‹ Souvenirs et memoiresChapitre 18 sur 27 · Machault d'ArnouvUie · texte numérisé non relu

Machault d'ArnouvUie

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quand la Vierge cria de toutes ses forces : « Au guet ! au guet 1 »

On a vu M. le prince de Ligne, prosterné dans le ruisseau, rendre hommage à cette statue, mettre à son côté un bouquet de roses d'un liard et deux petits cierges d'un sou chacun, à Tédiflcation du public.

27 jaillet.

Les barres et les machines électrisées sont devenues si fort à la mode, que chacun veut en avoir une dans sa maison, pour détourner le tonnerre. Coûte que coûte, il en faut: les fermiers généraux ont donné le ton, il est vrai que celles qu'ils ont sont enrichies, mais qui le peut mieux qu'eux? Il en sera bientôt de ces machines, comme il en a été des pantins : nouvelle preuve de la frivolité française; on veut faire revivre l'usage où étaient les Romains, qui, plus solidement, avaient chacun dans leur maison une Fortune : celle des riches étaient d'or et les autres d'ivoire.

L'électricité est devenue la passion des Parisiens, qui gagnera rapidement la province. Les couvents en sont déjà pourvus, même ceux des filles...

23 juillet.

... Le marquis de Campagnol, d'Angers, a été assommé, ces jours-ci, rue Taranne, vis-à-vis la rue du Sépulcre, à neuf heures et demie du soir, de deux coups de masse dont il est mort. On n'a eu que le temps de lui voler son chapeau et son épée. On prend de là l'occasion de présenter des Mémoires, pour qu'il y ait des lanternes, l'été comme Thiver, attendu la profonde obscurité de certaines nuits.

... Dans l'Assemblée du 15, au Parlement, on a dénoncé un refus de sacrement, fait depuis quatre ans, par le curé de Roy Boissy à ses paroissiens, sous un prétexte aussi dangereux que nouveau. Il avait voulu établir la dîme sur les pommes dont il avait été débouté par sentence rendue à Beauvais, le

17 juillet 1751, et il a refusé en conséquence les sacrements et la confession, même en temps pascal, à ses paroissiens, en leur disant: pas de pommes, pas de confession, pas de sacrements.

27 juillet.

La D^i*" Alineau, de Paris, âgée de vingt-quatre ans, qui n'est point jolie, et qui débute dans le tragique aux Français, a une prononciation admirable. Elle marque avoir même bien du talent et elle a joué certains endroits de Phèdre avec bien de la finesse.

... Il y a une grande querelle entre M. l'Archevêque de Paris et M. le Prévôt des Marchands, au sujet d'un certain volume d'eau que ce prélat a demandé à la ville. M. le Prévôt des Marchands, voulant obliger l'Archevêque, a fait assembler le Conseil de Ville, à qui il a exposé la demande. On a fouillé dans tous les registres et on a trouvé que le prélat a la même quantité de lignes d'eau accordées de tous temps aux archevêques de Paris. Cependant, pour satisfaire M. l'Archevêque, il a été pris une délibération pour lui accorder encore quelques lignes d'eau, en sorte qu'il en a près d'un pouce, ce qui n'est accordé qu'à Messieurs les Princes du Sang.

L'extrait de cette délibération a été porté à M. l'Archevêque par un secrétaire de la ville. Le prélat est entré en fureur, il a déchiré cet extrait et l'a jeté au nez du porteur en disant : « Voilà donc les pouces de la ville. »

Sur le rapport qui en a été fait, M. le Prévôt des Marchands a tout aussitôt assemblé le Conseil de la Ville, à qui il a fait part de l'insulte faite à la ville par l'Archevêque de Paris.

Il a été résolu d'annuler la délibération, de la biffer et de la rayer, et M. le Prévôt des Marchands a été porter ses plaintes au Roi de Tinjurieux procédé de M. l'Archevêque de

4o6 SOUVENIRS lET MEMOIRES

Paris, qui a la manie, dit-il, que la ville lui donne i sa fantaisie de» pouces sans nombre.

8 août.

Il n'y a dans Paris, qu'un exemplaire de la belle réponse à la Critique de VEspril des Loi,% faite par Tabbé de la Porte. On la dit de M. le Président de Montesquieu ; et ce qui confirme à le croire, c'est qu'elle a été imprimée à Bordeaux, où ce président a été quelque temps en dernier lieu.

