‹ Souvenirs et memoiresChapitre 21 sur 27 · LES VICISSITUDES DE L'ORDRE DE MALTE · texte numérisé non relu

LES VICISSITUDES DE L'ORDRE DE MALTE

au commencement du XIX« siècle

(y\ ordre Tampiix était Irop nièlé aux agitations de Thistoire |miir n'on pas nîS!s*"nlir k^s contre-coups. On va voir ci-dessous en iMnil et* qu*ïl9 furent. Lepxand niaitre Emmanuel de Rohan, qui raVHÎi Kouvrrné pondant plus de. vingt années, de 1775 à 1797, s tHnîl tiionlrt' mis*^i fi'rnie qia^ prudent à Tégard de la Révolution fnmynise pX rï(*s idt^i^s qu*tdle répandait à travers le monde. On assurr qnr. niniiranL, il s'éeria: * Je suis le dernier grand-maître li^m ordre ilhistn' t4 iiutépendant î ». Ces paroles furent prophétiqunft ot on iipprt^ndra les* vicissitudes de Tordre depuis la nonjinalioîi du eornle Ferdinand de Hompesch, en lisant celte lettre qiitî le tvimniaiideur de Sinnl-Laurent adresse au chevalier Artaud dçMoiilor piMir l'en ïn^^tnnni,

Ptéci» de VHtai den affaires de Cordre de Saint-Jean depuis la mort du Grand Maître Rohan

J'étais clmrgô des affairées de Tordre auprès du Saint-Siège à la mort de ce grand maître. Des circonstances impérieuses avaif^nt forc*"^ Mnnseigiieur le Bailli Hœffelin à s'éloigner de Munich, comme Grand Croix de Tordre, il se retira à Malte. Il était de la nouvelle laîigue Anglo-Bavaroise qui s'était formée depuis deux aimées.

A la mort du Grand Maître Flohan, cette langue, quoique la dernière pnr ^n n'rcente érection, joua le rôle principal. Par les consititutinns de Tordre, chaque langue fournit trois voix, pour Télection du Grand Maître ; plus les chevaliers

LES VICISSITVDES DE l.'ORDRE DE MALTE 555

sont en nombre, plus il en faut pour composer une voix ; et vice versa. Les Bavarois capax à donner leur voix, étaient seulement trois, et trois étaient les voix que devait fournir cjette langue ; ainsi à elle seule, elle avait la même prôpon: dérance que la langue de Provence, la première pour la préséance, et la plus nombreuse en nombre après celle d'Italie.

Le Bailli Hœffelin conduisit sa cabale en faveur du Bailli de Hompesch que son élection était déjà arrêtée avant que le Grand Maître Rohan n'eut expiré. Rien ne fut plus tumultueux que cette exaltation. Les Baillis les plus respectables, eux seuls, pour l'ordinaire, étaient élus chefs des voix, ils se trouvèrent presque tous exclus.

Le premier soin do ceux qui avaient promu l'élection, fut d'éloigner des places importantes les personnes les plus attachées aux intérêts de l'ordre.

Le secrétaire des commandements pour les affaires d'Italie, place très importante, était M. le Bailli Miari qui l'exerçait, depuis un grand nombre d'années, avec applaudissement: celle de France était occupée par le vieux Commandeur Royer, mais dans le fond exercée parle sieur Doublet; qui, â l'expulsion de l'ordre, eut une des meilleures places, qui lui fut donnée par les tricolors en récompense de ses anciens services; et après la prise de Malte par les Anglais, passa en France d'où il fut envoyé â Rome, un des administrateurs des Domaines Impériaux, et au retour du Saint Père, il a continué sa permanence comme agent de M. le Bailli Hœffelin, alors â Naples.

La secrétairerie de France à Malte guidée par ce même Doublet sous le Orand Maître Hompesch, voulant s'emparer delà totalité des affaires probablement pour être plus utile â ses commettants, me flt parvenir une dépêche du Grand Maître par laquelle il m'était ordonné de ne rendre compte des affaires de l'ordre qu'à la seule secrétairerie de France. Surpris d'un ordre si hors des règles, j'i^crivis au Grand

ftlaître par la secrétairerie d'Italie, et j'en eus Tordre en réponse de suivre le style ordinaire. Ce fut pour lors que la cabale, voyant ma contenance, chercha tous les moyens par des désagréments de forcer M. le Bailli Miari à quitter sa^ place. M, le Bailli Hœffelin vint s'établira Rome, et s'empara de fait de la correspondance ministérielle; il ne fut poin-t admis ici par le gouvernement qui ne reconnaissait que moi seul ; pour me tirer d'embarras, j'offris ma démission au (îrand Maître qui me répondit que je devais continuer parce que la mission de M. le Bailli Hœffelin, n'avait rien de commuiiavec la mienne. En même temps, M. le Bailli Miari au nom de tous les bons religieux m'engageait à ne point quitter, comme ils rengageaient lui-même à ne pas céder le sien, persuadés que tôt ou tard le (îrand Maître seraitéclairé ; que les deux personnes, que la cabale voulait débusquer pour avoir les coudées libres, c'étaient, lui à Malte, moi à Rome.

