les déterminations de la cour de Berlin. Je suis loin de penser que le roi att pu ordonner l'événement du général d'Yorck.

Murai au roi de Prusse

Kœnigsbarg, 21 décembre 1812.

Monsieur mon frère,

L'Empereur, en partant pour sa capitale, daigna me confier le commandement de la grande armée, et en entrant dans les états de Votre Majesté, mon premier soin est de lui en donner

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avis. Je me félicite d'avoir pris sous mes ordres les troupes de Votre Majesté; je connais leur bravoure et j'aurai bientôt, j'espère, le bonheur de pouvoir lui annoncer de nouveaux succès. Je ne puis me dispenser de profiter de cette circonstance pour donner des éloges à la brillante conduite que ses régiments de cavalerie ont constamment tenue sous mes ordres pendant tout le cours de la campagne où le major Ziethen s'est fait particulièrement distinguer.

Je dois aussi payer un juste tribut de reconnaissance aux sujets de Votre Majesté pour l'accueil véritablement fraternel qu'en ont reçu les troupes de l'Empereur et les troupes alliées. J'en ai rendu compte à mon auguste beau-frère. J'ai aussi à me louer des autorités de Kœnigsberg.

Sire, la guerre entraîne après elle des maux inévitables ; mais je prie Votre Majesté d'être bien convaincue que je les adoucirai dans ses états, autant qu'il sera en mon pouvoir et que je ferai tous mes efforts pour les mettre à couvert de l'invasion de nos ennemis communs. Je serai surtout heureux si je puis persuader Votre Majesté de mes sentiments d'amitié.

Murât au roi de Prusse

Elbing, 4 Janvier

Monsieur mon frère.

Je m'empresse de répondre à la lettre de Votre Majesté et de la remercier des nouveaux témoignages que j'y trouve de son amitié.

Sire, quand pour calmer les inquiétudes de Votre Majesté sur le sort de ses troupes du !()• Corps, dont on était depuis quelques jours sans nouvelles, je m'empressais de lui transmettre par estafette la nouvelle de leur jonction & Tilsit avec celle du 3« Corps, j'étais loin de prévoir que la joie que m'avait fait éprouver un si heureux événement serait d'une si courte durée. En effet, quand je venais d'arrêter le plan

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des opérations qui auraisnt infailliblement mis & couvert les frontières de la Prusse Orientale, je fus informé que le général York avait abandonné la cause commune, et copie de sa lettre qui annonçait cet événement au maréchal Macdonald fut adressée à M. le comte de St-Marsan pour être communiquée au ministre de Votre Majesté.

Sire, je m'abstiens de porter aucun jugement sur la conduite du général York, sur celle du général Massenbach. Je laisse à la loyauté bien connue de Votre Majesté de les apprécier Tun et l'autre à leur juste valeur, et je laisse de même à Votre sagesse à prendre des mesures ultérieures pour faire avorter les projets ennemis, fruit d'un événement aussi extraordinaire qu'inattendu. Je me permettrai seulement de déclarer à Votre Majesté, que je pense qu'il importe à la tranquillité de ses états, qu'une déclaration formelle apprenne & ses sujets qu'elle reste fidèle alliée de l'empereur Napoléon.

Je prie Votre Majesté d'être bien convaincue que tant que je conserverai le commandement de la Grande Armée dans ses états, le ferai observer la discipline la plus sévère et que je protégerai ses sujets contre toute réquisition qui pourrait leur être faite arbitrairement. Je serais heureux si Votre Majesté reconnaît dans cette conduite de ma part, un témoignage irrécusable de l'amitié aussi sincère que constante que je lui aie vouée.

Sur ce...

Frédéric Ouillaume à Murât

Charlotteabonrg, 80 déoembre.

Monsieur mon frère,

Je remercie infiniment Votre Majesté des sentiments d'affection qu'elle veut bien m'exprimer dans sa lettre du 21 du mois courant, que j'ai eu l'honneur de recevoir par son aide de camp ; j'ai été d'autant plus charmé de sa mission.

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qu'il m'a tranquillisé sur l'état de la santé de Votre Majesté, en m'annonçant qu'elle est parfaitement remise de sa contusion.

Le témoignage flatteur que vous rendez. Sire, à la bonne conduite de mes troupes, et en particulier au major Ziethen, me fait éprouver la plus vive satisfaction. Votre Majesté connaît trop bien le métier de la guerre pour ne pas savoir apprécier le véritable courage ; j'espère que les Prussiens qui se trouvent actuellement sous ses ordres continueront de mériter son approbation.

C'est avec une entière confiance, Sire, que je remets en vos mains le sort de mes provinces, qui, peut-être dans ce moment, vont éprouver les malheurs de la guerre.