6 août.

... Voici ce qui s'est passé à Montpellier, au sujet du Ministre Fléchier.

Etant arrêté, il fit en prison son abjuration, jugement qui le condamne à être pendu suivant la rigueur des Edits, pour avoir fait le prédicant. Deux femmes, la mère et la fille qui sont de Marsillargues,qui étaient avec lui, condamnées àêtre rasées et renfermées dans la tour de Constance, près Aigues- Mortes, leurs biens confisqués, le tiers réservé pour la subsistance de la fille.

JiB jour de l'exécution arrivé, M. l'Intendant se transporta à la prison et interpella Fléchier de déclarer s'il n'avait rien à. révéler contre l'Etat. Il lui répondit que non et qu'il mourait résigné à la volonté de Dieu, dans les sentiments de la religion catholique, apostolique et romaine. Pour lors, l'intendant déploya sa grâce, que le Roi lui accorde.

On espère que, comme Fléchier a beaucoup d'esprit, il ramènera au giron de l'église bien des brebis égarées, et qu'il commencera par la conversion des deux femmes en question.

Il s'était rendu à Montpellier plus de vingt mille religionnaires, et l'on y avait fait venir deux régiments.

... La Serva Padrona a été bien reçue, mais cela ne se soutiendra pas, parce que peu de gens la goûtent.

10 août.

Vers sur les quatre figures de plâtre du couvent de Mont-

martre, représentant les fondateurs, faits par une jeune pensionnaire de quatre-vingt-un ans.

Ces béats de sombre figure Forment un déplaisant objet.

Ils ont opprimé la nature ; On ne les voit là qu'à regret.

Pour avoir vécu sur la terre Exempts de sensibilité.

On les a fait tailler de pierre Symbole de leur dureté.

.... M™« de Lus! gnan, religieuse, est parvenue à faire annuler ses vœux après trente ans de religion.

... Le bref dont on a parlé est faux. C'est ainsi que M. le Nonce Tafârme, et il ajoute même que le Roi, ayant déclaré par son dernier arrêt la Bulle Unigenitus loi de TEglise et de l'Etat, l'afifaire de Rome est faite, et elle n'entre point dans tout ce qui se fait. On dit encore qu'il disait: « M. Tarchevèque de Paris a fait faire oune fouriouse recoulade à la boulle ».

14 août.

M. Guérin de Montpellier, auteur du lit mécanique à l'usage des malades, a inventé une nouvelle machine pour administrer toutes sortes de bains médicinaux. Il a demandé à la Faculté de Médecine et à l'Académie royale de chirurgie de nommer des commissaires, etc.. Ils ont jugé que la machine est très ingénieusement inventée pour administrer commodément et efficacement aux malades, selon les vues des médecins et des chirurgiens, et sur leur direction, toutes sortes de bains médicinaux, tels que les bains entiers, les deux bains, les bains de vapeur, les étuves, les douches d'eaux minérales, soit naturelles, soit artificielles et les fumigations de toute espèce. En conséquence il a été délivré au S»" Guérin, une attestation authentique.

4oB SOUVENIRS ET MÉMOIRES

L'académie des sciences a donné un avis très distingué sur cette ingénieuse machine; et le Roi, voulant marquer audit S' Guérin sa satisfaction, lui a accordé jun privilège exclusif avec des lettres patentes.

Ledit S' Guérin a fait son établissement rue des Jeûneurs, quartier Montmartre, vis-à-vis la rue St-Fiacre. Les gens les plus distingués vont profiter de cette ingénieuse découverte.

Avis AU Public

De la part de M. d'Argental, premier et principal ministre du Temple du Goût, fondé par son Excellence M. de Voltaire, on fait savoir à tous ceux qui voudront entrer dans les recrues que l'on fait sous le commandement de M. de Choiseul, pour soutenir Amélie, ci-devant Adélaïde et dans son origine Artaxare de M. de la Serre, ils pourront s'adresser à M. le marquis de Thibouville qui leur donnera jusques à huit billets, pourvu qu'ils soient haut de taille et qu'ils ne craignent pas le feu. On aura besoin d'un aumônier,^ si M. l'abbé deChauvelin se démet, même d'un trompette, si le rhume de M. le marquis de Chimône (Ximénés) continue.