Sur ces entrefaites, j'eus le bonheur d'avoir connaissance de la Conjuration qui se tramait au Palais Corsini pour s'emparer de Malte et en chasser l'ordre. Le 6 novembre 1797 vinl chez moi le Baron d'Epiro, Maltais, me dévoiler le complot où il était entré malgré lui, maîtrisé par le chevalier Sauli, qui s'était rendu le maître chez lui. Par le moyen d'un chiffre, j*en rendis compte au Bailli Miari pour le raffermira son poste afin qu'il mit le tout sous les yeux du Grand Maître.

Les tncolors ayant occupé Rome en février 1798, proclamé la République et exporté le Pape à Sienne, je reçus Tinvitation de m'éloigner de Rome dans les 24 heures, pour n'avoir pas voulu reconnaître la République romaine au nom de Tordre que les commissaires dépouillaient de toutes parts. Après avoir mis la recette de l'ordre que j'administrais en sûreté, je partis pour Florence d'où je ne cessai d'ins-" truire sur la conjuration ; soins superflus. L'indécision du grand-maître Hompesch, et la fatalité de l'Europe furent cause que Malte fut envahie au grand étonnement de tous.

LES VICISSITUDES DE l'oRDRE DE MALTE 557

Une poignée de traîtres fut suffisante pour rendre inutile le zèle de tant de braves chevaliers tous dévoués à la bonne cause, d'une nombreuse population toute bien disposée.

Quoique depuis la fatale dispersion, j'eusse abandonné les affaires en m'éloignant de toute société et que je vécusse très retiré le plus souvent à la campagne, je me vis arrêté par un de mes confrères muni d'un ordre du général Mioli? ; traduit au château Saint-Ange, et malgré les réclamations réitérées du Pape, dont on foulait les droits les plus sacrés, après 33 jours au secret, je me vis traduire devant une commission militaire; il me reste à savoir quels furent mes griefs; après avoir vu Tinutilité des tentatives faites pour me séduire, ne voulant embrasser un parti que je détestais, je me vis escorté à Fenestrelle, où j'ai passé quatre ans; de là conduit dans une maison de santé à Paris, sans que le gouvernement tjTannique me fournit aucun secours, je ne vis la fin de mon esclavage personnel, qu'à l'heureuse entrée des souverains coalisés à Paris.

J'ai cru ce détail nécessaire pour prouver que je suis au courant des affaires de Tordre.

Sorti de ma prison, j'engageai M. le Prince Camille de Rohan et quelques Chevaliers profés que je vis à Pari§ à se réunir, et faire une visite de corps aux souverains alliés qui étaient à Paris; et se présenter au Roi lorsqu'il serait entré. Je vis son entrée, et je pris la route d'Italie, déterminé à vivreà la campagne retiré des affaires.

Messieurs les Chevaliers après avoir formé une députation des trois langues françaises, ne pensèrent pas de même. Ils présentèrent leurs réclamations en faveur de Tordre à Sa Majesté qui accueillit leurs instances avec bonté, et leur témoigna l'intérêt qu'il prenait au rétablissement de Tordre. Ils écrivirent au Saint-Père, je fus chargé par eux de mettre Thommage des trois langues françaises â ses pieds, hommage que le Saint-Père accueillit avec bonté.

Pour vous mettre au courant des affaires de Tordre après

558 SOUVKNIR8 ET MÉMOIRES

son déplacement de Malte, il faut remonter aux dernières années du grand-maître Rohan.

Par le crédit de M. le bailli Litta, Tordre réclamait la Starostie d'Ostrog qui appartenait à Tordre, et qui était dans la partie de la Pologne occupée par la Russie. L'empereur Paul, rempli d'enthousiasme pour Tordre, n'étant encore que comte du Nord, avait demandé la Grande-Croix pour lui et pour son épouse au grand-maître Rohan qui s'était empressé à lui en accorder Tusage; non seulement il fonda vingt commanderies pour un prieuré catholique, il en fonda de même cent autres pour un prieuré grec uni, en les soumettant â tous les droits dûs au Trésor. Cela s'effectua dans les derniers temps du Magistère du grand-maître Rohan. Le courrier qui portait la nouvelle et tous les documents de cette fondation â Malte, vint malheureusement débarquer à Ancône, précisément à Tépoque où les Tricolors s'étaient emparés du port. Le courrier fut saisi, et ses dépêches envoyées à Bonaparte qui se trouvait alors à Tolentino; il se mit en fureur en les lisant; quelqu'un qui se trouvait présent, eut l'adresse d'escamoter une lettre qui m'était adressée, et me l'apporta, c'était une lettre que m'écrivait M. le bailli Litta ; il nie prévenait de tout ce qui s'était passé en Russie, et me recommandait le courrier qu'il expédiait à Malte. J'en donnai ensuite avis au grand-maître, ainsi que de la saisie de tous les papiers dont le courrier était porteur. J'en donnai sitôt avis au bailli Litta, afin qu'il renouvelât l'expédition, qui ne parvint à Malte que quelques jours avant l'apparition de la flotte tricolore ; â peine l'affaire de la Russie était passée au conseil, que Tordre se vit attaqué, Tîle envahie.

Nombre de chevaliers français se transportèrent en Russie pour mettre Tordre sous la protection de TEmpereur; quelques intrigants Tenthousiasmôrent au point de se faire déclarer (jrand Maître.

Le Grand Maître Ilompesch, avec quelques individus qui le suivirent, se transféra à Venise, de là à Trieste, où il fut

Page 1