L'humanité de Votre Majesté saura les adoucir en maintenant une exacte discipline et en protégeant mes sujets contre toutes les réquisitions arbitraires.

Je prie Votre Majesté de croire que personne ne s'intéresse plus à sa gloire et à sa prospérité, et que la noblesse de son caractère m'a toujours inspiré pour elle une amitié aussi sincère que constante. Sur ce, Monsieur mon frère, je prie Dieu qu'il vous aît en sa sainte et digne garde.

Murât à V Empereur

Elblng, 5 janvier.

Sire, j'ai adressé hier soir, à Votre Majesté, copie de la lettre du duc de Tarente, et le prince Major Général vous adresse aujourd'hui copie de celle qu'il reçoit du même maréchal, sous la date d'hier, par laquelle il lui annonce sa résolution d'évacuer Kœnigsberg ce matin, et que, suivant les rapports du pays, l'ennemi a pris de Tapiau la route d'Eylau, ce qui me porte à croire que le iO« corps arrivera ici dans 3 ou 4 jours. Sire, je porterai, vraisemblablement demain, mon quartier général, âMarienbourg, et j'espère avoir appris avant mon départ ce qui aura définitivement eu lieu dans la

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journée d'aujourd'hui, à l'arrière-garde. Néanmoins, j'adresse à votre Majesté, copie des différents ordres que j'ai expédiés, afin qu'elle soit toujours au courant des mesures qui sont prises ici.

Personne ne peut me donner des rapports sur les différentes places de la Vistule. Cependant, il est plus que temps de prendre des mesures sérieuses pour leur défense. Ne connaissant moi-même aucune de ces places, je ne puis prescrire ces mêmes mesures que sur les rapports d'offlcieris du génie et d'artillerie.

Sire, la trahison du général d'York, et l'évacuation de Koenigsberg, qui |en est le résultat, rendent ma situation tout à fait mauvaise, et surtout très embarassante.

Elbing, 5.

p. s. Je reçois à l'instant une lettre de votre ministre à Berlin, qui contient des nouvelles assurances des bonnes dispositions du cabinet de Prusse ; c'est demain que j'attends de connaître la détermination du roi, sur la conduite du général York.

Le Borgne d'Idemlle au dt^c de Bdssano

Elbing 5 janvier.

Je trouve que j'ai été longtemps sans écrire à Votre Excellence. J'en ai été empêché par une indisposition qui m'a retenu huit jours au lit. Je craignais cette vilaine fièvre, qui ne laisse pas le temps de la réflexion à ceux qu'elle atteint, et dont tous ceux revenant de Russie ne sont pas revenus . J'en serai, j'espère, quitte pour la peur.

Ma dernière lettre est de la fin de l'année dernière. Je ne prévoyais pas en l'écrivant que le lendemain on quitterait si brusquement Kœnigsberg. Le roi en est parti le 1" janvier, après midi, pour aller coucher à Brandebourg, où il a passé la journée du 2. Le 3, il est venu à Elbing, Sa Majesté, vou-

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lait aller ce soir à Marienbourg. Il y a eu contre-ordre. Je ne fus pas assez instruit des détails concernant Taffaire du général York pour en parler à Votre Excellence, & qui ils sont peut-être déjà connus. Je ne sais que ce que le roi & bien voulu m'en dire, et dans les renseignements qui lui sont parvenus à ce sujet, il y a quelque contradiction. Les habitants de Kœnigsberg ont été, ou du moins ont paru surpris de la trahison du général. Cette conduite était conséquente» puisqu'ils avaient tant dit, tant répété, que c'était un homme d'honneur qui saurait sacrifier son sentiment personnel à son devoir. Quelques personnes de chez nous ont voulu laisser croire que la cour de Berlin n'était pas ignorante de ce qui allait se faire. Je ne suis pas de l'avis de ces personnes-là, je le combats tout haut. J'aimerais mieux ne pas en parler, mais on a toujours eu au quartier général la mauvaise habitude d'agiter ces matières; jusqu'à la guerre, on se croit tenu de faire de la politique. Je voudrais bien que ce mauvais genre passât de mode.

Le maréchal Mardonald a quitté Kœnigsberg ; nous avons laissé là près de 7000 hommes dans les hôpitaux, quelques généraux, et beaucoup d'officiers dans les maisons particulières. Le général Evers est du nombre des restés,au moment de monter en voiture, il s'est trouvé trop faible pour entreprendre le voyage. Il a écrit au roi.