17 août.

.... M"* de Soubise, âgée de onze à douze ans, admirait les œuvres de M. de Voltaire ; elle en savait même une bonne partie. M. de Voltaire, en étant informé, a fait les quatre vers:

Ses bontés font ma gloire et causent mon regret. Elle daigne à mes vers accorder son suffrage. Si j'étais né plus tard, elle en serait Tobjet; Je réussirais davantage.

20 août.

Un abbé italien faisait l'autre jour l'éloge des langes bénits que M. de Branciforte a apportés à M. le duc de Bourgogne,

assurant que le prince jouirait d'une santé parfaite et de toutes sortesdebonheurs.UnAnglaisluiréponditd'un ton sérieux: « Oui, Monsieur, il y ch.... ». L'Italien, en colère, l'appelle damné, hérétiqueet profanateur des choses saintes. L'Anglais, sans s'émouvoir, lui répliqua: «Il faut qu'il ych...etil ch....» Pour lors, Tabbé, écumant de rage, sortit brusquement, disant qu'il en allait porter la plainte à M. le Nonce et qu'il aurait de gros dommages contre cet infernal personnage.

... M. Paris de Montmartel vient d'acheter cinq cent mille livres le superbe hôtel de Mazarin, rue Neuve des Petits Champs.

... II va paraître des mémoires plaisants sur l'affaire de la D"* Dangeville avec une brasseuse de bière, qui a plus de cinq cent mille livres de bien. Le carrosse de l'actrice avait renversé la voiture de la citadine. Sur la plainte qui en fut portée, et faute parle cocherde l'actrice d'avoirarrêté suivant Tordre que le guet lui en avait donné, il a été décrété de prise de corps. Si la Dangeville eût fait la moindre politesse à cette femme, tout serait fini, elle l'aau contraire extrêmement méprisée.

Il paraît une estampe qui représente la Dangeville dans l'habillement le plus galant. On voit sortir d'un buisson M. de Choiseul tout nu, tenant à la main une bourse d'un gros volume. On lit dans les yeux de l'actrice le vif désir qu'opère en elle cette bourse, et dans un coin M. d'Argental, une main derrière le dos, qui, montrant la Dangeville, dit : « Oh ! la dénicheuse de merles ».

Le poète Piron passait dansla rue des Bons Enfants. Voyant la maison du maréchal-ferrant, où loge le célèbre abbé Le Blanc : « La Minerve de M. de Vandières, dit-il, a bien fait de se loger chez son cordonnier ».

On ne saurait pardonner à M. de Massonnes, ambassadeur d'Espagne, de s'être rendu à Versailles, d'y avoir mis pied à terre et d'avoir parcouru d'un pas curieux les appartements, pour s'enquérir de l'état de M. le Dauphin, sans avoir préala-

4lO SOUVKNIRS ST MÉMOIRES

blement présenté ses lettres de créance, ou du moins vu, ou écrit au ministre des affaires étrangères: rien n'est plus inconséquent.

... Enfin, on a donné aux Français le Duc de Foix, M. Berryer dit aux comédiens qu'il les ferait mettre dans un cul de basse-fosse, s'ils s'avisaient à l'avenir d'afficher des pièces sans être revêtues de sa permission .

26 août.

.... On a entendu dire au Roi dans ces moments critiques : € Je ressentis en père la perte de ma fille ; et je ressens, en Roi et en père, l'état où est M. le Dauphin.. ».

... L'affaire de la D"* Dan ge ville vient de finir par accommodement, elle a payé les pots cassés et a fait politesse à la brasseuse de bière.

.... Le premier acte (du duc de Foix) est faible et louche ; il n'y a qu'une bonne scène dans le second ;. le troisième chaud; la dernière scène du cinquième acte est longue, mais elle est belle. Le dénouement est pris dans Siroés de Métastase; il y a de beaux vers, mais il y en a aussi qui sont pris partout.

81 août.

... La place de lecteur du roi de Prusse, vacante par la mort du matérialiste La Mettrie, a été muguetée par bien des gens du même sentiment. M. de Voltaire, qui a le tact bon sur cette matière, a requis le roi de Prusse en faveur de l'abbé de Prades, comme le plus digne de la remplir, ayant fait suffisamment ses preuves. Ce prince a applaudi avec joie à cette proposition ; et, en conséquence, il a été envoyé quinze cents livres à l'abbé dePrades pour se rendre en toute diligence à Berlin, jonché de Tabbé Yvon, son PoUux, pour qui cette cour, ingénieuse à placer avantageusement les gens à talents et également entichée, ne laissera pas dans l'oubli un homme aussi estimable. Evénement ne fut jamais plus susceptible d'une bonne et solide épigramme que celui-ci.

