DES NOUVELLES VERTUS INTRODUITES DANS LE MONDE PAR LE CHRISTIANISME
1° L'Amour de Dieu. — De si grandes nouveautés s'accomplissaient par des vertus ignorées du monde païen, véritables facultés dont le christianisme venait d'enrichir la nature humaine.
La première est le principe même de la morale chrétienne, l'amour de Dieu. Il fallait arracher l'homme à l'amour de lui-même, principe de la morale païenne, par un autre amour. La foi lui avait révélé les attributs infiniment aimables de Dieu ; la morale lui donnait pour premier devoir de l'aimer. Était-ce une vertu possible ? Consultons notre cœur. De quoi nous savons-nous plus de gré que de pouvoir vivre hors de nous, d'aimer quelque chose mieux que nous? Eh bien, cette morale nous a-t-elle méconnus, elle qui nous donnait à aimer par-dessus toutes choses non pas une créature, en qui nous aurions continué à nous aimer
nous-mêmes, mais l'auteur de toute créature, non par intérêt, mais gratuitement?
La morale païenne enseignait la piété envers les dieux; elle prescrivait de leur rendre un culte; elle conseillait de les prier. Elle veut qu'on leur obéisse et qu'on soit fidèle aux dieux comme les soldats le sont à César *. Elle avait dit à Dieu, par la bouche de Socrate : « Quand je me meus, je n'échappe pas à ton regard. » Et par celle d'Épictète : « Nos âmes sont des parcelles de Dieu. Gomment n'en verrait-il pas tous les mouvements qui ne sont pour ainsi dire que les siens 2 ? » Ces grands hommes avaient reconnu la Providence qui nous voit : ils ignorèrent la Providence qui nous aime. Sa bonté leur apparut comme un effet de justice, non d'amour. Ils l'adorèrent ; ils ne l'aimèrent pas. ïl suffisait de l'esprit pour connaître, selon, les paroles païennes, « que Dieu a bien mérité des hommes ; » il fallait le cœur, et le cœur touché par Dieu même, pour payer le bienfait par l'amour du bienfaiteur.
2° La Charité. — La seconde vertu apportée au monde par le christianisme est la charité. Quoi de