Les Prussiens du gouvernement disaient,àKœnigsberg,que Votre Excellence avait été très bien reçue de leur roi, qu'elle avait passé plus de deux heures enfermée avec sa Majesté, que pendant votre séjour à Berlin, on avait fait un nouveau traité portant que le prince s'engageait à fournir 30.000 hommes qui formeraient, comme les Autrichiens, un corps séparé. Cela se débitait deux jours avant la défection du général York.

J'ai retrouvé ce matin le général Michel, je l'ai sommé de m'envoyer une lettre, la voici.

LBTTRBS INEDITES aSg

Murât à Napoléon

Marienbourg, 11 janvier 1818, 10 heures du soir.

Votre Majesté aura vu par ma dernière que j'avais réuni tout ce qu'il y avait de disponible dans l'armée, et que j'étais décidé à combattre le corps de Wittgenstein sur les hauteurs d'Elbing. Votre Majesté aura vu, par les copies des différentes lettres du maréchal Macdonald qui lui auront été adressées par le prince Major Général, toutes les difficultés que n'a cessé de présenter ce général ; le mauvais esprit de ses différentes lettres ne lui aura sans doute pas échappé. L'ennemi ne le poursuivit que très faiblement jusqu'à Braunsberg.

Le 9, une nuée de Cosaques déboucha dans les environs d'Elbing, par les routes de Muhlhausen, Preuss-Holland et Christbourg, et interceptaient la route de Marienbourg. Les Gosaqaes furent chassés de Mulhlhausen, repoussés jusqu'à une lieue de Preuss-Holland, et des escortes ont suffi pour communiquer avec Marienbourg; jusqu'au 10, il n'avait point encore paru d'infanterie, et sur le soir de ce même jour, 10, les postes de la division Grandjean furent attaqués en avant de Muhlhausen ; le village de Herendorf fut attaqué, pris et repris trois ou quatre fois ; enfin, il nous resta; je fis moi-même hier une reconnaissance sur Preuss-Holland. Les Cosaques furent trouvés à une lieue de la ville : ils prirent la fuite; cependant, on avait pris deux Cosaques à Muhlhausen et un sur la route de Marienbourg, et j'appris d'eux que le corps de Wittgenstein et de l'amiral les suivaient de très près, Tun par la route de Wormdilt et l'autre par celle de Melsack; qu'ils faisaient partie du corps de Platof et que Platof lui-même était & Preuss-Holland. L'Empereur Alexandre était à Vilna et le maréchal Kutusof sur Bialystock, et que toutes ces armées marchaient sur la basse

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Vistule. Les lettres ci-jointes que j'adresse à Votre Majesté me donnaient à peu près les mômes renseignements, et les habitants du pays les confirmaient ; dans cet état de choses, il n'y a pas eu à balancer ; la partie eut été trop inégale, l'ennemi eut pu entrer à Dantzig avant moi ; j'ai donc dû prendre le parti de quitter ce matin Elbing avec la garde de Votre Majesté et les troupes napolitaines, et le maréchal duc de Tarente a reçu l'ordre de se rapprocher de Dantzig. Il est prouvé aujourd'hui que c'est la seule trahison du général York qui a porté les Russes à passer le Niémen et à se rapprocher de la Vistule ; c'est pour appuyer ce premier pas de la Prusse et c'est dans l'espoir de la détacher absolument de Votre Majesté qu'ils marchent sur la basse Vistule.

Je n'ai point parlé à Votre Majesté de la conduite du roi de Prusse ; elle l'aura appris presque en même temps que moi. Son aide de camp a été accompagné jusqu'aux avant-postes ennemis ; il en a été reçu, je n'en ai plus de nouvelles depuis ce temps-là. Je lui avais donné un ordre formel de donner au général de Kleist l'ordre de rallier son corps et de me rejoindre. J'avais accompagné mon ordre d'une lettre du roi qui m'autorisait à cette démarche. J'adresserai demain à Votre Majesté copie de cette lettre. Me voyant réduit aux forces de la seule garde de Votre Majesté et d'environ 1.000 hommes de troupes napolitaines, et sur le point d'être sans communication avec Dantzig, et ne pouvant tirer aucun secours de la grande armée, j'ai dû prendre le parti de passer la Vistule et de faire évacuer Marienwerder et Marienbourg. Le maréchal Ney va se porter sur Custrin, le Vice-Roi sur Posen et Glogau. Je dirigerai le !«' corps de Thorn sur Stettin ; les Bavarois formeront la garnison de Thorn. Tous ces corps eussent été évidemment compromis et, sans doute, enlevés dans les différentes places de la Vistule, puisqu'ils n'étaient pas assez forts pour se défendre euxmêmes, et que je n'avais aucune force disponible pour les secourir.

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