NOUy»l.BS A L4 MAIN 4ll

.... M. de Maupertuis est dangereusement malade: c'est li là de quoi assouvir Tavide cupidité de M. de M. Voltaire.

8 septembre.

... On dit ici que M. Dupleix a été battu par le prince indien qu'il a chassé de ses états et à qui le Grand Mogol a envoyé de puissants secours, qu'il a été obligé de se rembarquer précipitamment et de faire voile en toute diligence sur Pondichéry, après avoir revêtu son vaisseau de balles de laines et de cotons, pour se mettre à l'abri du canon.

Une nouvelle aussi importante aurait percé de toutes parts, si elle avait eu quelque fondement, et des nations, trop interressées à la faire valoir, n'auraient pas gardé le silence.

... Quoique l'illumination de M. de Kaunitz fût belle et bien ordonnée, et que la ville ait fait distribuer au peuple une grande quantité de bernages (qui sont des diqdons) et des cervelas, l'illumination de M. Bertin était au-dessus : c'était une vraie décoration qui semblait représenter la mère Hus qui accouple sa fille avec M. Bertin.

7 septembre.

Epigramme sur Voltaire

Adélaïde Dugesclin

Renaît sous le nom à* Amélie,

Voltaire a cru par son génie

Et par les charmes de Gaussin

Qu'elle paraîtrait rajeunie.

Il s'est trompé ; car, c'est en vain

Que, dans un compliment, Lekain

L'annonce comme plus jolie,

C'est une vieille récrépie

Par les ornements de Berlin,

Qui vient mourir dans sa patrie.

... Pourra-t-on imaginer qu'un jour de Saint-Louis, l'Académie Française n'a pas eu un seul de ses membres qui ait

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fait le plus petit vers sur la convalescence de M. le Dauphin, ce qui est aussi honteux qu'impardonnable.

... L'abbé de Rességuier, frère du chevalier de Malte, qui est encore à Pierre-en-Cise, pour avoir fait des vers injurieux contre M"« la marquise de Pompadour, est venu ici pour solliciter, auprès de cette dame, la grâce et la liberté de son frère. Cette dame, connue par tant de traits éclatants de la plus noble générosité, a demandé et obtenu que le versificateur irait à Malte par une lettre du Ministre.

10 septembre.

... L'abbé de la Porte, cet aristarque lourd et pesant, a voulu badiner, dans une de ses feuilles, M. de la Condamine. Il lui a dit vrai, mais il est des temps où les vérités ne sont pas de saison. Il lui a fait sentir son ridicule, en lui disant que peu nous importe qu'il ait fait chaud ou froid une telle nuit, et qu'il devait s'attacher à rendre compte des observations dont il était chargé. Ces vérités ont déplu. La Condamine en a porté sa plainte à M. de Malesherbes, qui a, sur le champ, supprimé les feuilles de cet aristarque. Aussi bien Duchesne refusait-il de les imprimer, et, s'il a continué, c'a été à la faveur de Taristarque Fréron.

13 septembre.

Arracher le Dauphin des horreurs du tombeau, Grand Dieu, c'est de nos jours rallumer le flambeau ; Sauve de tout danger sa santé raffermie, Ecarte loin de lui tout déplaisir mortel. Tout ennui, tout chagrin, toute fièvre ennemie Et... tous les vers de Marmontel.

... On s'est trompé, quand on a dit que Taffaire de la D"* Dangeville avec la brasseuse de bière, était terminée par accommodement.EUe vient d'êtrejugée au Parlement ; la Dangeville condamnée en cent six francs, pour tous dommages et réparations, et à tous les dépens, qui passent douze cents francs.

17 septembre.

... Les évêques proposèrent à M. le cardinal de Tencin de faire cause commune avec eux, et de signer la lettre du Roi. Il leur répondit : « Il est vrai que, dans un temps, j'ai fait de la Constitution ma maîtresse, et que je la caressais ; mais à présent je suis tranquille, j'en ai fait ma femme.

