‹ Souvenirs et memoiresChapitre 14 sur 27 · UNB IMPÉRATRICE ET SON PREMIER ARCHITECTE · texte numérisé non relu

UNB IMPÉRATRICE ET SON PREMIER ARCHITECTE

des achats, écrivit-elle à Grimm (1), ne m'en parlez plus, et surtout d'une certaine espèce. Il y avait fort longtemps que je n'achetais plus pour moi ».

L'Impératrice, obsédée des envois périodiques de Clérisseau, notifia à Grimm qu'elle ne voulait plus avoir affaire à lui. Entre temps, Grimm, harcelé par Clérisseau, lui avait rappelé plusieurs fois que la dette contractée au sujet de la porte-modèle n'avait pas été réglée, et qu'elle grossissait avec chaque nouvel envoi de tableaux. La Tsarine n'était pas insensible à la question d'argent. Dès le moment du décès de son favori Lanskoï, elle se préoccupa d'arrêter les frais. Clérisseau voulait être payé, et l'on conviendra qu'il n'avait pas tort. Il se montra exigeant. Il nous reste à examiner comment la Tsarine fit droit aux revendications de cet artiste récalcitrant.

La correspondance de Grimm avec Catherine publiée il y a quelques années par \d. Société Impériale historique russe est copieuse et touffue. Néanmoins, elle est incomplète, etcertains vides portent sur les derniers temps des relations de la Tsarine avec Clérisseau. Il est permis toutefois de reconstituer les péripéties des difficultés qui éclatèrent entre la souveraine et son architecte, et d'indiquer comment elles furent aplanies.

Dès le mois d'août 1782 (2) Grimm se plaint que la porte de Clérisseau « n'existe encore qu'en herbe », et que le général Baûer, qui en a reçu mission de l'Impératrice, n'ait rien réglé avec l'artiste. « Clérisseau, 'dit-il, a travaillé pendant 4 mois 1/2 sans relâche et presque jour et nuit au modèle de sa porte; il n'a rien reçu de ce travail ». Et Grimm énumère

(1) Lettre du 9 septembre 1784.

(2) Lettre du 21 août 1782.

complaisamment tous les titres de Clérisseau ilamuniflcence impériale. Rappelons-les briôvemeot : De l'avis de tout le monde Clérisseau à livré <x son cabinet à la moitié de sa valeur » ; il Ta fait « afin d'assurer du pain à sa femme » et afin d'être tout & fait digne de la générosité de l'Impératrice. Il n'en a pas été récompensé puisqu'il n'a reçu que la somme convenue, soit 60.000 livres. De plus, il y a « le travail de la porte » pour lequel Clérisseau n'a été que couvert de quelques avances, et aussi des tableaux qui ont fait l'objet de plusieurs envois ; Clérisseau, en effet, n'a été payé que de six tableaux, à raison de 600 francs pièce ; or, l'artiste a passé une année entière à exécuter ces six tableaux, et « ses yeux commencent à lui refuser souvent le service ».

Le « souffre-douleurs » après avoir fait valoir ces divers travaux et chaudement plaidé la cause de l'artiste, demande instamment à la Tsarine de fixer ce qui doit être remis à « maître Clérisseau », et de ne pas oublier la gratification supplémentaire à laquelle il a droit pour avoir livré sa fameuse collection à des prix si modérés.

Grimm, pour ne pas exposer les artistes auxquels il a affaire à des mécomptes, a contracté l'habitude de toujours évaluer à Catherine II ce qu'il est appelé à régler pour elle. II n'y manque pas cette fois. A son avis une somme de 50.000 livres ne serait pas trop élevée pour rémunérer les nombreux et éminents services du premier architecte de l'Impératrice. Catherine a déjà donné 60.000 livres; ne faut-il pas qu'elle achève royalement ce qu'elle a si bien commencé?» Le bienfait de Votre Majesté a assuré du pain à Clérisseau; il s'en est fait un revenu de 3.000 livres par an, et il peut devenir aveugle sans risquer d'aller à l'hôpital. Si Votre Majesté était tentée de faire une fortune de plus, et qu'elle voulut accorder à Clérisseau, pour tous les objets ci-dessus exposés, une somme de 50.000 livres, il aurait une dot et un époux pour sa fille, et le nom de l'Impératrice serait béni à jamais de génération en génération ; la fille serait unie à un homme de mérite, et

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