21 septembre.

... On a mis à Bicêtre le colporteur qui eut l'impudence de présenter à M. le Dauphin des arrêts du Parlement.

... Il n'a tenu à rien que M. le maréchal de Richelieu n'ait réuni M. et M"« de la Poupelinière. Il avait engagé M. le Garde des Sceaux de mander le mari ; pendant qu'il serait dans le cabinet, sa femme devait paraître et le Ministre prononcer l'acte de réunion. La Poupelinière ignorait ce qu'on lui préparait, quand, s'étant rendu aux ordres qu'il avait reçus, il demande au valet de chambre qui était avec le Ministre. Celui-ci, n'étant pas dans le secret, répondit tout bonnement qu'il n'y avait que sa femme. La Poupelinière vira de bord comme un trait, et retourna chez lui. Ainsi manqua ce subtil stratagème. Il rappela à son esprit la cheminée mécanique et s'abandonna aux plus tristes réflexions, d'où le tirèrent heureusement Marmontel, Rameau, et toute la frivolité de sa cour.

... Le directeur de la Monnaie de Rouen vient de faire banqueroute.

24 septembre.

... M. le Dauphin avait demandé au Roi la grâce du premier criminel que l'on condamnerait à mort. La chambre des vacations ayant jugé un voleur domestique à être pendu, il a été sursis à l'exécution, par l'ordre de M. le Chancelier.

21 septembre.

... Ceux qui mettent du venin partout ont regardé l'aigle placé sur le premier carrosse de l'entrée de M. le comte de

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Kaunitz, portant à son bec une branche d'olivier, comme un attentat injurieux à la France, faisant entendre par là que la Maison d'Autriche a donné la paix & toute TEurope. Ils ajoutent que, sous Louis XIV, une pareille entreprise aurait été réprimée, et ils accusent le gouvernement d'une trop grande indifférence. Il faut laisser croasser : ils insultent A la sagesse de Louis le Grand. Quoique ce prince fût jaloux de son autorité, il glissait sur bien des choses; et, pour les contenter, on peut leur dire que la France a mis la branche d'olivier au bec de l'aigle.

... On ne saurait exprimer les grandes richesses des deux principaux officiers de l'Empereur Ottoman qui ont payé de leur tête. La femme d'un des premiers voyait souvent M°»« des AUeurs : elle y allait suivie de cent esclaves et accompagnée de plusieurs femmes jolies, â elle appartenant. Elle portait sur elle plus de quinze cent mille livres de pierreries. Son sort a bien changé. Elle a été mise â la porte toute nue, après avoir été dépouillée de ses superbes habits, et on la voit courir les rues de Constantinople couverte de haillons.

... Les diseurs de contes prétendent que la fermentation qui règne à la Porte provient de la haine des Sultanes pour la Sultane favorite. On disait que, M. le maréchal deLowendhal étant avec M. le comte d'Argenson, le ministre lui demanda des nouvelles de Turquie. Il lui dit n'en avoir pas. M. le comte d'Argenson lui dit que les Sultanes, pour se venger de la Sultane favorite, avaient excité les janissaires à demander sa tête, et que le Grand Seigneur, se voyant prêt à être déposé, lui avait fait trancher la tête. Le maréchal, tombant évanoui sur un fauteuil, s'écria :

— Ah ! monsieur, c'était ma fille I

!•' octobre.

... M. l'abbé de Bernis est absolument parti pour son ambassade de Venise, laissant dans le deuil une aimable et respectable dame. M*"* Doublet n'en est pas moins attristée.

NOUVELLBS A LA MAIN 4^^

Son Excellence a reçu avec ses grâces ordinaires Tépitre du chevalier de Laurès sans en approuver les expressions.

15 octobre.

... Voici une aventure arrivée à M»»» de Coventry. Sa beauté avait obligé M"« Pitt de retourner à Londres pour n'en être pas effacée. On prétend que le Roi avait désiré voir M"^« de Coventry. M^^ la marquise de Pompadour devait la présenter. Jour pris, le milord, son époux, crut apercevoir qu'elle avait mis du rouge. Elle s'en défendit, il prit une serviette et en frotta tout le visage de sa femme, qu'il parut sur le linge une très légère nuance de rouge. Le milord, outré de colère, lui donna deux soufflets et la fit partir tout de suite pour Londres. C'est ainsi qu'on l'écrit de Londres â M. de Guiche.

M. de Villemur, fermier général, a voulu croiser M. de Briosne dans l'achat qu'il faisait pour le Roi de certains chevaux danois. On dit que le Roi a été indigné et que M. le Garde des Sceaux a mandé en conséquence le financier et le traita avec toute la dureté qu^il sait employer si souvent avec les gens des finances. M. de Villemur fut si pénétré de sa faute qu'il a supprimé une partie de ses équipages, et qu'il se propose désormais de vivre en citoyen sage et non orgueilleux.

19 octobre.

... M. Danguy, fermier général, prend soin de la D"«Beauménard, de la Comédie-Française. Etant informé que M. de Villepinte couchait avec elle toutes les fois qu'il s'absentait, il feignit d'aller è la campagne. Villepinte arrive ; on soupe, on se couche. Danguy arrive ; il veut faire le mauvais. Villepinte se cache dans la ruelle du lit. Beauménard se lève en fureur, prend Villepinte aux cheveux, disant qu'il s'est caché sous son lit pour lui jouer ce tour-là. Danguy, plus que satisfait, lui renouvelle toute sa tendresse.

4x6 SOUVENIRS ET MÉMOIRES

... La D"« Hus, maîtresse de M. Berlin, vient d'accoucher d'un gros et gras garçon, bien casuel.

96 octobre.

... On a fait à Saint-Ouen, chez M. le duc de Gesvres, l'expérience d'un feu d'artifice. La décoration représentait un château bâti sur des arcades. On n'a mis le feu qu'une fois. L'artifice a suivi sans interruption : quand une partie finissait, l'autre recommençait.

Parmi la noble et brillante compagnie qui a assisté à cette fête, s'est trouvée la dame Pârisj parée comme un temple. On lui a fait bien des questions sur le changement de son état. Elle y a répondu avec esprit. On remarqua qu'elle considérait attentivement W^^ de Soubise. On lui demanda comme elle la trouvait. Elle répondit :

— Peste I si je trouvais pareille marchandise, vite je lèverais boutique.

... M. le duc de Chaulnes dit & M. l'évêque de Rennes qu'il irait le lendemain matin visiter les couvents de filles de la ville de Rennes. Le prélat lui répondit qu'il le lui permettait. Le duc se crut offensé d'une pareille réponse, et lui dit qu'étant commandant pour le Roi et représ^tant la personne du Roi, il avait droit d'entrer partout. Le prélat lui répliqua qu'il ne se flattât point, qu'il trouverait les portes fermées. Le duc, persistant dans son dessein,- se présenta à la porte des couvents de Rennes. On lui répondit que, sans une permission expresse de M. l'évêque, on ne pouvait lui en permettre l'entrée. Plainte à la Cour de part et d'autre. Décision en faveur du prélat, ce qui a vivement mortifié le duc et C»«... M. le duc de Chaulnes est seul chez lai. Il a pour conseil M. le marquis d'Hérouville, lieutenant général des armées du Roi et le bon ami de la duchesse, sa femme.

2 novembre.

... Epigramme sur M. d'Aube: par sa mort son oncle,

NOUVELLES A LA MAIN 4l7

M. de Fontenelle, jouit de vingt-cinq mille livres de rente.

— Qui frappe là? dit Lucifer.

— Ouvrez, c'est d'Aube... on ouvre et tout l'enfer Fuit à sa vue et l'abandonne.

— Oh! Oh ! dit-il, dans ce pays, On me reçoit comme à Paris.

Quand j'allais voir quelqu'un, je ne trouvais personne.

M. Rousseau de Genève, connu par Touvrage qui a remporté le prix d'éloquence à Tacadémie de Dijon, dans lequel l'esprit a triomphé du vrai, a donné à Fontainebleau un petit opéra qui a pour titre le Devin de village. Il en a fait les paroles et la musique. On en a été si content que le Roi a voulu •le voir. Le philosophe a refusé disant: «On rira de ma figure, on me donnera peut-être une pension, que Ton ne me paiera pas. Au surplus je n'aime pas à faire ma cour ».

L'emprunt que le Roi vient de faire ne prouve que trop le besoin d'argent, puisque Sa Majesté paie près de six et demi pour cent. Il est vrai que la ville se libère de six cent vingt mille livres de rente au principal de vingt-deux millions cinq cent mille francs, et le particulier y trouve un intérêt sensible.

... M. le Président de Novion a mandé M. Berryer, par ordre de la Chambre des vacations, à qui il a demandé la cause qui produit la cherté du blé et du pain, lui disant que le Parlement se propose, à la rentrée, pour éviter les émotions qui pourraient s'ensuivre, d'envoj'^er des commissaires dans le ressort, pour découvrir les auteurs de ces monopoles, et, en attendant, que la Chambre se chargeait de se retirer par devers le Roi pour supplier Sa Majesté de faire goûter à ses peuples le fruit de l'abondante récolte qu'il a plu à Dieu de leur donner cette année. Ce trait rend le Parlement l'idole du peuple.

5 novembre.

Les différentes et infructueuses démarches qu'a faites

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M"« d'Anizy, femme du conseiller au Parlement, qui est fils du piésident Dubois, pour être séparée de son mari, sont trop connues pour laisser ignorer une anecdote curieuse.

11 y quelques jours que M"'« d'Anizy sortit du couvent à dix heures et demie du soir et fut chez son mari qui soupait en tête à têle avec sa niaîirebse, laquelle décampa comme un trait. M. d'Anizy fit mettre un poulet et des draps blancs pour cette visite. Dans les trois jours qu'elle a resté dans cette maison, le mari lui a écrit la lettre ci-jointe; elle y a répondu.

« A en juger par la façon dont \ous êtes revenue chez moi, j'ai lieu de présumer que c'est le besoin d'argent qui vous a engagée à faire cette démarche. Comme mon intention est de vous mettre fort à votre aise â cet égard, je renonce aux arrérages de votre dot, jusques à ce que mon père Tait" remboursée, ce qui ne sera pas long, ou, pour parler plus clairement, vous pouvez, si vous le jugez à propos, former votre demande en séparation de biens, et la présente lettre vous servira de consentement de ma part, mais, en attendant que cet arrangement ait lieu, je crois inutile que nous habitions la même maison. Comme vous n'avez pas de carrosse, vous pouvez, pour aujourd'hui, vous servir du mien, pour vous faire mener chez Madame votre mère. Mais je vous prie. Madame, de me faire savoir vos intentions pour que je m'arrange en conséquence. Je vous propose d'autant plus volontiers cet arrangement, que je me flatte que votre bonne conduite répondra à mon excès de complaisance».

Réponse

« Je n'exige rien, Monsieur, de votre complaisance, j'ai toujours désiré de n'avoir recours qu'à votre équité; je reçois avec plaisir les marques que vous m'en donnez. C'est un sentiment qu'il est doux de trouver,lorsmème qu'on est en droit de l'attendre. J accepte toutes les conditions que vous m'offrez et je mets à l'instant en exécution celle que vous exigez; je

NOtJVELLEd A LA MAIN 4^9

vais aller chez ma mère lui demander asile et porterai partout les sentiments que mon devoir me dicte ».

9 novembre.

Sur les honneurs du Louvre accordés à M™* de Pompadour.

Un enfant, c'était un Amour,

Ingénieux et novice à la cour,

(On en voit peu de celle espèce)

Apercevant dans ce séjour

Le labouret de Pompadour :

— Ah l dit-il, maman est duchesse !

.... M. Tévêque de Condom avait écrit à M. Tévéque de Mirepoix, pour le prier de faire trouver bon au Roi qu'il vînt à Paris, pour faire des remèdes. Le saint prélat lui répondit qu'un évêque doit rester et mourir dans son diocèse. M. de Condom en écrivit à M. le maréchal de Noailles, son parent, qui en parla au Roi; et Sa Majesté lui dit que le prélat pouvait aller où bon lui semble pour sa santé. Arrivé à Paris, M. de Mirepoix lui a marqué sa surprise, dont M. Tévêque de Condom a ri.

... L'on est si fort dans le goût des nouveautés, que Ton assure que la ville de Paris va faire une loterie de vingt millions pour bâtir un Hùtel de Ville, une salle d'Opéra, une place pour le Roi et un pont aux Invalides. On dit même que l'arrêt du conseil paraîtra au retour de Fontainebleau, étant une suite du travail qui y a été fait.

Paul d'Estrée.

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